CIIAP. I, — PAR AL. C0NSÉC. AUX LÉSIONS DES NERFS MIXTES
(la nutrition et le mouvement) qu'après un temps plus ou moins long, c'est-à-dire quand, la lésion des nerfs étant guérie, en d'autres termes, ces nerfs étant régénérés, l'influx nerveux pourrait arriver "librement aux muscles paralysés. C'est alors seulement, ajoutai-je, que le traitement faradique pourra guérir; c'est alors qu'il sera môme nécessaire. En quelques jours, on vit ce diagnostic et ce pronostic se réaliser en partie; car le malade, après plusieurs séances de faradisation circonscrite dans chacun des muscles paralysés, put élever les épaules, fléchir et étendre l'avanl-bras sur le bras, et commencer à exécuter tous les mouvements commandés par les muscles qui reçoivent leur innervation du cubital et du médian, à l'exception toutefois des mouvements qui dépendent des muscles de l'éminence thénar. Or, tous ces muscles, qui, chez ce malade, obéissaienldéjààlavolonté,après quelques séances, étaient justement ceux qui avaient conservé leur contraclilité électrique; quantauxautres, ils sont entrés en voie de dépérissement, malgré la faradisation qui a été pratiquée avec énergie et régularité. II n'était pas douteux, pour moi, que ces muscles s'atrophieraient et resteraient paralysés, si l'on n'intervenait pas avec la faradisation localisée. Il faut noter que le deltoïde, qui avait moins souffert dans son tiers antérieur, commençait à se contracter volontairement, et que ce malade pouvait, après une dizaine de séances, porter la main au front; que le sous-épincux et les muscles de l'éminence thénar, dont la contraclilité électrique était seulement un peu affaiblie, commençaient également à se contracter volontairement : ainsi, il pouvait, à ; l'aide de son sous-épineux, imprimer à l'humérus un mouvement de rotation en dehors, et, à l'aide des muscles de l'éminence thénar, il exécutait de légers mouvements d'opposition.
Observation XXI. — Sommaire. Paralysie atrophique de la main, consécutive à la contusion du nerf cubital — Degré de lésion des fibres nerveuses qui animent chacun des muscles paralysés, reconnu à l'aide de la faradisation localisée. — Faradisation appliquée deux mois après le début. — Gué' ison trèslente de la paralysie dans les muscles qui ont perdu leur contraclilité et leur semibililé électriques. (Voir, pour les détails, Électr. local, 2e édit., obs. X.)
Réflexions. — S'il n'était pas permis de croire que, dans ce cas, tous les muscles qui meuvent la main, les doigts et le pouce, étaient également paralysés, puisque le nerf cubital seul avait été contus, on pouvait penser du moins que tous les muscles dépendants de ce nerf cubital devaient être lésés au môme degré. Mais l'examen, par la faradisation localisée, a démontré qu'il n'y avait qu'un très-petit nombre de muscles profondément affectés, et, en conséquence, que quelques fibres du nerf cubital seulement avaient dû ôlre blessées.
Les nerrs médian et radial n'avaient pas été contus, et cependant les muscles auxquels ils se distribuent étaient paralysés. Ces faits
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me semblent démontrer qu'il existe une sorte de solidarité entre tous les nerfs d'un membre, et que l'un d'eux ne peut être impunément supprimé tout à coup, sans compromettre l'innervation générale de ce membre. Toutefois le trouble apporté dans l'état des muscles dont les nerfs ne sont pas lésés, n'est que momentané, et se dissipe avec le temps généralement et plus promptement par l'excitation électrique, comme on Ta vu dans ce dernier cas et dans les observations XVIII, XIX, XX.
J'ai été frappé aussi, dans ce cas, de la lenteur de l'action thérapeutique de la faradisation sur les muscles qui avaient perdu leur conlraclilité et leur sensibilité électriques; la cause en a déjà été donnée : c'est que, la lésion du nerf n'étant pas guérie, l'influx nerveux n'arrivait pas encore librement aux muscles. Si la faradisation eût été employée plus tard, à une époque où le retour de l'excitant cérébro-spinal dans ces muscles eût été seulement insuffisant pour rendre à ces muscles leur propriété, il est probable que l'action électro-thérapeutique eût été plus rapide, ainsi qu'on le verra dans quelques-unes des observations suivantes.
