‹ De l'electrisation localisee et de son application a la pathologie et la therapeutique par courants induits et par courants galvaniques interrompus et continusChapitre 73 sur 543 · I. Action des intermittences rapides des courants · texte numérisé non relu

I. Action des intermittences rapides des courants

A. Sur la contraclilifé électro-musculaire. — Le muscle qui reçoit l'excitation d'une seule intermittence d'un courant d'induction, se contracte, puis retombe immédiatement dans un relâchement complet. Si celte intermittence est suivie de plusieurs autres assez rapprochées, les contractions musculaires se succèdent, et le muscle se relâche d'autant moins pendant les intervalles des intermittences que celles-ci sont moins éloignées. Il en résulte alors que les fibres musculaires se raccourcissent d'autant plus que le courant d'induction est plus rapide.

Il faut se garder d'en conclure qu'un courant rapide fait contracter plus énergiquement les muscles qu'un courant à rares intermittences. Ce serait un erreur, comme le prouve l'expérience suivante : Que l'on fasse contracter avec des intermittences alternativement rares et rapides un muscle paralysé, dont l'irritabilité est intacte, par exemple le fléchisseur des doigts, et qu'on attache un poids à l'extrémité des doigts mis en mouvement par la contraction de ce muscle; on verra que les intermittences rapides ne donnent pas à ce muscle la force de soulever un poids plus lourd que les intermittences rares. Si, par les intermittences rapides, l'étendue de la contraction musculaire est augmentée, si alors le mouvement imprimé au doigt, quand c'est un de ses muscles, est plus étendu, c'est que, les fibres musculaires se relâchantpeu, ou ne se relâchant point dans l'intervalle des contractions , chaque excitation raccourcit de plus en plus le muscle. Pour obtenir une contraction plus énergique, il faudrait que le courant fût plus intense.

Les secousses musculaires, produites par les intermittences, diminuent d'autant plus que ces dernières sont plus rapides, et à une vitesse donnée de ces intermittences, les contractions paraissent continues, comme si elles étaient provoquées phvsiologiquement par un courant nerveux, c'est-à-dire par la volonté; mais il faut pour cela que les intermittences se fassent avec une rapidité

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extrême, car, dans le cas contraire, les mouvements ressembleraient à une sorte de tremblement.

B. Sur la sensibilité musculaire. — Je viens d'établir que la force de la contraction musculaire n'est pas augmentée par la rapidité plus grande des intermittences. Il n'en est pas de même de la sensation produite par l'excitation électro-musculaire, sensation qui est, en effet, d'autant plus grande, que les intermittences se succèdent plus rapidement; cette sensation devient, des plus douloureuses, presque tétanique, et s'accompagne de crampes au delà d'une certaine vitesse.

C. Sur la tonicité musculaire. — Il m'a été démontré par mes recherches que les intermittences rapides augmentent la puissance tonique des muscles, non-seulement lorsque cette puissance est diminuée, comme on l'observe dans certaines affections musculaires, mais aussi lorsque les muscles sont dans leur état normal. Cette action spéciale des intermittences rapides, si elles sont longtemps prolongées, peut aller jusqu'à produire la contracture. Les faits desquels ressort la proposition que je viens de formuler seront exposés par la suite. On verra alors comment j'ai été conduit à l'observation de ce phénomène, et que, pour le produire, les courants d'induction doivent marcher avec une extrême rapidité.

D. Sur la nutrition musculaire. — Quelquefois la nutrition musculaire se développe beaucoup plus sous l'influence des courants à intermittences rapides. Les faits d'atrophie musculaire ou de paralysies atrophiques, dans lesquels j'ai employé comparativement les courants à intermittences lentes et rapides, ne permettent pas le moindre doute à cet égard. Cependant il faut en user avec circonspection, car, dans certaines conditions morbides, elles peuvent détruire ou éteindre ce qui reste de l'innervation des muscles.

E. Sur la sensibilitité électro-cutanée. — Il suffit d'expérimenter sur soi-même pour être convaincu que l'excitation électrocutanée augmente autant en raison directe de la rapidité du courant qu'en raison de son intensité.

Afin de compléter cette étude de l'influence des intermittences rapides d'un courant électrique sur la sensibilité, je dirai qu'en général tout organe qui reçoit des nerfs de la vie animale, est excité d'autant plus douloureusement par un courant, que ses intermittences se succèdent avec plus de rapidité.

