ART, 1. — EXTOSÉ DES FAITS
d'extension volontaire semblaient perdus à tout jamais; telle était, du moins, au dire du malade, l'opinion de Roux.
Les figures 87 el 88 monlrenl quel était l'état de sa main, avant le traitement.
Fig. 87. - Attitude vicieuse (en grille) de Fig. 88.— Attitude vicieuse (en griffe) de la la main de Musset vue par sa face palmaire, main de Musset vue par sa face doriale,
avant le traitement (*). avant le traitement consécutivement a la
lésion du nerf cubital (**).
Depuis sa sortie de l'tlôtel-Dieu, ce jeune homme avait épuisé tous tes genres de traitement, sans pouvoir améliorer son état. Le 1G octobre 1850, époque de son entrée à la Charité, c'est-à-dire quatre ans après l'accideni, sa main semblait être encore plus amaigrie et lui était plus incommode qu'utile.
Traitement com7nencé le 22 décembre 18b0. — Pendant cinq à six séances pratiquées de deux jours l'un, l'excitation faradique a été dirigée seulement sur les muscles de l'avanl-bras, sans que le malade ail éprouvé la plus légère amélioration. La taradisalion a été ensuite limitée aux espaces inter-
(*) A. Cicatrice indiquant la direction prise par l'instrument qui a divisé le nerf cubital et les tissus placés au-devant de lui. — B, B, II, B. Têtes des métacarpiens hypertrophies. — C, D. Régions thénar et hypolhénar , où l'on ne sent plus de tissu musculaire à t avers la peau, qui semble partout en rapport avec les métacarpiens. On remarque dans les figures 87et 88 les reliefs tiès- prononcés des tendons extenseurs et fléchisseurs qui soulèvent la peau.
('*) La lésion du nerf cubital a été suivie de l'atrophie des interosseux et des deux derniers lombricaux — Les muscles de l'avant-bras jouissant de leur liberté el se trouvant privés de leurs modérateurs, les phalanges ont été entraînées dans des directions vicieuses, et la main a pris la forme d'une griffe. — La dépression A indique l'origine de la cicatrice occasionnée par la blessure. — La griffe formée par l'extension des premières phalanges et la flexion des deux dernières, se prononce encore davantage, quand Musset veut étendre les doigts. — Les premières phalanges sont subluxées eu arrière sur les métacarpiens, et leur flexion est limitée par Im tètes de ces métacarpiens hypertrophiées en avant.
3*8 CIIAP. t. — PARAL. CONSÉC. AUX LÉSIONS DES NERFS MIXTES.
osseux et aux rég'ons thénar et hypolhénar, à une dose aussi forlc que possible et de manière à produire des douleurs. Après la dixième séance, Musset conserva ù la main la sensation d'une chaleur brûlante qui remplaça ses anciennes douleurs. Mais les doigts lui semblaient toujours glacés, engourdis et douloureux,- la main était moins desséchée, les espaces interosseux se remplissaient ; les premières phalange? étaient moins renversées; les secondes commençaient à s'étendre. Le traitement fut suspendu pendant trois semaines, à cause d'une fièvre continue au début, intermittente à la fin, après laquelle on observa que la main de Musset n'avait rien perdu, quant à l'amélioration de l'attitude des phalanges, amélioration qui s'était montrée pendant la première période du traitement; on constata, au contraire, que la calorificalion avait gagné les doigts et principalement les deux derniers, au point de le gêner, et que les douleurs et l'engourdissement qu'il y éprouvait constamment avaient presque entièrement disparu. Le traitement étant repris, je joignis à la faradisation musculaire l'excitation de la sensibilité électrc-culanée par les fils métallique?, et bientôt je vis la sensibilité de la peau de la main augmenter très-notablement et en môme temps les veines se dessiner et grossir sur la face dorsale de la main, enfin la peau de cette région reprendre sa coloration normale. Les applications faradiques, renouvelées presque chaque jour, développèrent assez rapidement les petits muscles de la main, dont il était impossible de constater jadis l'existence, et l'on vit les phalanges et principalement celles de l'index et du médius se rapprocher de plus en plus de leur attitude normale, sous l'influence du retour de leur force tonique. On constatait alors que les tôles des métacarpiens, moins saillantes en avant, permettaient la flexion des premières phalanges. L'action tonique des muscles inferosseux sur les phalanges se montra longtemps avant la manifestation de quelques mouvements volontaires. En effet, à l'époque où Musset sortit de la Charité (le 15 mars 1830), les mouvements volontaires des phalanges étaient à peine apparents; ainsi fléchiss:u'.-il les deux dernières phalanges, il ne pouvait les étendre; mais, dès qu'il cessait de contracter ses fléchisseurs après avoir fermé sa main, ces mômes dernières phalanges s'étendaient un peu et lentement d'elles-mêmes, c'est-à-dire sous l'influence de la conliaclililé tonique des interosseux (1).
Tel était l'état du malade lorsqu'il sortit de la Charité, état assurément meilleur, mais qui ne lui permettait pas encore l'usage de sa main. Comptant sur une guérison progressive et spontanée, Musset suspendit encore une fois son traitement, pendant deux mois cl demi; mais il fut trompé dans son attente; car, lorsqu'il vint réclamer de nouveau mes soins, il n'avait rien gagné pour les mouvements volontaires, et sa main était absolument dans le môme état qu'à l'époque de sa sortie de l'hôpital.
Le traitement Tut repris, au commencement de juin 1850; les applications faradiques ne furent faites que deux ou trois fois par semaine. Dès lors, les premières phalanges, surtout celles des deux premiers doigts,
(1) Je rappelle que j'ai démontré que ces petits muscles sont extenseurs des deux dernières phalanges et fléchisseurs des premières. (Voy. Duchenne (de Boulogne), Physiologie des mouvements, etc., chap. vi, p. 169.)