‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 90 sur 400 · II. — Quel pronostic doit-on porter dans ces cas · texte numérisé non relu

II. — Quel pronostic doit-on porter dans ces cas

MM. Danyau et Guéniot ont dit que les paralysies infantiles du membre supérieur, consécutives à l'application, du forceps, doivent être considérées comme légères ; ils s'appuient principalement sur cette considération : que la paralysie faciale produite par la même cause (la compression de la septième paire) guérit toujours facilement et radicalement. Dans la discussion qui a eu lieu à la Société de chirurgie à l’occasion du fait communiqué par M. Guéniot, M. Depaul a exprimé la même opinion en s’appuyant sur plusieurs cas de paralysie du membre supérieur et de paralysie de la septième paire produites par l'application du forceps, qu’il a vue, a-t-il dit, disparaître après un certain temps, et qui sont très-peu graves.

M. Blot, rapporteur du travail de M. Guéniot, à essayé de démontrer qu'il fallait cependant être très-réservé dans ce pronostic et que ces paralysies pouvaient présenter une certaine gravité. À l'appui de son opinion, il a rapporté le fait suivant.

Opsenvarion XXXIX. — « En mars 1865, on amèna chez moi une petite fille de trois ans, d’ailleurs parfaitement développée et bien portante, qui présentait une paralysie incomplète du bras, de l’avant-bras et de la main gauche. Cette paralysie portait surtout sur les muscles extenseurs. Le deltoïde écarte incomplétement le bras du tronc; l’avant-bras est dans un état presque permanent de demi-flexion sur le bras ; les doigts sont assez fortement fléchis dans la paume de la main, et il faut faire un assez grand effort pour les étendre ; la sensibilité est parfaitement conservée. Cette enfant avait été extraite avec le forceps; elle présente sur la tête et le cou les traces de cet instrument. |

« Malgré des frictions, des bains et plusieurs autres moyens, la paralysie persistait depuis la naissance. Quelques séances d’électrisation semblèrent d’abord apporter une légère amélioration ; mais, malgré cela, l'enfant, qui a aujourd’hui trois ans et demi, conserve un degré nôtable de paralysie. Elle ne peut saisir les petits objets, et donner à son membre toutes les directions qu’elle veut. Quand on lui commande certains mouvements du membre infirme, elle fait d’abord effort pour les exécuter ; puis, instipCtivement, elle prend ce membre avec le membre sain, pour le porter vers les objets qu’on veut Jui faire saisir. Si elle parvient à s’en emparer, elle les serre comme convulsivement, et quand il s’agit de les abandonner, une nouvelle lutte mal ordonnte se livre entre les muscles extenseurs et les muscles fléchisseurs. »

Cet exemple était mal choisi ; la symplomatologie, dans ce fait, n'est pas celle de la paralysie traumatique des nerfs mixtes; les contractions réflexes des fléchisseurs des doigts, du poignet et de l’a-

vant-bras sur le bras qui apparaissent pendant les mouvements volontaires du membre supérieur sont en effet symptomatiques d’une lésion cérébrale. Cette paralysie était peut-être congénitale ; car de ce que, dans ce cas, il y a eu application du forceps, ce n’est pas une raison d’en conclure qu’une paralysie que l’on a vue seulement trois ans après, a élé produitepar celte application.

Quoi qu’il en soit, les réserves faites au point de vue du pronostic, par M. Blot, étaient réellement fondées. En effet, s’ilest vrai qu’elles soient bénignes en général, je puis affirmer que quelquefois les paralysies faciales de même que la paralysie du membre supérieur, ne guérissent pas ou ne guérissent que difficilement. C’est pour ces paralysies que je suis appelé à intervenir souvent trop tard. En voici des exemples :

OBsERVATION XL. — Une petite fille me fut présentée en 1860, à l’âge de cinq ans et demi, ayant une hémiplégie faciale produite par le forceps. Le médecin avait pensé que cette paralysie guérirait avec le temps; puis comme elle persistait, on avait dit que l'application de l’électricité n’était pas sans danger. Cette enfaut traitée trop tard n’a pas guéri.— Tout récemment encore j'ai été consulté pour une jeune personne de 15 ans et qui était atteinte d’une hémiplégie faciale depuis sa naissance, après une application du forceps. On avait cru aussi qu’elle guérirait avec le temps; et puis on avait dit à sa famille qu’il n’y avait rien à faire. Les muscles répondant un peu à l'excitation électrique, j'ai conseillé de tenter le traitement par la faradisation, quoiqu'il fût bien tard. Quel en sera le résultat? — J'ai été également consulté pour plusieurs paralysies atrophiques du membre supérieur datant de la naissance et que présentaient des enfants âgés de plusieurs années. L'application du forceps leur avait été faite, mais on avait reconnu leur paralysie un peu plus tard (d’une à plusieurs semaines après).

