‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 346 sur 543 · TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ ET DES SENS, TRAITÉS PAR L'ÉLECTRISATION · texte numérisé non relu

TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ ET DES SENS, TRAITÉS PAR L'ÉLECTRISATION

Ce chapitre est consacré à l'exposition des recherches thérapeutiques que j'ai faites sur la valeur de la faradisation localisée appliquée au trailement de certains troubles de la sensibilité ou des sens, que l'on rencontre dans des affections nerveuses ou rhumatismales. La plupart de ces recherches ont été faites sur une grande échelle et publiquement; leur publication date déjà de 1855; elles ont été reproduites dans la précédente édition. Ayant été continuées depuis lors par moi et par un grand nombre d'autres expérimentateurs, l'exactitude des faits thérapeutiques que j'avais an-

(I ) Je ferai remarquer que cette proposition, qui a été considérée par quelques auteurs comme paradoxale, n'est que l'expression des faits que j'ai exposés ; qu'elle n'est pas même une déduction, ni une explication que je laisse à d'autres le soin de rechercher.

noncée s'est trouvée vérifiée en général. En conséquence, je vais exposer de nouveau les résultats de ces recherches, avec les réserves que l'on doit toujours faire dans toutes les questions thérapeutiques, et surtout dans celles qui son t aussi conjecturales, et qui ne reposent que sur l'expérimentation empirique. Je puis me tromper dans l'interprétation des faits que je vais relater, mais personne ne doutera de leur exactitude.

Quelle influence thérapeulique la faradisation localisée exercet-elle sur les névralgies, sur certaines névroses, sur l'angine de poitrine par exemple, sur certains étals nerveux des sens, et en particulier sur la surdité nerveuse, acquise et congénitale ? Telles sont les questions thérapeutiques qui feront le sujet de ce chapitre.

ARTICLE PREMIER

NÉVRALGIES ET NÉVROSE?

§ ï. — Névralgies.

Une douleur vive et instantanée, produite artificiellement sur un point quelconque de l'enveloppe cutanée, peut modifier profondément et même guérir les névralgies. — Celte proposition, déjà mise en lumière par la cautérisation transcurrente ou ponctuée, et surtout par la cautérisation de l'hélix appliquée au traitement de la sciatique (méthode tanl à la mode il y a peu d'années, et aujourd'hui généralement abandonnée), me paraît également ressortir des recherches que je vais exposer.

Quel est le moyen de produire celte douleur instantanée? Je ne connais pas d'agent qui réponde mieux à celte médication spéciale que la faradisation appliquée à l'excitation de la peau. La cautérisation cutanée par le fer rouge approche un peu de son aclion thérapeutique par son instantanéité; mais elle désorganise les tissus, et la douleur qu'elle produit ne peut être graduée, comme la faradisation, selon le degré d'excitabilité du sujet ou de l'organe soumis à son influence. De plus, celte cautérisation doit élre pratiquée rapidement, sous peine d'étendre profondément son action désorganisatrice, et la vive douleur qu'elle produit cesse à l'instant où l'escharre eslformée. La faradisation cutanée, au contraire, respectant les tissus, peut être fréquemment renouvelée et pratiquée indifféremment dans toutes les régions, môme à la face; enfin elle peut être prolongée longtemps, sans que jamais son intensité diminue.

§ H. — Névralgie sciatique.

La névralgie sciatique est celle dans laquelle j'ai eu l'occasion

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d'expérimenter le plus fréquemment la valeur thérapeutique de la faradisation cutanée. Les faits nombreux que j'ai recueillis jusqu'à ce jour, m'ont paru justifier pleinement les considérations que j'avais déduites de mes premières recherches.

11 est très-peu de névralgies sciatiques qui n'éprouvent immédiatement l'influence de l'excitation électro-cutanée,quel que soit le point du corps où on la pratique; mais, pour que cette influence salutaire se fasse sentir, il faut que l'impression qu'elle occasionne soit vive et subite. 11 n'est pas rare de rencontrer des sujets peu irritables chez lesquels le courant le plus intense ne produit qu'une faible sensation ; chez eux, la médication électro-cutanée reste sans action sur la névralgie sciatique, il faut la porter alors sur un organe doué d'une grande sensibilité. C'est ainsi qu'ayant placé le rhéophore sur la racine de l'hélix de plusieurs malades, sans pouvoir produire une vive sensation, et conséquemment sans modifier la névralgie sciatique, j'ai vu celle-ci disparaître immédiatement par la faradisation de la sous-cloison nasale. (Etien n'est comparable à la douleur produite par l'excitation de cette région; aussi doit-on la pratiquer avec circonspection et seulement dans les cas extrêmes.)

