‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 343 sur 543 · ART> H> PARALYSIE DE LA CONSCIENCE MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

ART> H> PARALYSIE DE LA CONSCIENCE MUSCULAIRE

opposé. A mon grand étonnement, le membre no bougea pas, bien que le malade crût m'avoir donné la main ; ensuite, reportant sa vue sur elle, il me la présenta vivement et serra fortement la mienne. . .

Ce fait frappa mon esprit ; cependant, me révoltant, pour ainsi dire, contre sa bizarrerie, je ne poussai pas plus loin mon examen, elje'ne songeai qu'à débarrasser mon malade de ses douleurs, seul service qu'il attendît de moi.

Je n'entendis plus parler de ce malade dont j'avais négligé de prendre le nom et l'adresse ; je l'avais môme entièrement oublié, lorsqu'un second fait analogue vint me le rappeler quelques mois après.

Observation CLVIl. — 11 s'agissait d'une paraplégie motrice qui survenait seulement dans l'obscurité, chez une femme dont les membres inférieurs étaient complètement insensibles. Ainsi, disait-elle, elle ne pouvait se relever de sa chaise, lorsqu'elle était surprise par la nuit. Étant couchée, il lui était impossible de mouvoir ses membres inférieurs. Et cependant elle marchait assez bien le jour, et restait longtemps debout sans se fatiguer. Je constatai encore qu'elle ne pouvait mouvoir ses membres inférieurs qu'à la condition de les regarder.

L'excitation électro-cutanée et musculaire fit disparaître assez vite ces troubles de la molilité et de la sensibilité.

Bien que je n'eusse pas saisi d'abord toute l'importance des deux faits cliniques que je viens d'exposer succinctement et que je les eusse observés fort légèrement, il me parut en ressortir que, dans certaines conditions morbides, les mouvements volontaires ne pouvaient s'effectuer sans le secours de la vue, et que cette condition était peut-être l'aueslhésie complète des membres. Je me mis dès lors à observer, dans cette direction, tous les anesthésiques que je rencontrai dans les hôpitaux. J'en vis un bon nombre dont la sensibilité était complètement abolie, et qui cependant pouvaient mouvoir leurs membres sans les regarder.

J'ai rapporté des observations de ce genre dans l'article précédent; mais parmi ces anesthésiques, il y en eut quelques-uns chez lesquels la conlractilité volontaire était plus ou moins enrayée lorsqu'à leur insensibilité s'ajoutait la privation de la vue. Je n'exposerai pas ces derniers faits et les expériences très-variées auxquelles ils donnèrent lieu, parce qu'ils se résument dans l'observation suivante; je vais la rapporter ayec quelques détails.

Observation CLV11I. — Pelletier (Désirée), Agée de dix-huit ans, brodeuse, d'une bonne constitution, d'un tempérament lymphatique, réglée à quatorze ans, mais peu abondamment et irrégulièrement. Sa mère est morte paralysée des membres inférieurs à quarante et un ans. A onze DiciiENNE. — 3e édition. oO

/ oo ouAi-. aiu. rAUALisiii uih yuuwjUUS» l'iluriUliTISS MUSCUL.

