‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 34 sur 543 · V. — Faradisation du larynx · texte numérisé non relu

V. — Faradisation du larynx

Les muscles du larynx qui concourent à la phonation sont accessibles à l'action directe de la faradisation, excepté le tbyro-arylénoïdien et le crico-arylénoïdien. Voici le procédé opératoire que j'ai expérimenté plusieurs fois.

Je porte dans le pharynx le rhéophore pharyngien, en communication avec un des pôles de l'appareil, et je le fais pénétrer jusqu'audessous de la partie postérieure du larynx. Un second rhéophore humide en rapport avec l'autre pôle étant placé à l'extérieur, au niveau du muscle crico-thyroïdien, et l'appareil étant en action, je fais basculer le rhéophore pharyngien, de manière que son extrémilé olivaire soit en contact avec la face postérieure du larynx ; alors je lui imprime des mouvements de bas en haut et de haut en bas. Dans cette opération, la stimulation est portée successivement et directement sur le crico-aryténoïdien postérieur, l'aryténoïdien par le rhéophore pharyngien et sur le crico-thyroïdien par le rhéophore humide extérieur (t).

La faradisation indirecte du larynx est encore plus simple; il suffit de diriger l'extrémité olivaire du rhéophore pharyngien sur les parties latérales du constricteur inférieur pour atteindre le nerf laryngé inférieur ou récurrent, qui, on le sait, anime tous les muscles intrinsèques du larynx ; on peut encore atteindre le laryngé inférieur gauche dans l'œsophage.

Les faits que j'ai recueillis démontrent que ce procédé opératoire doit trouver de nombreuses et heureuses applications dans l'aphonie due à la paralysie des muscles du larynx. Je rapporterai, comme exemple, plusieurs cas où j'ai pratiqué celte opération avec succès.

VI. — Faradisation de l'estomac, du foie, des poumons et du cœur.

Alors môme que l'on emploie des rhéophores humides, et quelle que soil l'intensité du courant, l'épaisseur des parois thoraciques et abdominales ne permet pas à l'excilaLion électrique d'arriver jusqu'aux organes renfermés dans les cavités. Cependant la plupart

(I) M. Longet a démontré, par des expériences directes et fort bien faites, que le crico-thyroïdien joue un rôle important dans l'acte de la phonation.

d'enlre eux peuvent être faradisés indi-eclement, grâce au pneumogastrique, qui, on le sait, est accessible aux rhéophores dans le pharynx et dans l'œsophage. Mais on conçoit que les effets de la faradisalion du pneumogastrique doivent varier suivant la hauteur à laquelle ce nerf a été excilé. A la partie inférieure de l'œsophage, l'excitation de ce nerf est communiquée seulement à l'estomac etau foie, tandis qu'au niveau des constructeurs du pharynx elle se répand dans tous les organes qu'il anime. Veut-on faradiser le pneumogastrique à sa partie supérieure, on doit promener l'olive du rhéophore sur la parlie supérieure et latérale du pharynx, et fermer le circuit du courant en plaçant le second rhéophore humide sur la nuque (1). Si l'action faradique doit être limitée à l'estomac et au foie, un rhéophore olivaire sera conduit, par la sonde œsophagienne, le plus près possible de l'orifice cardiaque, et le second rhéophore sera posé sur la région épigastrique.

La faradisalion directe du pneumogastrique est-elle quelquefois indiquée? L'expérience ne m'a rien appris encore quant à l'influence thérapeutique decelte opération. J'espèrecependantquece mode d'excitation pourra être appliqué avec succès au traitement de certaines affections nerveuses rebelles des viscères thoraciques ou abdominaux, par exemple, dans la gastralgie. 11 est inutile de dire que, dans ces cas, la faradisation du pneumogastrique doit être pratiquée à des hauteurs différentes.

