ART. I. — PROPRIÉTÉS QUE DOIVENT POSSÉDER LES APPAREILS
de la proposition suivante écrite en tête de ce paragraphe. : Dans certains cas, les appareils d'induction ne sauraient être trop puissants.
J'ai démontré, dans le chapitre ir, que, lorsqu'on localise l'excitation électrique dans les tissus ou dans les organes placés sous la peau, la recomposition du courant se fait d'autant plus profondément que ce dernier a plus de tension. Il en résulte qu'un courant dont la tension est trop faible ne peut pénétrer jusqu'aux muscles, si la couche cellulaire sous-cutanée offre une trop grande épaisseur, par le fait de l'abondance de la graisse ou d'une infiltration séreuse. Eh bien! les cas dans lesquels le tissu cellulaire sous-cutané oppose, par son épaisseur, une grande résistance aux courants, ne sont pas rares, surtout aux membres inférieurs. Dans certaines circonstances où la tension de mon plus puissant appareil faradique ne pouvant vaincre la résistance que lui opposait l'épaisseur de tissus sous-cutanés, l'excitation n'arrivait pas aux muscles, il m'est arrivé môme d'être forcé de recourir à la tension plus pénétrante de la bouteille de Leyde. C'est en présence de cas semblables, que l'on peut dire qu'un appareil faradique ne saurait être trop puissant. Je dois rappeler ici que, quel que soit le degré de tension de son courant, on pourra toujours en faire l'application, sans produire trop de douleurs, pourvu qu'on ait le soin d'en éloigner suffisamment les intermittences.
Il existe aussi des états pathologiques contre lesquels les appareils faradiques ne sauraient être trop puissants. Parmi les paralysies consécutives aux lésions traumatiques des nerfs, il en est quelques-unes qui enlèvent aux muscles toutes leurs propriétés ; ceux-ci perdent alors complètement leur contractilité et leur sensibilité ; la peau et même les os sont également frappés d'insensibilité ; enfin les membres paralysés se dessèchent pour ainsi dire et semblent frappés de mort. Dans des cas de ce genre, que j'ai observés en assez grand nombre et qui ont fait l'objet d'un travail spécial, il m'a fallu recourir à un appareil faradique d'une intensité énorme, et j'ai eu quelquefois à regretter de n'avoir pas à ma disposition un appareil plus puissant. C'est seulement après avoir rappelé un peu de vie dans les membres, que j'ai pu diminuer l'intensité des courants ; alors un appareil de force moyenne est devenu suffisant. Des affections musculaires d'une autre nature, dont il sera question dans le cours de ce livre, exigent aussi l'emploi des appareils les plus puissants.
Les aneslhésies cutanées hystériques peuvent être guéries, en général, par un appareil de force ordinaire, pourvu que ses intermittences marchent avec une grande rapidité; mais j'en ai rencontré, parmi elles et dans des anesthésies cutanées d'une autre nature, un assez grand nombre qui, rebelles aux courants d'une
intensité moyenne, n'ont cédé qu'aux appareils agissant le plus énergiquement sur la sensibilité cutanée.
§ IV — Tout appareil de faradisation doit posséder un mode de Braduation qui permette de mesurer les doses électriques exactement et proportionnellement au degré d'excitabilité des organes, degré variable dans l'état de santé et de maladie.
I. Les considérations dans lesquelles je suis entré (chap. n), pour ce qui a traitau degré d'excitabilité spéciale dont jouissent chacun de nos organes, chacun des mucles et des nerfs, chacune des régions de la peau, excitabilité qui varie encore suivant l'état de santé et de maladie, ces considérations, dis-je, devraient suffire à la démonstration de l'importance et de l'exactitude de la proposition que je viens de formuler.
Comment, en effet, limiter la puissance électrique dans les organes si l'appareil n'est pas construit de manière à pouvoir distribuer à chacun d'eux la dose qui lui convient? Afin de me faire mieux comprendre, je citerai encore quelques exemples. À l'état normal, la sensibilité du col de l'utérus, delà vessie, du rectum, est peu excitable ; les courants les plus faibles agissent, au contraire, énergiquement sur la sensibilité des muscles de la face. Entre ces extrêmes il existe des degrés d'excitabilité intermédiaires, propres aux autres organes. Pour s'en convaincre, que l'on compare seulement la différence de sensibilité et de contractilité, existant entre les muscles de la face dont le moins excitable T'est encore infiniment plus que ceux des autres régions, et Ton verra que chacun d'eux est doué d'un degré d'excitabilité spéciale, qui exige une dose électrique au delà de laquelle on ne doit pas aller, si Ton veut obtenir des contractions partielles, sans provoquer de trop vives douleurs. (Je ne reviendrai pas à ce propos sur ce que j'ai déjà dit, dans le chapitre n du degré d'excitabilité individuelle des muscles de la face.) On comprendra enfin la nécessité absolue de donner aux appareils faradiques une graduation exacte et qui se fasse sur une échelle d'une étendue suffisante, si Ton se rappelle que le degré d'exc.tabihlé de la sensibilité varie dans chacune des régions et môme dans chacun des points de la face . Lorsque, en outre de ces différences d'excitabilité des organes, on considère les différences qui existent dans l'état anatomique des tissus sur lesquels on agit (la plus ou moins «rande épaisseur du derme, de la couche celiulo-graisseuse souscutanée et des aponévroses à traverser, ou de la couche musculaire dans laquelle on doit localiser l'excitation), état anatomique qu'il faut connaître, lorsque Ton veut produire, à coup sûr, les recompositions électriques a telle ou telle profondeur.