Ces faits démontrent, en somme, que les paralysies consécutives à l'application du forceps peuvent quelquefois être graves.

Dans ces circonstances, l’exploration électro-musculaire est d’une grande utilité pour en établir à temps le pronostic ; elle seule peut faire alors distinguer les paralysies légères des paralysies plus ou moins graves ; dans les premières, la contractilité électro-musculaire sera affaiblie, dans les dernières elle sera abolie.

$S IN, — Paralysies obstétricales infantiles du membre supérieur, sans complications,

I — Dans les manœuvres obstétricales, le dégagement des bras de l'enfant présente quelquefois de grandes difficultés, surtout lorsqu'il est extrait par les membres inférieurs, après la version ou dans la présentation du siége, ou bien si l’accoucheur est forcé, pour

extraire le corps après la sortie de la tête, d’exercer de fortes tractions à l’aide d’un doigt introduit en forme de crochet sous lune des aisselles. Alors il peut arriver, même aux plus habiles, qu’un plus ou moins grand nombre de muscles moteurs de ces membres soient paralysés et conséculivement atrophiés, à des degrés divers, par le fait de l’élongation et quelquefois peut-être de la compression de leurs nerfs ou du plexus brachial.

A l’appui de cette assertion, je vais rapporter sommairement plusieurs cas parfaitement identiques de paralysie atrophique de quelques muscles moteurs des membres supérieurs, que je traile actuellement par la faradisation localisée et qui m'ont été adressés, l’un par M. le professeur Depaul, un second par M. Guibout, médecin des hôpitaux, un troisième par M. Tarnier, et un quatrième par M. Danyau.

OBservarTion XLI, — Les quatre enfants dont il est question sont des filles. Dans l’un de ces cas, la mère étant primipare et un peu obèse, le travail de la parturition avait été laborieux, et l'extraction du corps de l'enfant, qui était très-fort, n'avait pu être faite par M. Guibout qu'après de fortes et longues tractions, à l’aide d’un doigt introduit sous une aisselle en forme de crochet. — Dans deux autres cas, les enfants avaient présenté le siége, et pour l'extraction du trenc l’abaissement des bras, toujours relevés dans ces circonstances, avaient dû présenter quelques difficultés. — Dans les trois cas, l'immobilité de l’un des membres supérieurs, conséquence de la paralysie de certains de leurs muscles moteurs, a été heureusement reconnue immédiatement. Ces enfants m'ont été adressés par mes honorables confrères, quelques semaines après l’accouchement, l'un par M. Guibout le 19 décenibre 1867, un autre par M. Depaul le 23 février 1869 et le troisième par M. Tarnier en juin 1869.

J'ai constaté alors, chez tous ces enfants, la même attitude du membre supérieur paralysé et les mêmes troubles fonctionnels que je vais exposer. L’un des membres supérieurs dont l’avant-bras restail constamment étendu sur le bras, tombait immobile sur le côté du tronc, la main étant dans la pronation par le fait de la rotation de l’humérus en dedans, pendant que le membre supérieur du côté opposé était agité par les mouvements incessants du nouveau-né; ce membre était notablement moins volumineux que l’autre, surtout au niveau du moignon de l'épaule; le delloïde, le sous-épineux, le biceps brachial et le brachial antérieur étaient paralysés; la contractilité électrique de ces muscles était abolie, excepté chez l'enfant qui m'a été envoyé par M. Tarnier, et dont les muscles paralysés se contractaient encore notablement par l'excitation électrique ; la sensibilité musculaire était normale chez celui-ci, tandis qu’elle était considérablement affaiblie chez l'enfant de M. Guibout, et abolie chez celui de M. Depaul. Enfin la sensibilité cutanée paraissait normale, chez tous ces enfants.

