ART, PARALYSIE DE LA SENSIBILITÉ MUSC. ET ARTIC
et celles que j'ai exposées en traitant de la paralysie de la sensibilité musculaire et articulaire (§ IV, p. 770) abrègent, en l'éclairant, ce que j'ai a dire sur cette étude.
Les sujets atteints de la paralysie de la sensibilité musculaire et articulaire perdent en môme temps, pour la plupart, la sensibilité tactile aux extrémités, surtout à la face plantaire du pied et à la face palmaire de la main; ils ne peuvent, quand ils ne voient pas, marcher ou se tenir debout, parce qu'ils ne perçoivent pas la résistance du sol et qu'ils n'ont pas conscience des mouvements de leurs membres (I); ils remplissent aussi mal les autres fonctions musculaires dans l'obscurité.
Mais le jour, avec l'aide de la vue et avec une attention soutenue, les malades exécutent assez bien ces fonctions, et ils ne présentent aucun des troubles de la coordination des mouvements qui caractérisent l'ataxie locomotrice, et que j'ai décrits dans le sous-paragraphe précédent. Les faits de ce genre sont très-communs; on les observe chez des hystériques, dans des affections rhumatismales, dans certaines névroses; j 'en pourrais rapporter un grand nombre d'exemples choisis dans ma pratique et dans les faits que j'ai publiés; je me bornerai à emprunter à un mémoire de Landry (2) un fait semblable aux précédents et qui me paraît parfaitement et minutieusement observé, bien que l'auteur L'ait faussement interprété.
Observation CUV. — « Salle Saint-François, n° t2 (Beaujon), B... (Alphonse), quarante et un ans, entré le 2 juillet 1851, pour une paraplégie ; analgésie et aneslhésie incomplète. Aujourd'hui (20 novembre 18ol), à la visite, ce malade dit à M. Sandras que, lorsqu'il essaye de marcher, dès qu'il ne voit plus ses pieds, il ne sait où il les pose et ne peut mesurer leurs mouvements, ce qui est manifeste pour toutes les personnes présentes. Averti par ses paroles, j'ai examiné de nouveau le malade, et constaté ce qui suit. Le malade, ne regardant pas, je soulève l'un des membres inférieurs, je l'incline à droite, à gauche ; je l'élève, je l'abaisse, soit en totalité, soit en partie. Il n'a absolument conscience d'aucun de ces mouvements .
« Je le fais marcher soutenu par deux personnes ; quand il regarde à ses pieds, il les pose assez facilement où il veut. Je le fais coucher, et je lui indique des points où je lui ordonne déporter le pied; il y arrive avec la plus grande précision, en regardant ; au contraire, s'il cesse de voir aller ses jambes, le mouvement qu'il fait est bien dans le même sens, mais tellement démesuré, qu'il dépasse de fort loin le but proposé; et le malade dit très-
(1) Nous savons aujourd'hui que, dans ce cas, le défaut de perception des mouvements des membres est dû à l'insensibilité articulaire, et non, comme le disait Ch. Bell et comme je le croyais encore au moment où j'écrivais la précédente édition, en 1801, à l'abolition du sentiment des muscles en action.
(2) Landry, Recherches physiologiques et pathologiques sur les sensations tactiles {Archives générales de médecine, juillet 1852).