CUAP. HT. — PARALYSIES SPINALES DE L'ADULTE
nade, à un courant d'air très-froid et prolongé, le corps élant en moiteur, a élé saisie d'une Oèvre intense, avec douleurs dans le trajet du rachisj fourmillements dans les extrémités, affaiblissement, courbature bientôt suivie d'une paralysie généralisée, enfin avec perte complète de la sensibilité et avec paralysie de la vessie et du rectum. — Un an après environ, époque où je la vis pour la première fois, tous les muscles avaient recouvré leur molilité, à l'exception de ceux qui sont animés par le nerf cubital du côté droit et qui étaient entièrement atrophiés. (Il èn était résulté la griffe spéciale de la main représentée, précédemment et à laquelle j'étais appelé à remédier, à l'aide de moyens prothétiques.) Elle avait conservé aussi une faiblesse des membres inférieurs et une paralysie de la vessie, qui furent Iraitées par la faradisation.
Observation LXXIII. — J'ai observé une paralysie atrophique analogue à la précédente, avec perte de la sensibilité, mais limitée aux membres supérieurs, chez une bouchère âgée de 36 ans, qui s'était refroidie, alors qu'elle était dans un état de transpiration provoqué par un travail excessif.
Dans ce dernier cas, la lésion devait siéger au niveau de l'origine des plexus brachiaux, intéresser à la fois les cornes antérieures et postérieures, sans intercepter toute communication entre le cerveau et les parties de la moelle situées au-dessous de la lésion. Dans le cas, s'il en eût été autrement, les membres inférieurs se seraient paralysés, sans s'atrophier, et auraient été le siège de contractions réflexes.
J'en ai observé un exemple dans ma pratique civile, également dû à un refroidissement considérable et qui s'est terminé par l'asphyxie. L'autopsie n'a pu être faite, mais je suis certain que la moelle devait être alors détruite, dans toute la portion de la région cervicale,jusqu'au-dessous de l'origine des nerfs phréniques. Mon opinion est fondée sur un cas analogue, quoique d'une nature différente, il est vrai, dans lequel on a constaté, par la nécropsie, que la portion supérieure de la région cervicale de la moelle avait été complètement détruite. — J'ai rapporté déjà ce fait ailleurs, au point devuede la démonstration, par l'observation clinique, de l'action inspiratrice du sternomastoïdien (1) ici je le rappellerai sommairement, seulement au point de vue symptomatologique dont il est question.
Observation LXXIV. — Faiblesse générale du bras et des jambes et difficulté de respirer survenue tout à coup le 7 avril 1862, chez un garçon de 18 ans. — Le 9 avril, impossibilité de se tenir debout, et engourdissement général; le 10, sensibilité exagérée de tout le corps, abolition des mouvements, de la miction; conservation de la contraclilité électromusculaire, l'action respiratoire et isolée du sterno-cléido-mastoïdien ; suffisant pour empêcher l'asphyxie pendant près de deux mois; maisl'hé-
(I) Dachenne (do Boulogne), Physiologie des mouvements, 1867.
ART> u PABALYSIE SPINALE AIGUË DE LA MOELLE. 4*8
matose était incomplète, et la face était cyanosée. (J'ai décrit longuement, ailleurs (1), les troubles fonctionnels que l'on observait alors dans la respiration : j'y renvoie le lecteur). Escharre du sacrum, vers la fin de Juillet: mort le 23 août. - A l'autopsie, on a trouvé en dehors des membranes et en avant de la moelle, sur la partie postérieure du corps des deuxième et troisième vertèbres cervicales, une masse blanchâtre, de 13 centimètres de hauteur, assez semblable à de la madère tuberculeuse ramollie. A ce niveau, la moelle était également ramollie, dans l'étendue de k centimètres, et elle était grisâtre.
J'exposerai dans l'article suivant (consacré à l'étude de l'état de la contractililé électro-musculaire, comme l'un des signes diagnostiques et pronostiques de la paraplégie spinale), des faits cliniques qui démontrent que la destruction de la moelle, au niveau des régions lombaire et sacrée, produit non-seulement la paralysie atrophique des muscles qu'elles innervent, mais aussi la paralysie de la vessie et du rectum, l'abolition de la sensibilité dans les membres inférieurs et une escharre du sacrum, tandis que l'atrophie aiguë des cellules antérieures de ces régions de la moelle ne produit que la paralysie alrophique des muscles des membres abdominaux.
En somme, il ressort des faits exposés ci-dessus : 1° que dans la période d'acuïté, la paralysie spinale aiguë de l'adulte, symptomatique de l'atrophie des cellules antérieures de la moelle, et celle qui est consécutive à la lésion de toutes les parties constituantes de la moelle (du système antérieur et postérieur, myélite diffuse), ont, pour caractères communs, la paralysie atrophique avec perte de la contractililé électrique des muscles qui en reçoivent l'innervation ; 2° que la seconde se distingue, en outre, de la première par l'abolition de la sensibilité, par la paralysie de la vessie et du rectum, souvent par des escharres du sacrum, enfin par l'existence de contractions réflexes dans les muscles qui reçoivent leur innervation des parties situées au-dessous de la lésion spinale. II. Période de chronicité.
Lorsqu'elle est passée à l'état chronique et surtout si le début remonte à plusieurs années, la paralysie spinale antérieure aiguë de l'adulte, symptomatique de l'atrophie des cellules antérieures (1) peut être, dans certaines circonstances, confondue avec la paralysie atrophique de l'enfance, ou avec l'atrophie musculaire ou progressive, ou avec la paralysie générale spinale subaiguë.
Supposons par exemple qu'un individu vienne de mourir dans un service d'hôpital, présentant des troubles delà locomotion, des atrophies de muscles, môme des pieds-bots (un pied-bot équin, comme chez le sujet de l'observation C) ; qu'il ait été impossible
(1) Duchenne de Boulogne, Physiologie des mouvements, p. 669, 1870.