ans, en 1848, ayant été maltraitée par les maîtres chez lesquels elle était en apprentissage, elle eut, pour la première fois, une attaque d'hystérie qui dura vingt-quatre heures et ne fut suivie d'aucun dérangement dans sa sanlô. Lorsque la menstruation apparut la première fois (à l'âge de quatorze ans), elle eut une deuxième attaque d'hystérie. Depuis lors, des crises hystériques revenaient fréquemment (à peu près tous les huit jours) et duraient peu de temps (dix minutes à un quart d'heure). Elles étaient caractérisées seulement par de l'élouffemenl, des envies'de pleurer, quelques mouvements nerveux, sans perte de connaissance. Sa santé était du reste excellente ; elle éprouvait seulement des douleursàl'épigastre et dans le côté gauche, au niveau du scapulum. Sa menstruation revenait irrégulièrement, à des intervalles de deux à trois mois, peu abondamment et ne durait qu'un ou deux jours; pas de pertes en blanc. En juillet 1851, se promenant en canot avec sa maîtresse, elle tomba à l'eau et en fut retirée immédiatement, mais elle perdit connaissance pendant deux heures. A la suite de cet accident, ses crises n'en devinrent pas plus fréquentes. — En mai 1852, les attaques hystériques se rapprochant et durant deux ou trois heures, avec perte de connaissance, elle dut entrer à la Pitié, au n° 29 de la salle du Rosaire (service de M. Gendrin). La sensibilité de la peau était alors seulement perdue aux membres supérieurs, excepté à la pulpe des doigts; mais elle n'éprouvait aucun trouble dans ses mouvements. Elle fut traitée par des bains froids quotidiens, par l'opium à haute dose et par l'éther. — Après seize mois de ce traitement, elle n'avait encore éprouvé aucune amélioration. A dater de ce moment, dit la malade, les attaques s'éloignèrent peu à peu et devinrent de plus en plus courtes. N'ayant pas eu une seule attaque pendant deux mois, elle se crut en état de §ortir de la Pitié, le 17 novembre 1853. Mais huit jours ne s'étaient pas écoulés, depuis sa sortie de l'hôpital, que des attaques nouvelles, très-fortes et très-longues, reparurent tous les deux ou trois jours et furent bientôt suivies d'insensibilité générale. Elle était très-maladroite de ses mains, et ne pouvait marcher qu'en regardant ses membres inférieurs. Elle se sentait cependant assez forte et pouvait rester debout sans fatigue; mais, après un certain temps, ses jambes tremblaient. La nuit elle ne pouvait remuer dans son lit, et, le jour, elle se retrouvait dans la position où elle s'était placée en se couchant; alors seulement il lui était possible de se mettre sur les côtés, de se lever et de marcher. Une nuit, ayant eu une courte attaque, elle fut jetée de son lit sur le parquet, et dut, quand elle revint à elle, rester dans une position très-gônanle, jusqu'à ce que le jour vînt lui permettre dé se relever. Elle se fit conduire alors à l'hôpital de la Charité, où elle est entrée le 2 décembre 1853, au n° 49 de la salle Sainte-Marthe. Quelques jours après son entrée, M. Briquet m'invita à examiner ce cas qui lui paraissait offrir, quant aux troubles de la sensibilité, beaucoup d'analogie avec ceux que nous observions journellement dans son service. Ainsi, il avait constaté que Désirée avait perdu la sensibilité tactile et la sensibilité à la douleur sur toute la surface du corps; qu'elle ne sentait môme pas l'excitation électro-cutanée; que les tissus places sous la peau (muscles, os, troncs nerveux) étaient aussi insensibles que la peau, excepté dans un point limité du côté gauche du

AUX. 1L — PARALYSIE DE LA CONSCIENCE MUSCULAUtE. 7 87

thorax où la pression était douloureuse, et dans lequel se faisaienl souvent sentir des douleurs spontanées; que la face était également insensible à toutes les excitations; que l'odorat était perdu, et enfin que la vue était très- affaiblie à gauche. Quant aux mouvements, nous avions retrouvé les phénomènes que nous avions déjà notés sur les malades frappés, comme elle, d'insensibilité générale et profonde. Lui donnait-on la main, par exemple, elle la serrait avec assez de force; elle fléchisssait ou étendait de môme l'avant-bras sur le bras, etc. ; mais elle ne pouvait modérer ses contractions musculaires, de sorte qu'elle serrait toujours avec la même force, si on lui disait de prendre légèrement la main qu'on lui offrait ; elle ne pouvait non plus faire de différence entre un corps léger et un corps pesant ; elle ne sentait pas la résistance qu'on opposait à ses contractions musculaires; phénomènes qui caractérisent la paralysie de la sensibilité musculaire et articulaire. Depuis son entrée à la Charité, la force musculaire avait encore diminué dans les membres inférieurs, de sorle qu'elle ne pouvait se tenir debout sans trembler. Enfin, il est encore un autre phénomène que nous avions observé, M. Briquet et moi, dans ces cas d'insensibilité générale et profonde, et qui existait chez elle : c'est qu'on pouvait frapper violemment ses membres, les agiter, les secouer fortement, les changer de place, sans qu'elle eD eût conscience; puis, comme elle ne sentait pas le lit dans lequel elle reposait, elle éprouvait des saisissements continuels, au moment de son réveil, se croyant alors menacée d'une chute ; elle n'était complètement rassurée que lorsqu'elle se voyait réellement couchée dans son lit.

