‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 345 sur 543 · ART. HI. — PARAL. DELA C0NTRACTIL1TÉ ÉLECTRO-MUSCUL · texte numérisé non relu

ART. HI. — PARAL. DELA C0NTRACTIL1TÉ ÉLECTRO-MUSCUL

membre à mettre en mouvement, à tel point qu'il serait impossible, par exemple, de fermer ou d'ouvrir les deux mains à la fois, et que ces deux mouvements ne se feraient qu'alternativement et nécessairement avec le concours du regard et de l'attention.

Celte faculté qui paraît résider dans le muscle (puisqu'on peut la rappeler par la faradisalion de ce muscle, quand elle est abolie); qui n'est pas la sensibilité musculaire; qui établit une relation intime entre le muscle et le cerveau ; qui enfin permet à celui-ci de provoquer le mouvement sans l'intervention de la vue, j'ai cru bien l'exprimer par le nom de conscience musculaire. Mais cette dénomination, comme je l'ai déjà reconnu, ne repose que sur une théorie. Si celle-ci n'est pas exacte (ce que l'avenir jugera), qu'on cherche une autre dénomination ; je fais bon marché de la mienne. Je défends seulement ici le fait physiologique et pathologique que je crois acquis à la science.

Conclusions.

I. II paraît exister une sorte de sens qui siège dans le muscle, qui sert à l'accomplissement de la contraction musculaire volontaire, et qui, dans l'absence de la vue, éclaire, pour ainsi dire, le cerveau, avant que ce dernier, excité par les ordres de la volonté, provoque la contraction musculaire.

II. Il ne faut pas confondre la conscience musculaire qui, dans l'acte des mouvements volontaires, semble précéder el déterminer la contraction, avec la sensation qui donne le sentiment de la pesanteur, de la résistance, etc., et qui a été appelée sens musculaire par Ch. Bell, et sensation d'activilé musculaire par Gerdy. Cette dernière sensation est le résultat ou le produit de la contraction musculaire ; l'observation clinique m'a démontré récemment que cette sensation est un phénomène qui dépend plutôt de la sensibilité articulaire que de la sensibilité musculaire.

III. La conscience musculaire peut exister indépendamment de la sensation d'activité musculaire.

IV. Elle est nécessaire à la contraction musculaire volontaire et à la cessation de cette contraction . Cependant le sens de la vue est l'auxiliaire de la conscience musculaire qu'il peut suppléer.

V. La perte de la conscience musculaire et du sens de la vue est nécessairement suivie de l'abolition des mouvements volontaires.

ARTICLE III

PARALYSIE DE LA CONTRACT1LITÉ ÉLECTRO-MUSCULAIRE, OU INDÉPENDANCE MU- TUELLE DE LA CONTIUCTII.ITÉ VOLONTAIRE ET DE LA CONTRACTAI TÉ ÉLECTRO- MUSCULAIRE.

11 est aujourd'hui avéré qu'un muscle peut ne plus se contracter»

7 94 CllAP. XI II. — PARALYSIE DE QUELQUES PROPRIÉTÉS MUSCUL.

d'une manière appréciable, par l'excitation électrique, quoiqu'il se contracte sous l'influence de la volonté et que sa force paraisse normale. Il existe donc une paralysie de la conlractililé électromusculaire; c'est un fait démontré par les expériences électropathologiques exposées précédemment. Il me semble aussi acquis à la science, parce qu'il a été confirmé par d'autres observateurs, et même par un observateur qui s'était imposé la tache de contredire mes recherches, dans ce qu'elles ont de plus incontestable ou bien d'en combattre les déductions que j'ai essayé d'en tirer. « Dans certaines paralysies, dit-il, rien n'est plus vrai; le mouvement volontaire reparaît avant que l'électricité décèle un changement notable dans l'état de l'irritabilité (I).» Je me bornerai dans cet article à reproduire ici textuellement un extrait de l'article que j'ai publié sur ce sujet dans les premières éditions (pp. 402, 1855 et 329, 1861). On verra que je n'ai rien exagéré et que j'ai exposé les faits tels qu'ils se sont présentés à mon observation.

L'irritabilité (2) n'est pas nécessaire a la motilité, tel est le titre d'un mémoire adressé par moi à l'Académie des sciences en 1846.

Si l'on se rappelle les grandes et savantes discussions soulevées par l'irritabilité hallérienne, qu'on a cru jusqu'à présent inséparable de la vie, la proposition écrite en tôle de cet article doit exciter l'incrédulité.