M. Depaul m’a en outre adressé, en 1869, un quatrième enfant mis au monde à l'hôpital des Cliniques et présentant une paralysie obstétricale

du membre supérieur, localisée dans les mêmes muscles et avec lésion profonde de la contractilité et de la sensibilité électro-musculaires (1).

Les faits précédents démontrent donc que dans cette espèce de paralysie du membre supérieur, produite par ces manœuvres obstétricales, le bras tombe immobile le long du corps; que le bras est dans la rotation en dedans, et que l’avant-bras reste constamment étendu sur le bras; mais que les mouvements de la main sont conservés,

Je laisse à d’autres les soins de rechercher en vertu de quelle raison anatomique les mêmes muscles (le deltoïde, le sous-épineux, le biceps brachial et le brachial antérieur) sont constamment paralysés dans ces manœuvres obstétricales. Ge fait est intéressant, mais la place me manque pour létudier ei.

Il. — Il est bien plus important de faire connaître le pronostic de celte espèce de paralysie obstétricale et l’heureuse influence thérapeutique que la faradisation localisée exerce sur elle.

A. — La première fois que la paralysie infantile obstétricale du membre supérieur s’est présentée à mon observation (dans le cas qui m'a été adressé par mon ami, M. Guibout), à un moment rapproché du début, avec la perte de la contractilité électro-musculaire et.un affaiblissement considérable de la sensibilité des muscles paralysés, mon pronostic a étégrave. Je ne pouvais comprendre cette paralysie que par l’élongation du plexus brachial, à la suite de laquelle les tubes nerveux des muscles paralysés ont peut-être été rompus. D'autre part, j'avais observé, chez des enfants et des adolescents, des paralysies qui étaient localisées dans les mêmes muscles, qui dataient de la naissance et qui, en raison de leur ressemblance avec les précédentes, étaient vraisemblablement obstétricales. Onne les avait reconnues qu’un mois ou deux après la naissance et alors

(1) Au moment où je corrige l'épreuve de cette feuille, je viens d’être appelé en consultation par M. Danyau, pour un nouveau cas de paralysie obstétricale de l’enfance analogue aux précédents.

Observ. XLII. — Ii s’agit d’une petite fille âgée de trois ans et demi, dont le corps était tellement volumineux, quand elle est née, qu’elle est restée très-longtemps au passage, après la sortie de la tête, et que, pour l’extraire, l’accoucheur, M. Campbell dut exercer de longues et fortes tractions sur son épaule gauche, à l'aide d’un doigt introduit sous son aisselle, à la manière d’un crochet. Elle était menacée d’asphyxie et a été rappelée assez difficilement à la vie. La mère de cette enfant en a eu cinq autres qui ont péri pendant le travail de l'accouchement rendu très-laborieux comme le dernier, par leur volume énorme. Alors on à constaté que son bras gauche était complétement paralysé. — Cependant les mouvements de ce membre sont revenus en quelques semaines, à l’exception de ceux qui soni produits par le deltoïde, le sous-épineux, et les fléchisseurs de l’avant-bras sur le bras : il en est résulté les désordres fonctionnels observés dans les cas précédents. La contractilité électro-musculaire est éteinte dans ces muscles, mais les heureux résultats thérapeutiques obtenus par la faradisation localisée, dans les autres cas, n’ont engagé à en faire l'application et me font porter un pronostic favorable.

on avait cru qu’elles s'étaient développées pendaut Ja vie intra-utérine et qu'iln’y avait rien à faire. A l’époque où ces sujets m'’étaient présentés, toute intervention thérapeutique avait été inutile, car 1l ne restait plus de ces muscles paralysés que quelques faisceaux isolés.

On va voir cependant, que reconnue à temps, comme elle l’a été heureusement par les médecins éclairés que je viens de citer, cette espèce de paralysie peut guérir par la faradisalion localisée, si elle est appliquée presque immédiatement.

