‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 347 sur 543 · ART. I · texte numérisé non relu

ART. I

— NÉVRALGIES ET NÉVROSES

§ IV. — Remarques sur l'action thérapeutique de la faradisation rutauée dans le traitement des névralgies.

I. — Pourquoi cette méthode a échoué dans la pratique de M. E. Becquerel.

La plupart des névralgies guérissent par la faradisation cutanée ; les observateurs qui ont écrit sur Péleclro-lhérapie disent avoir obtenu de l'application de la faradisation cutanée des résultats analogues à ceux que je viens de faire connaître. Cependant E. Becquerel a prétendu qu'au contraire ce mode d'électrisation est en général impuissant contre la névralgie. Je ne puis m'expliquer une opinion aussi contradictoire que par la différence des procédés employés par cet observateur. J'ai appris, en effet, que dans ses expériences il n'avait pas eu soin de dessécher la peau avec une poudre absorbante. Or, je l'ai dit précédemment, si la peau n'est pas parfaitement desséchée, l'excitation électro-cutanée n'est pas parfaitement limitée à la peau, et peut pénétrer jusqu'au nerf malade, si les rhéophores sont placés sur son trajet. Cette excitation du nerf'malade, comme je l'ai dit précédemment, aggrave souvent la douleur au lieu de la calmer, ou la rappelle lorsqu'elle a cédé à l'excitation électro-cutanée bien localisée dans la surface de la peau.

II. — Valeur de la faradisation directe des nerfs par de prétendus courants d'induction centripètes.

Il est vrai que E. Becquerel avait à préconiser une autre méthode qu'il trouvait bien préférable, celle de Magendie, qui consiste à faire passer directement dans le nerf malade, dans le sens longitudinal et pendant un temps suffisamment prolongé, un courant d'induction à intermittences rapides. E. Becquerel a essayé de rajeunir cette méthode en donnant au courant d'induction une direction centripète, à l'imitation d'un courant galvanique qui, dirigé pendant un certain temps dans la continuité d'un nerf, jouirait de la propriété d'en paralyser la sensibilité (et la motricité). II lui paraissait donc rationnel d'appliquer comme aneslhésique le courant centripète au traitement de la névralgie. Mais cet observateur s'est évidemment trompé en croyant avoir obtenu, dans ses expériences, un courant d'induction centripète de l'appareil magnéto-élecLrique dont il a fait usage; c'est un énorme lapsus que je regrette d'avoir à signaler. Il est, en effet, démontré (voy. chap. I, article in) que ces appareils ne peuvent produire que des alternatives voltianes, c'est-à-dire un cou. rant alternativement centripète et centrifuge. Le procédé de faradisation qu'il a préconisé, qu'il croyait avoir modifié, n'est donc en réalité que celui de Magendie (voy. p. 108)', dont il diffère cependant en ce que E. Becquerel a remplacé l'éleclro-puncture employée

parMagendie par les éponges humides. Il me paraissait que ce mode de traitement avait fait son temps; du moins les résultats peu encourageants que j'en avais obtenus m'avaient engagé à en rechercher un meilleur; je crois avoir bien démontré l'heureuse influence de la faradisation cutanée sur la névralgie.

III. — La guérison des névralgies par la faradisation cutanée est Conjecturale,

Rien n'est plus conjectural que l'action thérapeutique de la faradisation cutanée appliquée au traitement des névralgies: ainsi telle névralgie simple et récente n'éprouvera pas la moindre influence de l'excitation électro-cutanée; telle autre névralgie, au contraire, datant de plusieurs années et rebelle à tous les traitements antérieurs, cédera comme par enchantement à la faradisation cutanée. Toutefois j'ai remarqué que les névralgies qui avaient éprouvé une influence immédiate de cette excitation de la peau avaient très-souvent guéri ; tandis que la plupart de celles qui, après la première application' n'en avaient éprouvé aucune modification appréciable, s'étaient montrées presque toutes rebelles à ce mode de traitement. J'en ai fait un signe pronostique de la névralgie. Ce signe m'a mis plusieurs fois sur la voie de lésions organiques ou d'inflammation du nerf (de névrites) qui offraient les apparences de névralgies. Ce signe m'a éclairé dans une triste circonstance.

Observation CLXI1. — Mon regrettable maître Chomel, souffrant depuis plus de deux ans de douleurs sciatiques rebelles, crut que la faradisation pourrait en triompher. Appelé à lui donner mes soins, je partageai son espoir, d'autantplus facilement qu'à ce moment je venais d'obtenir°par la faradisation culanée une série de guérisons d'anciennes névralgies. Je fus, hélas ! bien vite désillusionné ; car une énergique excitation éleclrocutanée que je pratiquai à l'instant ne fut suivie d'aucune modification appréciable. C'était déjà d'un mauvais augure; cependant j'avais l'espoir qu'une seconde, une troisième ou une quatrième application serait plus heureuse, comme je l'avais observé quelquefois; je fus malheureusement déçu dans mon attente. Celle impuissance complète de la faradisation cutanée, comme modificateur môme temporaire de douleurs dites névralgiques, m'inspira sur la nature de la lésion du nerf sciatique des doutes que j'exprimai aux savants confrères qui lui donnaient des soins habituels. Une dizaine de séances pratiquées journellement n'ayant produit aucun résultat, le toucher par le rectum fut pratiqué et fit reconnaître l'existence d'une tumeur de mauvaise nature siégeant dans le bassin du côté malade, tumeur qui était la cause unique des douleurs ressenties dans le trajet du nerf sciatique et simulant une névralgie, tumeur qui devait le conduire au tombeau.

§ v- — Névralgie épileptiforme (tic douloureux).

De toutes les névralgies, celle de la cinquième paire a été, dans

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mes recherches, la plus rebelle à l'action thérapeutique de la faradisation cutanée, lorsqu'elle avait un caractère particulier qui lui a fait donner par M. Trousseau (I ) la dénomination de névralgie épileptiforme, et qui était connue sous le nom de tic douloureux.