En me livrant à l'examen de celle malade, j'avais découvert qu'elle présentait, au plus haut degré, le phénomène qui fait l'objet spécial de cet article. Ainsi, m étant penché de manière à l'empêcher de voir sa main, au moment où je lui disais de la fermer, cette main était restée immobile, bien qu'elle crût l'avoir fermée ; ensuite, pendant que je lui avais fait étendre et fléchir Vacant-bras sur le bras, ayant détourné son regard de ce membre, le mouvement s'était arrêté tout à coup, et le membre était resté dans cette position, comme s'il eût été tétanisé. J'ajouterai que la malade, que je voyais pour la première fois, ignorait ce que je cherchais à conslaler. Je me décidai alors à livrer à l'observation publique ces phénomènes que j'avais vus assez souvent se reproduire de la môme manière, depuis plusieurs années, pour être bien certain de leur réalité. Je fis donc constater par les personnes présentes à la visite ce que je venais d'observer chez Désirée, et j'essayai de rendre môme ces phénomènes plus saillants en variant les expériences suivantes.

i° Après avoir masqué la vue de cette malade, lui disait-on de fléchir l'avant-bras sur le bras ou de l'étendre, quand on l'avait placé dans la flexion, et de fermer ou d'ouvrir la main, le membre restait immobile à droite comme à gauche ; on voyait seulement, dans ce membre, quelques mouvements irréguliers et limités qui annonçaient les efforts auxquels elle se livrait pour faire les mouvements qu'on lui commandait. Elle croyait les avoir exécutés, et manifestait un étonnement mûlé de chagrin, lorsqu'on lui laissait voir que son membre était resté inerte. Je variai ces expériences aux membres inférieurs comme aux membres

supérieurs, jusqu'à ce qu'il fût bien établi que, chez celle malade, la coutra*:tion volontaire ne pouvait se faire sans le secours de la vue, symptôme* propres à l'impotence d'une fonction que j'appelais conscience musculaire.

2° Voici une autre expérience qui montra, en outre, que l'action de la volonté et le concours de la vue étaient nécessaire à la cessation de la contraction musculaire une foù produite. Si, après s'ôlrc fuit serrer la main, on l'empêchait de voir, et qu'on lui dît de cesser tout effort, on sentait que la contraction de ses fléchisseurs continuait, et il fallait employer une grande force pour lui ouvrir la main ; ou bien si, après lui avoir fait fléchir l'avantbras, on l'empêchait de voir, l'avanl-bras restait dans la flexion, et résistait également aux efforts d'extension que l'on exerçait sur lui. (On se rappelle que la malade, privée de toute sensibilité, n'avait pas conscience des mouvements qu'on imprimait à ses membres).

L'expérience suivante établit qu'z'/ ne suffit pas que le sujet voie, pour que les mouvements soient obtenus, mais qu'il faut encore que son attention suit alors fixée sur le membre à mettre en mouvement. Ayant placé les mains de la malade assez rapprochées l'une de l'autre pour qu'elle pût les voir également bien, je l'invitai à les fermer et à les ouvrir toutes les deux à la fois. La flexion des doigts se fit, mais alternativement de chaque côté, et il en fut de môme pour leur extension. Quelque effort qu'elle fit pour obtenir ce résultat, elle ne put faire contracter à la fois les muscles homologues. On voyait que, pendant les contractions, elle fixait alternativement son regard sur la main qui entrait en mouvement. Il ne lui fut pas non plus possible de fléchir ou d'étendre simultanément ses avant-bras sur les bras.

3° Celte espèce de suspension de l'action motrice volontaire dépendaitelle d'un état pathologique des centres nerveux, ou des organes périphériques? Dans cette dernière hypothèse, était-elle l'effet d'un étal morbide de la sensibilité cutanée ou des propriétés musculaires ? Voici les expériences que je fis pour juger ces diverses questions.

J'essayai de rétablir la sensibilité de la peau de l'avant-bras et de la main par la faradisalion cutanée. Pendant les premières minutes, Désirée n'éprouva aucune sensation dans les points excités, bien que le courant fût intense et ses intermittences rapides. Mais bientôt après elle accusa d'abord un chatouillement, puis une sensation de piqûre et de brûlure qui alla croissant et lui arracha des cris, au point que je fus forcé de diminuer l'intensité du courant. Après quelques minutes de cette excitation, la sensibilité de la peau était en partie revenue dans le point faradisé, mais elle n'en franchissait pas les limites. Je promenai de la môme manière l'excitation électro-cutanée sur tous les points de la région antérieure et postérieure de l'avant-bras et de la main, et sur la pulpe des doigts. Après cette opération, la malade sentait vivement les plus légers pincements de la peau, et lorsqu'elle promenait ses doigls sur les draps de son lit, elle en appréciait bien les inégalités; enfin, elle distinguait les corps chauds des corps froids. La sensibilité tactile et douloureuse étant ainsi rappelée en partie, je commandai à Désirée de mouvoir la main ou les doigts sans les regarder, mais elle ne remua pas plus qu'auparavanl, bien que je stimulasse sa sensibilité cutanée en frottant ou en

Page 1