Personne, en effet, n'avait songé à contester le rôle important qu'Haller a assigné à l'irritabilité. S'il est vrai que les physiologistes se soient divisés sur le siège de cette propriété, et qu'ils se soient engagés, à ce sujet, dans de vives et interminables discussions, d'un autre côté, ils se sont tous tellement bien accordés sur l'importance de l'irritabilité pour les fonctions musculaires, qu'il n'est •venu à la pensée d'aucun d'eux de douter de l'union intime de la conlractililé électrique et de la contraclilité volontaire.

Aujourd'hui, cependant, m'appuyant sur des faits nouveaux et nombreux, constatés publiquement dans les services cliniques des hôpitaux, souvent en présence des hommes les plus éminents, je persisle à dire que l'intégrité de la contractiliiè électro-musculaire nest pas nécessaire à ^exercice des mouvements volontaires,

Voici dans quelles circonstances on observe les phénomènes desquels j'ai déduit la proposition que je viens de formuler.

Certaines paralysies sont caractérisées par la perle de la conlractililé électro-musculaire; parmi-elles, je citerai la paralysie saturnine, la paralysie consécutive aux lésions traumaliques des nerfs,

(1) Landry, Traité complet des paralysies, p. 231.

(2) Est-il besoin de dire qu'il s'agit ici de la contraclilité provoquée artificiellement, et surtout de la contractilité électro- musculaire.

ART. m. — PARAL. DE LA CONTRACTILITÉ ÉLECTRO-MUSCUL. 795

la paralysie de la septième paire et la paralysie générale spinale.

Au début de mes recherches, je m'attendais à voir, dans ces cas, reparaître parallèlement la conlraclililé volontaire et la conlractilité électro-musculaire, sous l'influence du traitement; il n'est pas un physiologiste qui admette la possibilité du contraire. Cependant j'ai constamment vu la conlractilité électrique rester longtemps dans le môme état, c'est-à-dire abolie ou très-notablement affaiblie, alors que les muscles avaient recouvré leurs mouvements volontaires.

Je ne fatiguerai pas le lecteur de la relation de tous ces faits observés en trop grand nombre (plus d'une centaine) pour trouver place dans cette note, et dans lesquels j'ai répété mes expériences publiques à satiété. Néanmoins je ne puis me dispenser d'en exposer quelques exemples, afin qu'il soit bien convaincu de la rigueur de mes déductions, et pour qu'il puisse en contrôler lui-même l'exactitude, dans des cas analogues. Comme exemples et à l'appui de la proposition qui découle de mes recherches et de mes expériences électro-cliniques, à savoir, qu'il existe une paralysie de la contractilité électro-musculaire, indépendante de la contractilité volontaire, ou, en d'autres termes, qu'au point de vue physiologique, la contractilité électro-musculaire peut être éteinte et la contractilité volontaire s'exercer normalement, comme exemples, dis-je, j'ai relaté des faits cliniques dans la seconde édition (1), qui datent de mes premières recherches (de 1847 et 1848). Voici les sommaires de deux de ces cas; je ne produirai ensuite que les réflexions dont je les ai fait suivre.

Observation CLIX. — Pastoîi, peintre en bâtiments, ôgé de 21 ans, entré à l'hôpital de la Charité en 1847 (service du professeur Bouillaud). — Paralysie saturnine des avant-bras. — Absence complète de la contractilité électrique, appréciable même par l'électro-punclure, dans les muscles paralysés. — Retour des mouvements volotitaires par la faradisalion localisée, et persistance de l'alolition de la contractilité électro-musculaire.

Observation CLX. — Guillemard, 24 ans, exposé par sa profession à l'intoxication saturnine, entré à l' Hôtel-Dieu (service clinique de Chomel) en mars 1848. — Paralysie saturnine avec absence de la contractilité électrique même par Vèlectro-puncture. — Retour de la contractilité volontaire par la faradisation musculaire et de quelques contractions fibrillaires provoquées par l'électro-puncture.

En voyant chez le sujet de l'observation CLIX les muscles autrefois atrophiés présenter à mon examen un développement considérable, et se contracter avec force sous l'influence de la volonté, on ne les aurait pas soupçonné atteints d'une grave lésion vitale, privés de leur irritabilité électrique.

(1) Duchennc (de Boulogne), É/ect. toc. , obs. LX et LXf, 1861.

7 9fi Cil A I'. AU l. — l'AHALYSIE DE QUELQUES PKOPRIETÉS MUSCL'L.