Celte espèce de névralgie est considérée comme incurable par ce pathologiste. Il faut, pour la calmer, administrer des doses énormes d'opium, que le malade tolère parfaitement. J'ai vu en 1861, dans son service (Hôtel-Dieu, salle Sainte-Agnès, n° 3), un sujet dont les crises douloureuses n'étaient modérées que par 15 grammes d'extrait gommeux d'opium par jour, et qui cependant n'en éprouvait pas le moindre effet narcotique.

J'ai eu l'occasion d'expérimenter l'influence modificatrice de la faradisation cutanée dans trois cas de névralgie épileptiforme. Dans l'un d'eux, l'action de ce traitement a été complètement nulle ; mais les deux autres ont été heureusement modifiés par lui. Voici en résumé la relation de l'un de ces deux cas.

Observation CLXI1I. — M. X..., cultivateur des environs de Paris, m'a été adressé, en 1860, pour des douleurs qu'il éprouvait depuis près de deux ans, dans le côté gauche de la face, et dont voici les caractères principaux. Elles siégeaient au niveau du point où la septième paire commence à se diviser en rameaux, et paraissait circonscrite dans un espace qui ne dépassait pas le diamètre d'une pièce de 5 francs. Elles revenaient par crises plus ou moins fréquentes et dont la durée n'excédait pas quelques secondes. Elles étaient préfondes, osseuses et continues pendant toute la crise ; le malade les comparait à la douleur que produit l'arrachement d'une dent et dont la durée serait de dix à quinze secondes. Il avait eu l'occasion de se faire arracher plusieurs grosses dents, et il disait que la douleur produite par cette opération n'égalait pas celle qui élaitprovoquée par sa névralgie. Pendant la crise, sa face s'injectait fortement; ses traits se contractaient douloureusement du côté affecté ; il faisait entendre des gémissements, et se comprimait fortement la face avec ses mains comme pour diminuer sa douleur, ce qu'il prétendait obtenir en effet. La pression exercée sur le point de la septième paire indiqué ci-dessus était douloureuse, et provoquait une forlecrise.il en était de même des mouvements occasionnes par la mastication et par le parler. Ces douleurs ont été tellement vives par moments, que pendant six semaines le malade devait se condamner au silence absolu et s'alimenter seulement avec des bouillons qu'il avalait à l'aide d'une pipette, les mouvements de succion opérés par la langue ne rappelant pas la douleur. Ses nuits étaient presque sans sommeil, réveillé qu'il était à chaque instant par une nouvelle crise. Ces crises, primitivement supportables, ont augmenté d'intensité progressivement, sans que rien ait pu les calmer — La faradisation cutanée, pratiquée loco dolenti avec une grande énergie, pendant une minute et à trois reprises, a modifié immédiatement la névralgie ; les crises sont

(1) Trousseau, Clinique médicale de 1' Hôtel-Dieu, 3« édition. Paris, 18G7.

revenues moins fréquentes et moins douloureuses ; pour la première fois depuis bien des mois, le mulade a dormi quelques heures sans être réveillé par les crises habituelles, mais le manger et le parler les rappellent toujours, quoique moins fortes. Les séances suivantes, pratiquées de deux jours l'un, ont produit une amélioration progressive, et après une dizaine d'excitations les crises ont entièrement disparu. Cette guérison s'est maintenue pendant trois mois, après lesquels elles ont reparu bien moins fortes et provoquées seulement par le manger. Une nouvelle cure d'une douzaine de séances en a débarrassé de nouveau le malade.

Je n'oserais affirmer que celle guérison d'une névralgie épileptiformeest définitive. Quoi qu'il arrive cependant, celle influence de ia faradisation cutanée dans des cas rebelles n'en est pas moins remarquable et précieuse pour la thérapeutique.

Depuis la publication de ce fait clinique déjà ancien, j'ai expérimenté cette môme méthode électro-thérapeutique dans bien des cas de tics douloureux de la face; plusieurs fois, j'ai obtenu des résultais à peu près aussi heureux. L'un d'eux me paraît remarquable, en raison de l'insuccès de bien des tentatives de traitement qui avaient été mis en œuvre pendant plusieurs années. En voici succinctement la relation.

Observation CLXlV. — Il s'agit d'une dame qui, en 1862, à la suite de l'avulsion d'une dent, avait été atteinte d'une névralgie épilepliforme qui siégeait dans diverses divisions de la cinquième paire. Tantôt en effet les douleurs se faisaient sentir le plus souvent dans le nerf sous-orbitaire, d'autres fois dans le dentaire inférieur ou dans le lingual; elles revenaient par crises plus ou moins rapprochées, duraient chacune seulement quelques minutés; elles étaient atroces, ressemblant à celles que produit l'avulsion d'une dent, lorsqu'elles siégeaient à la mâchoire inférieure, du côté douloureux; la face était alors injectée; l'impression du froid ou du chaud, la mastication les provoquaient; aussi la malade était-elle forcée de se priver pendant plusieurs jours de nourriture solide, ne prenant que du bouillon frais ou tiède qu'elle faisait arriver dans le fond de la gorge à l'aide d'une pipette. Les traitements les plus énergiques (sulfate de quinine, vésicatoires, morphine à doses très-élevées, etc.), ont été essayés sans résultat, pendant plusieurs années, par des notabilités scientifiques, entre autres par Trousseau, lorsqu'elle me fut adressée, en désespoir de cause. L'excitation électro-cutanée appliquée à doses moyennes et parfaitement localisée dans la peau, avait modifié déj.\ cette névralgie en quelques séances, elle en a débarrassé la malade à plusieurs reprises, une fois pendant deux ans; de temps à autre et à des intervalles très-éloignés, la névralgie ro'knt, mais infiniment moins intense que jadis, et chaque fois quelques séances suffisent pour la faire disparaître.

Tel est le résultat que j'ai obtenu, dans ce cas, par cette méthode d'électrisalion. Comparativement aux horribles douleurs qui l'ont

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fait souffrir pendant plusieurs années, la malade se considère comme guérie. J'ajouterai, pour expliquer la ténacité de cette névralgie (qui peut-être, d'après les recherches modernes de Bœremsprung, est symplomatique d'une lésion du ganglion de Gasser) : c'est qu'elle parait héréditaire; la mère de cette dame en effet a été également atteinte d'une névralgie faciale très-rebelle.

