‹ De l'électrisation localisée et de son application à la pathologie et la thérapeutiqueChapitre 91 sur 400 · ART. IV. — DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC DES PARAL. CONSÉCUTIVES · texte numérisé non relu

ART. IV. — DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC DES PARAL. CONSÉCUTIVES

électrique (le biceps et le brachial antérieur), ou avaient perdu leur contractilité électrique (les fléchisseurs des doigts et les interosseux).

Chez une autre enfant (Eulalie Perrot, âgée de quinze mois, les mouvements étaient complétement abolis, mais la contractilité électro-musculaire était intacte, excepté dans le faisceau extenseur de l'index. — Chez l'enfant (Th. Bigot, obs. XLIV) et dont la photographie a éié reproduite par la gravure, dans la figure 93, tous les mouvements étaient affaiblis, et la contractilité électro-musculaire était partout un peu diminuée. — Enfin chez un quatrième (dont j'ai perdu le nom et l'adresse), les interosseux et les extenseurs du poignet et du pouce étaient atrophiés et ne se retrouvaient plus par l'exploration électrique. Les troubles que cette paralysie atrophique avait occasionnés dans l’équilibre des forces toniques qui président à l’atlitude des doigts, du pouce et du poignet, avaient produit, à la longue, la déformation de la main.

Depuis la publication en 1861 des faits précédents, j'ai recueilli 4 nouveaux cas de luxation sous-acromiales, obstétricales de l’épaule, suivies d’une paralysie limitée dans quelques muscles du membre correspondant, J’ai observé l’un d’eux avec M. Nélaton, chez une jeune fille de 8 ans.

ARTICLE IV

ACTION THÉRAPEUTIQUE DE LA FARADISATION LOCALISÉE ET DES COURANTS CON- TINUS SUR LES PARALYSIES TRAUMATIQUES DES NERFS MIXTES,

J'ai dit, au commencement de ce chapitre, qu’il est impossible d'apprécier la valeur de l’action thérapeutique de la faradisation localisée, appliquée au traitement des paralysies traumatiques des nerfs mixtes, sans en avoir posé le pronostic, c’est- à-dire, sans en avoir reconnu le degré de gravité , et sans avoir prouvé que leur marche et leur terminaison seraient différentes, si cette médication n’était pas employée. L’exposé des faits relatés dans les articles précédents, a justifié pleinement celte assertion. On a vu, en elfet, que parmi des paralysies qu’on aurait pu croire identiques, les . unes guérissaient rapidement par la faradisation, tandis que les autres ne commençaient à être modifiées par ce traitement, qu'après un temps plus ou moins long (de six mois à un an et plus); j'ai démontré aussi que la faradisation appliquée, au début, à ceux des muscles qui avaient perdu leur contractilité et leur sensibilité électriques, non-seulement ne rappelait pas les mouvements, mais encore qu'elle ne prévenait pas l’atrophie des muscles et les difformités qui en sont la suite, On sait enfin qu’à l’aide de l’exploration

électro-musculaire, j'ai pu prédire ces résultats avec la plus grande exactitude. Quelles conclusions aurait-on pu tirer de tous ces faits, si je n'avais pas suivi celte méthode, dans ces recherches électrothérapeutiques ? Il est évident qu'il en serait résulté une confusion qui aurait rejailli sur la pratique. Tel médecin, par exemple, à qui Le hasard aurait fait rencontrer un de ces cas heureux, Comme celui de l’observation XXX VI, aurait eu une foi aveugle dans l’emploi de la faradisation, tandis qu’un autre à qui serait échu un cas semblable à celui de l’observation XXXV, léger en apparence, aurait échoué avec cette même médication, il n’aurait certainement pas manqué de la condamner.

Est-il nécessaire de dire que ces considérations sont applicables aux guérisons des paralysies traumatiques des nerfs mixtes par les courants continus, dont la valeur thérapeutique ne saurait être appréciée, sileur diagnostic et leur pronostic n'avaient pas été établis exactement.

Les principes que je vais poser dans les $$ I, I, IT, IV, V, VI et VII ont été déduits des faits cliniques dans la plupart desquels le pronostic a été sévèrement étudié à l’aide de l'exploration électro-musculaire ; ils montreront la puissance thérapeutique de la faradisation localisée, qu'aucune autre médicalion ne saurait jusqu’à présent remplacer dans le traitement des paralysies traumatiques des nerfs mixtes. J’établirai aussi que l’on peut reconnaître les cas dans lesquels cette action thérapeutique devra être plus ou moins rapide.

S I. — Action de la faradisation localisée sur la sensibilité.