Mon pronostic élait grave, lorsque M. Guibout m’envoya son nouveau-né paralytique, Mon opinion était néanmoins que la faradisation localisée offrait encore quelque chance de succès, à une époque aussi rapprochée du début. Après la vingtième séance seulement, on s’aperçut que l'enfant élevait un peu le bras en le portant en avant. C'était le tiers antérieur du deltoïde qui exécutail ce mouvement. Dès lors l'espoir me revint de rappeler, avec le temps, les mouyements et la nutrition dans tous les muscles paralysés. Après trente séances, appliquées, chacune, trois fois par semaine, l’élévation du bras en avant et en dedans était à peu près complète. Mais c'était le seul mouvement obtenu. Dans une seconde cure d’une vingtaine de séances, faite après deux mois de repos, je vis apparaître l'élévation du bras en dehors; longtemps après, la flexion de l’avant-bras sur le bras ; enfin l’attitude de la main, qui n’était plus en pronaticn, annonça que le sous-épineux avait recouvré son action et contre-balançait l’action rotatrice de l’humérus en dedans exercée par le sous-scapulaire. Aujourd’hui, après une quatrième cure, l’action du tiers postérieur du deltoïde commence à revenir, il ne me reste aucun doute sur la guérison complète ou à peu près complète et prochaine de cette paralysie. Enfin, le membre s’est développé progressivement et a acquis un volume presque égal à celui du côté opposé.

L'enfant qui m'a été adressé par M. Depaul, quelques mois après le précédent, est soumis au même traitement; après 60 séances, le tiers antérieur du deltoïde commence seulement à se contracter volontairement; si M. Depaul et moi nous n'avions pas été témoins de l’heureux résultat obtenu dans le cas précédent, nous perdrions courage,

L’expérimentation ayant démontré que la restauration des nerfs divisés ou réséqués, et le rétablissement de leurs fonctions se font d'autant plus vite que le sujet est plus jeune, j'aurais dû m’attendre à une guérison plus rapide. Mais l’enseignement qui ressort des faits cliniques précédents, apprend que,-dans la pathologie humaine, les phénomènes ne sont pas absolumentles mêmes que dans les vivisections, et que, dans telles circonstances, il faut s’armer de patience

et ne pas renoncer trop tôt à la faradisation. Je savais d’ailleurs qu’à ce degré de lésion des nerfs et dans l’enfance, lorsque ces sortes de paralysies sont abandonnées à elles-mêmes, les muscles s’atrophient et dégénèrent rapidement ; j'en avais recueilli des cas, et j'en ai observé un nouvel exemple chez le nouveau-né qui m'avait : été envoyé de l'hôpital des Cliniques par M. Depaul, et qui avait une paralysie obstétricale de l’un des membres supérieurs, absolument semblable aux cas précédents (il en a été question pius haut; p. 357). Son traitement, qui était commencé, n’a pu être continué à cause d’une longue maladie de sa mère, qui me l’a rapporté six mois plus tard environ. Alors je n’ai plus retrouvé de traces du deltoïde ni des fléchissures de l’avant-bras sur le bras; c'était un cas incurable.

B. — Dans ces faits cliniques, l’exploration électrique m'avait appris que la lésion des nerfs était profonde; mais dans le cas de M. Tarnier (rapporté ci-dessus), elle m'avait montré que la contractüilité électro-musculaire était seulement un peu affaiblie. (Ce fait a été constaté par M. Tarnier, qui avait accompagné la famille dans mon cabinet.)

En présence d’une lésion nerveuse aussi légère, je pensai que la paralysie pouvait guérir sans l'intervention de la faradisation localisée soit spontanément et mieux encore à l’aide de simples frictions excitantes. Rassuré d’ailleurs par l'exploration électrique, je déclarai qu'il n’y avait pas d'urgence d'agir, et que l’on pouvait attendre. Ce conseil fut suivi; cependant, trois mois plus tard, la paralysie était dans le même état. Mais comme je trouvai encore la contractilité électro-musculaire peu aflaiblie, mon pronostic ne fut pas modifié ; j’exprimai l'opinion : que la guérison par la faradisation localisée devait se faire beaucoup moins attendre que dans les cas dont il vient d’être question. En effet, après quelques séances, l'élévation da bras en avant commençait à se faire. Aujourd’hui, après vingt séances, le bras n’est plus retenu en rotation en deëans, ce qui est dû au retour del’action du sous-épineux ; conséquemment la main n’est plus en semi-pronation permanente ; la flexion de l’avant-bras commence à se faire, et il ne reste à guérir que la paralysie du tiers postérieur du deltoïde et à augmenter la force des mouvements acquis.