Observation XXII. — Paralysie atrophique du deltoïde et du long supinateur, de cause traumatique (le malade avait reçu sur l'épaule une femme qui s'était précipitée du quatrième étage). — Diagnostic de la paralysie de ce dernier muscle tiré de l'état de la contraclililé éleclro-musculaire . — Âppli- ' cation de la faradisation, deux mois après l'accident. — Guérison par la faïadisation localisée. — La strychnine et les moxas n'avaient produit aucun résultat thérapeutique. (Voir, pour les détails, Èlectr. local., 2e édit., obs. XI.)
Réflexions. — Ici la paralysie du deltoïde ne s'est montrée, chez le malade, qu'un certain temps après la lésion du nerf, comme dans l'observation XXI, après la lésion du nerf cubital.
L'examen de l'état de la conlractililé et de la sensibilité électriques des muscles du membre paralysé avait fait connaître le degré de la lésion dans chacun des faisceaux de son deltoïde ; et par la suite on a vu que ceux (les deux tiers antérieurs de ce muscle) dans lesquels la contractilité et la sensibilité électriques étaient plus gravement atteintes, ont été les derniers à guérir par la faradisation.
Le diagnostic de la paralysie du deltoïde ne pouvait certes échapper à l'observation, parce que ce muscle est le seul qui produise l'écarternent du bras en dehors, et que chez notre malade ce mouvement était aboli. Mais, sans la faradisation localisée, il eût été difficile de diagnostiquer la paralysie du long supinateur, les mouvements propres de ce muscle étant également exécutés par d'autres muscles. En effet, ces mouvements n'étaient qu'affaiblis, et la diminution de la contractilité électrique du long supinateur put seule
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nous faire découvrir que ce muscle était lésé (I). On comprend cependant l'importance de ce diagnostic exact pour le traitement local qu'il faut faire subir alors aux muscles paralysés.
Les muscles faradisés sont devenus le siège de douleurs spontanées qui ont persisté un certain temps; mais ce symptôme a précédé (comme clans les observations XVIII, XIX, XX, XXI) le tour des mouvements; ce qui prouve une fois de plus que les douleurs qui suivent l'excitation électrique sont, dans ces circonstances, le signe d'un travail favorable à la guérison.
Observation XXIII.— Paralysie atrophique du membre supérieur survenue pendant le sommeil, attribuée à l'existence d'une tumeur de cause syphilitique, comprimant quelques filets du plexus cervical et du plexus brachial. — Diagnostic tiré de l'état de la contractilité éleclro- musculaire. — Impuissance thérapeutique de la faradisation. (Voir, pourles détails, Éleclr. local., V édit., obs. XII.)
Réflexions. — Celle paralysie, survenue tout à coup pendant le sommeil, sans avoir été précédée de douleurs, cbez un homme qui n'avait été exposé à aucune influence toxique, à aucune des j lésions traumatiques des nerfs qui produisent les paralysies locales du membre supérieur, devait être rationnellement attribuée à une cause cérébrale. Celle opinion pouvait s'appuyer sur plusieurs obser-'. valions analogues, que j'avais recueillies à la Charité (2), et sur uni fait qui sera relaté plus loin, à l'occasion du diagnostic différentiel ; mais, dans tous ces cas, les muscles paralysés avaient conservé la faculté de réagir sous l'influence électrique; tandis qu'ici, les muscles avaient perdu plus ou moins celte aptitude. En présence de cesj phénomènes, je n'hésitai pas à éloigner toute idée de lésion cérébrale, comme cause de la paralysie. Une telle lésion musculaire nef pouvait être rapportée, selon moi, qu'à une altération ou des nerfs, qui animent les muscles paralysés, ou du point de la moelle d'où ces nerrs prennent leur origine; et comme complément de ce diagnostic différentiel, j'annonçai que l'atrophie des muscles paralysés devait' marcher d'autant plus rapidement, dans chacun des muscles, que5 leur contractilité électrique était- plus affaiblie tandis que l'atrophie musculaire ne s'observe pas dans la paralysie de cause cérébrale, qui expose seulement le membre attaqué par elle à un amaigrissement lent, par défaut d'exercice, mais limité.
Je plaçai le siège de la lésion principale dans certains nerfs éma-, narit des plexus cervical et brachial. En effet, à un examen plus.
(1) 11 existe cependant un moyen sûr, quoique peu connu, do reconnaître, sans l'exploration électrique, la paralysie du long supinateur. Pendant que le malade SS solidement son avant-bras dans la flexion et lavsemi-pronaUœi et q«j 1 on cherche h en produire l'extension, on voit et l'on sent, du cote sain la cont. action de ce muscle, tandis qu'il reste mou et flasque lorsqu'il est paralysé.
(2) Duchenne, Union médicale, t. V, n08 53 et 5i, 185?.