CITAP. X HT. — PARALYSIE DE QUELQUES PROPRIÉTÉS MUSCUL
bien qu'il n'a pas conscience de l'ampleur du mouvement exécuté. L'électricité détermine de violentes contractions ; il a le sentiment de la douleur électrique sur les parties sensibles des membres inférieurs, mais non celui de la contraction musculaire. 11 ne se doute nullement des mouvements étendus et très-énergiques que l'électricité fait exécuter à son pied dans tous les sens. Si, lui ordonnant de résister, je fais effort pour fléchir le membre inférieur tendu, je n'y puis parvenir. De môme, quand il est averti, il supporte sur la face antérieure de la jambe un poids très-lourd, sans que le genou plie; mais il n'apprécie ni l'énergie de mon effort, ni la valeur du poids. Si au contraire, lui faisant fermer les yeux, et sans le prévenir, je renouvelle les mômes essais, le membre fléchit, et n'a conscience ni de l'attouchement, ni du mouvement du membre, ni de l'etfort que j'ai déployé, ni de la pression d'un poids assez considérable (15 kilogrammes environ). Je dois dire ici que ce malade, appartenant à la classe moyenne de la société, d'un esprit cultivé, d'une intelligence trèssaine et développée, me rend parfaitement compte de tout ce qu'il éprouve, et que ses réponses très-précises sont incapables d'induire en erreur. »
Ce fait, l'un des trois cas de paralysie de la sensibilité musculaire (et arliculaire)rapportésdansle mémoire deLandry, est parfaitement identique, on le voit, à ceux publiés par Ch. Bell ; il est des plus concluants.
Comparez-le maintenant aux cas d'ataxie locomotrice dont j'ai rapporté des cas analogues, et plus particulièrement à celui qui a été relaté dans l'observation GUI : vous remarquerez que le malade de Landry est complètement anesthésique et analgésique; qu'il n'a conscience d'aucun des mouvements qu'on imprime aux membres inférieurs, s'il ne les voit pas; que cependant, lorsqu'il marche et qu'il regarde à ses pieds, il les pose assez facilement où il veut, et que s'il est couché, et qu'on lui ordonne de porter les pieds dans certains points, il y arrive avec la plus grande précision en les regardant Mon malade, au contraire, n'est pas complètement insensible comme celui de Landry ; on ne peut imprimer aucun mouvement à ses membres, sans qu'il en ait conscience, môme en ne les regardant pas; il jouit, comme l'autre, de toute sa force musculaire. Cependant, s'il veut marcher, il ne peut coordonner ses mouvements, quoiqu'il voie bien ses pieds; il jette alors ses membres dans tous les sens, de la manière la plus désordonnée, sans arriver à exécuter les différents temps de la marche, et, pour le maintenir dans la station, comme pour le faire marcher, il faut pour ainsi dire le porter. Ces désordres fonctionnels étaient évidemment produits parla désharmonie des antagonistes et parla désassociation des muscles qui président aux fonctions musculaires.
Je conviens que, dans les cas où les troubles de la coordination des mouvements et l'anesthésie musculaire et articulaire existent
AKT. j. l'AUÀLYSlli DE LA SENSIBILITÉ MUSC. ET AUT1C. 7 81
simultanément(ce sont les cas les plus fréquents), l'erreur est possible, si l'analyse des symptômes morbides n'est pas faite avec une grande attention. Mais lorsque l'ataxie des mouvements règne isolément, le diagnostic est, on le conçoit, des plus simples et des plus faciles. Ces cas ne me paraissaient pas fréquents, bien que, dans mon mémoire sur l'ataxie, j'eusse déclaré en avoir recueilli plusieurs. En mai 1860, j'en ai observé un nouvel exemple avec MM . Trousseau et Déguise père et fils.
Observation CLTV. — Ataxie locomotrice à sa deuxième période, intégrité parfaite de la sensibilité musculaire articulaire et cutanée.
Première période caractérisée seulement por les douleurs; pas de
strabisme ni d'amaurose. — Obligé de me resserrer et craignant d'inquiéter le malade qui pourrait se reconnaître dans larelation, de ce fait je n'en exposerai pas les détails. Je dirai seulement qu'à l'aide de ce fait, j'ai démontré au professeur Trousseau la différence et l'indépendance complète des troubles de la locomotion dus à l'Insensibilité musculaire (dites paralysie du sens musculaire) d'avec les troubles fonctionnels occasionnés par la désharmonie des antagonistes et par la désassociation musculaire, pendant les mouvements volontaires, et qui sont un des caractères principaux de l'ataxie locomotrice progressive. Nous avons constaté, en effet, que ce malade percevait parfaitement le sol, dans la station et la marche; que la plante de ses pieds était très-sensible au simple chatouillement ou à la pression ou à la température : qu'aux jambes et aux cuisses, la peau et les muscles jouissaient également de leur sensibilité normale, et que cependant la coordination des mouvements y était profondément lésée. Ainsi, le jour il ne pouvait se tenir debout sans osciller considérablement; lorsqu'il marchait, il jetait les membres d'une manière désordonnée, sans pouvoir modérer ou régler son pas. Dans l'obscurité, ces troubles de la coordination étaient encore augmentés, car il lui était alors impossible de se tenir debout ou de marcher. (Ce fait offrait aussi un autre intérêt, caria vue du sujet n'avait pas encore été troublée par la diplopie ni par l'amaurose ; les douleurs fulgurantes ettérébrantes étaient les seuls phénomènes initiaux qui se fussent montrés dans la première période.)