Enfin les muscles de la vie organique, les intestins, par exemple, se contractent plus fortement, si les intermittences sont plus rapides.

nuAP. iv.

— DES AI'l'AREILS ÉLECTU0-MÉD1CAUX .

II. Indications et conlre-indicntions des intermittences rapides.

La connaissance dus faits que je viens d'exposer laisse entrevoir les indications ou les contre-indications nombreuses que les intermittences rapides des courants doivent souvent rencontrer. Je vais faire connaître ce qu'une expérience longue et journalière m'a appris sur ce sujet.

A. Cas dans lesquels l'emploi des intermittences rapides est indiqué. — a. La propriété que possèdent les intermittences rapides de provoquer des contractions artificielles imitant parfaitement les mouvements volontaires, permet d'en faire l'application à l'étude de l'action individuelle des muscles. Mais on conçoit que ce genre de recherches exige l'emploi d'un courant intermittent d'une grande vitesse, surtout pour les muscles de la face . Ainsi les appareils électromagnétiques, dont les intermittences ne sont pas en général assez rapides pour produire, sur les membres et le tronc, des contractions musculaires sans tremblement, n'ont pu me servir à l'étude des fonctions musculaires, à la face. Les frémissements continuels dont sont agités les muscles de cette région par les courants de ces appareils, empêchent d'observer exactement l'influence que l'action individuelle des muscles exerce sur l'expression du visage.

b. L'étude de l'action physiologique des intermittences rapides ou lentes a démontré que l'on peut, à l'aide de ces dernières, agir avec plus ou moins d'énergie sur la contractilité ou sur la sensibilité musculaire. Ainsi, bien que toute excitation électrique d'un muscle produise nécessairement à la fois une sensation et une contraction, on diminue à volonté la force des .contractions et l'on augmente la sensation en combinant un courant de la première hélice dont on connaît l'action spéciale sur la sensibilité musculaire avec des intermillences rapides, et vice versa.

Ce pouvoir de réveiller énergiquement la sensibilité musculaire, à l'aide des intermittences rapides, peut trouver de très-heureuses applications, dans les cas où les muscles ont perdu leur sensibilité; ces dernières conditions se rencontrent assez fréquemment, comme j'aurai l'occasion de le démontrer. Je vais en citer plusieurs exemples.

J'ai souvent trouvé des muscles qui, privés ou non de mouvements volontaires, étaient complètement insensibles à l'excitation électrique. Ainsi je pouvais, dans ces cas, provoquer des contractions énergiques avec les courants les plus rapides, sans que les malades en eussent la conscience. Tantôt aussi la peau qui recouvrait ces muscles était frappée d'aneslhésie ; tantôt elle jouissait de

sa sensibilité normale.

Les sujets privés seulement de la sensibilité de 1a peau (aneslhesique ou analgésique) conservent encore la conscience des mou-

AUX- It — PROPRIÉTÉS QUE DOIVENT POSSÉDER LES APPAREILS. 223

vements qu'ils exécutent ou que l'on imprime à leurs membres, ils ressentent les coups qu'ils reçoivent et qui atteignent les tissus profonds; lorsque leurs pieds reposent sur le sol, ils leur semblent placés sur un corps mou, sur un lapis, par exemple. Aussi leur voiton frapper fortement le sol en marchant, afin de le mieux sentir. Sont-ils à la fois privés de sensibilité cutanée et de sensibilité musculaire et articulaire, les os sont-ils aussi privés de sensibilité (ce que Ton constate par l'excitation électrique des surfaces osseuses), ils ne perçoivent pas les coups les plus violents, ils n'ont plus la conscience de leurs mouvements ; ils ne peuvent se tenir dans la station verticale, sans regarder le sol qu'ils ne sentenlpas ; au lit, ils ne retrouvent pas leurs membres, s'ils ne les voient pas.

Observation XVII. — J'ai observé à la Charité, salle Sainte-Marthe, n° 28, une malade complètement anesthésique et analgésique, qui se croyait comme suspendue dans l'air, dès qu'elle ne voyait pas le lit sur lequel elle reposait. Gela lui occasionnait des terreurs continuelles au moment du réveil ; ne sentant pas son lit, elle se croyait menacée d'une chute, et ell-e n'était bien rassurée que lorsqu'elle avait Constaté par la vue qu'elle reposait sur un lit solide.

