ART. II, § I. — TROUBLES FONCT. DANS LES AFFEC. CÉRÉBELL
d'intermittences, j'ai dit que, dans mes nouvelles recherches expérimentales, ils ne m'avaient donné aucun résultat thérapeutique appréciable (Voy. chap. III, D., p. 194); mais comme en évitant les intermittences galvaniques, les courants continus constants ne l'ont courir aucun risque aux malades, je ne me refuse pas à en faire l'application dans la seconde période de l'hémiplégie de cause cérébrale (1).
ARTICLE II
AFFECTIONS CÉRÉBELLECSES.
§ *• — Troubles fonctionnels «ans les affections cérébelleuses.
Il ressortira de mes recherches cliniques, qui seront résumées dans ce paragraphe, que les principaux troubles fonctionnels symptomaliques des affections cérébelleuses sont : 1° une titubation sans incoordination motrice, pendant la station et la marche; 2° des vertiges augmentés ou provoqués par l'altitude verticale du corps et surtout par la station et la marche; 3° des vomissements ou des nau-. sées qui accompagnent souvent ou quelquefois les vertiges; 4° une diplopie et un strabisme non paralytique, pendant le regard fixe; 5° l'intégrité de la contractilité électro-musculaire.
Yoici d'abord deux cas d'affection cérébelleuse dans lesquels le diagnostic porté pendant la vie a pu être vérifié par la nécropsie.
En -juin 1862, M. Cusco, chirurgien de l'hôpital Lariboisière, m'engagea à voir un malade intéressant de son service, dont le diagnostic, au premier abord, offrait quelque difûculté. Il avait eu un strabisme consécutif à la paralysie de l'un des nerfs moteurs de l'œil, et il titubait pendant la marche. Était-ce une ataxie locomotrice? Connaissant déjà, d'après l'étude d'autres cas antérieurs, les signes qui différencient les troubles locomoteurs de l'ataxie locomotrice d'avec ceux des affections cérébelleuses, et désirant mettre de nouveau à l'épreuve ces signes diagnostiques isolés, j'examinai comment il se tenait debout et comment il marchait, sans rechercher les autres symptômes et sans m'informer de ses antécédents ; voici ce que j'observai. Dans la station debout, le corps oscillait en tout sens; c'était une sorte de balancement du corps, non interrompu par des mouvements brusques qui, dans l'ataxie! sont produits par des efforts d'équilibration; on ne voyait pas sur ses membres les contractions musculaires qui produisent ces mou-
I) J'expérimente en ce moment, dans ces cas, la pile à un seul liquide de I rouvé et Calot, qui est une nouvelle modification de la pile de Daniell, et nui est du-on, le courant le pius coustant. ' '
7 50 CIIAP. XII. — AFFECTIONS CÉRÉBHALES Eï CÉHÉBELLEl'SES.
vemenls brusques du tronc, et ses pieds restaient tranquillement posés à plat sur le sol. Le faisait-on marcher, ses oscillations augmentaient en étendue ; il décrivait des arcs de cercle ou des zigzags, et le membre, qui oscillait derrière en avant, n'allait pas au delà du pas et ne retombait pas sur le sol en le frappant du talon. Il marchait, en un mot, comme s'il avait été pris de boisson.
Dès qu'il se tenait debout, il éprouvait des vertiges et des nausées ; pendant la progression ses tournoiements de tôte augmentaient et sa vue se troublait. L'ensemble de ces phénomènes, qui ont tant de ressemblance avec ceux de l'ivresse alcoolique, et que j'avais déjà observés avec soin dans plusieurs cas d'affection cérébelleuse, phénomènes que l'on ne saurait confondre, comme je l'ai démontré, avec ceux qui sont propres à l'ataxie locomotrice, ces seuls symptômes, dis-je, me suffirent pour reconnaître, dans ce cas, une affection cérébelleuse.
Ce diagnostic a été pleinement confirmé par l'examen des autres symptômes et par la nécropsie. Voici, du reste, l'observation complète de ce cas, telle qu'elle a été rédigée par un interne distingué du service, M. Carie, qui a eu l'obligeance de me la communiquer.