Depuis la publication de ce dernier fait, j'en ai rencontré une douzaine de cas dans les hôpitaux, sur lesquels j'ai attiré.l'attention des personnes présentes aux visites des chefs de services, au point de vue du diagnostic différentiel.
En somme, ces faits d'alaxie locomotrice progressive et ceux de paralysie de la sensibilité musculaire et articulaire quej'ai exposes, diffèrent essentiellement entre eux; il faudrait vraiment fermer les yeux à la lumière, pour ne pas les distinguer les uns des autres aussi n'insisterai-je pas davantage sur cette question.
.oi uuAi-, aiii. — i-AHALisiii ut, 0U1SLQUES PROPRIETES MUSCUL.
Aux membres supérieurs, la perle de la sensibilité musculaire et articulaire occasionne des troubles fonctionnels qu'on ne saurait non plus confondre avec les désordres de l'ataxie locomotrice. Combien d'hystériques, par exemple, n'ai-je pas vues exécutant régulièrement les mouvements habituels dans les divers usages de la main] et chez lesquelles je n'aurais pas soupçonné l'anesthésie dont elles étaient atteintes si je n'avais pas interrogé directement l'état de leur sensibilité tactile musculaire et articulaire ? Elles étaient seulement maladroites; elles laissaient tomber les objets qu'elles tenaient entre leurs doigts, si elles ne les regardaient pas, parce qu'elles avaient perdu la sensibilité tactile; ou bien elles les brisaient, quand ils étaient fragiles, parce qu'elles avaient perdu leur sensibilité mus-, culaire et articulaire. C'est ce que je démontrerai par la suite.
En résumé, il est démontré par les fails et les considérations exposés dans ce paragraphe, que les troubles de la coordination des mouvements, de la désharmonie et de la désassociation motrice, observés dans l'ataxie locomotrice, ne sauraient être confondus avec les désordres fonctionnels produits uniquement par la paralysie de la sensibilité musculaire et articulaire.
ARTICLE II
PARALYSIE DE LA CONSCIENCE MUSCULAIRE OU DE L'APTITUDE MOTRICE INDÉPENDANTE DE LA VUE.
J'ai eu occasion d'observer des sujets privés de la sensibilité de la peau, des muscles, des articulations, des os, des nerfs, chez lesquels, en un mot, il était impossible de provoquer artificiellement la moindre sensation sur les membres et sur le corps.
Ces anesthésies profondes, souvent limitées à un seul membre ou à une région du corps, étaient cependant quelquefois généralisées et affectaient en même temps, dans certains cas, un ou plusieurs sens (la vue, l'ouïe, l'odorat, le goût). Bien que j'aie vu cette insensibilité se développer, chez l'homme, sous l'influence de causes rhumatis* maies, c'est principalement dans l'hystérie que je l'ai rencontrée fréquemment ; j'en ai rapporté plusieurs exemples dans une série de mémoires publiés ou présentés depuis 1849 à nos Académies de science et de médecine. J'ai dit alors comment il m'avait été possible de constater dans ces cas, au moyen de la faradisalion localisée, que chacun des organes était frappé d'insensibilité. J'ai ramené, dans ces caSj la sensibilité, tantôt dans la peau, en laissant les organes qu'elle recouvre dans leur étal d'insensibilité, et tantôt dans les muscles, les osj etc., sans rappeler la sensibilité eu-
ART. H. — l'ANALYSlE UE LA CONSCIENCE MUSCULAIRE. 7&3
ianée. Si je me suis borné, à cette époque, à relater ces faits pathologiques et ces expériences électro-pathologiques, sans parler de l'influence que ces différents états de la sensibilité musculaire avaient exercée sur lacontractilité volontaire, c'est parce que ces faits m'avaient offert un ordre de phénomènes étranges, peu en harmonie avec les idées reçues en physiologie, et qui paraissaient peu orthodoxes et parce que je voulais multiplier mes expériences et mes observations cliniques, avant d'en publier les résultats. Aujourd'hui, elles sont assez nombreuses et mûries par le temps et la réflexion ; je vais en exposer le résumé.
Les sujets qui n'ont perdu que la sensibilité cutanée, sont analgésiques ou anesthésiques, c'est-à-dire qu'ils ont perdu toute espèce de sensibilité tactile, et qu'ils ne sentent pas la douleur provoquée par la piqûre, la brûlure ou par l'excitation électro-cutanée ; mais ils sentent la pression ou le pincement de leurs muscles, les coups portés sur leurs membres; ils perçoivent les mouvements mécaniques qu'on leur imprime, l'étendue des mouvements qu'ils exécutent eux-mêmes, la résistance que l'on oppose à ces mouvements, la pesanteur; chez eux, enfin, la contractilité volontaire n'éprouve aucun trouble dans son action physiologique.