A côté des guérisons merveilleuses dont il vient d'être question, je suis forcé, hélas! de placer un correctif, en disant que, pour ce qui me concerne du moins, elles sont rares, et que rien ne peut faire prévoir le résultat du traitement.

§ VI. — Douleurs térébrantes et fulgurantes île l'ataxie.

On ne s'étonnera plus aujourd'hui de la persistance de certaines douleurs dermalgiques et en même temps profondes, térébrantes, fulgurantes, erratiques, revenant par crises, et que l'on avait rangées dans les névralgies, car ces douleurs sont symptomatiques d'une affection des plus graves et qui marche fatalement d'une manière progressive : je veux parler des douleurs symptomatiques de l'ataxie musculaire progressive, douleurs que la faradisation cutanée diminue ou fait disparaître quelquefois temporairement, mrus qu'elle ne peut guérir, pas plus que la maladie dont elle est un des symptômes les plus constants.

§ VII. — Paralysies consécutives à de prétendues névralgies.

C'est ici qu'il convient d'exposer mon opinion sur la nature des paralysies que l'on observe quelquefois à la suite de certaines affections douloureuses dites névralgies. Je le ferai brièvement.

Dans toutes les paralysies consécutives à des douleurs dites névralgiques qui avaient siégé dans des nerfs mixtes, et que j'ai eu l'occasion d'observer, j'ai constaté que la contractilité électro-musculaire était abolie ou affaiblie.

C'est, on le sait, un des signes de la lésion analomique des nerfs moteurs, comme cela ressort des faits exposés dans le chapitre consacré à l'étude des paralysies des nerfs mixtes. En conséquence, il ne m'est pas possible d'admettre qu'une paralysie puisse être produite par une simple névralgie. J'ai professé cette opinion depuis longtemps; elle se trouve exprimée dans la première édition de l'Éleclrisation localisée. J'ai dit et je crois encore que ces prétendues névralgies, qui ont été suivies de paralysie, ont dû être produites par une altération organique quelconque des nerfs. Les faits que j'ai recueillis à ce point de vue m'ont paru confirmer celle assertion.

J'espère iraiter plus tard cette importante question, lorsque

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j'aurai réuni un assez grand nombre de faits. Je me propose aussi d'exposer en môme temps les signes qui distinguent les névralgies réelles de ces pseudo-névralgies, dues à une altération organique des nerfs et qui se terminent souvent par des paralysies. ^ Quoi qu'il en soit, dans cette espèce de paralysie, le pronostic tiré de l'état de la contractilité électro-musculaire et l'action thérapeutique de la faradisalion musculaire sont les mômes que dans les paralysies traumaliques des nerfs mixtes.

§ VIII. — Angine de poitrine.

I. Quelques considérations générales, — Depuis qu'un médecin français, nommé Rougnon, a publié, il y a près d'un siècle, la première, observation d'angine de poitrine (1), et qu'Heberden, médecin anglais, lui a donné le nom qu'elle porte encore aujourd'hui (2), les nombreux auteurs qui ont traité de cette maladie se sont principalement préoccupés de sa nature et du siège qu'elle occupe.

Ainsi ils ont fait naître généralement l'angine de poitrine: 1° en Angleterre, d'une lésion organique du cœur, et principalement de l'ossification des artères coronaires (Jenner, Black, Parry), ou d'une lésion de la crosse de l'aorte (Corrigan) (3) ; 2° en Allemagne, d'un principe rhumatismal ou goutteux (Butter, Schœfier, Hesse, Bergius, etc.) ; 3° en Italie, d'une hypertrophie du foie, par suite de laquelle l'action du cœur se trouve gênée ou paralysée; 4° enfin, en France (Desportes, Jurine, Lartigue, etc.), d'une névralgie soit du pneumogastrique, soit, du plexus cardiaque, soit du nerf diaphragmatique, ces derniers auteurs ne différant entre eux d'opinion que sur le siège de la névralgie. Aujourd'hui chaque pays défend encore opiniâlrémenl les opinions nées dans son sein. Malheureusement, il faut bien le reconnaître, les longues et savantes discussions qui se sont élevées sur la palhogénie et sur la physiologie pathologique de l'angine de poitrine n'ont pas fait faire un pas à la thérapeutique de cette affection.

L'angine de poitrine est cependant la maladie la plus terrible qui puisse menacer la vie de l'homme,. car elle le tue presque toujours

(1) Rougnon, Lettre à Lorry sur les causes de la maladie et de la mort de M. Charles, février 17G8.

(2) Voici les diverses dénominations qui ont été successivement données à celte maladie: angina pectoris, Heberden, 17GS; as t lima convulsivum, Klsner, 1 ? 7 S ; diaphragmatic gout, Butter, 1792 ; utlisina artriticum, Sciimidt, Stôller, 17!):i ; sy m . angina, Parry, 17!i(J ; ast/ima dolorifkum, Darwin, 1781 ; sternalgie, Baumes, ISOO; sternoeardie, Brera, 1810; pneumogastralyie, Téallier, 1826.

(3) M.ÉIie Gintrac est le seul médecin qui, en Fi ance, ait défendu l'opinion du ce pathologiste anglais. Cet excellent observateur admet cependant que, dans quelques cas, l'angine peut être essentiellement nerveuse {Journal de la Société de médecine de Bordeaux, 1835).

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infailliblement, après l'avoir torluré pendant un temps plus ou moins long. Combien est pénible la position du médecin en présence d'un malade en proie à un accès d'angine, lors qu'il ne connaît aucun moyen thérapeutique capable de faire cesser à l'instant ces horribles souffrances, et que la mort menace de terminer cet accès qu'il ne saurait empêcher !

Ce n'est pas que l'on ait négligé de rechercher les moyens de combattre celte maladie; le nombre des agents thérapeutiques mis en usage est au contraire très-grand, chaque médecin ayant agi suivant l'idée particulière qu'il se faisait de sa nature et de sa pathogénie. Ces médications diverses ont quelquefois, quoique rarement, produit l'amélioration et même la guérison de celle affection. Mais il ressort des faits publiés jusqu'à ce jour que la thérapeutique est à peu près impuissante contre l'accès lui-même, alors qu'il parait incontestable que c'est l'un de ces accès qui tue presque toujours, que l'angine soit ou non compliquée de lésion organique du cœur ou de l'aorte.