Observation CXLV1II. — « Ch. Robinet, âgé de vingt-huit ans, horloger-mécanicien, est entré à l'hôpital Lariboisière, le 8 mai 1863. — Ce malade, qui présente toutes les apparences d'une bonne constitution, raconte que, de deux ans à dix, il a été sujet à des convulsions épileptiformes, qui étaient devenues bien moins fortes et plus rares dans les dernières années. Sa santé fut bonne jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. A cette époque il était déjà depuis trois ans établi en Amérique, lorsqu'il fut atteint d'un chancre que le malade a entendu qualifier d'induré, et pour lequel on le soumit à un traitement dont il ne connaît pas bien la nature et qui fut suspendu au bout de quinze à vingt jours, lorsque le chancre eut disparu. Depuis lors il a eu des maux de gorge, des tumeurs molles en divers points du corps, cl a été soumis, pendant deux mois, à un traitement antisyphilitique. Vers la fin de 1862, il entra à l'hôpital du Midi, dans le service de M. Cusco, pour des vomissements qui revenaient plusieurs fois par jour, ordinairement après les repas. On constata alors un peu de strabisme ; il revint peu de temps après dans le service de M. Follin pour la môme raison. Depuis sa sortie, il a été repris plusieurs fois de ses vomissements. Voilà ce que nous pouvons saisir do plus saillant dans le récit embrouillé et mêlé de contradictions qu'il nous fait. »
État actuel. — Ce que l'on constate au premier abord, c'est l'espèce de torpeur dans laquelle l'intelligence semble plongée; parfois ses réponses n'ont aucun rapport avec ce qu'on lui demande ; le plus souvent il comprend, répond à peu près bien, mais avec une parole traînante, et se retourne avec indifférence dès qu'on cesse d'atlirer son attention. La sensibilité est légèrement obluse sur toute la surface du corps. La motililé est atteinte, comme on peut le constater en se faisant serrer la main
A UT. Il, §1. — TUOUBLES FONCT. DANS LES AFFEC. CÉHÉBELL. 7 51
par le malade ; le bras et la jambe du côté gaucbe sont plus faibles que les membres du côté opposé; lorsque le bras est étendu, il tremble d'une manière notable. La marche est celle d'un homme à moitié endormi, titubante, incertaine, cequi n'est pas du tout en rapport avec la force des contractions musculaires, qui s'est conservée assez grande, comme l'atteste un tableau, d'après des épreuves au dynanomèlre, que M. Duchenne, de Boulogne, voulut bien faire lui-môme. »
«La marche ne devenait guère plus gênée, quand le malade fermait les yeux. Le malade ne vomit plus depuis quelques jours ; cependant il dit éprouver encore des nausées, lorsqu'il baisse la tôle. Les fondions digestives s'exécutent assez bien; il y a impuissance complète depuis six mois; le jet d'urine est assez fort et il n'y aurait eu qu'une fois de la rétention pendant deux jours : dans les urines, pas de sucre ni d'albumine. Les sens sont presque tous un peu obtus; la vue est obscurcie par un brouillard dont l'épaisseur varie ;pour lire commodément, le malade est obligé de fermer l'œil droit ; avec les deux yeux, dit-il, les caractères lui paraissent plus gros, mais beaucoup moins distincts. Il y a un strabisme assez peu prononcé, mais qui date de longtemps ; du reste, les globes oculaires ont conservé tous leurs mouvements dans l'orbite. L'examen à l'ophthalmoscope fait constater un peu d'œdème sous-rétinien. »
« Le diagnostic auquel on s'arrêta fut : tumeur probable syphilitique, siégeant dans le cervelet, avec extension vers le cerveau. On soumit le malade au trailement mixte par le mercure et l'iodure de potassium. Les choses en restèrent là pendant quelques jours; puis le malade fut pris de délire aigu, et mourut au bout de deux mois de séjour, sans avoir recouvré un instant sa connaissance, présentant à divers intervalles de l'excitation et de la dépression. »
L'autopsie, faite trente heures après la mort, ne révéla aucune lésion de la moelle, ni des organes contenus dans les cavités thoraciques et abdominales. 11 y avait une injection marquée de la pie-mère au niveau de la face convexe du cerveau; lorsqu'on voulut détacher les membranes en arrière, on enleva, avecla dure-mère, une portion de la substance du cervelet correspondant à l'hémisphère droit, dans une étendue qui avait environ 2 centimètres de circonférence; il y avait une adhérence intime entre la membrane et la surface nerveuse. Pas d'adhérence ailleurs. Rien autre chose de remarquable, si ce n'est une injection assez marquée de tout l'encéphale, plus prononcée peut-être dans le cervelet.