Cette observation offre tous les caractères d'authenticité désirables, puisqu'elle a été recueillie dans un service clinique de la Faculté, où les laits sont soumis au contrôle le plus sévère. Elle suffirait à la démonstration complète de celte proposition écrite en tète de cet article : L'irritabilité n'est pas nécessaire à la motilité. Si les muscles de Pastoli avaient offert la plus petite contraction sous l'influence de l'excitation électrique, on aurait pu l'apprécier par la vue, car sa peau offrait peu d'épaisseur; on aurait aussi vu les aiguilles implantées dans ses muscles s'agiter au moment de la contraction.

Cependant, pour être physiquement certain que, chez ce malade, la contractilité électro-musculaire était complètement éteinte, il faudrait que j'eusse pu voir le muscle à nu, au moment de la recomposition électrique. En conséquence, quoique je sois porté à penser que l'irritabilité électrique des muscles de notre malade était entièrement abolie, il me paraît sage de faire quelques réserves à cet égard.

Je donne l'observation de Pastoli comme le cas le plus probant parmi toutes celles dans lesquelles j'ai observé des phénomènes électro-dynamiques analogues. Cependant je dois dire qu'après le retour des mouvements volontaires, on voit assez souvent reparaître, à un faible degré, il est vrai, la contractilité électro-musculaire ; mais alors on observe encore qu'il n'existe aucun rapport entre l'étal de faiblesse de la contractilité électrique et la puissance de la contractilité volontaire. On en trouve un exemple dans l'observation CLX, qui n'a différé de la précédente qu'en ce qu'au moyen de l'éleclropunclure, à un courant très-intense, on a pu produire des contractions faibles et fîbrillaires après le traitement. Faut-il en conclure que, chez le malade (Guillemart), l'irritabilité n'était pas complètement éteinte dans la fibre musculaire ? L'aiguille enfoncée dans le tissu du muscle ne pouvait-elle pas rencontrer des nerfs ou des filets nerveux? J'ai recueilli en effet plusieurs observations dans lesquelles les nerfs possédaient encore à un assez haut degré la faculté de provoquer des contractions, quand je les excitais directement, bien que l'irritabilité n'existât plus dans le tissu musculaire.

Les autres médications rétablissent aussi les mouvements volontaires, sans rappeler la contractilité électro-musculaire. Ainsi j'ai vu des paralysies saturnines guéries par la strychnine, dans lesquelles cependant les muscles ne se contractaient pas plus par l'excitation électrique qu'avant le traitement.

J'ai rapporté comme exemple le cas de paralysie saturnine exposé dans l'observation CL1X, et clans lequel j'ai vu reparaître les mouvements volontaires sous l'influence des bains sulfureux, sans que la contractilité électro-musculaire fût à peine modifiée. Je pourrais encore rappeler ici quelques observations de paralysies Iraumatiques des nerfs, qui ont été exposées dans le chapitre V, dans lesquelles les

CHAT. XIV. — TROUBLES DE LA SENSIBILITE ET DES SENb. «»/

mouvements volontaires ont reparu, alors môme que les muscles restaient privés de leur contractilité électrique ; mais ce serait donner inutilement trop d'extension à cet article.

Les faits que j'ai recueillis prouvent donc surabondamment qu'un muscle, privé de sa contractilité électrique (autant qu'il est toutefois permis de le constater chez l'homme), peut cependant posséder intégralement sa contractilité volontaire.

L'absence de la contractilité électrique dans un muscle qui possède sa contractilité volontaire a étéjusqu'à présent le résultat d'un état pathologique, c'est-à-dire que je n'ai observé ces phénomènes que chez des sujets qui, après avoir été paralysés, avaient recouvré les mouvements volontaires. Les muscles qui ont perdu leur contractilité électrique, la recouvrent-ils tôt ou tard? A quelle époque la recouvrent-ils entièrement ? Je me réserve de revenir sur ces questions. Pour le moment, il me suffit d'avoir démontré par des faits cette proposition importante, sans chercher à la commenter, à savoir, que Vintégrité de la contractilité électro-musculaire nest pas nécessaire à l'exercice des mouvements volontaires (1).

De ce qu'une aussi profonde lésion de l'irritabilité ne trouble en rien les fonctions musculaires, est-ce à dire que cette propriété soit superflue ? Telle n'est pas ma pensée ; je professe au contraire que tout a un but dans la création. Mais, d'après les faits précédents, il est évident que l'utilité de la contractilité électro-musculaire, de celle irritabilité sur laquelle on a tant écrit, tant discuté, que l'on a cru inséparable de la vie, est encore à rechercher.

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