Ce court exposé suffit, je crois, pour démontrer combien il importe de chercher le moyen : 1° d'arrêter un accès d'angine de poitrine, puisque seul il peut être suivi d'une mort foudroyante; 2° d'empêcher le retour de ces accès ou d'enrayer la marche de la maladie.

II. Expériences électro-thérapeutiques contre l'angine de poitrine. — C'est dans l'espoir d'atteindre un heureux résullat que j'ai commencé une série d'expériences. Je vais exposer ces premiers essais.

Observation CLXV. — Angine de poitrine probablement essentielle datant de six mois. — Influence thérapeutique de l'excitation électrique du mamelon et de la peau.

Péroné, cinquante ans, corroyeur, demeurant à Belleville,ruede laTourtille, n° 25, d'une forte constitulion, d'un tempérament sanguin, d'un certain embonpoint, et ayant le cou court, n'a jamais eu de maladie grave. Il a seulement éprouvé, il y a deux ans, une douleur rhumatismale dans l'épaule droite, qui l'a forcé d'interrompre son travail pendant un mois, bien qu'il n'ait pas eu de fièvre. Il n'a pas habituellement l'haleine courte ; il n'est pas sujet aux palpitations : son habitation est saine; il ne s'est pas exposé à l'humidité.

Le 29 novembre 1832, à neuf heures du matin, étant àjeun, il éprouva tout à coup, sans cause connue, un sentiment de brûlure profonde, au niveau de la partie supérieure et moyenne de la poitrine, et une douleur qui s'étendait dans le membre supérieur gauche. Use joignait à ces symptômes des fourmillements et des picotements qui allaient en augmentant du coude à l'extrémité des doigts. Pendant l'accès, le cœur battait avec force et rapidité; la lete était lourde, un peu douloureuse; la phonation était difficile, par di'-faut de respiration suffisante, et augmentait la douleur . Le malade était forcé de se courber en avant, de s'arrêter ou de s'a-seoir,

dJiHoiDiuii, jix ui;s SENS, la douleur augmentant par l'extension du tronc; son anxiété était extrême ; il était frappé de terreur et croyait à sa (in prochaine. Ce premier accès a commencé à diminuer à la suite d'une saignée copieur duc-huit heures après le début. Des bains de pieds sinapisés, des potions calmantes et un bain entier avaient été employés antérieurement sans aucun résultat. - Cette amélioration n'était pas très-grande, car le malade ne conservait ce faible soulagement qu'à la condition de rester dans le repos le plus absolu, dans la station assise,parce que la position horizontale provoquait toujours une nouvelle crise; les accès revenaient sous l'influence de la cause la plus légère ; un éternument, un bâillement une cmot.on, quelque légère qu'elle fût, suffisaient pour les provoquer. Dans la journée, le calme parfait arrivait, mais il était interrompu par des accès toujours aussi forts, qui duraient huit à dix minutes et étaient toujours occasionnés par un mouvement ou une impression. Le sommeil n'était pas possible. Peu à peu les accès devinrent moins fréquents quoique toujours aussi forts et terrifiant, chaque fois, le malade et les personnes qui l'entouraient. L'appétit et les digestions n'ont pas été troublés; pas un seul instant de fièvre pendant tout le cours de la maladie. Quinze jours après l'invasion du mal, frictions stibiées sur la partie antérieure et supérieure du thorax : purgalions tous les quatre jours; vingt sangsues à l'anus. Malgré ce traitement, les accidents n'ont pas cessé de revenir sous l'influence du moindre exercice, de telle sorte que le malade était condamné à un repos absolu. M. le docteur Mongeal, son médecin, voyant cet état se prolonger, se décida à m'adresser ce malade, croyant que la contracture du diaphragme pouvait n'être pas étrangère' à son affection qu'il diagnostiquait justement angine de poitrine, dans la lettre qu'il m'écrivit à ce sujet.

Voici les phénomènes que je constatai chez Péroné, le 23 avril 1853, jour où il se présenta à ma consultation : Pour venir de Belleville à mon cabinet, Péroné a dû prendre une voiture ; il n'a pu monter l'escalier qui conduit à mon appartement, sans s'arrêter à chaque marche, éprouvant un serrement de la poitrine et les troubles que j'ai exposés plus haut. Après un quart d'heure de repos, il était rentré dans un calme parfait. L'auscultation et la percussion ne décelaient rien d'anormal ni dans les bronches, ni dans les poumons, ni dans le cœur, ni dans les gros vaisseaux; le pouls était normal. La pression exercée sur tous les points de la poitrine n'occasionnait aucune sensation douloureuse.

Alors j'engageai le malade à provoquer un accès d'angine ; il lui suffit, pour cela, de se baisser comme pour ramasser un objet. Voici la série de phénomènes qui se développèrent simultanément : douleur très-vive, profonde, brûlante, avec sentiment de resserrement, au niveau de la partie supérieure du sternum, s'irradiant dans le membre supérieur gauche, ensuivant la partie postérieure du bra?, la face externe de l'avant-bras et se terminant dans l'index; engourdissement et fourmillement dans tout le membre. Le malade tient constamment les deux mains croisées sur la partie supérieure de la poitrine qu'il comprime, comme pour soulager ses souffrances. Sa tète est fléchie en avant; ses épaulessontportéesenhauteten avant par la contraction du grand pectoral

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et des deux portions supérieures du trapèze ; lorsqu'il veut se redresser ou effacer ses épaules, la douleur s'accroît. Je l'engage à marcher ; mais il n'a pas fait deux pas, qu'il se voit forcé de s'arrêter et de s'asseoir à cause de l'augmentation de sa douleur sternale. Sa respiration est courte, agitée; les battements de son cœur sont violents; son pouls est fréquent, sa face rouge, injectée; ses yeux sont largement ouverts; son corps est couvert d'une sueur abondante et visqueuse ; sa physionomie exprime une anxiété extrême. Cependant les bruits respiratoires sont parfaitement purs et les claquements valvulaires bien frappés ; le cœur a un volume normal, et la percussion pratiquée sur les parois thoraciques ne décèle aucune matité anormale. Lorsque le malade veut parler, les mots sont entrecoupés, la phonation difficile et affaiblie augmente la douleur. Les mouvements respiratoires des parois thoraciques et abdominales se font normalement; point de douleurs à la base du thorax; enfin point de paralysie des mouvements volontaires; seulement engourdissement du bras et de la main gauche dont les mouvements sont affaiblis. Après huit ou dix minutes de repos, tout était rentré dans l'ordre, mais la douleur et le resserrement de la poitrine n'avaient disparu que graduellement.