C. — En résumé, certaines manœuvres obstétricales violentes, nécessités par l’abaissement difficile des bras après la sortie du tronc de l'enfant, ou par de fortes tractions exercées sur l’épaule, à l’aide d’un doigt introduit sous l’aisselle en forme de crochet, après la sortie de la tête de l’enfant, produisent quelquefois une paralysie du membre supérieur, localisée dans les muscles deltoïde, sousépineux et fléchisseurs de l’avant-bras sur le bras, caractérisée par l’abaissement de ce membre appliqué alors contre le tronc, par la rotation du bras en dedans, et par l’extension de l’avant-bras sur

le bras, Le pronostic de cette paralysie est en général assez grave. Elle peut guérir par la faradisation localisée; mais, abandonnée à elle-même, elle devient incurable et produit l’atrophie du membre.

$ EEI. — Paralysies obstétricales du membre supérieur compliquées de fractures ou de luxation sous-épineuse (sous-acromiale) de l’humérus ou occasionnées par elles.

ÎI. — PARALYSIES OBSTÉTRICALES COMPLIQUÉES DE FRACTURES,

La paralysie infantile du membre supérieur peut être compliquée d’une fracture produite par une manœuvre obstétricale et méconnue à la naissance. En outre, elle peut être masquée par une paralysie d’une autre nature; c’est justement ce qui est arrivé dans le cas suivant où l’on verra la paralysie du nerf radial, qui avait donné à la main la forme d’une griffe, guérir par la faradisation localisée après six ans de durée.

OBservaTION XLIIIL — Paralysie de cause cérébrale du membre supérieur droit ; paralysie atrophique, du même côté, des muscles animés par le nerf cubilal et des muscles radiaux, datant de la naissance.

En 1855, je fus appelé en consuliation par M. Hérard, pour un jeune garçon âgé de dix ans, et dont la main droite était déformée (/ig. 91). Cette main, moins développée que la main gauche, avait'la forme d’une griffe beaucoup plus prononcée dans les deux derniers doigts dont les premières phalanges étaient renversées sur les métacarpiens, tandis que leurs dernières phalanges étaient fléchies sur la première. Les muscles des espaces interosseux et des éminences étaient atrophiés; la main était dans une flexion continue sur l’avant-bras et un peu dans l’abduction. Quand on voulait la relever et la porter en dehors, on éprouvait un obstacle mécanique qui s’opposait à ce mouvement, et cet obstacle paraissait dépendre de la contracture du muscle eubital antérieur et de la déformation de l’articulation radio-carpienne. — Les mouvements du membre supérieur droit étaient exécutés faiblement, difficilement et incomplétement. Cependant les muscles du bras et de l'épaule n'étaient pas atrophiés. Tous les mouvements volontaires du membre supérieur droit provoquaient des spasmes réflexes dans les muscles de ce membre, comme on l’observe dans la paralysie cérébrale, — A l'exploration électro-musculaire, je trouvais que la contractilité était très-affaiblie dans les muscles animés par le nerf cubital, dans les muscles des éminences et dans les muscles radiaux, tandis qu’elle était normale dans les autres muscles.

Ainsi voilà une paralysie du membre supérieur qui présente des carac- (ères propres à la paralysie de cause cérébrale et ceux qui distinguent la paralysie atrophique par lésion des nerfs, dans les muscles de la main et dans quelques muscles de l’avant-bras ; c’est-à-dire, que cette paralysie

offre la réunion, dans un même membre, des troubles fonctionnels occasionnés par deux maladies différentes. L'histoire des antécédents démontre, en effet, que ces deux maladies ont coexisté.

Cet enfant est né dans des circonstances fâcheuses. Il s'était pré-

+ ISLAN ENS

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Fic. 91, — Paralysie obstétricale avant Fig. 92. — Paralysie obstétricale après le traitement. le traitement.

senté par l’épaule, le cordon ombilical était enroulé autour de son cou. L'accouchement de sa mère a été long et laborieux. Il est né menacé d'asphyxie et il a été rappelé difficilement à la vie; puis il avait eu le cubitus fracturé près de l'articulation du coude. Après sa naissance, il n’a pas remué le membre supérieur droit. On ne voyait pas de différence, quant à la forme, entre les deux côtés, mais en quelques mois la main est arrivée progressivement à sa déformation actuelle (voy. fig. 91). Le membre de ce côté s’est moins développé. Puis, sous l’influence du temps et de soins très-variés, le bras droit a retrouvé quelques mouvements compliqués, comme je l’ai dit, de contractions réflexes.