L'action thérapeutique de la faradisation localisée sur les paralysies traumaliques des nerfs mixtes se manifeste, en premier lieu, sur la sensibilité. On a vu, en effet, que des membres paralysés qui n'étaient le siége d’aucune douleur, sont devenus très-sensibles après quelques séances, et cela d’autant plus que la lésion du nerf avait été plus profonde. Dans ce dernier cas (obs. XXII), le malade, dont les nerfs et les muscles supportaient un fort courant avant la faradisation, témoignait une vive douleur sous l'influence de la plus légère excitation électrique. Cette exaltation de la sensibilité se manifestait aussi à la pression; enfin, ce malade éprouvait des douleurs profondes dans le membre paralysé, dans l'intervalle des séances.

Cette hyperesthésie musculaire développée par la faradisation localisée a toujours été le signal du retour de la nutrition et des mouvements. Æn conséquence, l'exaltation de la sensibilité des muscles et des nerfs, qui est produite par la faradisation localisée, est, dans ces

cas, un signe favorable. Getle proposition me paraît d'autant plus fondée que, lorsque la paralysie s’est montrée rebelle à tous les traitements, j'ai vu l’hypéresthésie musculaire ne pas se manifester.

OBSERVATION XLV, — En 1850, un malade était entré à la Charité, salle Saint-Félix, n° 11, pour une paralysie à peu près complète du membre supérieur, conséculive à une luxation scapulo-humtrale et datant de deux ans. Il avait été soumis à l’électrisation à l'hôpital Beaujon, quelques mois avant d'entrer à la Charité. Mais, soit qu’on ne sût pas diriger l’excilation dans les muscles paralysés, soit que l'appareil ne fût pas assez puissant, la paralysie n’en éprouva aucune modification avantageuse. Ce malade disait n'avoir jamais eu de douleurs, ni d’exaltation de la sensibilité dans les muscles électrisés ; la sensibilité cutanée et musculaire était, au contraire, obtuse au moment où je l’observai à la Charité. Mais sitôt que je dirigeai, à une dose suffisante, l'excitation faradique sur les muscles paralysés, le membre devint le sitge de douleurs excessives qui nécessitèrent la suspension du traitement, pendant quelques jours. Bientôt après le malade exécuta des mouvements qu'il n’avait jamais pu faire depuis son accident, et put se servir de son bras pour un grand nombre d’usages. Malheureusement il ne voulut pas se soumettre assez longtemps au traitement, et son état fut seulement amélioré. Ce fait est une preuve de plus à l'appui de mes assertions.

L’exaltation de la sensibilité, produite par le traitement faradique, n'est pas de longue durée ; elle disparaît bientôt peu à peu, en même temps que l’on voit revenir la vie dans les muscles.

Je n’ai pas toujours observé, comme dans l'observation précédente, que l’hypéresthésie des muscles et des nerfs se développe sous l'influence de la faradisation dans les paralysies anciennes.

$S EX, — Action de la faradisation localisée sur la calorification et sur la circulation.

Dans toutes ces paralysies par lésion traumatique des trones nerveux, On Conslate, quelque temps après leur début, que l’abaissement de tempéralure est considérable ; ainsi, j'ai trouvé souvent une différence de cinq à six degrés entre le côté sain et le CÔté malade; les sujets eux-mêmes ont toujours accusé une sensation de grand refroidissement dans le membre paralysé. La circulation locale s’y fait mal ; les veines cutanées sont peu développées ; la peau est violacte et ædématiée, surtout quand le membreest exposé au froid, Un des effets les plus constants et les plus immédiats de la faradisation localisée, c’est de faire disparaître ces phénomènes morbides. 11 suffit souvent de quelques séances pour ramener la calorification du membre DUCHENNE, — 3€ édition. 24

à son état normal. Cet effet thérapeutique s’est constamment produit dans les faits que j’ai rapportés.

Ï1 faut un peu plus de temps pour développer la circulation capillaire et veineuse.

8 HIXI. — Action de la faradisation localisée sur la nutrition.

La nutrition ressent, à son tour, l'influence de l’excitation faradique. Bien que cette action thérapeutique soit graduelle et la plus lente de toutes, il est cependant facile de le constater par la mensuration du volume du membre, avant et après le traitement. D'ail-

Fie, 95, — Avant le traitement (*). Fic. 96. — Après le traitement.

leurs, les malades ne manquent jamais d’en faire eux-mêmes la remarque.