La faradisation du pneumogastrique n'est pas toujours sans dangers. 11 me suffira de rappeler que ce nerf tient sous sa dépendance les organes les plus importants, pour engager l'expérimentateur à être prudent dans ce genre de recherches. Voici, pour lui servir d'enseignement, un accident qui m'est arrivé. Promenant un rhéophore sur la partie latérale et supérieure du pharynx, pendant le passage d'un courant rapide, bien que très-modéré, le malade tomba subitement en syncope; revenu à lui, il dit qu'il avait éprouvé une sorte d'élouffement et de sensation indéfinissable. Depuis lors, ayant faradisé le pneumogastrique à la même hauteur, avec une intermittence par seconde, et à un degré de force modérée, le même accident ne se renouvela plus, mais le même phénomène de sensation précordiule se manifesta chaque fois. Une fois j'ai vu négliger le précepte que j'ai établi ci-dessus pendant

(1) Il faut se rappeler que dans la portion cervicale le pneumogastrique repose dans toute son étendue sur les muscles prévertébraux, dans l'espace angulaire qu'interceptent en arriére, d'un côté la veine jugulaire interne, de l'autre les artères carotide, interne et carotide primitive, que le laryngé supérieur qui naît de la partie inférieure et interne du plexus gangliforme, se dirige d'abord en bas et en dedans et que, parvenu sur les cotés du pharynx, au niveau du muscle constricteur moyen, il fournit le laryngé externe, et le nerf d'arrêt de Sion.

que l'on faradisail le pharynx, chez une jeune fille dont ce dernier et le voile du palais étaient paralysés, consécutivement à une angine couenneuse. Une syncope grave fut immédiatement provoquée par cette opération ; dans ce cas, le pneumogastrique avait été, sans aucun doute pour moi, atteint par l'excitation électrique.

On peut pratiquer sans inconvénient la faradisalion du pneumogastrique à la partie inférieure de l'œsophage.

Observation II. — J'ai fait, en effet, cette application une vingtaine de fois sur une femme nommée Célesline Bonhamy, âgée de vingt-trois ans, entrée à la Charité le 17 février 1834, au n° 9 de la salle Sainte-Anne. L'olive métallique excitatrice, conduite au moyen d'une sonde œsophagienne à la partie inférieure de l'œsophage, était assez volumineuse pour se trouver nécessairement en contact avec les parois de ce canal, de façon que les pneumogastriques qui, près de l'orifice cardiaque, sont en rapport, comme on le sait, avec la paroi œsophagienne, l'un en avant, l'autre en arrière, ne pouvaient échapper à l'action de l'excitation électrique. Le rhéophore (une éponge humide enfoncée dans un cylindre métallique) était posé sur l'épigastre. Celte application était faite dans le but de modifier l'état du tube digestif, qui paraissait frappé de paralysie depuis un mois. L'estomac était, en effet, énormément distendu par des gaz et la constipation était opiniâtre. Voici les phénomènes qui se sont développés à cette hauteur, pendant l'excitation du pneumogastrique. Lorsque j'ai fait passer le courant, avec une intermittence par seconde, la malade a ressenti des chocs assez douloureux au niveau du point où se trouvait le rhéophore olivaire ; la sonde était agitée d'un mouvement très-évident, et en môme temps la malade rendit une assez grande quantité de gaz. Mais il ne se produisit aucun phénomène physiologique appréciable, pendant l'opération, bien que j'eusse augmenté l'intensité du courant. Une fois je fis passer un courant très-rapide et peu intense; la douleur fut très- vive; la malade se plaignit d'une constriction profonde, mais ce fut tout ; il n'y eut de modification appréciable ni dans la respiration ni dans la circulation.

Je ne laisserai pas ce sujet, sans rapporter un fait curieux que j'ai constaté chez l'homme, après avoir faradisé son pneumogastrique. Une seule fois, il est vrai, j'ai examiné l'état de l'urine après celte excitation du pneumogastrique, et j'y ai constaté, par les réactifs usuels (la potasse et la liqueur de Barreswill), la présence de la glycose, qui, chez le même sujet, n'existait pas dans son urine normale. Je crois que c'est la première fois que l'on exécute, chez l'homme, la belle expérience que M. Cl. Bernard a faite sur les animaux, chez lesquels il a produit temporairement le diabète par la galvanisation des pneumogastriques (1).

(I) Cl. Bernard, Leçons de physiologie expérimentale. Paris, 1855, t.

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