ART. IV. — ACTION THÉRA PEUTIQUE DE LA FARADISAT. LOCAL
bien qu'ils fussent arrivés aux dernières limites de l'atrophie, lorsqu'elle a été appliquée en temps opportun, c'est-à-dire, après la guérison la lésion nerveuse, après la régénération des nerfs. On°peut espérer qu'il en sera de même dans la paralysie alrophique de l'enfance : ainsi, lorsque, la lésion spinale étant guérie, la force nerveuse revient aux muscles, la faradisation localisée rappelle quelquefois leur nutrition et prévient leur dégénérescence qui, tôt ou tard, aurait pu avoir lieu, comme on le voit dans la paralysie consécutive à la destruction d'un nerf, lorsqu'elle n'a pas été traitée à temps par l'électrisation.
VI. Mais à quelle époque doit-on soumettre au traitement électrique un muscle qui, dans cette espèce de paralysie de l'enfance, a perdu la faculté de se contracter par l'excitation électrique ? En d'autres termes, à quelle époque l'influx nerveux central revient-il aux muscles paralysés ? J'ai établi, par l'expérimentation (JI° partie, chap. i), que, dans la paralysie traumatique des nerfs, l'application de la faradisation, faite même régulièrement dès le début, n'empêche pas les muscles dans lesquels l'irritabilité est abolie de s'atrophiera peu près complètement, pendant six, huit à dix mois, et que ce n'est qu'après ce laps de temps, que, la lésion nerveuse étant guérie et la force nerveuse revenant aux muscles, la faradisation peut non-seulementJes sauver d'une destruction complète, mais encore rappeler leur nutrition et leur motilité.
J'ai écrit dans la première édition : « Il serait imprudent d'attendre aussi longtemps avant de soumettre ces muscles à un traitement électrique régulier et suffisamment continué; car, après six mois de maladie, j'ai eu l'occasion de constater, chez un enfant, que plusieurs muscles avaient déjà disparu, et quelque effort que j'aie fait, je n'ai pu les rappeler à la vie. Il n'y aurait rien d'étonnant que, sous l'influence d'une cause analogue (d'un état pathologique de la moelle), la transformation graisseuse arrivât plus vite chez l'enfant que chez l'adulte ; et comme le moment du retour de l'influx nerveux, ou, en d'autres termes, de la guérison de la lésion nerveuse, n'est pas encore et sera peut-être difficilement déterminé, dans ces paralysies de l'enfance, je conseille de traiter le plutôt possible, par la faradisation les muscles qui ont perdu leur contractilité. En agissant de la sorte, sauvera-t-on plus souvent les muscles d'une destruction complète? C'est ce que l'on est en droit d'espérer, mais l'avenir seul en décidera. » Voici maintenant ce que l'expérience m'a appris, depuis que j'ai écrit ces lignes . Des enfants m'ont été adressés, deux à trois mois après l'invasion de la paralysie atrophique.. Bon nombre de leurs muscles paralysés ne répondaient plus à l'excitation électrique la plus énergique ; quelques-uns de ces derniers ont été quelquefois sauvés d'une entière destruction. Parmi tous
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ces muscles, il en est dont l'utilité est encore très-grande, quelque faibles qu'ils soient, et ce sont ceux-là que l'on doit s'appliquer particulièrement à développer.
VII. Consécutivement à la perle d'un muscle, le membre, obéissant à la puissance tonique de ses antagonistes dont l'action exagérée n'est plus modérée, est entraîné, à la longue, dans la direction de ces derniers. De là des altitudes vicieuses, des déformations articulaires, qui peuvent occasionner de grands troubles dans les fonctions musculaires. J'ai fait connaître le mode de développement et le mécanisme de ces déformations, lorsqu'elles se produisent aux membres supérieurs et inférieurs, de manière à faire prévoir quelle en sera l'espèce, consécutivement à la destruction de tel ou de tel muscle.
J'entre dans ces détails afin de faire comprendre que l'on ne doit pas seulement essayer de rappeler la nutrition dans les muscles menacés de périr, mais qu'il faut aussi prévenir, surtout aux membres inférieurs, les difformités qui résultent nécessairement de la contracture et de la rétraction des muscles antagonistes. J'ai eu recours, dans ce but, à une espèce de prothèse physiologique dont il sera question par la suile. Elle ne peut être éclairée que par l'exploration électro-musculaire, qui seule fait reconnaître quels sont les muscles menacés de destruction.
§ II. — A une époque très-éloignée du début.
C'est presque toujours à une période très-avancée de cette paralysie de l'enfance, quand on a épuisé vainement tous les genres de traitement, que l'on songe, comme à une dernière ressource, à l'emploi de l'électricité. Cet agent thérapeutique peut encore rendre alors de grands services; maison conçoit que ses chances de succès sont d'autant moins grandes, qu'il est appliqué plus tard .
I. Les muscles paralysés qui, au début de la maladie, possèdent intactes leur contraclilité et leur sensibilité électriques, recouvrent rapidement, ai-je dit, leur contraclilité volontaire, sans souffrir considérablement dans leur nutrition ; mais souvent ils restent longtemps affaiblis et notablement amaigris. Il ne faut pas négliger de faradiser ces muscles, après qu'ils ont recouvré leur motilité. Une excitation courte, et à un courant modéré, suffit pour développer leur force en peu de temps, et activer leur nutrition. C'est ce que j'ai observé chez la plupart des petits malades qui m'ont été présentés à une époque très-éloignée du début.