On voit done, dans cette observation, que l’enfant est né avec une hémiplégie du membre supérieur, de cause cérébrale, occasionnée pent-être par la compression exercée sur le cou par le cordon ombilical; que la paralysie atrophique et la déformation de la main sont le résultat de la lésion de quelques nerfs intéressés dans la fracture des os de l’avant-bras, pendant la manœuvre de l'accouchement. Tel fut le diagnostic que je portai dans ma consultation et qui fut ensuite confirmé par les résultats obtenus au moyen de la faradisation localisée.

Je vis en effet, sous l'influence de la faradisation localisée, les muscles paralysés et atrophiés.consécutivement à la lésion traumatique de leurs nerfs se développer progressivement, et la forme de la main revenir à son état normal par Le retour de leur force tonique.

La figure 92 a été dessinée d’après la photographie que j’ai faite de la main du petit malade, après son traitement. Si on la compare à la figure 91 photographiée et dessinée ensuite avant le traitement, on remarque que la griffe n’existe plus, c’est-à-dire que Îles deux dernières phalanges se sont étendues et que les premières se sont un peu fléchies. Ce rétablissement de la forme norsale de la main était dû au développement des interosseux. Les éminences s'étaient également développées ainsi que les muscles atrophiés de l’avant-bras. Les troubles fonctionnels, causés par les spasmes réflexes qui avaient lieu pendant les mouvements volontaires, étaient restés à peu près ce qu'ils étaient avantle traitement. Il est vrai que les mouvements du membre supérieur avaient gagné en force et en étendue, mais ils n'avaient pas recouvré leur indépendance, Le jeune malade ne pouvait les localiser; ils étaient toujours gênés par la lésion cérébrale. J'avais cependant l’espeir qu’à l’aide de certains exercices gymnastiques prescrits par moi, ces spasmes réflexes diminueraient ou disparaîtraient avec le temps. Deux ans plus tard, ce jeune garçon est venu me montrer que cet espoir s'était réalisé; il se servait presque aussi bien de cette main que de l’autre.

En résumé, ce fait, intéressant à plus d’un tiire, démontre qu’alors même que l’on trouve réunies, chez le même individu et sur un même membre, deux paralysies, l’une de cause cérébrale, et l’autre par la lésion obstétricale des nerfs, on peut encore en faire le diagnostic différentiel, à l’aide de l'exploration électro-musculaire (1).

If. — LUXATION SOUS-ÉPINEUSE OBSTÉTRICALE (SOUS-ACROMIALE DE MALGAIGNE) COMPLI- QUANT OU OCCASIONNANT LA PARALYSIE INFANTILE DU MEMBRE SUPÉRIEUR.

La luxation sous-épineuse, très-rare jadis, a été trouvée plus fréquente dans ces dernières années, sans doute, parce qu’on savait mieux la diagnostiquer. Malgaigne dit en avoir réuni 34, Mais aucune de ces luxations n’a été produile par les manœuvres de l’accouchement. Cette dernière cause de luxation sous-épineuse ne doit pas être cependant très-rare, si toutefois j’en juge d'après mon observation personnelle. En moins d’un mois, en effet, il s’en est présenté quatre à ma consultation, et toutes m'’étaient adressées comme des paralysies congénitales du membre supérieur. Voici la relation d’un de ces cas.

OBsERVATION XLIV. — En mars 1857, un jeune garçon, nommé Thto-

(1) Au point de vue thérapeutique, ce fait n’est pas moins important, car il nous montre Ja guérison par la faradisation localisée d’une paralysie atrophique traumatique, datant de la naissance, chez un enfant âgé de sept ans.

