ART, II. — VALEUR DE L ELECTRISATION PAR ACTION REFLEXE
à la personne qui l'accompagnait de ne pas le laisser s'assoupir. — Une heure après, je le retrouvai dans le service de M. Trousseau (salle Sainte- Jeanne), offrant un élat comateux dans lequel il était retombé, pendant son transport à l'hôpital, malgré les efforts de celui qui l'avait accompagné et qui n'avait cessé de le souffle'.er, afin de le tenir éveillé. On dut renouveler l'excitation électro-cutanée delà région précordiale, y revenir encore à plusieurs reprises, pendant la journée, et lui promener des sinapismes sur la surface du corps, afin de triompher définitivement, dans la soirée, des restes de l'influence toxique exercée par l'oxyde de carbone, à savoir, une tendance au coma consécutive à l'asphyxie.
En somme on a vu, dans celte observation, un jeune garçon asphyxié par l'oxyde de carbone, dont la respiration ne se faisait plus (on ne sait pas exactement depuis combien de temps), et dont les bruits cardiaques très-affaiblis étaient encore perçus par l'oreille : 1° recouvrer d'abord entièrement en quelques minutes, sous l'influence de l'excitation électro-cutanée précordiale, ses fonctions respiratoires et cardiaques; 2° retomber plusieurs fois dans le môme état comateux et asphyxique, peu de temps après la suspension de la faradisation précordiale, qui appliquée à différentes reprises avec persévérance, pendant toute une journée, a fini par triompher de l'asphyxie.
C'est incontestablement et uniquement à la faradisation cutanée précordiale que doit être attribuée la disparition rapide des symptômes graves de l'asphyxie, dans le cas dont je viens d'exposer la relation. La démonstration de cette assertion se trouvant dans la relation du fait, il me semble parfaitement inutile d'insister sur ce point.
Voici maintenant sommairement un autre cas d'asphyxie par l'oxyde de carbone, qui met en relief la puissance thérapeutique de l'excitation réflexe des centres nerveux, par la fadarisation cutanée, en même temps qu'elle démontre la nécessité d'en continuer longtemps l'application, alors même que la respiration est rétablie, sous peine de voir l'asphyxie reparaître et se terminer d'une manière fatale.
Observation VI. — Il s'agit d'une femme asphyxiée par l'oxyde de carbone, que j'ai observée à l'hôpital de la Charité (service de M. Andral), où elle avait été apportée la veille. J'avais, en assez peu de temps, ramené la respiration et les battements du cœur à leur état normal, et fait disparaître le coma. Cette malade avait si bien recouvré son intelligence qu'elle avait pu me donner des renseignements surce qui lui était arrivé, etsur tous les simplômes de son asphyxie. On la crut sauvée. Mais, quelques heures plus tard, elle retomba dans la somnolence, et bien qu'on lui eut appli que des sinapismes et même des vésicatoires, elle succomba la nuit suivante.
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130 CI1AP. III. — EXAMEN DES PRINCIPALES MÉTHODES d'ÉLECTR.
Si dans ce dernier cas, la faradisation cutanée précordiale avait pu être continuée, comme chez le sujet de l'observation V, la malade eut été probablement sauvée. De ce fait corroboré par d'autres que j'ai recueillis depuis lors, j'ai donc conclu que les sujets asphyxiés par l'oxyde de carbone et chez lesquels on venait de faire disparaître toutes traces d'asphyxie, étaient menacés, pendant un certain temps, de retomber dans le coma et de s'asphyxier de nouveau; qu'il fallait en conséquence continuer les excitations périphériques longtemps encore après les avoir rappelés à la vie, et appliquer la faradisation cutanée sur la région précordiale, sitôt que la tendance au sommeil ou plutôt au coma tendait à reparaître. C'est à l'observation de ces préceptes que le jeune sujet asphyxié dont il a été question dans l'observation V, a dû la vie.
Il importe d'ajouter que ce danger qui menace les sujets dont il vient d'ôtrequestion de retomber dans le coma, et conséquemment dans un état asphyxique, est le résultat de l'empoisonnement du sang par l'acide carbonique, produit par l'asphyxie elle-même ; que ce danger est d'autant plus grand que l'état asphyxique antérieur a duré plus longtemps. Cette circonstance aggrave singulièrement l'asphyxie, quelle qu'en soit la cause. A l'appui de cette thèse, je pourrais tirer bien des exemples de ma propre pratique; je n'en vais citer qu'un sommairement.
Observation VII. — J'ai été appelé il y a quelques années, par Trousseau et Chailly, à combattre, à l'aide de l'électrisation, l'asphyxie chez un nouveau-né. A sa naissance, il ne donnait aucun signe dévie (le travail de l'accouchement ayant été long et laborieux), et il avait été ranimé immédiatement au moyen de la respiration artificielle, faite bouebe à bouche par Chailly ; mais, quelque prolongée et renouvelée qu'eût été la respiration artificielle et malgré des frictions excitantes, il était resté dans un état de semi-asphyxie, de 2 heures à 8 heures du matin. Lorsque j'arrivai près de lui, il ne respirait plus depuis une minute environ. Je promenai alors les rhéophores métalliques de mon appareil d'induction sur la région précordiale, et, après 5 à 6 secondes, je vis apparaître des mouvements respiratoires, faibles d'abord, puis de plus en plus développés ; ensuite il fit entendre, pour la première fois, les cris du nouveauné, enfin sous rinfluence de sa respiration large, la cyanose asphyxique eut bientôt disparu. A ce moment, nous le crûmes sauvé. — Rien ne saurait rendre l'étonnement et surtout la joie de la famille, en présence de ce résultat. C'était le premier-né des petits-fils de l'un des rois de la finance. — Mais, dix minutes après, il retomba dans le coma; la respiration devint de plus en plus rare ; ses lèvres redevinrent bleuâtres; en un mot, l'asphyxie reparut. J'en triomphai de nouveau par le procédé d'éleclrisation précédent, auquel je joignis la respiration artificielle par la faradisation des nerfs phréniques, pratiquée pendant cinq à six secondes. Dix minutes après environ, nouvelle rechute suivie d'un nouveau succès de la