On comprend qu'il ne puisse être ici question que des névralgies sciatiques qui prennent leur source dans un trouble purement dynamique, et non de ces douleurs sciatiques qui sont d'une nature inflammatoire, ou symptomaliques d'une lésion matérielle de ce nerf, comme la dégénérescence cancéreuse, la compression du nerf par une tumeur, la névrite, etc. Ces dernières affections ne peuvent être rangées parmi les névralgies, et il serait absurde alors d'attendre un effet curalif de la faradisation de la peau.

Il n'existe aucune région de l'enveloppe cutanée dont l'excitation jouisse du privilège exclusif de modifier la névralgie sciatique. Cette opinion ressort de mes recherches; cependant il me parait qu'en général il vaut mieux agir loco dolenti. Il faut avoir soin d'opérer à sec, c'est-à-dire de dessécher préalablement la peau avec une poudre absorbante ; car si l'excitation électrique pénètre profondément, la névralgie peut être aggravée au lieu de se calmer. Je pourrais rapporter un grand nombre de faits à l'appui de celte assertion. Magendie et, à son exemple, E. Becquerel, ont recommandé au contraire de conduire l'excitant électrique jusque dans le nerf malade.

Voici, d'une manière générale, les phénomènes que l'on observe pendant la fustigation électrique pratiquée à sec dans la névralgie sciatique. Les papilles nerveuses se soulèvent, puis rougissent dans le point excité, et, si l'épiderme est fin, la peau se couvre de larges plaques érylhémateuses (j'ai vu quelquefois ce phénomène se

produire seulement plusieurs minutes après l'application des fils métalliques excitateurs, et se prolonger d'une heure à vingt-quatre heures). Habituellement l'opération ne peut être supportée au delà de quelques minutes. A l'instant où la fustigation est suspendue, toute sensation cesse, et le sujet cherche vainement à provoquer la douleur scialique par des mouvements de toute espèce. Rien n'est curieux comme l'étonneinent du malade, qui passe subitement de la souffrance la plus vive au calme le plus parlait; rien n'est plus agréable au médecin que la vive expression de sa reconnaissance. Mais l'influence aneslhésique de la douleur électro-cutanée sur la scialique n'est pas toujours aussi grande ; quelquefois la douleur névralgique estseulementcalmée oudéplacée.

Il est infiniment rare d'obtenir laguérison radicale de la névralgie scialique en une seule séance. Je comprends difficilement que l'on ait avancé que la cautérisation auriculaire pratiquée une seule fois guérit le tiers des sciatiques. On sait qu'un certain nombre de ces névralgies ne peuvent guérir, quelle que soit la méthode employée. Mais, en admettant qu'on ait voulu parler seulement des névralgies simples, par refroidissement ou impression d'un courant d'air froid, il est évident, pour tous ceux qui ont suivi ces expériences, qu'on a pris des guérisons temporaires pour des guérisons définitives.

L'effet de la douleur perturbatrice, quelle que soit la méthode employée, n'est donc généralement que temporaire. Ainsi, lorsque l'on a pratiqué la fustigation électrique, la douleur reparaît après un espace de temps plus ou moins long, qui varie d'une à huit, dix, douze heures : mais alors cette douleur est habituellementdéplacée ou modifiée ; on voit revenir le sommeil perdu depuis longtemps, et la marche devient plus facile. Quand la fusligation électrique n'est pas renouvelée, la névralgie revient bientôt aussi intense qu'auparavant. Si l'on voyait, dans cette influence fugace de l'excitation électro-cutanée, une cause d'impuissance pour la cure radicale de la névralgie scialique, il faudrait aussi accuser d'impuissance une foule de médicaments dont là valeur thérapeutique est le mieux établie, bien que leur action ne soit que momentanée ou temporaire. L'excitation électro-cutanée possède en outre le précieux avantage de soulager immédiatement le malade, en attendant une guérison définitive.

Est-il besoin de dire ce qu'il faut faire pour obtenir cette guérison définitive? N'est-il pas évident qu'en persistant dans l'application de ce puissant agent modificateur, ainsi qu'on le pratique pour l'emploi de tous les agents thérapeutiques, on aura la chance de triompher des névralgies les plus rebelles? C'est, en effet, le résultat auquel je suis arrivé, en renouvelant la fustigation électrique

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quatre, six ou huit fois, et à des intervalles assez rapprochés. La névralgie sciatique, ainsi pourchassée, disparaît enfin définitivement.

Les malades et les médecins réclament, en général, l'intervention thérapeutique de l'électricité pour la névralgie sciatique, comme pour un grand nombre d'autres affections nerveuses ou musculaires que j'ai passées en revue, seulement lorsqu'ils ■ ont épuisé sans succès toutes les ressources ordinaires de la thérapeutique. Dans [es recherches expérimentales auxquelles je me suis livré dans les hôpitaux, j'ai choisi les cas les plus rebelles, afin de mieux juger la valeur delà médication faradique. Eh bien, malgré ces conditions désavantageuses dans lesquelles l'excitation électro-cutanée s'est trouvée placée vis-à-vis de la névralgie sciatique, j'ai obtenu les heureux résultats thérapeutiques queje viens d'exposer.

