‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 103 sur 543 · ART. I. — EXPOSÉ DES FAITS · texte numérisé non relu

ART. I. — EXPOSÉ DES FAITS

prirent une altitude encore plus fléchie sur les métacarpiens, et les dcuv dernières s'étendirent davantage; en môme temps, les mouvements volontaires de ces phalanges et les mouvements alternatifs de rapprochement et d'écartement des doigts commencèrent à se manifester. Cette amélioration des mouvements volontaires se montra principalement dans l'index et le médius, comme pour l'altitude des doigts. A partir de ce momenl, l'amélioration delà main fut si rapide, que Musset put, au mois d'août, écrire et dessiner, et, bien qu'il eût interrompu son traitement pendant plusieurs mois et â plusieurs reprises, les premières phalanges de l'index et du médius se fléchirent à angle droit sur les métacarpiens; les deux dernières s'étendirent complètement ; quant à l'altitude et aux mouvements volontaires des deux derniers doigls, ils entrèrent aussi en voie d'amélioration. Il put alors se servir de sa main malade pour exercer l'état d'expéditionnaire, comme on le voit dans la figure 93 qui représente sa main dessinée, d'après nature, après le traitement et tenant une plume pour écrire.

En raison de la longueur de cette observation, j'ai dû négliger de mentionner les phénomènes thérapeutiques qui se manifestèrent dans les muscles des éminenecs thénar et hypothénar. Il suffira de dire que ces éminences sont à peu près aussi développées qu'à l'élat normal (voy. C D, fig. 89) et qu'on ne voit plus saillir, dans la paume de la main, les tendons fléchisseurs comme dans la figure 87, et enfin que les mouvements commandés par les muscles de ces mêmes éminences sont revenus rapidement et presque complètement. Laguérison de Musset s'est maintenue.

(*) J'ai engagé Musset à essayer de placer sa main dans l'attitude pathologique qu'elle conservait avant le traitement, pour que la comparaison de l'état antérieur avec l'état actuel fût plus exacte. Dans la figure 89, qui présente la main guérie dans cette attitude, on voit que Musset ne peut pirvenir à renverser ses premières phalanges sur les métacarpiens, comme elles s'étaient placées malgré lui avant le traitement : que les tètes des métacarpiens ne font pas plus de saillie qu'à l'état normal ; enfin, que les tendons des fléchisseurs ne sont plus visibles dans la paume de la main. De plus, les éminences thénar et hypothénar 0, D, firmeut les reliefs naturels dus au\ masses musculaires aujourd'hui bien développées. — Le tissu cellulaire est plus abondant ; la pulpe a reparu; enfin, les phalanges n'ont plus celte apparence osseuse comme dans la (i^urc 87.

Fig. 89 — Main de Musset vue par sa face palmaire, après le traitement, pendant qu'il essaye de la placer dans l'altitude vicieuse (voy. /fy. 88) qu'elle avait avant le traitement (*).

Fig. 90. — Attitude de la main de Musset tenant uue*plume pour écrire, après le traitement.

330 Cil A 1". I. — TAHAL. CONSÉC. AUX. LÉSIONS DES NEUFS MIXTES.

Je l'ai revu en mai 18G9, et il m'a appris qu'il a pu se servir si bien de sa main, qu'il est employé comme expéditionnaire dans un chemin de fer, et qu'il sollicite, en ce moment, l'emploi de sténographe de la chambre.

Réflexions. — Il est évident que le nerf cubital a dû se trouver compris dans les tissus divisés par l'instrument qui s'est enfoncé dans l'avant-bras de Musset. Mais si le fait avait pu être douteux, la perte de la contractilité électrique des muscles placés sous la dépendance de ce nerf établirait incontestablement ce diagnostic.

La difformité de la main qui avait été la conséquence de la lésion du nerf cubital était certainement inexplicable autrefois. C'est seulement par la connaissance des faits qui ressortent de mes recherches sur les fonctions des muscles de la main, qu'il est permis d'en expliquer le mécanisme.

Je dois rappeler que le retour de la force tonique musculaire, qui ramena les phalanges de Musset à leur altitude normale, se manifesta quelque temps avant les mouvements volontaires. C'est un phénomène que j'ai observé dans d'autres paralysies. Ainsi, j'ai vu, dans la paralysie saturnine et dans la paralysie de la septième paire, comme dans la paralysie consécutive aux lésions traumatiques des nerfs mixtes, la tonicité musculaire précéder le retour des mouvements volontaires.

L'action thérapeutique de la faradisation localisée sur la nutrition et sur les mouvements des muscles qui meuvent les doigts et le pouce, a été très-rapide chez Musset, comparativement à ce que cette môme médication a produit chez le malade de l'observation XVII, dont les nerfs n'étaient certainementpas divisés. J'en ai déjà donné l'explication : j'ai dit que, dans la paralysie par lésion traumatique des nerfs mixtes, la faradisation ne peut guérir qu'après la guérison de ces nerfs, alors que l'influx nerveux arrive librement aux muscles malades. Or, celte guérison des nerfs lésés exige un temps plus ou moins long. C'est pourquoi, la guérison du malade de l'observation XVIII s'est fait longtemps attendre, tandis que chez Musset, dont la lésion nerveuse datait de quatre ans, l'excitant cérébro-spinal s'était frayé une voie, soit à travers la cicatrice devenue nerveuse et à travers le bout périphérique du nerf régénéré. On peut affirmer qu'avant la faradisation, la force nerveuse arrivait à ses muscles paralysés et atrophiés, qui avaient, sans aucun doute, besoin de cet excitant électrique pour réagir sous l'influence de l'excitant cérébro-spinal.

Qui oserait révoquer en doute, clans cette observation, l'action thérapeutique de la faradisation? Cerles, la nature avait eu le temps d'agir, d'opérer spontanément la guérison, si elle eût été possible sans la faradisation. Il n'est pas nécessaire de dire ce qui serait arrivé, si cette dernière médication n'était pas intervenue. Un fait qui

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