PARALYSIES SPINALES DE L'ADULTE
Je me propose d'exposer, dans ce chapitre, les recherches que j'ai faites à quelques points de vue spéciaux, sur les paralysies spinales aiguës de l'adulte. Dans un premier article, je ferai connaître une nouvelle forme, chez l'adulte, de cette espèce de paralysie, dont la symptomatologie décèle une lésion anatomique des cellules des cornes antérieures de la moelle, semblable à celle de la paralysie atrophique de l'enfance. Dans un second article, je reproduirai une de mes plus anciennes études sur l'état de la contractililé électromusculaire et sur sa valeur diagnostique dans les paralysies spinales, études qui ont été faites particulièrement sur des sujetsalteints de paraplégies spinales aiguës de l'adulte. Enfin, dans un troisième article, je résumerai les résultats de mes recherches sur l'influence thérapeutique de l'électrisation appliquée à ces paralysies spinales aiguës.
ARTICLE PREMIER
PARALYSIE SPINALE ANTÉRIEURE AIGUË DE L'ADULTE (PAR ATROPHIE DES CELLULES ANTÉRIEURES DE LA MOELLE).
J'ai cru longtemps que la symptomatologie de la paralysie atro-
438 Cil AP. III. — PARALYSIES SPINALES DE L'ADULTE.
phique de l'enfance, dont le caractère analomique est principalement, on vient de le voir(voy. chap. Il), l'atrophie aiguë des cellules antérieures de la moelle, ne se rencontrait pas chez l'adulte; mais ayant observé quelquefois chez celui-ci cette môme symptomatologie, j'en ai conclu naturellement qu'alors la paralysie devait être produite par la môme lésion analomique. Cette considération m'a donc engagé à la désigner sous le nom de : Paralysie spinale antérieure aiguë de l'adulte, ou par atrophie des cellules antérieures.
§ I. — Exposition ilea faits.
Voici un fait clinique qui établit l'existence de cette espèce de paralysie, chez l'adulte.
Observation LXIX. — Une demoiselle âgée de 22 ans, habituellement bien portante, se réveille un matin avec de la fièvre, un brisement général et de la difficulté à se mouvoir, et cela, sans cause connue ; une heure après, environ, douleurs dans le trajet de la colonne vertébrale extrêmement vives, surtout au niveau de la région cervicale, et rayonnant dans les membres supérieurs, avec fourmillements dans les doigts ; alors abolition de tous les mouvements. Cependant, la sensibilité de la peau reste intacte, et il n'existe aucun trouble dans la miction et la défécation. — Quatre jours après le début, la fièvre disparaît; mais la paralysie persiste pendant deux mois et demi, après lesquels les membres inférieurs commencent à recouvrer progressivement leur motililé,à l'exception toutefois de la flexion du pied sur la jambe du côté gauche. — Vers le troisième mois, quelques mouvements apparaissentdans les membres supérieurs; à ce moment, les douleurs rachidiennes qui, depuis un mois, avaient diminué d'intensité, ont. complètement disparu, mais les membres supérieurs se sont atrophiés principalement à droite, au niveau de l'épaule, du bras et de l'éminence thénar.
Six mois après le début de sa maladie, celte demoiselle m'a été adressée de la province, et alors j'ai constaté : 1° que la motilité était revenue dans les muscles moteurs des membres inférieurs, excepté dans le jambier droit qui était atrophié, ce qui avait produit, de ce côté, un commencement d'équin ; 2° qu'au membre supérieur droit, le deltoïde, le sousépineux, le fléchisseur de l'avant-bras sur le bras, les inter-osseux et les muscles de l'éminence thénar ne se contractaient ni par la volonté, ni par l'excitation électrique; que ces muscles, surtout le tiers postérieur du deltoïde, étaient atrophiés, que, du côté opposé, la paralysie s'était localisée dans le grand dentelé et dans les fléchisseurs des doigts.
L'état de cette jeune fille a été très-amélioré par la faradisation localisée des muscles atrophiés. Mais le deltoïde et le court abducteur du pouce, du côté droit, et Je jambier antérieur gauche ne donnaient pas encore signe de vie, après une vingtaine de séances. L'examen microscopique d'une petite portion de ce dernier muscle, que j'ai enlevée à l'aide