Tel est le résumé ries faits qui ressortent des expériences trèsnombreuses que j'ai faites depuis une vingtaine d'années sur l'influence thérapeutique de la faradisalion cutanée, dans la névralgie sciatique.

J'ai eu aussi de fréquentes occasions de faire des expériences analogues dans les autres névralgies. Comme les résultats en sont à peu près les mêmes que ceux qu'on observe dans la névralgie sciatique, je n'aurais pu traiter spécialement de la thérapeutique électrique de chacune de ces névralgies, sans m'exposera des redites. Je me bornerai donc à dire que les considérations électro-thérapeutiques que je viens d'exposer sur la névralgie sciatique, une des plus fréquentes de toutes les névralgies, leur sont parfaitement applicables.

§ III. — UféYralgie plantaire.

J'ai vu un bon nombre de névralgies, rebelles à tout traitement antérieur, céder d'une manière merveilleuse, par la rapidité de la guérison, à la faradisalion cutanée, pratiquée locodolenti. Si je n'étais pas forcé de me resserrer, j'en relaterais ici quelques exemples choisis parmi les plus rebelles. Je ne puis résister au désir rie rapporter brièvement ici la plus remarquable de toutes celles que j'ai observées.

C'était un cas rie névralgie plantaire. Cette espèce rie névralgie d'un traitement difficile et contre laquelle Malgaigne pratiquait à la plante du pied une incision transversale à la direction du nerf douloureux, est habituellement rebelle.

Observation CLXI. Névralgie plantaire datant de plus d'un an, guérie en deux iémicespar la faradisation cutanée loco dolenti.

En 1860, M. le professeur Nélaton m'a adressé M. X..., qui depuis deux ans souffrait d'une névralgie plantaire gauche, dont il attribuait la duchennk, 3e édition. 51

cause à la compression exercée circulairement par une chaussure trop étroite sur son avant-pied gauclie. Le point douloureux à la pression de celle névralgie siégeait au niveau de la saillie sous -métatarsienne* de sorte que, pendant la slalion et la marche, la pression du sol y provoquait des douleurs intolérables qui rayonnaient dans la planle du pied. Afin d'éviter celte douleur, il posait son pie ! sur le sol dans l'altitude du varus, cl marchail conséquemment sur le bord externe du pied, ce qui occasionnait une claudication. La névralgie avait résisté à des médications variées et énergiques. Velpeau, qui lui avait donné des soins (disaitil) pendant une année, lui avait fait tenir le membre dans la position horizontale pendant tout ce temps. L'atlitude vicieuse qu'il devait donner à son pied, pour n'en pas appliquer le point douloureux sur le sol, avaitalléré la forme de ce membre et occasionnait une grande fatigue. M. JNélaton avait commandé un appareil, afin de faciliter la marche et la station. Toutefois il lui conseilla de venir me demander un avis avant de quilter Paris. Les cas de guérison que j'avais déjà obtenus dans des névralgies plantaires analogues, par la faradisation cutanée, m'inspirèrent l'idée d'expérimenter l'excitation électro-cutanée dans ce cas de névralgie plantaire. Après quelques minutes, d'une excitation électro-cutanée très-éoergique pratiquée loco doleuti, le point douloureux sous-métatarsien disparut, et le malade put poser le pied à plat sur le sol, se tenir debout sur sa pointe, et marcher sans provoquer la moindre douleur; ce qu'il n'avait pas fait depuis plus d'une année. Après trois heures de marche la douleur reparut, mais moins forte. Une seconde excitation électro-cutanée, pratiquée le lendemain, comme la première fois, fit disparaître la douleur, qui depuis lors n'est plus revenue. Les contractions instinctives qui avaient lieu pour éviter la douleur pendant la marche et la station avaient cessé, de sorte que le pied posait bien à plat sur le sol, exécutant ses mouvements normaux, et avait repris sa forme normale. Quinze jours après, le malade a quitté Paris, complètement guéri, emportant par précaution l'appareil qui avait été commandé par M. Nélaton, mais qui ne lui a point servi.

Avant le fait précédent j'avais guéri rapidement par le même procédé une névralgie plantaire dont le point douloureux était fixé au talon, et avait été rebelle depuis plus d'une année à tous les traitements antérieurs (sangsues, vésicatoires, repos absolu), la malade était la fille d'un confrère, mademoiselle L..., qui m'avait été adressée par M. Bouillaud. Enfin un autre cas analogue, mais ne datant que de deux mois, que j'avais observé chez un nommé Camille, ouvrier de M. Chanïère, avait aussi été guéri par la faradisation cutanée. Ces faits m'ont décidé à expérimenter l'excitation éleciro-cutanée dans le cas de névralgie plantaire qui m'a été adressé par M. Nélaton et dontj'ai exposé la relation. Depuis lors, j'ai encore guéri plusieurs autres névralgies plantaires par le môme procédé.

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