C11AP. IX. — PARALYSIES SATURNINES ET VÉGÉTALES
Observation CXVIII. — Paralysie saturnine des membres supérieurs consécutivement'à des coliques saturnines, chez un peintre. {Charité, salle Saint-Michel, n° 9, décembre 1 847, service de Rayer.)
Paralysie complète et amaigrissement général des membres supérieurs; atrophie considérable des muscles des régions postérieures de l'avant-bras, du bras et du muscle deltoïde des deux côtés; chute des poignets; flexion continue des doigts ; pas de contracture. Parla faradisation, je constate la perte presque complète de la contractililé électromusculaire, dans les muscles de la région postérieure de l'avant-bras, excepté dans l'anconé, les supinateurs, le long abducteur du pouce, et le cubital postérieur ; diminution très-notable de la contractilité électrique du triceps et du deltoïde. Les muscles dont la contractilité électrique est lésée ont perdu une partie assez notable de leur sensibilité électrique.
Dans les trois cas précédents la sensibilité de la peau était normale sur tous les points.
Je ne rapporterai pas d'autres observations nombreuses de paralysie saturnine que j'ai réunies, parce qu'elles présentent presque toutes, à peu près les mômes symptômes et les mêmes phénomènes électro-pathologiques.
Remarques générales sur les observations précédentes. — Dans ces observations, on est frappé d'un phénomène fort bizarre : c'est que la lésion de la contractilité électro-musculaire semble toujours se porter de préférence sur certains muscles, alors môme que le membre entier est frappé de paralysie. Si l'on étudie, en effet, la marche de cette lésion dynamique, et l'ordre dans lequel les muscles sont successivement atteints, on remarque que l'extenseur commun des doigts, et après lui les extenseurs propres de l'index et du petit doigt, puis le long extenseur du pouce, sont les premiers atteints dans leur contractilité électrique (voy. obs. CXIV).
Lorsque l'extenseur commun est seul paralysé, le sujet perd le pouvoir d'étendre la première phalange du médius et de l'annulaire, l'index et le petit doigt conservant ce mouvement affaibli, grâce à l'intégrité de leurs extenseurs propres. Alors aussi l'affection peut agir inégalement ou isolément, non-seulement sur chacun de ces extenseurs, mais aussi sur chacun des faisceaux de l'extenseur commun des doigts. Ainsi, chez un malade qui présentait une paralysie partielle delà main(Charité, salle Saint-Vincent, n° 11, service de M. Andral, 1846), j'ai observé une diminution assez considérable de la contractilité électrique seulement dans L'extenseur propre de l'index et dans le long extenseur du pouce; la force musculaire était généralement un peu affaiblie dans les muscles de l'avant-bras. D'autres fois l'extenseur propre du petit doigt jouit de sa conlraclililé électrique normale, môme lorsque les autres extenseurs de 1 a-
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vaut-bras ont perdu celte propriété musculaire, en loulou en pailie (voy. obs. CX IV).
Des muscles extenseurs de l'avant-bras, la lésion de la contractilité électro-musculaire s'étend aux muscles radiaux. Les deux radiaux peuvent être affectés à la fois ou isolément. Dans ce dernier cas (phénomène constant jusqu'à présent), c'est le second radial qui est atteint le premier; et lorsqu'étant lésés simultanément, ils le sont d'une manière inégale, c'est encore le second radial qui est le plus malade.
Enfin, le cubilal postérieur, le long abducteur et le court extenseur du pouce, sont presque toujours les derniers muscles de la région postérieure de l'avant-bras qui perdent la propriété de se contracter sous l'influence de la faradisation (voy. obs. CXV).
Chez tous mes malades, les supinateurs et l'anconé ont conservé la contractilité électrique dans toute son intégrité. Je n'essayerai pas d'expliquer cette sorte d'immunité pour ces muscles, qui, comme les autres, sont cependant, sous la dépendance du nerf radial.
Dans ces paralysies saturnines, les muscles de la région antibrachiale antérieure, ceux de la paume de la main, et les inlerosseux palmaires conservent leur contractilité électrique normale (voy. obs. CXIV, CXV et GXVI). On sait cependant que ces muscles sont affectés, mais à un faible degré, dans leur contractilité volontaire.
Je viens de dire que les muscles de la main ne sont pas ordinairement atteints par l'intoxication. Néanmoins, j'ai vu six fois les muscles de l'éminence thénar privés de leur contractilité électrique et volontaire, et de plus considérablement atrophiés, du côté droit, chez des peinlres atteints de paralysie saturnine. J'attribuais autrefois celte alrophie à la compression exercée par le manche de la brosse, et non à l'influence toxique du plomb ; il m'est démontré aujourd'hui que cette explication n'était pas fondée, et que c'est à l'action du plomb que l'on devait attribuer les paralysies atrophiques des muscles de l'éminence thénar. J'ai remarqué que celte forme se rencontrait surtout dans les intoxications lentes. J'en ai observé, entre autres, deux exemples : l'un chez un dessinateur qui s'était empoisonné en portant souvent à sa bouche des pinceaux chargés de blanc d'argent et qui présentait une paralysie double des extenseurs du poignet, et de plus à droite une alrophie incomplète des muscles de l'éminence thénar; l'autre, chez une coloriste où la maladie était limitée à droite. Dans ce dernier cas, la paralysie des extenseurs a guéri promptement sous l'influence 'de la faradisation, mais l'atrophie des muscles de l'éminence thénar a persisté. Chez ces deux malades, de môme que chez ceux où j'avais précédemment observé une atrophie semblable, l'intoxication saturnine s'était produite lentement et à petites doses.
