AUT. I. — PARALYSIE DE LA SEPTIÈME PAIRE
des malades depuis de longues années. D'où peut donc dépendre une telle divergence d'opinions sur le pronostic des hémiplégies rhumatismales de la face? C'est évidemment que l'on n'a pas su distinguer entre eux les divers degrés d'hémiplégies qui se présentent avec une égale distorsion des traits, et parmi lesquelles, cependant, il en est de très-légères, et d'autres, au contraire, trèsrebelles à tous les traitements.
J'ai trouvé, dans l'affaiblissement plus ou moins prononcé de la contractilité électro-musculaire, les signes diagnostiques qui permettent de distinguer les divers degrés de la paralysie de la septième paire, et d'en établir, en conséquence, le pronostic avec une grande certitude. Les faits qui ont été relatés dans la précédente édition en ont fourni la preuve (1).
Il me faut aller au-devant d'une objection qui, si elle était fondée, détruirait la valeur du signe pronostique tiré de l'état de la contractilité électro-musculaire, de ce signe qui permet de prévoir qu'une paralysie de la septième paire offrira une plus ou moins grande résistance aux différents agents thérapeutiques qu'on lui opposera. S'il est vrai, comme l'enseignent quelques physiologistes, que la lésion du nerf facial n'altère l'irritabilité des muscles qu'après quelques semaines, on ne pourra diagnostiquer à temps le degré d'altération de ce nerf. Il n'en est heureusement pas ainsi ; car j'ai établi, par des faits, que la contractilité électro-musculaire est quelquefois abolie ou presque éteinte avant la fin du premier septénaire, chez des sujets frappés d'hémiplégie faciale à la suite d'un courant d'air. En conséquence, il est possible de diagnostiquer de bonne heure (à la fin du premier septénaire), à l'aide de l'exploration éleclro-musculaire, le degré de la lésion nerveuse, dans l'hémiplégie faciale.
Je reconnais donc deux degrés dans la paralysie rhumatismale de la septième paire : le premier caractérisé par une diminution faible de la contractilité électrique des muscles paralysés, et le second degré par l'abolition ou la diminution considérable de cette propriété. Depuis longtemps j'établis le pronostic de l'hémiplégie faciale rhumatismale sur le degré d'affaiblissement de la contractilité électro-musculaire, et je n'ai pas encore été trompé par ce signe diagnostique. ^
En résumé, les faits que j'ai relatés (2) suffisent pour démontrer : 1° que certaines paralysies graves en apparence guérissent facilement et rapidement, quelle que soit la médication employée, tandis que d'autres cas, qui paraissent absolument identiques par leurs signes extérieurs, offrent une grande résistance aux moyens qu'on
(1) Voy. Duchenne (do Boulogne), Êlect. loc, 1861, obs. cxliii, cxliv.
(2) IbirL, obs. cliv, clv. ''
DUCHK.NNE. — 3e édition. u fi
eur oppose, ou sont quelquefois même incurables ; 2° que l'exploration électro-musculaire permet de distinguer, entre eux ces différents degrés de paralysie rhumatismale de la septième paire.
§ VII. — Contracture des muscles de la face, comme terminaison fréquente de la paralysie rhumatismale de la septième paire à son deuxième degré.
La contracture des muscles de la face est une des terminaisons ordinaires de la paralysie rhumatismale de la septième paire au deuxième degré. Elle occasionne une difformité incurable et quelquefois une grande gêne dans les mouvements de la face. L'apparition de la contracture des muscles de la face, pendant le cours de la paralysie de la septième paire, peut conlre-indiquer l'emploi de la faradisation localisée, ou exiger qu'on ep modifie le mode d'application. Il est donc important de la diagnostiquer à temps, sous peine de l'aggraver, lorsqu'on soumet à cette médication une paralysie de la septième paire.
Mais avant d'en exposer les symptômes et le diagnostic, il me faut démontrer par des faits que la contracture est une terminaison fréquente de la paralysie de la septième paire.
I. — FAITS DÉMONTRANT QUE LA CONTRACTURE EST UNE TERMINAISON ASSEZ FRÉQUENTE DE LA PARALYSIE DE LA SEPTIÈME PAIRE AU DEUXIÈME DEGRÉ.
J'avais à peine commencé mes recherches électro-pathologiques, que déjà je remarquais que certains sujets frappés d'hémiplégie faciale, consécutivement à la lésion delà septième paire, étaient affectés, pendant ou après le traitement que je leur avais appliqué, de déformations variées des traits de la face, qui évidemment dépendaient uniquement de la contracture d'un nombre variable de muscles. Je voyais des muscles qui, après avoir recouvré, quelquefois rapidement, leur force tonique, rétablissaient d'abord la régularité des traits, puis les accentuaient graduellement au delà de l'état normal. Ainsi, chez les sujets atteints de cette hémiplégie de la face, ou le petit zygomatique arrondissait, en la creusant, la ligne nasolabiale et donnait une expression chagrine ; ou le grand zygomatique élevait la commissure et donnait une expression de gaieté ; ou le carré des lèvres renversait et abaissait de son côté la lèvre inférieure ; ou l'orbiculaire palpébral diminuait l'ouverlure des paupières; ou enfin la face était comme crispée par le froid, sous l'influencé de la rétraction en masse de tous les muscles paralysés, etc. Ces phénomènes se manifestèrent chez des sujets dont les trait/étaient cependant restés affaissés pendant un temps plus ou moins long (d'un à plusieurs mois), par suite de la perte de tonicité