C’est surtout à la main, où les veines dorsales sont les plus apparentes, que l’on voit ces dernières grossir à vue d'œil. C’est ce que l'on peut constater surles figures 95 et 96 dessinées d’après les plâtres de la main d’un sujet dont les interosseux avaient été paralysés et s'étaient atrophiés consécutivement à la blessure du nerf radial. (La relation en a été exposée dans la première édition, p. 219, obs. XXX.) Avant letraitement, ces veines dorsales étaient tellement pelites, qu’on ne pouvait les apercevoir (voy. la figure 95). La main était desséchée, les espaces interosseux en étaient profondément creusés, et la peau était flétrie et terreuse. Sous l'influence de la

(*) Déformation spéciale de la main consécutivement à la paralysie atrophique des interosseux

par la lésion traumatique du nerf cubital. . ALES (**) Mème main guérie de cette paralysie atrophique par la faradisation localisée.

faradisation, les veines dorsales de cette main se sont développées progressivement (voy. la figure 96). La nutrition et les mouvements sont revenus dans les muscles atrophiés, et la peau a recouvré sa finesse et sa coloration normales, J'ai photographié et fait mouler quelques mains sur lesquelles on observe les mêmes résultats électro-thérapeutiques.

Pendant que la calorification, la circulation et la nutrition éprouvent une influence thérapeutique aussi manifeste, la motilité ellemême ne tarde pas à revenir (voir, chap. in, art, 4, S2, p. 1433 et suivantes, pour la théorie physiologique de l'action thérapeutique de la faradisation localisée sur les circulations locales, la calorification et la nutrition).

$S 1W. — Action de la faradisation localisée sur la contractilité musculaire.

I, — Le retour des mouvements volontaires est toujours précédé de celui de la

tonicité musculaire,

Afin de démontrer cette proposilion, je choisirai un exemple. On sait que, consécutivement à la lésion du nerf radial, les extenseurs du poignet et des doigts paralysés sont entraînés, pendant le repos musculaire, dans l’élongation, par la prédominance tonique de leurs antagonistes. Sous l'influence de l’excitation faradique, on voit d’abord le poignet se relever et les premières phalanges des doigts se relever bien avant que le malade puisse faire exécuter les moindres mouvements volontaires par ses muscles paralysés. Ce retour de l’attitude normale du poignet et des doigts annonce évidemment le rétablissement de la lonicité dans les muscles radiaux, cubital postérieur et extenseurs des doigts. Mais bientôt la contractilité volontaire reparait à son tour, quoique lentement et graduellement.

Il. — L'action thérapeutique de la faradisation localisée paraît se manifester d'autant plus vite, dans un muscle, que ce dernier est plus rapproché du centre nerveux.

J'ai déjà dit, en parlant du pronostic de ces paralysies traumatiques des troncs nerveux, que l’action thérapeutique de la faradisation localisée est d'autant plus efficace et plus rapide que le muscle à moins souffert dans sa contractilité électrique ; je dois encore signaler un autre phénomène non moins intéressant et que j'ai quelquefois observé, c’est que l'influence thérapeutique de la faradisalion localisée s’est manifestée d’autant plus rapidement que les muscles étaient plus rapprochés du centre nerveux. Le malade de l'observation VII en est un exemple ; en effet, son bras

guérit d’abord; puis quelques mois après, c'est le tour de son avant-bras ; enfin les muscles de sa main ont éprouvé, en dernier lieu, l’action salutaire de la faradisation localisée. Pour chacune de ces régions, le malade a passé par la même série de phénomènes, à savoir : l’'hypéresthésie musculaire, puis une plus grande activité de la circulation locale, le retour de la calorification, de la nutrition, de la contractilité musculaire tonique et enfin de la contractilité volontaire.

LIL. — La lésion de la contractilité électro-musculaire persiste après la guérison, malgré le rétablissement des mouvements volontaires.

J'appelle l'attention des observateurs sur un phénomène des plus . nouveaux et des plus inattendus, et certainement l’un des plus importants au point de vue physiologique : sur l'abolition de la contractilité électro-musculaire, qui persiste dans un muscle, après qu'il a recouvré les mouvements, la nutrition et la force par la faradisation localisée.

Quelle est donc l'importance réelle de cette contractilité électromusculaire, de cette irrilabilité que l’on a considérée si longtemps comme une propriété fondamentale et inséparable de la vie, sur laquelle ona tant écritet discuté, propriété quel’on retrouve encore, pendant un certain temps, dans un muscle de cadavre et dont cependant peut se passer un muscle vivant, tant intéressé, en apparence, à sa conservation? Ce fait si imprévu ébranle évidemment certaines vérités fondamentales de la science. Cette question, qui doit faire, par la suite, l’objet d'un article, est ici étrangère à mon sujet ; je ne la signale qu’en passant. Cependant il est opportun de dire que, jusqu’à présent, j'ai toujours vu revenir la contractilité électro-musculaire, mais incomplétement et plus ou moins de temps après le rétablissement des mouvements volontaires et de la nutrition musculaire.

$ V.— La faradisation localisée guérit, dans la majorité des cas, les paralysies consécutives aux lésions traumatiques des nerfs.