Eh bien ! les courants d'induction les plus intenses seraient impuissants contre ces lésions profondes de la sensibilité, si leurs intermittences ne marchaient pas à grande vitesse. La malade dont il vient d'être question, et qui était frappée d'insensibilité générale depuis plusieurs semaines, fut très-vite guérie, grâce aux courants «à intermittences rapides dont j'opérais la recomposition dans ses muscles, ses nerfs et ses os. Je dois dire que je l'avais vainement faradisée avec des intermittences rares, l'appareil étant au maximum.

C'est surtout dans l'anesthésie cutanée, affection si commune, que les intermittences rapides sont nécessaires, lorsque l'on veut exercer une influence électrothérapeutique avec les courants d'induction ; sans elles, on échouerait presque toujours, malgré l'emploi du courant de la deuxième hélice gradué au maximum.

c. J'ai utilisé, en thérapeutique, la propriété singulière que possèdent les courants d'induction rapides d'augmenter la puissance de la tonicité musculaire, force qui ne sommeille jamais. C'est cette force tonique qui, dans l'absence des contractions volontaires, constitue la physionomie, qui maintient les membres dans leur attitude naturelle; c'est elle enfin qui, si elle venait à diminuer ou à augmenter, dérangerait le mécanisme le mieux combiné comme cela s'observe en pathologie musculaire. Celle-ci démontre l'exactitude de ces assertions; on voit, en effet, des muscles se contraclurer ou perdre plus ou moins leur force tonique; ce sont des ressorts qui se tendent ou se relâchent; que l'on me pardonne celte

comparaison triviale, mais juste; alors la physionomie perd son cachet individuel ; les membres prennent des attitudes vicieuses, etc. C'est dans ces circonstances que, pour rétablir l'harmonie des traits du visage ou afin de combattre certaines difformités des membres,on me verra tendre, pour ainsi dire, les ressorts musculaires, tantôt en agissant sur les muscles relâchés, tantôt en opposant une contracture artificielle des muscles antagonistes à la contracture morbide, et cela au moyen de courants d'induction d'une extrême rapidité. Ce sujet important et entièrement nouveau sera traité avec soin dans le cours de ce livre.

d. Enfin l'expérience m'a démontré que l'emploi des courants à intermittences rapides est nécessaire au traitement de certaines atrophies musculaires, qu'elles soient ou non compliquées de paralysies. Cependant lorsqu'un muscle a éprouvé, en grande partie, la dégénérescence graisseuse ou granuleuse ou granulo-graisseuse, etqu'il ne lui reste qu'un très-petit nombre de faisceaux ou de fibres, j'ai remarqué que les intermittences rapides pouvaient en hâter la destruction.

B. Cas dans lesquels les intermittences rapides sont contre -indiquées. — L'utilité et même la nécessité des courants d'induction à intermittences rapides ont été parfaitement établies par les considérations précédentes. Malheureusement toutes les médailles ont leurs revers : on va voir que les propriétés mêmes de ces courants rapides en rendent, dans certains cas, l'emploi dangereux ou difficile.

a. Il existe une époque à laquelle les paralysies de cause cérébrale peuvent être avantageusement traitées par la faradisalion localisée; c'est lorsque la lésion primitive est disparue ou diminuée. L'épanchement sanguin, par exemple, est résorbé en tout ou en partie, après six mois, un an. Il peut ne rester, dans le cerveau, qu'une cicatrice ou kyste peu volumineux. L'influence cérébrale arrive librement ou moins difficilement aux muscles, mais ceux-ci ne réagissent plus sous l'influence de l'excitation volontaire. Dans ce cas, la paralysie peut être considérée comme étant limitée aux muscles, et alors la faradisation localisée rend leur aptitude motrice ; c'est ce que je démontrerai . Mais comment diagnostiquer exactement l'état du cerveau ? Est-il jamais possible d'affirmer qu'il n'existe plus autour du kyste cérébral un reste de travail inflammatoire,

résolutif, qu'une étincelle pourrait rallumer? Nesait-on pas d'ailleurs qu'une première hémorrhagie cérébrale prédispose à une seconde, en raison des conditions pathologiques dans lesquelles se trouve le système vasculaire ou le cœur, conditions qui produisent soit l'artériosclérose, soit des anévrismes miliaires, soit enfin des ambahes? Ne sait-on pas qu'alors toute excitation générale trop forte peut retentir sur les centres nerveux et provoquer des accidents du môme

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