C11AP. IV. — PARALYSIE GÉNÉRALE SPINALE SUBAIGUE
quelques contractions fibrillaires rares soulever la peau dans toutes les régions du corps. État général satisfaisant.
Contraclilité électro-musculaire presque abolie dans les membres inférieurs et dans les muscles de l'abdomen, intacte dans les muscles du tronc, des membres supérieurs et de la face. Les nerfs poplilés, excités, provoquent encore des contractions faibles dans les muscles qu'ils animent, mais ne se contractent pas lorsqu'on les excite directement ; sensibilité électromusculaire et cutanée diminuée dans les membres inférieurs, sensibilité de la peau normale partout ailleurs.
Six mois après (en juillet 1848), nouvel examen du malade. Alors les forces ont diminué dans les membres supérieurs comme dans les membres inférieurs : l'atrophie musculaire a augmenté et a gagné les membres supérieurs. Mais celte atrophie a marché d'une manière uniforme, envahissant toute une région, tout un membre à la fois; — elle est beaucoup moins avancée, par exemple, que chez un malade couché au n° 12 de la salle Saint -Ferdinand, qui marche encore à l'aide d'une crochette, et qui est atteint de l'affection musculaire que j'appelle, à celle époque, atrophie avec transformation graisseuse. Quoique le malade conserve son appétit et ne souffre pas, il se sent mourir, selon son expression. La parole est lente et difficile, la mastication exige des efforts. La sensibilité électro-musculaire est perdue presque partout. La sensibilité électro-cutanée est intacte sur le tronc et les membres supérieurs. Point de paralysie de la vessie ni du rectum. L'intelligence n'a pas subi la moindre atteinte.
Ce malade vécut encore quelques mois dans cet état, conservant ses facultés intellectuelles et n'éprouvant aucun trouble dans ses fonctions digestives ; mais il s'éteignit peu à peu et mourut sans qu'il fût survenu la moindre complication, pas même dans la période ultime de sa maladie.
L'autopsie a été faite par M. Empis, en présence de M. Pidoux, chargé provisoirement du service de M. Andral. Le cerveau et ses membranes, la moelle épinière et ses racines ont été examinés avec le plus grand soin ; ils n'ont présenté, à l'œil nu, aucune lésion anatomique appréciable. Les autres organes étaient dans un état normal. Lesmuscles des membres inférieurs, très-émaciés, étaient les uns plus ou moins décolorés, d'autres en partie graisseux à l'œil nu, et, chose singulière ! le plus grand nombre des muscles de la jambe, bien que très-alrophiés et paralysés dès le début, soit dans leur contraclilité volontaire, soit dans leur contractilité électrique, avaient conservé leur coloration normale. Examinée au microscope par M. Lebert, la fibre musculaire de ces derniers muscles a été trouvée normale, tandis que quelquesuns des muscles de la cuisse, qui étaient plus ou moins décolorés et jaunâtres, étaient transformés en graisse à des degrés divers.
Voici quelques-unes des considérations que j'avais placées, à la suite de cette observation, dans mon mémoire de 1849:
«L'affaiblissement musculaire a été le symptôme le plus frappant, chez ce malade, affaiblissement tel, qu'il empêchait la marche et la station, à une époque où les muscles avaient encore un volume suffisant pour l'accomplissement de ces fonctions. L'atrophie musculaire ne pouvait certainement pas rendre raison de cet affaiblisse-
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ment, cardans un autre cas d'atrophie musculaire avec transformation graisseuse, qui se trouvait, en mémo temps que ce malade, dans les salles de la Charité (1), dont on voyait les muscles des membres inférieurs bien plusémaciés el dont la marche était encore possible.
u La lésion du mouvement s' est montrée, au début, dans les extrémités inférieures, et, suivant une marche ascendante, a envahi peu à peu toutes les régions, môme la langue et une partie de la face.
« L'autopsie a démontré que certains muscles étaient profondément altérés dans leur tissu et qu'ils étaient, en grande partie, graisseux, mais que celte lésion de nutrition était moins générale que dans l'atrophie musculaire avec transformation graisseuse. Enfin, et c'est un phénomène important à noter, les muscles qui, pendant la vie, n'avaient pu se contracter par l'excitation électrique, ont été cependant trouvés, quoique atrophiés, dans la plus parfaite intégrité quant à leur coloration et à leur texture. »
Telles étaient les réflexions dont je faisais suivre cette observation en 1849, époque à laquelle je professais des opinions que je défends encore aujourd'hui, à savoir, que ce cas est un exemple d'une paralysie subaiguë à marche envahissante jusqu'à la généralisation, atteignant successivement toutes les régions du corps où elle atrophie en masse les muscles dont elle affaiblit et éteint, à des dégrés divers, la contractilité électrique, et dont quelques-uns seulement sont altérés dans leur texture. Cette observation est un spécimen de paralysie générale spinale ascendante
Mais en voici encore une autre dont la marche est au contraire descendante, après avoir débuté par les membres supérieurs.
Observation LXXX1I. —En septembre 1847, madame D... s'aperçut pour la première fois d'un affaiblissement de son membre supérieur droit et un peu plus tard de ses membres inférieurs. En octobre 1848, elle ne put plus se servir du bras droit. La paralysie gagna bientôt le membre supérieur gauche, el, en novembre 1848, elle fut entièrement percluse, la parole devint difficile, en août 1849, ainsi que la déglutition.
Appelé par mon confrère M. Charrier, à examiner cette dame, au point de vue du diagnostic, à l'aide de la furadisaiion localisée, je constate les phénomènes suivants : l'excitation électrique, même par l'électropuncture, ne peut provoquer la contraction des muscles de la région antérieure et externe de la jambe; à la région postérieure de la jambe, l'électropuncture ne produit que des contractions fibrillaires. La contractilité électrique, affaiblie à la cuisse, est encore assez développée, quoique au-
(1) Quand j'écrivais ces réflexions, je faisais allusion à un malade dont j'ai rapporté l'observation dans la première édition de l'Électrisation localisée (obs. LUI p. 45'J, 1851). C'était un capitaine au long cours, qui était un véritable squelette' vivant, et qui, le troisième de sa famille, était atteint d'atrophie musculaire progressive.