Il ne peut venir à l'esprit de personne que l'électricité doive toujours triompher des paralysies consécutives aux lésions tranmatiques des nerfs. Il n'existe, d’ailleurs, aucun agent thérapeutique qui possède cette vertu merveilleuse. Mais je puis affirmer, en m'appuyant sur une expérimentation continuée pendant plus de vingt ans, que la paralysie traumatique des nerfs guérit ou est amendée très-notablement par la faradisation localisée, dans la plupart des cas. La paralysie dont il est ici question est assurément de toutes

les paralysies celle sur laquelle la faradisation exerce la plus heureuse influence.

Je crois bien que la proportion des guérisons de paralysies traumatiques, que j'ai établie sur des faits recueillis dans ma pratique, paraîtra exagérée à certains praticiens; je crains même qu’ils n’obtiennent pas exactement les mêmes résultats. Qu’on n’en accuse pas la faradisation localisée, mais plutôt l’inobservance des règles que j'ai élablies, et le plus souvent les difficultés sans nombre d’un traitement quiexige beaucoup de temps et de patience. C’est à tort, en effet, que l’on a cru longtemps et qu’on s’imagine encore, dans la pratique, que lPaction thérapeutique de l'électricité doive toujours se manifester rapidement,

S VI. — Durée du traitement des paralysies traumatiques des nerfs mixtes par la faradisation localisée.

La durée moyenne du traitement faradique des paralysies traumatiques des nerfs mixtes est de deux à trois mois; mais il en est qui exigent plusieurs années. Je citerai, comme exemple, cet ouvrier (obs. XVIII) chez lequel une luxation scapulo-humérale a produit la paralysie et l’atrophie du membre supérieur et qui n’était pas encore entièrement guéri après deux ans de faradisation. J’écrivais en 41851, c’est-à-dire deux ans après le commencement du traitement : « Son bras et son avant-bras étaient guéris; à la main, les muscles de l’éminence thénar ne sont pas encore entièrement revenus. Combien de temps faudra-t-11 encore pour refaire ces derniers muscles ? Je ne doute pas cependant que l’éminence thénar ne guérisse aussi bien que le bras et l’avant-bras, parce qu’on y observeles mêmes phénomènes thérapeutiques que dans les autres régions (1). »

Il est incontestable qu’un certain nombre de paralysies traumatiques guérissent avec le temps, ou spontanément, ou par les remèdes ordinaires. Dès lors, on serait autorisé à penser que celles qui ont exigé un aussi long traitement électrique que chez le malade de l’observation X VIIT, auraient pu guérir également avec le temps. Mais ces paralysies traumatiques des nerfs mixtes, qui peuvent guérir avec le temps et sans traitement, sont celles dans lesquelles les muscles ont conservé complétement ou presque entièrement leur contractilité électrique.

Que l’on ne s’appuie pas sur ces guérisons spontanées des para-

(1) « Depuis que j'ai porté ce jugement, le malade a suivi son traitement pendant plusieurs mois encore, mais d’une manière incomplète et irrégulière. Il se faisait faradiser à peine une fois par semaine. Le court abducteur du pouce est resté paralysé et atrophié ; les autres muscles de la région thénar sont revenus à peu près complétement. » Elect, loc., 1"° édit., 1851.

lysies dans lesquelles la lésion des nerfs a été légère, pour attendre leur guérison du temps. J'ai vu ces paralysies légères résister quelquefois aux médications ordinaires (vésicaloires, strychnine), durer jusqu’à une année et guérir par la faradisation localisée en quelques séances. J’en ai rapporté un exemple dans l’observation XX VIT. Si la faradisation localisée eût été employée plus tôt, comme dans l’observation XXXII, la guérison eût été probablement aussi rapide. On doit encore moins s’en rapporter au temps pour la guérison de ces paralysies traumatiques des nerfs mixtes, dans lesquelles la contractilité et la sensibilité électro-musculaires sont profondément lésées. Voici deux faits qui montrent quelles peuvent être les suites déplorables de la temporisation, dans des cas de ce genre.