Le fait dont je viens d'exposer la relation me paraît être un type d'angine de poitrine, dégagée de toute espèce de lésion organique probable. Cette douleur brûlante, sous-sternale, accompagnée d'une sensation de compression, de resserrement, qui jetait le malade dans la plus grande angoisse ; cette douleur s'irradiant dans le membre supérieur gauche , suivant la direction du nerf radial, avec engourdissement et affaiblissement de ce membre et surtout de la main; ces accès provoqués parle mouvement ou par une impression morale, ne laissant aucun trouble apparent dans leur intervalle : tous ces signes, dis-je, suffisent pour justifier mon diagnostic. L'auscultation et la percussion, pratiquées avec le plus grand soin et par plusieurs observateurs, ont, en outre, parfaitement établi qu'il n'y avait là ni lésion du cœur ou de la crosse de l'aorte à laquelle on eût pu rapporter l'angine de poitrine. Enfin, cette affection n'offrait même aucun des phénomènes qu'on observe dans l'asthme, avec lequel l'angine pourrait être confondue, dans certains cas. Ainsi, ce malade n'éprouvait pas d'étouffements, pas de besoin de faire de grandes inspirations ; seulement il rendait sa respiration aussi courte que possible, afin de diminuer sa douleur sternale, augmentée par les mouvements respiratoires.il existait encore d'autres symptômes sur lesquels il serait superflu d'insister, et qui établissaient une distinction bien tranchée entre l'asthme et l'angine de poitrine, chez ce malade.

Quel était le siège de celte angine de poitrine ? Fallait-il le placer dans le pneumogastrique, le plexus cardiaque ou le nerf phrénique ou dans l'un des ganglions du cœur? Je craindrais de sortir

des limites que je me suis imposées, en discutanl ici cette question, quelque importante qu'elle soit; je dois dire cependant que, contrairement aux prévisions que j'ai exprimées en 1853 sur la possibilité d'une conlracture du diaphragme dans l'angine de poitrine, le malade n'offrait aucun des signes qui caractérisent celle dernière affection, et en conséquence que le nerf phrénique paraît étranger, dans ce cas particulier, à cette affection nerveuse.

Le diagnostic étant bien établi, j'arrive aux expériences électrothérapeutiques que j'ai faites dans le but d'arrêter les accès d'angine et d'entraver consécutivement la marche de l'aHeclion.

Relation de mes expériences et de leurs résultats.— Je provoquai un second accès en faisant marcher Péroné, et j'appliquai sur son mamelon l'extrémité de deux fils métalliques excitateurs qui communiquaient avec les conducteurs de mon appareil d'induction gradué au maximum et marchait avec les intermittences très-rapides du courant induit. A l'instant où l'excitation du mamelon fut produite, il jeta un si grand cri, que je dus suspendre la marche de l'appareil. La douleur avait été atroce, mais seulement instantanée, et, à ma grande surprise, avec la douleur artificielle que j'avais provoquée, avait aussi disparu complètement ia douleur de l'angine, ainsi que l'engourdissement et les fourmillements du membre supérieur gauche qui l'accompagnaient; la respiration était devenue calme ; en un mot, le malade se trouvait tout à coup dans son état normal.

Cette transition subite était-elle le résultat d'une simple coïncidence, ou devais-je plutôt la rapporter à la perturbation énorme et instantanée produite par l'excitation électrique du mamelon ? Afî n de j uger défi niti veme n L cette question importante, je recommençai mon expérience, c'est-à-dire que je fis naître un nouvel accès d'angine. Mais ce ne fut plus chose aussi facile qu'auparavant, car le malade dut se livrer à toutes sortes de mouvements, pendant quatre ou cinq minutes, pour obtenir le retour de son accès, tandis qu'avant l'opération il lui suffisait, pour cela, de se baisser.

La seconde expérience réussit tout aussi rapidement que la première ; mais, au lieu d'exciter le mamelon, je m'étais contenté de provoquer l'excitation électro-cutanée loco dolenli (au niveau de la partie supérieure du sternum). Prenant une sorte de plaisir à dominer ainsi ce mal réputé indomptable pendant l'accès, je renouvelai plusieurs fois de suite cette expérience avec le même, succès, et j'observai que plus je l'avais répétée, plus le malade avait de peine à rappeler cet accès, à ce point que la dernière fois il lui fallut monter rapidement les deux étages de la maison que j'habitais, avant d'y parvenir.

Le lendemain, Péroné m'apprit qu'il avait pu retournera Belleville, où il séjournait, sans éprouver la moindre gêne et sans devoir s'arrêter ; que pour la première fois, depuis le début de sa maladie, il avait pu dormir ; que dans la matinée seulement, il avait éprouvé un serrement, sans douleur, limité à la partie supérieure de la poitrine; qu'il était arrive de Belleville à pied; qu'il avait pu monter mon escalier sans s'arrêter ni éprouver de gêne ; enfin cet homme se croyait guéri.

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Je lui proposai encore do rappeler son angine, afin d'agir, comme la veille, au moment de l'accès. Il se mit donc à l'œuvre, et ce ne fut qu'après un quart d'heure de grands efforts, semblables à ceux qu'il fait habituellement lorsqu'il préparc ses peaux, qu'il réussit à provoquer un accès presque aussi violent que les premiers. Maîtriser complètement ce nouvel accès par l'excitation électro-cutanée du thorax fut l'affaire de deux ou trois secondes.

A dater de ce jour, la douleur sous-sternale, les fourmillements et l'engourdissement du membre supérieur gauche ne revinrent plus, quoi qu'on fit pour rappeler les accès. Il restait seulement, après quils avaient été provoqués, un sentiment d'oppression, une sorte de compression dans le point de la poitrine où jadis siégeait la douleur. Quatre ou cinq excitations électro-cutanées, pratiquées à des intervalles assez éloignés, enlevèrent le reste de l'angine, et quinze jours après le commencement du traitement, j'ai pu permettre à Péroné de reprendre son état de corroyeur. J'ai appris que, depuis plus d'un an qu'il s'est livré à ses travaux rudes et habituels, son angine n'avait plus reparu.