Si à la perte de la sensibilité de la peau s'ajoute celle des organes qu'elle recouvre (des muscles, des os, des articulations, des nerfs), on observe non-seulement les troubles exposés ci-dessus, mais encore les phénomènes suivants : les coups les plus violents, portés sur les masses musculaires du membre anesthésié, ne sont pas ressentis par le malade; s'il se trouve dans l'obscurité, ou si onl'empêche de voir, il ne perçoit pas la position de ce membre, ni les mouvements les plus brusques qu'on lui imprime ou qu'il exécute luimême ; s'il a perdu la sensibilité musculaire et articulaire, l'excitation électrique directe de ses muscles, de ses nerfs, ne provoque aucune sensation, quelque intense et rapide que soit le courant d'induction, et quoique les muscles se contractent avec une grande énergie, sous son influence. J'ai exposé tous ces faits dans l'article précédent.
Mais il est une autre série de phénomènes morbides qui me paraissent démontrer l'existence d'une propriété musculaire que j'appellerai conscience musculaire, servant à l'accomplissement des mouvements volontaires. Ces phénomènes ont une haute portée, au point de vue physiologique, surtout quand on les soumet au conlrôle des expériences électro-pathologiques que j'ai à relater. Leur étude fera le sujet de cet article.
Une seule objection invaliderait, si elle était fondée, ces faits et les expériences qui vont suivre: je dois donc la prévenir. On pourrait craindre, en effet, que les sujets de ces observations aient simulé l'insensibilité. Pour répondre a cette objection, je dirai que
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je rue suis tenu en garde contre cette cause d'erreur, et que, avant d'admettre les phénomènes accusés par les malades, je n'ai jamais négligé de leur faire subir l'épreuve de l'excitation éleclro-cutanée ou musculaire, épreuve qu'on rend au besoin plus sensible que celle du feu. Sur ce point, l'erreur n'a donc pas été possible. J'ajouterai que, dans tous les cas analogues recueillis par moi, les phénomènes ont été identiques. Quant aux illusions auxquelles j'aurais pu me laisser entraîner, j'espère avoir offert toutes les garanties possibles en expérimentant publiquement et en présence de savants confrères dont le nom seul est une autorité.
Je vais exposer les observations qui forment la base de ces recherches et je les ferai suivre de considérations qui ont trait au sujet de cet article ; puis je résumerai, dans des conclusions générales, les faits principaux qui en découlent.
Observation CLVI. — Vers la fin de 1848, un malade d'environ une quarantaine d'années se présente à ma consultation pour se faire traiter de très-anciennes douleurs qu'il éprouvait dans les membres inférieurs. Il en avait aussi ressenti jadis dans les membres supérieurs, dans le cou et dans le dos; la peau de ces régions était aussi, disait-il, très-sensible au toucher et au frottement de la chemise. Depuis plusieurs mois, ces douleurs avaient disparu et avaient fait place à une insensibilité complète des membres supérieurs. Aux pieds comme aux mains, il avait perdu la sensibilité tactile. 11 avait conservé l'intégrité de ses mouvements, bien qu'il éprouvât une grande gêne pour marcher, à cause de l'insensibilité de ses pieds. Mais la nuit, disait-il, il était paralysé du membre supérieur droit. Le caractère intermittent de cette paralysie locale avait paru indiquer l'emploi du sulfate de quinine, qui lui fut ordonné par son médecin, sans que son état en fût modifié. Enfin, il attribuait sa maladie à son état de jardinier, qui l'obligeait d'avoir presque continuellement les pieds et les mains dans l'eau. Telle est l'histoire qu'il me raconta.
Je constatai alors que le membre supérieur droit était entièrement aneslhésié, quelque moyen que j'employasse pour exciter la peau ou les tissus sous-jacents, voir môme l'excitation électro-cutanée la plus intense. Je vis aussi que la sensibilité était considérablement diminuée dans le membre supérieur gauche, et dans les pieds, mais qu'elle n'y était pas entièrement perdue ; que sa marche était mal assurée, bien qu'il se sentît fort et pût faire de longues marches sans fatigue. Les membres supérieurs avaient conservé tous leurs mouvements; leur force était égale des deux côtés; mais il ne savait plus distinguer les corps lourds des corps légers, lorsqu'il se servait de celui du côté droit. 11 est un autre phénomène que je dois mentionner, malgré sa bizarrerie, par ce qu'il me mit sur la voie d'un nouvel ordre de faits jusqu'alors inconnus dans la science. Le malade, qui gesticulait beaucoup en me parlant, maintenait cependant son bras droit immobile le long du corps. Lorsque je lui en fis l'observation, il se mil a le mouvoir, mais en le regardant, et ses gestes n'étaient pas naturels. Alors, je lui dis de me donner la main, en le priant de fixer son regard du côté