phile Bigot, âgé de six ans, m'est présenté pour être traité d’une paralysie congénitale du membre supérieur droit. Les mouvements de ce dernier étaient, en effet, tellement gênés depuis sa naissance, qu’il ne pouvait s’en servir. Tous les muscles répondaient normalement à l'excitation électrique. Son épaule droite était déforée ; l’attitude du membre supérieur de ce côté était anormale (voyez la figure 93, dessinée d’après la photographie que j'en ai faite). On remarquait sur la face postérieure du moienon de l'épaule, un peu au-dessous de l’angle postérieur de l’acromion, - un relief arrondi qui indiquait, dans ce point, la présence de la tête de l’humérus; ce que, du reste, l’on reconnaissait parfaitement par le toucher. En avant, le moignon de l'épaule offrait une dépression sous-acromiale légère, mais sans relief apparent de l’apophyse coracoïde, et l’on ne retrouvait plus la tête de l’humérus dans sa place normale. Cette tête de l’humérus paraissait être à cheval sur le bord postérieur de la cavité glénoïde. Elle n’était certainement pas dans la fosse sous-épineuse ; on se l’expliquait difficilement ; mais ce qui était incontestable, c’est qu’elle étail restée ainsi incomplète pendant six ans. Le coude porté un peu en avant était écarté du corps et ne pouvait en être rapproché ; les tentatives faites pour l’obtenir provoquaient de la douleur. L’humérus était maintenu dans la rotation en dedans, et l’on ne pou-

: Fig. 93, — Luxation sous-épineuse vait luiimprimer mécaniquement le moin- obstétricale,

dre mouvement en sens contraire, sans

arracher des cris à l’enfant. L'avant-bras était un peu fléchi sur le bras, sans que l’on pût l’étendre complétement. Les mouvements volontaires du bras étaient faibles et limités comme ceux de l’avant-bras.

Trois autres enfants m'ont été adressés, versla même époque, avec la même déformation de l’épaule et avec les mêmes troubles dans les mouvements du bras sur l'épaule. On reconnaissait, chez tous ces petits malades, les signes caractéristiques de la luxation scapulohumérale, dite sous-acromiale ou sous-épineuse, La cause de cette luxation paraissait, dans tous ces cas, identique. Les parents des enfants racontaient en effet que leur naissance avait été laborieuse ; que, pour les extraire, on avait dû exercer des tractions longues et violentes, à l’aide d’un doigt ou d’un crochet passé sous l’une des aisselles, et que le membre exposé à ces tractions avait été privé de mouvements après leur naissance. C'était justement de ce côté qu’existait la luxation dont la production s'explique très-bien par les violences exercées sur l’aisselle,

On comprend que la luxation de l'épaule dont ces enfants étaient affectés depuis leur naissance, ait pu être méconnue (plusieurs d’entre eux avaient été présentés aux consultations des hôpitaux), et que les troubles de la motilité du membre luxé aient été attribués à une simple paralysie, car les signes de cette luxation sont si obscurs, qu'il m'a fallu les voir disparaître après sa réduction, pour être bien certain de son existence réelle. J’ai en effet adressé tous ces enfants à M. Chassaignac qui a réduit facilement leur luxation. Un bandage de corps approprié et porté pendant cinq à six semaines a maintenu parfaitement la réduction de cette luxation qui depuis lors ne s’est plus reproduite. On retrouvait alors la tête dans ses rapports normaux.

Cette luxation était si peu apparente, qu’elle avait échappé d’abord à mon attention, qui avait élé attirée principalement par les troubles de Ja locomotion, Je ne pouvais cependant expliquer complétement ces désordres fonctionnels par la paralysie du membre. Ce fut seulement après avoir observé, peu de temps après, trois autres cas analogues dans lesqueis le

na

ÿ membre présentait la même Fi. 94, — Déformation de la main, consécutivement attitude et l'épaule la même

à une luxation sous-acromiale obstétricale de l’en-

re déformation, que je recon-

nus, à un examen attentif, que la tête de l'humérus ne se trouvait pas dans ses rapports normaux avec la cavité glénoïde.

Les désordres occasionnés, chez ces enfants, dansles mouvements et dans l'attitude du membre, par la luxation sous-acromiale, peuvent bien faire croire à l'existence d’une paralysie cérébrale congénitale du membre supérieur; dans l’un et l’autre cas, l'élévation du bras est difficile et limitée; en outre, la main est dans la pronation et le bras en rotation en dedans; enfin les mouvements en sens contraires sont difficiles ou impossibles.

S'il n’y avait eu que les troubles de la locomotion propres‘à la luxation sous-acromiale, l'erreur de diagnostic eût été difficile ; mais, chez tous ces enfants, il existait, de plus, une véritable paralysie qui avait été occasionnée par la lésion du plexus brachial et qui était plus ou moins complète et plus où moins grave. Ainsi, chez l’un d’eux (Jules Tête-d'Homme, âgé de huit mois, quelques muscles étaient atrophiés ou répondaient faiblement à l'excitation

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