Deux enseignements électro-thérapeutiques importants me paraissent ressortir des expériences que je viens d'exposer. D'une part, à l'aide de l'excitation électrique de la sensibilité du mamelon ou de la peau, pratiquée loco dolenti, il est possible: 1° de faire cesser complètement et à l'instant môme un accès d'angine de poitrine ; 2° d'enrayer la marche de cette maladie, et peut-être même de la guérir définitivement.

Le premier fait est incontestable, car les expériences tentées sur ce malade, au moment de ses accès, soit à leur début, soit pendant leur cours, ont toutes donné des résultats absolument identiques, c'est-à-dire qu'elles l'ont, chaque fois, fait passer subitement d'un état de souffrance et d'angoisses inexprimables au calme le plus parfait. Ce fait a d'aulant plus de valeur que, depuis près de six mois, les médications les plus variées n'avaient eu aucune prise sur les accès, et qu'on a vu jusqu'à présent, dans tous les cas rapportés par les auteurs, la thérapeutique rester à peu près impuissante contre celte affection.

Le mode de traitement que je signale à l'attention de mes confrères n'eût-il prise que sur l'accès lui-même, sans modifier en rien la marche ultérieure de la maladie, que la thérapeutique de l'angine de poitrine y gagnerait néanmoins, puisque le médecin pourrait espérer désormais non-seulement débarrasser les malades de leurs horribles souffrances, mais encore prévenir peut-être une mort foudroyante qui termine quelquefois l'accès, et de cette façon se donner le temps de combattre la maladie par les moyens rationnels dont l'action est nécessairement plus ou moins lente.

Mais là ne s'arrête pas l'action thérapeutique de l'excitation élec-

trique de la peau ou du mamelon. On a vu, en effet, dans l'observation précédente, les accès se modifier rapidement dans leur forme et dans leur intensité, sous l'influence de ces expériences réitérées, puis s'éloigner de plus en plus, et enfin disparaître entièrementquelque effort que l'on fît, ou quelque moyen qu'on employât poulies rappeler, alors que pendant dix mois il avait suffi de la moindre impression, du moindre mouvement, pour les développer dans toute leur violence.

Péroné a repris ses rudes travaux de corroyeur depuis plusieurs années, et n'a plus eu de nouvel accès. Est-ce à dire pour cela qu'il soit guéri ? Tout le monde connaît la tendance de l'angine de poitrine à se reproduire. Aussi dois-je faire mes réserves pour ce malade, avant de croire à sa guérison définitive; le temps seul peut juger cette question. Mais il ne m'en paraît pas moins établi que la médication que j'ai expérimentée sur lui a puissamment enrayé la marche de son angine de poitrine, et je suis fondé à en espérer la guérison.

Le moment choisi pour produire ces excitations électriques de la peau et du mamelon, et ces appels réitérés desaccès tout aussitôt réprimés, me paraissent avoir exercé une influence heureuse sur la marche de l'angine. Voici sur quelles idées repose ma manière d'agir dans celte circonstance.

Une longue expérience m'avait appris que la perturbation jetée par l'excitation électro-cutanée dans l'état d'une névrose ou d'une névralgie avait d'autant plus de chance de succès, qu'elle intervenait au moment de l'accès ou du paroxysme delà douleur. J'avais observé, en outre, que la guérison d'une névralgie était d'autant plus solide que les accès avaient été plus souvent troublés dans leur modalité et dans leur cours habituel.

Appliquant ces remarques à l'angine de poitrine, j'eus la pensée de provoquer chez Péroné un nouvel accès immédiatement après avoir dissipé le premier, afin d'avoir une nouvelle occasion de jeter le désordre dans le développement de cet accès. Je fus d'abord arrêté par la pensée que celte expérience n'était pas sans danger puisque personne ne peut répondre de la manière dont se terminera un accès d'angine; mais la facilité avec laquelle j'avais triomphé du précédent m'encouragea à poursuivre. On sait ce qui est arrivé : maîtriser les accès coup sur coup, ne fut qu'un jeu pour moi. On a vu que mes prévisions ont été justifiées par l'événement : car plus les accès avaient été souvent entravés dans leur développement, plus il a été difficile au malade d'en obtenir le retour.

Malgré les beaux résultats thérapeutiques obtenus dans les expériences cliniques sur Perone et sur plusieurs autres sujets, je

ART. I. — NÉVRALGIES &T NEVROSES. 815

n'ai pas osé appliquer exactement celle méthode clans ma clientèle, en raison des dangers que peuvent faire courir ces crises d'angine provoquées. Le fait suivant, en montrant le danger de ces crises, est un enseignement précieux.

Je me suis donc borné à modifier ou à enlever, par le procédé indiqué ci-dessus, l'accès d'asthme qui manquait rarement de survenir au moment où le malade entrait dans mon cabinel, après avoir monté l'escalier. Mais les résultats de ce dernier mode de traitement se faisaient plus longtemps attendre que dans le cas précédent.

Observation CLXVI. — Le général X.... était atteint depuis plusieurs années d'une angine de poitrine parfaitement caractérisée, sans complication appréciable de lésion organique du cœur, et dont les accès revenaient assez fréquemment et des plus intenses depuis plusieurs mois. M. le docleur Brongniart fils, son proche parent, me le présenta pour être soumis au traitement par l'excitation électro-cutanée que je viens de préconiser. En quelques séances, les crises étaient devenues rares, beaucoup moins intenses, et n'étaient plus provoquées que difficilement par des mouvements forcés (comme à la suile d'une marche rapide ou pour monter un escalier) ; enfin son état s'était tellement amélioré, qu'il s'empressa d'appeler sa fille près de lui, afin qu'elle eût le plaisir de le constater elle-même ; mais un jour, en se rendant chez moi avec son neveu, M. Brongniart, il fut pris d'une crise terrible, eut à peine la force de monter mon escalier et mourut en entrant dans mon appartement, en rendant des flots de sang mêlés d'écume.