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La lésion delà contraclilité électrique n'est pas toujours limitée à certains muscles de la région antibrachiale postérieure; elle atteint souvent le deltoïde, en laissant intacts les muscles du bras (voy. obs. GXVI). — Au bras, le triceps est plus souvent lésé dans sa conlractililé électrique que le biceps. Enfin lorsque la paralysie saturnine s'étend à tous les muscles du membre supérieur, outre les supinateurs et les muscles delà région antérieure de l'avant-bras, j'ai toujours vu le grand pectoral, le trapèze et les muscles qui s'insèrent dans la fosse sous-épineuse se contracter normalement par l'excitation électrique.
Tel est l'ordre dans lequel on voit les muscles lésés successivement dans leur contractilité électrique, chez les sujets atteints de paralysie saturnine du muscle supérieur.
Le muscle delloïde se paralyse quelquefois primitivement. Je vais sommairement en citer un exemple :
Observation- CXIX. — Au numéro 13 de la salle Saint-Ferdinand, service de M. Cruveilhier, j'ai observé, en 1849, un malade atteint d'une paralysie du delloïde du côté droit, consécutive à plusieurs coliques saturnines. Chez cet homme, les faisceaux moyens avaient complètement perdu leur contractilité électrique, qui cependant existait encore, mais à un très-faible'degré, dans ses tiers antérieur et postérieur.
L'abolition ou la diminution de la contractilité électro-musculaire précède-t-elle ou suit-elle la perte de la contractilité volontaire ? Je ne possède pas encore les éléments nécessaires à la solution de cette intéressante question. Cependant j'ai toujours remarqué, dans les paralysies même récentes, que la lésion delà contractilité électro-musculaire était arrivée au maximum qu'elle devait atteindre, car jamais je ne l'ai vue augmenter progressivement, ainsi qu'on l'observe dans d'autres paralysies.
Bien que, dans la paralysie saturnine, les muscles soient privés, en tout ou en partie, de leur contractilité électrique, ceux-ci n'en conservent pas moins une grande partie de leur sensibilité. Il me paraît prouvé, en conséquence, que la sensation qui accompagne la contraction électro-musculaire est le résultat de l'action directe de la faradisation sur la sensibilité musculaire.
tn membre frappé de paralysie saturnine est généralement amaigri ; mais il est remarquable que l'atrophie s'attaque principalement aux muscles qui ont souffert dans leur contract.hlé électrique. Je me crois fondé à dire que ces derniers muscles sont les seuls qui, en réalité, aient subi l'influence délétère de l'intoxication saturnine. J'ai vu, en effet, que les autres muscles du membre paralysé, non-seulement sont peu lésé* dans leur nutrition, mais
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qu'ils recouvrent très-vite leur force et leurs mouvements volontaires, sous l'influence du traitement.
L'anatomie pathologique est venue confirmer celte assertion, comme le prouve le fait suivant :
Observation CXX. — Au numéro 13 de la salle Saint-Louis (Charité, service de M. Briquet), est mort en 1851 un homme qui, pendant une vingtaine d'années, avait conservé une paralysie saturnine bilatérale de quelques muscles de la région poslérieure de l'avant-bras. J'avais constaté, pendant sa vie, que ces muscles ne se contractaient pas par l'excitation électrique, tandis que ceux de la partie antérieure de l'avant-bras jouissaient de toutes leurs propriétés ; mais leur force était très-affaiblie ; ils étaient considérablement atrophiés, à un degré infiniment moindre, il est vrai, que les muscles paralysés. — A l'autopsie, les muscles dans lesquels la conlractilité électrique n'existait plus pendant la vie, étaient d'un jaune pâle; examinés au microscope, ils ont été trouvés altérés en partie par la transformation graisseuse; les muscles de la région antérieure, au contraire, étaient restés à l'état normal.
C'est seulement après plusieurs années que les muscles paraissent commencer à s'allérer dans leur texture ; car j'ai eu l'occasion de voir, dans le service de feu mon ami Aran, les muscles d'un sujet qui succomba à une fièvre grave, ayant eu une paralysie saturnine datant de six à sept mois, et limitée aux deux avant-bras. Ces muscles, dans lesquels j'avais constaté la diminution considérable de la contraclilité électrique, et qui étaient très-atrophiés, offraient cependant, à l'examen microscopique, des fibres parfaitement normales.