‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 442 sur 543 · ART. IV, § II. — PARALYSIE DU LONG PÉRONIER · texte numérisé non relu

ART. IV, § II. — PARALYSIE DU LONG PÉRONIER

1° « Et d'abord, dil Bonnet, en même temps que le long péronier abaisse la pointe du pied, ne le renverse-t-il pas en dehors et ne le porte-t-il pas dans l'abduction. Ce sont là les éléments essentiels du valgus (1). »

Oui, certes, ce sont bien là les éléments d'un valgus, mais d'une espèce de valgus pied creux, et non du valgus pied plat, dont Bonnet veut contester la genèse que j'ai proposée. Cette espèce de valgus pied creux par contracture du long péronier a été méconnue par Bonnet; il est vrai qu'elle n'avait pas été décrite avant mes recherches.

Dans l'article V du chapitre consacré à l'étude des contractures des muscles moteurs du pied, je relaterai des cas de pied creux valgus par contracture du long péronier que l'expérimentation électro-physiologique m'avait fait entrevoir longtemps avant d'avoir eu l'occasion de les observer.

Ces faits cliniques, qui ne sont pas rares, comme on le verra, et -que l'on trouvera sans doute plus fréquents, quand on saura les diagnostiquer, démontrent que l'augmentation de la voûte plantaire est inséparable de la contracture du long péronier. En conséquence, l'existence du pied plat exclut nécessairement toute idée de contracture du long péronier, et comme corollaire de celte déduction, je conclus de ce qui précède que Y action propre ou la contracture du long péronier, loin de fournir les éléments essentiels du pied plat valgus, comme le croyait Bonnet, produit au contraire un pied creux.

2° Voici le second argument de Bonnet : « Dans les cas de pied bot valgus par rétraction musculaire, l'extrémité antérieure du premier métatarsien (dit-il) se relève ; si la voûte plantaire s'aplatit, c'est que les extenseurs ont vaincu le long péronier, qui dès lors ne fait plus que renverser le pied en dehors et le porter dans l'abduction. »

Cette objection est, s'il est possible, encore plus malheureuse que la première; c'est une grosse erreur physiologique. Il est, en effet, démontré par l'expérience électro-physiologique directe que le long extenseur des orteils (fléchisseur abducteur du pied) est absolument sans action sur le bord interne de l'avant-pied, et que le jambier antérieur est le muscle destructeur de la voûte plantaire et le seul antagoniste du long péronier.

3° Passons maintenant aux faits qui me sont opposés par mon célèbre contradicteur.

« Mais, dit plus loin Bonnet, les faits sont des arguments d'une bien plus grande valeur. Voyez nos premières observations. Il a suffi de couper le tendon des péroniers, et sans effort le pied plat a été ramené à sa direction normale. »

Dans ces cas de pieds plats valgus opérés et rapportés par Bonnet, le court péronier était contracturé. La section de ce muscle devait donc permettre la réduction immédiate du valgus. Bonnet croyait, il est vrai,

(1) Delore. Du pied plat valgus douloureux, clinique chirurgicale de M. Bonnet (de Lyon), [Bulletin gén. de thérapeutique méd. et chir., t. C1V, p. 480 et 53G). — Voyez aussi Amédée Bonnet, Traité de thérapeutique des maladies articulaires.

que dans ces pieds plats la déviation du pied était maintenue principalement par la rétraction du long péronier. C'est pourquoi il s'en est fait une arme contre mes idées sur la genèse du pied plat valgus. Il est aujourd'hui de toute évidence que c'était de sa pari une erreur de diagnostic, puisque j'ai démontré plus haut que l'existence du pied plat exclut toute possibilité de contracture de ce muscle.

C'est sans aucun doute le relief considérable du tendon du court péronier, derrière la malléole externe, dans les cas de contracture de ce muscle, qui a fait croire à l'existence de la contracture des deux péroniers. 11 est extrêmement difficile, sinon impossible de reconnaître, à la saillie de ce relief, si l'un ou l'autre de ces muscles, ou si les deux muscles à la fois sont dans un état de contracture. Que l'on fasse contracter ces muscles isolément et alternativement (i) ou ensemble, par la faradisation localisée, en maintenant le doigt placé sur leur tendon, et l'on se convaincra de l'exactitude de mon assertion. On ne reconnaît la contracture du court péronier que par le soulèvement et la tension de son tendon au niveau de son attache au dernier métatarsien et par les mouvements qui lui sont propres (ils seront décrits bientôt). L'absence de la saillie de ce dernier tendon dans le point indiqué, et l'abaissement du bord interne de l'avant-pied, suivi d'un mouvement d'abduction du pied, annoncent seuls la contraction isolée du long péronier.

L'erreur de diagnostic commise par Bonnet (je devrais dire parles chirurgiens, dans des cas analogues) a fait adopter en chirurgie une opération déplorable (la ténotomie des péroniers latéraux derrière la malléole externe). Il a été, en effet, démontré par les faits que j'ai rapportés précédemment, que le pied plat valgus est, en général, occasionné par le défaut ou par l'insuffisance d'action du long péronier latéral; le mécanisme des déformations et des accidents qui en sont la conséquence est parfaitement connu. En conséquence, une opération dans laquelle on divise le tendon de ce muscle qui n'est pas contracture, comme cela est maintenant établi, aggrave infailliblement la maladie principale : le pied plat et la tendance au valgus. Si la rétraction du court péronier fait obstacle à la réduction du valgus, la division doit être faite près de son attache au dernier métatarsien. En suivant ce précepte, déduit des données physiologiques que j'ai exposées, non-seulement on ne lèse pas un muscle qui n'est pas contracturé, mais on se ménage la .facilité de traiter sa paralysie ou d'augmenter sa force par la faradisation, et d'arriver ainsi à la cure radicale de la maladie. Telle a été, dans le cas de pied plat valgus douloureux que j'ai relaté dans mon Mémoire adressé en 18b'6 à la société de Chirurgie, obs. II, la méthode opératoire suivie par M. Richard, qui s'était pénétré des principes physiologiques que j'ai exposés.

On me pardonnera, j'espère, cette excursion chirurgicale, puisqu'elle fuit ressortir l'importance des principes physiologiques que je défends, en montrant une des déductions pratiques que l'on peut en tirer.

En résumé, il est démontré que les arguments et les faits opposés par

(l) Il est vrai que Bonnet nie, dans sa critique, la possibilité d'obtenir ces contractiuns isolées. Comme cette expérience a été faite des milliers de fois, el très-sou-

ART. IV, § lll. — PARALYSIE DES FLÉCHISSEURS. 997

Bonnet (de Lyon) contre les principes physiologiques que j'ai exposés sur les fonctions du long péronier et contre la genèse du pied plat valgus et du pied creux valgus qui en découle, ne reposent que sur des erreurs physiologiques et pathologiques.

§ m. — Paralysie du jambier antérieur et paralysie du long extenseur des orteils (fléchisseurs du pied sur la jambe).

Page 1