Ce malheur montre combien est dangereuse une attaque d'angine de poitrine par elle-même, et on comprend que, depuis lors, je me suis bien gardé d'en provoquer une nouvelle, comme je l'ai fait, chez le sujet de l'observation GLXV, lorsque je l'avais arrêtée subitement par la méthode d'électrisation cutanée exposée précédemment. Est-il nécessaire de rappeler que, ce jour là, le général X... n'avait pas été soumis à celte opération? Quels regrets n'aurais-je pas eu, si cette mort subite était arrivée après avoir provoqué une crise comme dans mes premières expériences électro-thérapeutiques !

C'est par l'énorme perturbation qu'elle porte dans l'innervation, avec la rapidité de l'éclair, qu'il faut expliquer l'influence vraiment saisissante de l'excitation électro-cutanée sur l'angine de poitrine. Y a-t-il, en outre, une action spéciale de l'agent électrique sur l'état pathologique du système nerveux? Personne n'oserait assurément l'affirmer, bien que cela soit possible.

S'il n'y avait là qu'une révulsion puissante, le feu posséderait la même vertu que l'électricité. Ce dernier ne pourrait cependant pas

remplacer la faradisalion cutanée, qui, ne désorganisant pas les tissus, pculôlre promenée impunément dans toutes lesrégions, prolongée et renouvelée, autant que cela est nécessaire.

Un nouveau fait est bientôt venu donner plus de valeur aux considérations précédentes ; j'en ai dû l'observation à l'obligeance de mon ami Aran. Elle a été relatée dans la précédenle édition (I).

Observation CLXVII. — Il s'agissait d'une malade qui avait éprouvé, sous l'influence de profonds chagrins, une série d'accidents hystériques dans la première et longue période de sa maladie. Depuis un an, elle avait été atteinte de nouveaux phénomènes morbides d'une extrême gravité, qu'on n'observe pas dans l'hystérie et qu'on ne pouvait rapporter qu'à l'angine de poilrine. Ce cas était donc moins simple que le précédent, et il était à craindre qu'en raison du fond hystérique sur lequel reposait cette angine de poitrine, l'excitation éleclro-culanée n'aggravai les accidents, loin d'en arrêter les accès. Ces appréhensions ont été heureusement trompées, car on a vu ce mode de traitement réussir, dans ce cas, à peu près aussi bien que dans le précédent.

Cette médication aurait-elle produit le même résultat chez ces deux malades, si leur angine de poitrine eût été compliquée d'une lésion organique du cœur ou de la crosse de l'aorte? L'expérimentation clinique pourra seule décider cette question; mais il est, selon moi, permis d'en attendre, sinon la guérison complète de la maladie, au moins un amendement.

En cela, je me fonde sur l'opinion que je me suis faite de la nature de l'angine de poilrine, en rapprochant les deux faits précédents des observations rapportées par les auteurs. Tout le monde admet en effet que l'angine de poitrine peut exister à l'état de névrose simple. Les deux faits que j'ai rapportés viennent s'ajouter à ceux de même nature qui se trouvaient déjà dans la science. Eh bien ! lorsqu'on rapproche ces cas d'angine essentielle, de ceux avec lesquels coïncidait une lésion organique du cœur et des gros vaisseaux, on est frappé de la similitude parfaite des phénomènes qui se déclarent pendant les accès. Si, d'un autre côté, on I compare la rareté de l'angine de poitrine à la fréquence des lésions organiques du cœur et de la crosse de l'aorle, on est fondé à conclure que l'angine de poitrine est une affection indépendante de ces lésions organiques, bien que celles-ci puissent favoriser son développement ou la rendre plus tenace.

a Peut-être (écrivais-je dans la première édition, en 1855, page 109), m'objectera-t-on que je n'ai établi l'heureuse influence thé-

(1) Duchenne (de Boulogne), Élect. loc, obs..CCXL, 18C1.

ART, ii. § i. — HYtfERE STHÉSIE CUTANÉE UYSTÉH1QUE. 8 17

rapeulique de l'excitation électro-cutanée sur l'angine de poitrine que sur deux faits. Fidèle aux principes qui m'ont toujours dirigé dans mes recherches, j'aurais attendu, sans doute, pour les puhlier, que le temps et de nouvelles expériences leur eussent donné plus de valeur, si l'angine de poitrine n'était une de ces affections qu'on n'a que rarement l'occasion d'observer. En outre, la raison qui a eu la plus grande influence sur ma détermination, dans celte circonstance, c'est l'impuissance de la thérapeutique en présence des horribles souffrances occasionnées par un accès d'angine, c'est aussi l'imminence du danger. »

Depuis que j'ai écrit ces réflexions, j'ai obtenu dans ma pratique civile des résultats analogues aux précédents et qui sont venus confirmer la valeur de la méthode de farad isation cutanée que j'ai préconisée dans le traitement de l'angine. M. le docteur Boullet en a fait une heureuse application dans plusieurs cas de cette espèce de névrose, dont il a communiqué les observations à l'Académie des sciences (1).

J'ai fait aussi quelques recherches sur l'influence thérapeutique de la faradisalion cutanée dans l'asthme nerveux, dans les viscéralgies, et dans une espèce de dermalgie lancinante qui apparaît irrégulièrement, tantôt dans un point, tantôt dans un autre. J'ai vu, dans ces cas, la faradisation cutanée appliquée loco dolenli, au moment de la douleur, pendant la crise ou l'exacerbation, agir comme dans l'angine de poitrine, et triompher alors qu'on avait épuisé toutes les autres médications. Je ne relate pas ces faits, quelque intéressants qu'ils soient, parce que ce ne sont que des cas isolés qui m'engagent à poursuivre mes expériences, mais qui sont trop peu nombreux pour que je me permette d'en tirer des conclusions.

ARTICLE II

ACTION THÉRAPEUTIQUE DE LA FARADISATION DANS l'hYPEUESTHÊSIE ET [/aNES- THÉSIE CUTANÉES OU MUSCULAIRES DE NATURE HYSTÉRIQUE.

§ I. — Hypercstliésie cutanée.