OBsERVATION XLVI. — Au n° 15 de la salle Saint-Ferdinand, hôpital de la

Charité, était couché en 1851 un honme dont un coup de faux sur la partie interne du bras avait blessé quelques-uns des nerfs destinés aux muscles qui meuvent les doigts et le pouce. Après la guérison de sa blessure, sa main resta paralysée et s’atrophia rapidement. Je constatai, au moyen de la faradisalion localisée, que les muscles interosseux et lombricaux et ceux de l’éminence thénar, à l’exception de l’adducteur du pouce, étaient les seuls qui ne répondissent pas à l'excitation électrique. De la perte de ces muscles, il était résulté que ses premières phalanges avaient conservé l’attilude de l'extension, d'une manière continue, et les deux dernières, celles de la flexion, sans que la volonté pût changer cette attitude. Mais, la paralysie atrophique de ce membre datant de quinze ans, il s’élail produit de graves désordres auxquels il n'était plus possible de remédier. Ainsi, l’action des fléchisseurs n’élant plus modérée par les interosseux seuls extenseurs réels des deux premières phalanges), ces fléchisseurs s'étaient rélractés, au point de produire la luxalion des deuxièmes phalanges sur les premières. Les surfaces articulaires s’étant abandonnées à la longue, l'extrémité supérieure des deuxièmes phalanges avait glissé sur la face antérieure des premières et s’élait arrêtée au niveau de leur partie moyenne. Le pouce avait perdu son mouvement d'opposition ; l'attitude pathologique dans laquelle il était resté, pendant quinze ans, avait aussi occasionné des déformations irremédiables dont j'ai expliqué le mécanisme, dans l'étude électro-physiologique des interosseux.

Osservarion XLVII. — En 1851, j'avais cbservé, dans le même hôpital au n° 13 de Ja salle Sainte-Marguerite, une atrophie du membre supérieur, datant de vingt ans, et consécutive à une lésion du plexus brachial. Je n'exagère pas en disant qu’il ne restait plus de ce membre que la peau et les os. Il me paraît probable que si ce malade eût été faradisé à temps, ses muscles auraient pu revenir à la vie tout aussi bien que dans les cas analogues que j'ai cités, car sa peau avait conservé, comme dans ces derniers, une partie de sa sensibilité, ce qui prouve que la communication du membre avec les centres nerveux n’était pas complétement abolie.

J’ai aussi la conviction que le membre du sujet de l’observa-

tion X VIIL aurait eu le même sort que celui du sujet de l’observation XLV{ que je viens de rapporter, si l’on s'était confié au temps pour la guérison de sa paralysie,

Et qui n’a pas eu l’occasion d’observer les suites déplorables de ces anciennes paralysies consécutives aux lésions traumaliques des nerfs ? Ces paralysies, et principalement celle quiest produite par la luxation de l'épaule, ont été l’objet d’une savante discussion dans le sein de la Société de chirurgie de Paris, et il en est ressorti cette proposition, à savoir, qu’elles sont souvent incurables. C’est Le pronostic qui a été porté chez Guille (obs. XXXI) qui a élé renvoyé comme incurable de l’hôpital de la Clinique. On a vu dans son observation que, pendant tout le temps qu'il est resté dans Île service de M. Nélaton, il a été soumis à un traitement faradique régulier qui n’a exercé aucune influence sur sa paralysie et qui n’a pas empôché les muscles de s’atrophier. Je l’avais annoncé; mais j'ai affirmé aussi que cette paralysie serait améliorée, et j'ai tenu ma promesse, Le pronostic porté par M. Nélaton eût été moins grave, si la puissance thérapeutique de la faradisation localisée, appliquée avec cette persistance, eût été mieux connue.

Les faits que j'ai rapportés et d’après lesquels je me crois fondé à dire que la faradisation localisée est toute-puissante dans le traitement des paralysies qui font l’objet de ce chapitre, ne peuvent laisser aucun doute dans les esprits, car, s’il en est dans lesquels le traitement faradique a commencé une semaine à deux mois après le début, il en est d’autres où l’on a vu la paralysie datant de six mois à quatre ans rester stationnaire, et dans lesquels cependant les muscles étaient quelquefois tellement atrophiés, qu’il était impossible d’en soupçonner l'existence. Il n’est pas douteux pour moi que, sans l'application de la faradisation localisée, Îles membres affectés étaient à jamais perdus, ainsi que je viens d’en rapporter des exemples.

En résumé, je me crois fondé à dire qu'il serait très-imprudent de s’en rapporter au temps pour la guérison des paralysies traumatiques ; que la faradisation est, de tous les agents thérapeutiques, celui qui convient le mieux au traitement de ces paralysies, et qu'elle peut encore rétablir les mouvements et la- nutrition, alors même que les muscles paraissent entièrement atrophiés et privés des conducteurs naturels de l’innervation centrale. |

S VIE. —. Époque à laquelle il convient de faradiser Les muscles paralysés, consécutisement aux lésions traumatiques des nerfs mixtes.

A quelle époque convient-il de pratiquer la faradisation, dans le traitement des paralysies consécutives aux lésions traumatiques des nerfs mixtes ? Il est évident, d’après les faits exposés, que l’on doit se conduire différemment, selon que les muscles ont conservé plus ou moins de leur contractilité électrique, ou qu'ils ont perdu cette propriété.

