VII. — Faradisation du diaphragme
J'indiquerai le procédé que l'on doit employer dans la faradisation du diaphragme, quand j'exposerai l'étude électro-pathologique de ce muscle.
VIII. — La portion de l'intestin comprise entre l'estomac et le rectum, inaccessible à la faradisation directe, peut être excitée par action réflexe.
On peut exciter l'intestin indirectement par une sorte d'action réflexe, en plaçant les rhéophores sur deux points très-éloignés de ce canal. On sait queJ. Leroy (d'Eliolles) a provoqué des selles en faisant passer des courants galvaniques de la bouche au rectum (1). En 4854 (époque à laquelle je faisais des recherches expérimentales sur les fonctions du diaphragme), j'ai répété avec M. U. Leblanc cette expérience sur des chevaux, en faisant passer un courant d'induction à intermittences rapides, et j'avoue que nous n'avons pu obtenir d'évacuation alvine, quelque variée qu'ait été l'intensité du courant d'induction. Nous avons remarqué alors que, pendant le passage du courant, s'il était intense et très-rapide, les sacro-spinaux, les muscles respirateurs et les muscles moteurs des membres se tétanisaient (2).
(1) Leroy (d'Êtiolles), Mémoire sur le traitement de V iléus et des étranglements in-> testinaux internes, lu à l'Académie de Médecine, 182fi, suivi d'un rapport de M. P. Dubois (Archives générales de Médecine, tome III). — RappoiH fait à la Société générale des naufrages [Asphyxie). Journal de la Société générale des naufrages t. IV, J840.
« Pour stimuler la contractilité du tube digestif, il est, dit-il, un autre moyen plus puissant, plus instantané et plus inoffensif que les fumigations du tabac, nous voulons parler d'un courant galvanique établi de la bouche à l'anus. Cette action contractile était, depuis longtemps, expérimentée sur les animaux, lorsque l'un des membres du conseil a prouvé par des applications sur l'homme vivant, que l'on peut produire de la sorte, sans danger, des contractions intestinales énergiques ; enfin, M. Lestrohan a montré par ses expériences sur les animaux, son utilité dans l'asphyxie.
(2) Ces expériences ont été faites de plusieurs manières. 1° Chez un cheval couché sur le côté, et dont les pieds avaient été attachés à des entraves, les rhéophores de mon appareil d'induction marchant avec des intermittences rapides, et à un degré d'intensité moyenne, placés, l'un dans la bouche et l'autre dans l'anus, ont provoqué immédiatement des contractions tétaniformes générales dans les membres et le tronc, sans produire la moindre évacuation alvine. Pendant la première seconde la respiration a été suspendue, mais lorsqu'elle est revenue, elle a été plus rapide pendant les cinq ou six secondes qu'a duré l'expérience.
d'un courant d'induction passant de la bouche au rectum, comme dans l'expérience précédente, quelle que fût l'intensité de ce courant; les contractions tétaniformes générales des membres et du tronc étaient arrivées à leurs dernières limites iusqu ;i produire l'opistotonos. '
DCCHEHNE. — 3° édition.
Ce mode d'électrisation de l'intestin agit par action réflexe sur la moelle épinière et sur la bulbe avec plus d'énergie sur la première, c'est l'excitation de celle-ci qui produit la contraction tétanique d'un grand nombre de muscles ; aussi doit-on être très-réservé dans son emploi et n'agir qu'à très-faible dose, sous peine de produire l'asphyxie par la contracture artificielle et prolongée des ■muscles respirateurs et l'arrêt du cœur. — Je reviendrai sur ce procédé, qui a été appliqué aussi au traitement de l'asphyxie.
Dans ce procédé de faradisation le rhéophore, appliqué dans la bouche, agit inévitablement sur la cinquième paire, dont on connaît l'excitabilité extrême, et produit des phosphènes.
J'ai tenté ce mode de faradisation de l'intestin chez la malade dont il a été question plus haut (obs. II), mais elle ne put le supporter, même à faible dose. Je le modifiai de la manière suivante: Un rhéophore étant placé dans l'œsophage, à l'orifice cardiaque, je mis l'autre dans le rectum, et alors il me fut possible d'agir à forte dose. Tout le système nerveux abdominal fut évidemment excité, car la malade eut toute la journée des coliques et des douleurs abdominales; mais je ne réussis pas à vaincre sa constipation.
Je ne vois pas d'ailleurs la nécessité d'employer ce procédé, qui est d'une application pénible pour le malade et qui n'est pas sans danger. Il m'a souvent suffi de placer un rhéophore olivaire dans le rectum, et un second rhéophore humide sur les parois abdominales, pour obtenir une évacuation alvine. Ce mode opératoire a provoqué une selle chez une hystérique de la Charité, constipée depuis trois semaines, et dont le ventre était énormément ballonné (I). Par ce même moyen, j'ai fait disparaître un étranglement interne de l'intestin, et j'ai rétabli le cours des matières fécales chez un autre malade qui allait être opéré, si ce procédé n'avait pas réussi. — Je reviendrai sur ce fait.
§ II. — Faradisation de» organes des sens.
Je vais indiquer les différents procédés de faradisation qui m'ont le mieux réussi dans les paralysies des sens.
A. — Action sur la paralysie du toucher. Appliquer les rhéophores humides sur le trajet des nerfs collatéraux et sur la pulpe des doigts.
B. — Action sur certaines paralysies de la rétine (araaurose). ' J'ai démontré dans le chapitre précédent que le galvanisme jouit de la propriété spéciale d'exciter très-vivement la rétine, en pro-
(1) M. Briquet a relaté son observation dans son Traité clinique et thérapeutique de V hystérie, p. CCI. Paris, 1859, in-8.
duisant des sensations lumineuses, lorsqu'on applique des rhéophores humides sur les points de la face où se ramifie la cinquième paire, et que ces flammes sont d'autant plus vives qu'on se rapproche davantage de la ligne médiane. Cette action spéciale de l'électricité de contact peut être utilisée, lorsqu'il est indiqué d'exciter la rétine, comme dans le traitement de certaines amauroses que l'examen ophthalmoscopique a montré n'être pas symptomatiques d'une lésion anatomique. A défaut d'un courant galvanique, on peut recourir au courant d'induction de la deuxième hélice d'un appareil magnéto-faradique, dont l'action spéciale sur la rétine, quoique moindre que le courantgalvanique, est encore assez puissante.
A l'excitation indirecte de la rétine on peut joindre l'excitation électro -cutanée du pourtour de l'orbite.
Je décrirai plus tard les procédés à employer dans la faradisation des muscles moteurs de l'œil, en traitant de la paralysie de ces muscles.