II. Les muscles dans lesquels la contraclilité électrique est plus ou moins affaiblie, pendant la période d'acuité, recouvrent, à la
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longue, celte dernière propriété, ainsi que leurs mouvements volontaires ; mais ceux-ci se font quelquefois trop longtemps attendre. La faradisation localisée rétablit ces mouvements, alors que toutes les autres médications ont échoué. Comme preuve, je n'en citerai qu'un exemple. On se rappelle que, chez le jeune P. dont il a été question précédemment (obs. XXXIX), l'extension de la jambe sur la cuisse ne se faisait pas encore du côté gauche, à l'époque où je l'examinai pour la première fois, c'est-à-dire après quatre ans de durée de la paralysie, et que les muscles qui exécutent ce mouvement, se contractaient normalement sous l'influence du courant électrique. Ces muscles étaient peu atrophiés, ce qui indique, d'après mes recherches, que, dans la période d'acuité, leur contractilité électrique dans leur innervation ou pour parler un langage anatomique, leurs cellules motrices et trophiques n'avaient pas dû être profondément lésées. En peu de temps (après un mois de traitement faradique), cet enfant commençait à faire l'extension de la jambe. A dater de ce moment, la force et l'étendue de ce mouvement augmentèrent graduellement, à tel point que, après plusieurs mois, il put se tenir dans la station sur ce membre, et marcher à l'aide d'une béquille. D'autres muscles, qui étaient plus atrophiés, et dont la paralysie avait persisté, malgré le retour de la contractilité électrique, ont également recouvré leur motilité par la faradisation.
III. Ceux des muscles atrophiés qui, après un mois ou un an de maladie, sont encore complètement privés de leur contractilité et de leur sensibilité électriques, sont très-probablement atteints dans leur texture; si cette altération de nutrition a détruit complètement la fibre musculaire, on ne peut espérer de la régénérer, quelque médication que l'on emploie. Mais l'altération musculaire est souvent irrégulière, comme le prouve l'exploration électro-musculaire, d'accord, en cela, avec l'examen nécroscopique ou mieux encore l'examen des muscles fait sur le vivant à l'aide de l'emporte-pièce histologique. Dans ce cas, les fibres musculaires saines peuvent alors devenir le noyau de nouveaux faisceaux musculaires, et môme d'un nouveau muscle, sous l'influence de la faradisation localisée. On voit, en elfet, des faisceaux musculaires de nouvelle formation se développer autour de ces fibres musculaires intactes. Dans un muscle granuleux ou graisseux, il peut rester encore un assez grand nombre de fibres saines; ces fibres saines peuvent être enveloppées par le tissu adipeux, au point de ne plus les voir se contracter, lorsqu'on explore l'état des muscles. En conséquence, bien que l'absence de la contractilité électrique, à une période très-avancée de la paralysie atrophique, soit un signe qui annonce l'état granuleux ou graisseux d'un muscle, il est permis, si ce signe se
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présente, d'espérer qu'il existe encore assez de fibres musculaires saines masquées par la graisse, pour former le noyau de faisceaux ou muscles futurs que l'on pourra développer par la faradisation localisée. Je ne croyais pas à la possibilité d'obtenir un tel résultat, avant que j'en eusse acquis la certitude par l'expérimentation clinique, comme dans le cas suivant, que je rapporterai avec quelques détails en raison de son importance.
Obseiivation LXVltl. — Paralysie alrophique du membre supérieur qauche, précédée de trois jours de fièvre, chez un garçon d'un un.. — Guérison par la faradisation localisée appliquée dans la période d'atrophie, quatre ans après le début.
M. X..., Agé de sept ans et demi, d'une bonne constitution, avait toujours été bien portant, lorsqu'à l'âge d'un an, en juin 1847, il fut pris .tout à coup, et sans cause connue, d'une fièvre modérée qui dura trois jours, et pendant laquelle, ne donnant aucun signe de douleur et ne faisant aucun mouvement appréciable, il resta plongé dans un profond assoupissement. Après ces trois jours de fièvre, laquelle ne fut accompagnée ou suivie ni d'éruption cutanée, ni de convulsions, ni de contractures, l'enfant paraissait revenu à son état de santé habituel; mais alors on s'aperçut qu'il avait complètement perdu l'usage du membre supérieur gauche. Quatre ou cinq jours plus lard, apparut un léger mouvement de flexion des doigts, qui augmenta graduellement et trèslentement, et devint complet en un mois. L'extension des doigts fut une année à revenir. Les mouvements du pouce et du poignet ne se rétablirent qu'après ceux des doigts. Enfin, le mouvement de flexion de l'avantbras sur le bras n'apparut que deux années après ceux de la main. Tous ces mouvements étaient très-faibles. L'amaigrissement du membre paralysé commença dans le premier mois de la paralysie et marcha rapidement. L'enfant me fut présenté en février 1 852, et je constatai au membre supérieur droit les désordres suivants :
Épaule. — Absence complète de relief du deltoïde; la peau paraît appliquée immédiatement sur la tôte de l'humérus et sur l'acromion. Saillie considérable de l'acromion, au-dessous duquel existe une dépression demi-circulaire indiquant que la tète de l'humérus n'est pas en rapport avec la cavité glénoïde. La tôle de l'humérus, qui se dessine parfaitement sous la peau, et qui repose habituellement sur la partie inférieure du rebord de la cavité glénoïde, peut être luxée complètement, et facilement en arrière ou en avant. A l'exploration électro-musculaire, je constate l'existence de quelques fibres musculaires dans la portion la plus interne du tiers antérieur du deltoïde; je n'en retrouve plus dans les autres portions de ce muscle. Les pectoraux et le grand muscle dorsal sont très-alrophiés. Il en est résulté uue contracture de l'élévateur de l'épaule (le tiers moyen du trapèze), et conséquemment l'élévation du moignon de l'épaule et du scapulum, comme dans la figure 105 représentant une jeune fille chez laquelle la paralysie alrophique avait détruit les mômes muscles.