En 1853, M. Vigla, médecin de l'Hôtel-Dieu, a bien voulu appeler mon attention sur un malade de son service, qui présentait des troubles que l'on pouvait, au premier abord, considérer aussi comme symptomatiques de l'ataxie locomotrice. Mais, en les analysant avec soin, je les trouvai en tout semblables à ceux de l'observation précédente, et, de môme que ces derniers, accompagnés de vertiges et de troubles de la vue . (Il serait superflu de les décrire de nouveau. )
M'appuyant sur ces seuls signes, el avant d'avoir recherché \a
7 52 Cil AI'. XII. — AFFECTIONS CÉRÉBRALES ET CÉRÉBELLEUSES
autres symptômes, j'ai attribué la litubalion vertigineuse de ce malade à une lésion du cervelet. Comme il y avait en outre diminution de la force musculaire, plus marquée d'un côté, j'ai reconnu qu'il devait aussi y avoir une lésion du cerveau.
On va voir que ce diagnostic s'est trouvé complètement justifie par la nécropsie. J'exposerai ce fait succinctement.
Observation CXL1X. — Hôtel-Dieu, salle Saint-Benjamin, n° 3 (service de M. Vigla), 1863. — Bodin, Agé de vingt et un ans, ferblantier, élait de bonne santé habituelle ; mais il avaitdes habitudes de masturbation. — Il y a quatre mois, surdité de l'oreille gauche, qui débuta par des bourdonnements et des tintements, sans écoulement, ni douleur, ni angine, ni coryza. — Il y a deux mois, tout à coup, sans cause connue, éblouissement durant d'abord cinq à dix minutes et l'empêchant de continuer son travail. Bientôt ces éblouissements devinrent constants, et par moments il vit double seulement de l'œil gauche. A droite la vue était obscure; il ne reconnaissait pas les objets à 20 centimètres bien qu'il distinguât le jour. — Au début de sa surdité, il fut pris de vomissements pendant quinze jours, et d'une céphalalgie siégeant au front et aux yeux. Plus tard, il éprouva une sensation de vide en penchant la tête en avant ou en arrière, sans nausées ; pas de perte de mémoire. — Il y a deux mois, premiers troubles de la-marche. D'abord il peut se servir de la vue pour diriger ses pas, mais après quelques moments sa vue devient tout à fait trouble. Le malade marche, selon son expression, comme un homme ivre ; la tête lui tourne ; sa vue s'obscurcit; il écarte les pieds, se retient aux objets voisins, ne pouvant suivre une ligne droite ; il manque d'équilibration, mais il ne frappe pas du talon. S'il veut se tenir debout, en rapprochant ses pieds, il vacille davantage. Au bout de quelques instants de marche, il tombe, dès que la vue est tout à fait troublée. — Dans le membre inférieur gauche, il y a un affaiblissement notable des mouvements de flexion'du pied sur la jambe et de la cuisse sur le bassin. Du même côté, il y a une diminution de la sensibilité. Il n'y a pas de faiblesse des deux membres supérieurs, ni de la jambe droite. — Sa montre placée sur la tempe gauche ou derrière l'oreille du même côté n'est pas entendue. — Il n'y a pas de trouble de la parole. — Quelques semaines après, sa vue était complètement éteinte, et ses pupilles étaient fortement dilatées, bien que par moments elles se contractassent spasmodiquement. M. Galezowki, a fait l'examen ophthalmoscopique de ce malade ; voici ce qu'il a observé : Les papilles des deux nerfs optiques étaient visiblement gonflées et saillantes ; leurs bords étaient irréguliers, et se perdaient sous une exsudation blanchâtre. Les vaisseaux étaient fortement engorgés et variqueux, et, arrivés à la circonférence de la papille, ils s'enfonçaient dans l'exsudation, disparaissaient après un court trajet, et ne se montraient sur la rétine qu'à 3 ou 4 millimètres au delà du bord de la papille. Les vaisseaux capillaires de la papille étaient excessivement développes, au point que, dans certains endroits, ils simulaient des épanchements de sang. En général, la papille ne présente plus une simple infiltration, mais une espèce de dégénérescence nerveuse.