ART. I. — EXPOSÉ DES FAITS
minutieux, on constata dans la région cervicale droite et au niveau de l'émergence des nerfs qui constituent ces plexus, l'existence d'un point très-sensible à la pression ; cetle pression y déterminait une douleur qui s'irradiait dans tout le membre supérieur droit ; c'était aussi dans ce point que le malade rapportait des douleurs lancinantes qui revenaient irrégulièrement et spontanément. Non content de remonter ainsi par la faradisalion localisée à l'origine de celte paralysie, je diagnostiquai l'état exact de chacun des muscles, et, en conséquence, de chacun des faisceaux qui entrent dans la composition des nerfs des plexus cervical et brachial. En effet, chez notre malade, certains muscles et môme des portions de muscles placés sous la dépendance de ces plexus, avaient conservé leur contraclililé électrique ; ce qui annonçait l'intégrité de leurs filets nerveux. C'est pourquoi ces muscles n'étaient que faiblement paralysés. Ainsi, par exemple, ce malade, qui ne pouvait élever directement l'épaule du côté paralysé volontairement , parce que le tiers moyen du trapèze qui exécute ce mouvement était profondément atteint, ce malade , dis-je, élevait instinctivement celle épaule pendant une forte inspiration, grâce à l'intégrité de la portion claviculaire du trapèze et de l'angulaire de l'omoplate (les uniques agents de ce mouvement instinctif de la respiration). La rotation \olonlaire de l'humérus en dehors, mouvement qui est dû au sous-épineux, se faisait encore. Le mouvement de l'humérus obliquement en dehors et en arrière n'était pas complètement perdu, parce que les fibres nerveuses qui animent ces muscles avaient peu soufferl ou n'avaient pas souffert du tout, comme l'indiquait la conservation plus ou moins parfaite de leur contraclililé électrique.
Traiter l'affection locale, cause de la paralysie, c'esl-à-dire la lésion des plexus cervical el brachial du côté droit, telle était la première indication à remplir. M. Jarjavay, chargé provisoirement du service dans lequel se trouvait le malade, fit appliquer un vésicaloirc sur la région postérieure du cou, et pensa que la faradisalion des muscles paralysés pouvait entretenir, jusqu'à un certain point, la vie locale, ou diminuer le dépérissement inévitable des muscles qui ne pouvaient plus recevoir librement l'excitation spinale. Mais ni les vésicaloires ni la faradisalion localisée ne purent arrêter la marche de l'atrophie, et, ainsi que cela avait été prévu, les muscles paralysés s'atrophièrent d'autant plus rapidement et complètement que leur contraclililé et leur sensibilité avaient été plus profondément lésées. De plus, les douleurs, primitivement intermittentes et limitées à la région cervicale, devinrent continues et s'irradièrent dans tout le membre en s'exaspérant la nuit.
Un mois après l'entrée du malade à l'hôpital, M. Nélalon, qui avait
:12 6 CUAP. I. — l'AUAL. CONSÉC. AUX LÉSIONS DES NERFS MIXTES.
i épris son service, m'engagea à soumettre Je malade à un nouvel examen ; le diagnostic local (la lésion des plexus ou de leur origine) fui de nouveau confirmé par moi, à l'aide de la faradisation localisée. Mais quelle pouvait être la nature de celte lésion locale? M. Nélaton retrouva dans les antécédents une infection syphilitique, dont le malade présentait alors des symptômes tertiaires, et pensa qu'une exoslose pouvait bien être la cause de la lésion locale. Un traitement spécifique (le prolo-iodure de mercure) fat alors prescrit; en peu de jours, les douleurs disparurent, puis la paralysie diminua progressivement dans les muscles qui n'avaient pas perdu leur conlractilité électrique.
§ II. — Paralysies anciennes, consécutives à la lésion traumatique des nerfs mixtes (datant de six mois à quatre ans au moment du traitement).
Observation XXIV. — Paralysie atrophique des muscles de la main droite, consécutive à l'arrachement du nerf cubital. — Altitude vicieuse des phalanges avec déformation de leurs surfaces articulaires. — Sous l'influence thérapeutique de la faradisation localisée, appliquée quatre ans après le début, retour i° de la calorification; 2° de la nutrition des muscles animés par le nerf lésé; 3° de la force tonique, puis des mouvements volontaires dans ces mêmes muscles; 4° enfin, sous l'influence de la faradisation, amélioration de l'attitude des phalanges, par l'augmentation de la force Ionique des interosseux et des lombricaux. (Voyez plus loin les figures 87, 88, 89 et 90, représentant la main du su}et de celte observation, avant et après le traitement.)
Albert Musset, Agé de dix-neuf ans, ouvrier lypographe, demeurant rue Saint-Louis, n° 20, a perdu l'usage de la main droite, à la suite d'une blessure qu'il s'est faite à la partie antérieure de l'avant-bras, le 13 novembre 1846. Ayant eu le bras pris dans une mécanique, un instrument tranchant à bords mousses, enfoncé dans les chairs, à la partie interne de l'avant-bras, 4 à 5 centimètres au-dessus du métacarpe, a rasé la face antérieure du cubitus, puis est ressorti en dedans du tendon du grand palmaire (A, fig. 87), en divisant par arrachement tous les tissus qui se trouvaient en avant. En conséquence, le muscle cubital antérieur , les faisceaux internes des fléchisseurs superficiel et profond, le petit palmaire, le nerf, cubital, l'artère cubitale, et peut-être aussi la terminaison du nerf médian, ont dû être divisés par l'instrument tranchant. Cet ouvrier entra immédiatement à l'Hôtel- Dieu, dans le service de Roux, et ne fut guéri de sa blessure que trois mois après son entrée à l'hôpital -r sa main était alors amaigrie, et les deux dernières phalanges des doigts étaient constamment fléchies, sans qu'il pût les étendre. Le quatrième et le cinquième doigt de celte main ne pouvaient Cire étendus mécaniquement; ils semblaient retenus par la cicatrice (A, fig. 87), de l'avant-bras à laquelle adhéraient leurs tendons fléchisseurs. On parvint, au moyen des tractions graduées et continues, à rompre les brides qui les retenaient, et à les étendre aussi facilement que les autres doigts. Mais les mouvements