‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 511 sur 543 · IV. — SCOLIOSE · texte numérisé non relu

IV. — SCOLIOSE

A . Quelques considérations physiologiques et pathologiques. — La scoliose est en général produite par la prédominance ou l'action unilatérale des muscles extenseurs des vertèbres lombaires. La démonstration m'en a été faite par l'observation clinique. — J'ai eu l'occasion de voir la scoliose naître et se développer chez un enfant, consécutivement à la paralysie atrophique de la masse musculaire qui occupait le côté droit de ses vertèbres lombaires. Cet enfant m'avait été présenté vers l'âge d'un an et demi ; je l'ai revu ensuite à l'âge de six ans. La portion lombaire de sa colonne vertébrale s'était infléchie progressivement du côté gauche, en formant une courbure dont la convexité regardait le côté atrophié ; on y voyait un relief formé par les parties latérales des vertèbres lombaires reconnaissables au loucher, tandis que le côté opposé était déprimé. On sentait aussi que le corps de ces vertèbres avait éprouvé un mouvement de rotation sur leur axe. Le tronc était déjeté à droite; la portion dorsale du rachis offrait une courbure en sens contraire, dite de compensation. La scoliose disparaissait presque instantanément en grande partie, lorsque l'on faisait incliner le tronc en avant, et la colonne vertébrale présentait principalement une courbure lombo-dorsale à convexité postérieure; ce qui prouvait que les spinaux lombaires du côté sain n'étaient pas rétractés. Il n'existait point de rachitisme, ni d'inégalité de longueur des membres inférieurs, aucune autre cause enfin que le défaut d'action des spinaux lombaires du côté droit, qui eût pu concourir à la formation de la scoliose. — J'ai observé, dans la paralysie atrophique de l'enfance , plusieurs cas analogues , à des degrés divers, mais bien moins prononcés que le précédent. Tous ces faits m'ont démontré que, consécutivement à la paralysie unilatérale des spinaux lombaires, une scoliose se forme progressivement, sous l'influence de la contraction unilatérale et de la prédominance tonique des spinaux lombaires du côté sain.

Ces faits incontestables donnent gain de cause à quelques-unes des théories anciennes qui expliquaient la scoliose par l'action unilatérale ou inégale des muscles moteurs du rachis, et principalement à celle de Morgagni, qui s'était demandé si cette contraction des muscles dHun côté peut dépendre de convulsions ou d'une plus grande

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force naturelle de ces muscles, ou encore d'un affaiblissement des muscles opposés par une paralysie ou une autre cause (1).

Mais Morgagni est resté dans le doute, car il ne comprenait pas le mécanisme de la formation de plusieurs courbures opposées. «On ne voit pas, dit-il, comment la paralysie alterne. » En effet, l'on croyait, d après des anatomisles, que le long dorsal exerçait une action rotatrice sur les vertèbres lombaires et sur les dernières dorsales. Or, comme cette action. rotatrice a lieu en sens contraire des transversaires épineux de ces vertèbres, il était rationnel d'en conclure que, par la contraction synergique et unilatérale de tous ces muscles ou faisceaux musculaires, les actions rotatrices antagonistes étaient nécessairement neutralisées.

Aussi avait-on essayé d'expliquer toujours cette rotation des vertèbres, dans la scoliose, autrement que par l'action musculaire, par un excès de pression exercée sur l'un des côtés des vertèbres. Plusieurs théories avaient été proposées, à l'appui de celte opinion, entre autres, celle de Swagerman, médecin hollandais qui, selon A. Roy (2), professait, en 1767, que les apophyses articulaires ne permettant pas aux corps vertébraux de s'incliner directement les uns vers les autres, dans les fortes courbures, obligent les vertèbres à tourner les unes sur les autres, et celle de Fravaz, qui croyait expliquer cette rotation des vertèbres par la direction naturelle des faceltes des apophyses articulaires (3).

Ces théories sont loin d'être satisfaisantes; il me suffira de faire remarquer, avec M. Bouvier, que les vertèbres peuvent être inclinées directement sur le côté, sans tourner le moins du monde autour de leur axe. M. Bouvier, après avoir posé cette question demande : «Comment, l'excès de pression sur un des côtés des vertèbres les fait-il tourner autour de leur axe vertical? Il faudrait un Euclide pour résoudre complètement ce problème de mécanique. » (4) D'ailleurs, j'ai rapporté (S) un cas d'inclinaison latérale directe, dans la région lombaire du rachis, qui a existé d'une manière continue, pendant huit mois, sous l'influence de la contraction du carré des lombes, et peut-être des inter-transversaires lombaires, sansavoir encore produit la rotation des vertèbres lombaires.

Les faits mis en lumière par mes expériences électro-physiologiques ont permis d'expliquer, à l'aide de l'action musculaire, la rotation des vertèbres et la déformation consécutive des vertèbres qui produit la scoliose paralytique (6).

(1) Voir, pour la question historique de l'iHiologie de la scoliose, Bouvier, p. 474,

(2) Roy, De scoliosi. Leide, p. GC.

(3) Pravaz, Des déviations de la colonne vertébrale. 1827, p. 9G.

(4) Bouvier, loc. cit., p. 397.

(5) Voy. Duchcnnc (de Boulogne), Physiologie des mouvements, p. 751.

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