Dans le premier cas, on ne saurait intervenir trop tôt. B'en qu’en s’abstenant d’agir, les malades puissent, à la rigueur, recouvrer spontanément leurs mouvements, il ressort des faits que j'ai relatés, que l’on s’exposerait à attendre longtemps, si, en pareils cas, on se reposait sur ce qu’on appelle les efforts de la nature. L'observation XXI en est un exemple frappant. On ne comprendrait pas les moüfs qui feraient négliger une médication capable de rendre aux malades l’usage de leurs membres en quelques séances (cinq à dix).

l'est certainement irrationnel de faire des applications électriques dans le but de rappeler les mouvements volontaires, alors que les nerfs récemment lésés ne peuvent pas livrer passage à Pinflux nerveux central, Mais en est-il de même de la nutrition musculaire ? L’excilant artificiel ne peut-il, jusqu’à un certain point, suppléer l’excitant nerveux ?

Il résulte des expériences électro-physiologiques de Rœder que les muscles qui ne sont plus en communication avec le centre nerveux, conservent plus longtemps leur nutrition et leur contractilité électriques, lorsqu'on les soumet à l'excitation électrique. N'est-il pas permis d’en tirer cette déduction thérapeutique : que, dans les paralysies conséculives aux lésions nerveuses qui interrompent même la communication entre la moelle et les muscles, la faradisation localisée peut dans de certaines limites toutefois entretenir intacte cette propriété si essentielle, la nutrition ? L’excitation faradique paraît donc avoir l'avantage de prévenir, jusqu’à un certain point, l’atrophie complète du muscle, sa mort, de telle sorte qu’au moment du retour de l’excilant nerveux, la guérison doit être plus facile et plus certaine.

J'avais conclu de ces considérations, que la faradisalion musculaire, pratiquée le plus tôt possible après la lésion du nerf, ne pouvait produire que des résultats avantageux. Mais cette opinion, qui reposait plutôt sur des idées théoriques que sur une expérimentation rigoureuse, opinion que j'avais exprimée en 1852, n’est malheureusement pas aussi fondée que je l’espérais, comme cela ressort

des expériences nombreuses que j'ai faites depuis lors. Non, l'agent électrique, de quelque manière qu’on l’administre, ne peut suppléer l'agent nerveux spinal pour l’entretien de la nutrition musculaire. Ne suffit-il pas de rappeler les faits rapportés dans ce chapitre, et dans lesquels on a vu les muscles dont l’innervation était profondément lésée, être frappés rapidement d’atrophie et disparaître presque entièrement, malgré la faradisation pratiquée avec énergie dés le début des accidents?

Ce n’est qu’à une époque plus ou moins éloignée (après la régénération périphérique du nerf), que la nutrition a commencé à reparaître dans ces muscles profondément lésés dans leur innervation. C'est ce qui m'a fait dire (A)que l'action thérapeutique de la faradisation localisée est plus rapide dans les anciennes paralysies traumaliques des nerfs mixtes, que dans celles qui sunt récentes et occasionnées par leur lésion profonde.

Tout ie monde comprend que le médecin doive tenir compte de ces phénomènes, dans le jugement qu'il est appelé à porter sur l’opportunité de l’application du traitement faradique. Il est évident que si, pour lés muscles qui, consécutivement à une lésion traumatique des nerfs, ont perdu complétement leur contractilité et leur sensibilité électriques, il existe une période pendant laquelle la paralysie doive persister quand même, et l’atrophie marcher progressivement, l’application de la faradisation localisée, durant DéLre période, est parfaitement inulile. Elle est même nuisible, car elle fatigue le malade, qui ne voudra pas s’y soumettre de nouveau, quand le moment opportun sera arrivé. On m’a vu soumettre des malades régulièrement, pendant neuf mois, à ces excitations, bien que j’eusse annoncé qu'elles ne produiraient aucun résultat. J’expérimentais alors publiquement dans des services cliniques, et je ne pouvais me contenter de ma conviction ; il me fallait la faire passer chez les autres.

J'ai déjà fait l'application de l'expérience que j'ai acquise sur cette question, dans la pratique des hôpilaux comme dans la pratique civile.

Onsenvarion XLVIL. — En 1833, le professeur Roux m'engagea à faire suivre le traitement.électrique à un malade de son service. Cet homme, âgé de cinquante-deux ans, couché au n° 7 de la salle Sainte-Marthe (Hôtel-Dieu), avait, en passant dans une rue, reçu sur l'épaule gauche un homme qui s’élait jeté du quatrième étage. Je l'examinai, le douzième jour de l'accident, et je trouvai la contractilité et la sensibilité électriques de tous les muscles de son membre supérieur gauche complétement abo-

(1) Duchenne (de Boulogne), Mémoire adressé au concours de la Société dé médecine de Gand, 1852.