L'exaltation de la sensibilité cutanée, qui ne reconnaît pas pour cause une inflammation de la peau, est symplomatique tantôt d'une lésion des cordons postérieurs de la moelle ou de ses membranes, et tantôt d'un état nerveux périphérique, sans doute névralgique, des houppes nerveuses. Il est évident que la faradisation cutanée

(1) M. Ed. Becquerel a communiqué a l'Académie des sciences, en février 18G9, plusieurs cas de guérisons d'angine de poitrine, obtenus à l'aide des mômes procédés de faradisation par M. Boullet {Comptes rendus de V Académie des sciences, fév. 18,9).

i.dchenne. — 3e édition.

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ne peut ôtre appliquée indifféremment à toutes ces hyperesthésies.

L'hyperesthésie cutanée peut ôtre symptomatique d'une lésion spinale de cause traumatique. Ainsi j'ai observé, dans le service de M. Cruveilhier, une malade qui, après avoir soulevé un lourd fardeau, éprouva tout à coup une douleur très-vive dans la portion ' lombaire du rachis suivie d'une fièvre intense, d'une exaltation générale de la sensibilité cutanée et bientôt de paralysie généralisée du mouvement; d'autre part, celle hypereslhésieconsécutive à une inflammation spontanée des enveloppes de la moelle est assez commune. Dans ces cas, l'excitation électro-cutanée échouerait à coup sûr, si môme elle n'aggravait pas les accidents. Le traitement antiphlogistique est évidemment alors le seul rationnel.

C'est principalement dans l'hyperesthésie que l'on observe chez les femmes, surtout chez les hystériques, que j'ai expérimenté l'influence thérapeutique de la faradisation cutanée.

Voici comment j'ai agi. La peau étant desséchée à l'aide de la poudre de riz, tantôt une fustigation électrique énergique a été pratiquée, tantôt les rhéophores métalliques pleins d'un courant induit ont été promenés sur la région douloureuse, pendant que l'appareil marchait avec les intermittences les plus rapides. L'intensité de ce courant était proportionnée au degré d'énergie et d'excitabilité du sujet. L'opération durait de deux à cinq minutes. Alors l'hyperesthésie cutanée a été souvent enlevée ou diminuée de celte manière; la peau n'était plus sensible au frottement, et les malades disaient ressentir une sorte d'engourdissement, de bien-être dans le point excité et jadis douloureux. Dans certains cas, l'hyperesthésie cutanée ne reparaissait plus; mais plus fréquemment elie revenait plusieurs heures après l'opération; tantôt elle élait modifiée ou plus supportable, et guérissait après quelques séances; tantôt elle se montrait aussi intense qu'après l'opération. Je dois à la vérité de dire que la moitié, pour le moins, des malades soumis à ce mode de traitement, n'ont trouvé dans la faradisation cutanée qu'un soulagement momentané. Mais, ici encore, ce mode de traitement était placé dans les circonstances les plus défavorables, car la plupart des hyperesthésies cutanées soumises à son action étaient anciennes et avaient résisté à toutes les ressources de la thérapeutique. N'eston donc pas en droit d'espérer que la faradisation cutanée, appliquée dans des conditions convenables, devra guérir le plus ordi-J nairement l'hyperesthésie cutanée des hystériques?

§ II. — Anestliésie cutanée.

Le môme moyen qui combat avec succès l'hyperesthésie cutanée peut rendre à la peau sa sensibilité normale, lorsqu'elle est abolie,

ART. U. § II. — ÀNASTHÉSIG CUTANÉE 1IYSTÉRIQUE. 819

diminuée ou pervertie. Il est rare que la faradisation culanée ne triomphe pas de l'anesthésie.

I. — La faradisation cutanée parla main électrique (voyez pour la manière de pratiquer cette opération, page 87) n'exerce généralement d'action thérapeutique qu'à la face, où elle m'a paru suffire généralement à la guérison des aneslhésies cutanées qui affectent celte région. J'ai cependant rencontré des cas dans lesquels son influence était impuissante à la face, et qui réclamaient l'application des autres modes de faradisation culanée. J'en ai rapporté plusieurs exemples dans la précédente édition (1).

H. Sur le cou, le tronc et les membres, les rhéophores métalliques pleins peuvent, en général, ramener la sensibilité culanée, lorsque l'anesthésie est incomplète. Mais, si la peau a perdu sa sensibilité, les fils métalliques, par leur action plus intense, triompheront de la paralysie, là où les rhéophores métalliques auront échoué. Voici comment il faut alors procéder. L'appareil est au maximum et marche avec les intermittences rapides ducourant induit ; les fils excitateurs sont placés sur le point de la peau frappé d'anesthésie, et ils sont maintenus en place jusqu'à ce qu'il y ait un commencement d'action organique, de la rougeur, etc. Si l'action thérapeutique est immédiate, et c'est le cas le plus ordinaire, en quelques minutes le malade éprouve, dans le point excité, un chatou llement suivi d'une légère sensation de brûlure, qui va croissant rapidement et devient bientôt intolérable. On recommence la même opération sur les parties voisines, jusqu'à ce quel'on ait ainsi modifié la paralysie de la peau dans une certaine étendue. Alors on remplace les fils métalliques, devenus insupportables pour le malade, par des rhéophores métalliques pleins, promenés pendant un certain temps sur la partie déjà faradisée, ayant soin de diminuer l'intensité du courant au fur et à mesure que la sensibilité reparaît. C'est à l'aide de ce procédé que j'ai souvent rendu, en quelques minutes, la sensibilité cutanée à un membre entier.

III. — Dans les anestkésies de la peau, l'action thérapeutique de la faradisation cutanée est presque toujours limitée aux points qui sont mis en contact avec les rhéophores. — Il suffit quelquefois de stimuler plus ou moins vivement un point limité du corps, pour que la sensibilité revienne complètement dans toute l'étendue de la surface cutanée où règne l'anesthésie. Ainsi des sujets aneslhésiques, dont j'avais excité une petite surface cutanée, ont recouvré la sensibilité, le lendemain de l'opération, tantôt dans un membre entier, tantôt dans tous les points du corps frappés d'anesthésie. Cependant il s'en faut que toutes les anesthésies cèdent aussi facilement à l'exci-

(I)Duchenne (de Boulogne), Êlec. toc, 1861, obs. CCXLII et CCXLIII, p. 974.

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