lies. La sensibilité de la peau était également éteinte à l’avant-bras et à la main, et elle était considérablement diminuée au bras. Je déclarai alors à Roux l’inutilité absolue de la faradisation, et j'anñnonçai que tous ces muscles allaient s’atrophier rapidement. Me souciant peu de faire une nouvelle expérience (c'est-à-dire de donner huit à neuf mois de soins inutiles), je conseillai à Roux de renvoyer ce malade et d'attendre que le moment de le traiter avec des chances de succès fût venu. Mais, le malade étant sans asile, Roux dut le garder encore un mois. Pendant le temps qu'il resta à l’Hôtel-Dieu, on vit ses muscles s’atrophier rapidement, ainsi que je l’avais prédit. — Renvoyé de l'Hôtel-Dieu, il fut reçu presque immédiatement à la Charité, dans le service de M. Cruveilhier, salle Saint-Ferdinand, n° 10. M. Cruveilhier désira que la faradisation lui fût appliquée, afin de se convaincre de l’inutilité de ce traitement. Pendant trois mois, ce malade fut régulièrement et vigoureusement faradisé, mais sans aucun résultat. Enfin, M. Cruveilhier dut, à son tour, le renvoyer de l'hôpital, en lui conseillant, comme je le désirais, de revenir dans neuf à dix mois.

En résumé, 1° toute paralysie consécutive à la lésion traumatique des nerfs, et dans laquelle la coutractilité électro-musculaire n’est pas abolie, doit être soumise le plus tôt possible au traitement par la faradisation localisée ; 2° lorsque la contractilité électro-musculaire est perdue, ou que, du moins, elle n’est plus appréciable à nos moyens d’investigalion, — ce qui annonce que la force nerveuse spinale n’arrive pas aux muscles, — il faut attendre que la lésion nerveuse soit guérie, c’est-à-dire que la régénération des nerfs ait eu le temps de se faire, et cela d'autant plus tard que la sensibilité musculaire est plus diminuée. Alors seulement la faradisalion a des chances de succès ; son application est même nécessaire.

S VWVEIE. — Procédé opératoire par la faradisation localisée,

Chaque muscle doit être faradisé d’une manière spéciale, suivant qu'ila plus ou moins souffert dans sa contractilité électrique et dans sa nutrition. Il importe donc d'en connaître exactement l’état.

Ainsi, plus un muscle est atrophié et plus sa contractililé et sa sensibilité sont diminuées, plusil doit être longtemps soumis à l’excitation électrique, et plus le courant dirigé sur lui doit être intense. Mais lorsqu'on voit la sensibilité s’exalter, il est prudent de n’agir qu'avec des intermiltences de plus en plus éloignées et avec un courant modéré, et même d’éloigner les séances, sous peine de provoquer des névralgies difficiles à réprimer et quelquefois même des phénomènes inflammatoires. Pendant tout le cours du traitement faradique que j'ai fait subir aux malades dont les observations ont été exposées dans ce travail, j'ai excité la sensibilité muscu-

laire, autant que possible, au moyen des intermiltences plus ou moins rapides, parce que j'ai trouvé que c'était le meilleur moyen d'agir sur la nutrition des muscles atrophiés. Le courant de la première hélice est celui qui convient le mieux dans ces cas.

Néanmoins les séances trop longues et des intermittences trop rapides, peuvent fatiguer et même épuiser le muscle, de même que l'exercice forcé produit l’atrophie, au lieu de favoriser la nutrition, comme le fait l'exercice modéré. Je crois pouvoir fixer la durée de chaque séance à dix ou quinze minutes au plus. Je donne rarement plus d’une minute à chaque muscle. Afin d'éviter la fatigue ou la courbature électrique, je passe rapidement sur les muscles, ayant soin de revenir plusieurs fois dans une même séance sur chacun d'eux, et de laisser un temps de repos entre chaque excitation. En même temps, j'éloigne les intermittences du courant d'induction, de manière à rendre l'application très-peu ou point douloureuse, et à ne pas m’exposer, en les excitant trop vivement, à paralyser les nerfs qui président aux circulations locales et à la nutrition des muscles,

SEX. — Mes recherches sur la valeur thérapeutique des courants continus appliqués au traitement des paralysies traumatiques des nerfs mixtes.

J'ai dit antérieurement (première partie, chap. ir, art. 4, S 6) que l’action thérapeutique des courants galvaniques interrompus, dans le traitement des paralysies iraumatiques des nerfs mixtes, est à peu près la même que celle des courants d’induction. Or, les prétendus courants continus, tels que je les ai vus appliquer par Remak lui-même, ne sont pas, ainsi que je l'ai déjà dit (p. 4179), autre chose que des courants galvaniques intermittents, mêlés plus ou moins à des courants continus. M. le professeur Gavarret, qui avait été témoin, à l'hôpital de la Charité, de ces applications du courant galvanique, me dit un jour : « Mais ce n’est pas là ce que l’on doit appeler un courant continu; c’est un courant galvanique interrompu.» En effet, Remak changeait incessamment ses rhéophores de place, en les détachant de la peau, après les avoir laissés quelques secondes sur le même point. Je pourrais citer d’autres témoignages qui prouvent qu’à Berlin, il procédait souvent de la même manière. Sa pratique, on le voit, différait beaucoup de la méthode qu'il a enseignée dans ses écrits, et qui consiste, comme je le répète, à faire passer, à travers les organes, les membres ou les nerfs, des courants qu’il a appelés labiles où stabules.

Admettons cependant qu'il ait réellement appliqué des courants Jabiles (quant aux courants stabiles, personne ne les lui a vu em-

ployer à Paris); je soutiens que ces courants dits labiles se produisent avec de véritables intermittences, qui sont seulement moins intenses que les précédentes, — Tout le monde est d'accord sur ce point. — Par ce procédé, on fait donc de la galvanisation localisée intermittente qui, d’après mes expériences, guérit (je l'ai dit D, page 190) à peu près aussi bien les paralysies que la faradisation localisée. C’est pourquoi j'emploierais indifféremment la galvanisation localisée intermittente, sans les inconvénients inhérents aux appareils qui dégagent le courant galvanique et sans ceux de son action électrolytique. Il est vrai que, par ce procédé de gavanisation, les rhéophores ne restant pas longtemps en contact avec les mêmes points de la peau, cette action électrolytique n’a pas le temps d'y produire de vésications ni d’escharres, même lorsque la tension (puissance électro-motrice) du courant est très-grande (en raison directe du nombre des éléments). Mais alors l'excitation cutanée est inséparable de l’excitalion musculaire, et elle est si douloureuse que les malades la supportent difficilement.

Ce qui caractérise encore la méthode de galvanisation musculaire de Remak, par courants labiles, c’est l’application des rhéophores sur les points d'immersion des nerfs musculaires. Get auteur y à attaché une telle importance, que l’un de ses élèves, M. Ziemsen a cru devoir indiquer par de nombreux points, sur une figure, les lieux d'immersion de ces nerfs musculaires.

Remak, à qui j'avais montré ces points d'immersion, dans des expériences d’électro-physiologie musculaire, qui ont excité, a4-l dit, son admiration, m'avait accusé d’en avoir fait un secret et de ne les connaître qu’empiriquement, tandis que lui les avait découverts anatomiquement! On a pu lire précédemment (p. 82), comment j'ai répondu à ce reproche si étrange, surtout parce qu'il s’adressait à un anatomisie.

Quoi qu’il en soit, je reconnais que M. Ziemsen a fait une chose utile en indiquant sur des figures les points d'immersion des nerfs ; mais Remak leur a atlaché une importance exagérée. J’ai, en effet, traité une série de paralysies par les courants labiles, dans la moitié desquels je plaçais les réophores sur les points d'immersion des nerfs, tandis que, dans l’autre moitié, je promenais ces réophores sur tous les points de la surface des muscles. Il y a eu seulement une petite différence dans les résultats thérapeutiques, et il m'a paru que l'avantage a été pour le second procédé; c’est heureux pour la pratique, carilest plus Simple et des plus faciles, puisqu'il n'exige pas de notions anatomiques spéciales sur ces points d’immersion des nerfs musculaires.

Les partisans exclusifs des courants continus ont avancé, à l’exemple de leur chef, Remak, que les courants continus guérissent beau-

coup plus vite et plus sûrement que Jes courants d’induction, les paralysies atrophiques par lésion des nerfs. Maïs quels faits ont-ils done à opposer à ces cas de guérisons par la faradisation localisée, que je compte aujourd’hui par centaines? Et comment ces faits ontils été observés? Suffit-il de me dire : « Nous avons guéri, en un petit nombre de séances, une paralysie traumatique d’un nerf mixte, tandis que vous avez mis plus de deux années à en guérir une (par exemple celle qui est rapportée dans l’observation CXI, 1° édition (1). » Non certes; avant tout, mes contradicleurs auraient dû établir exactement comme je l’ai fait, le pronostic de ces paralysies, les catégoriser et comparer ensuite entre eux les cas semblables ; alors seulement il eût été possibie d'apprécier la valeur de leurs observations.

Ce qu'ils ont négligé, je l’ai fait dans mes recherches sur la valeur thérapeutique de l’action de la galvanisation, non-seulement par courants coninus labiles, mais aussi par courants continus stabiles; je ne puis que répéter ici ce que j'ai déjà écrit précédemment (A, page 191): « Les résultats de ces recherches sont loin de répondre aux prétentions de Remak et de son école.

Je conseille néanmoins, dans le traitement des paralysies graves par lésion des nerfs mixtes, de combiner et d’allerner la faradisation localisée avec la galvanisation par courants continus labiles et stabiles. C’est ce que j’expérimente, en ce moment.

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