‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 11 sur 140 · ÉLECTRICITÉ GALVANIQUE, — THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

ÉLECTRICITÉ GALVANIQUE, — THÉRAPEUTIQUE

nuelle de la vue, que ne pouvait rectifier ni l’habitude de chaque jour, ni la volonté du malade. Lorsqu'il était placé sur une surface Re plane, comme le sol de la rue ou le plancher de sa chambre, la route lui semblait toujours latéralement divisée en'deux parties, l’une à gauche qui lui semblait monter, l’autre à droite qu’il croyait voir fuir en descendant, En sorte que, plus rassuré sur le côté montant, il faisait instinctivement une haute enjambée à gauche et retombait plus bas qu’il ne l'avait cru. De la jambe droite, au contraire, croyant descendre , il se trouvait rudement arrêté et en recevait un choc dont la secousse douloureuse lui laisse encore un souvenir pénible. Rien ne pouvait le désabuser de cette illusion, et il en était venu à ne plus oser marcher.

C’est dans cette position, sa maladie datant de deux ans, qu'il vint me demander ce que l'électricité pouvait faire pour lui. Je l’opérai une fois avec l’appareil électro-dynamique sans résultat. Et dès lors je me refusai à lui donner des soins, découragé que j'étais des insuccès que j'avais éprouvés jusqu'alors dans le traitement des troubles dynamiques de la vue (diplopie, amaurose, etc.), avec les appareils d’induction. Le malade n’en tint aucun compte, et continua de se présenter à ma consultation, Tous les moyens ordinaires de traitement avaient été épuisés en vain sur lui ; et dans la déplorable position où il se trouvait, il n’avait plus rien à perdre, quant à la vue. Guidé par les déductions que j'avais tirées du cas malheureux cité plus haut, je me résolus à faire une tentative avec l'électricité de contact /galvanisme). On venait de m'apporter un nouvel appareil galvanique (pile à rubans) que je décrirai dans le chapitre suivant. C'était précisément le jour réservé pour les expériences auxquelles assistaient plusieurs personnes. J’employai donc cet appareil pour la première fois , en lui donnant toute sa puissance. Ce ne fut pas sans un sentiment d’anxiété que j’appliquai sur les paupières, préalablement fermées , les deux rhéophores (excitateurs) humides. Je donnai deux excitations successives à une seconde d'intervalle l’une de l’autre et à une dose très forte. Le malade vit une flamme considérable (phosphène) qui lui causa une sorte d’éblouissement. Il secoua la tête (mais il faut noter qu’il ne porta pas la main sur l'œil); et, ouvrant les yeux, il dit : « Vous n’avez plus qu’une tête ! je ne vois plus double ! » Alors, sans ajouter un mot, exalté par la joie, il se met à marcher, à courir dans l’appartement assez encombré de meubles , de fauteuils déplacés, de personnes présentes aux expériences, sans QE à rien, lui qui, auparavant, se heurtait partout, ou bien n’osait faire un pas. Il aperçoit une épingle à la distance de cinq pas, et suivant que, derrière un doigt, on la fait paraître, disparaître, monter ou descendre, il en indique la hauteur. Plusieurs fois, il enfile assez facilement une aiguille à tapisserie. Voulant savoir si cet hegra changement persisterait , je gardlai le malade chez moi pendant une heure; et au bout de ce temps, le résultat thérapeutique obtenu était le même. Huit jours après, il revient seul, sans avoir besoin que personne l'accompagne ; il est toujours aussi bien. Le ma-

2h DE L'ÉLECTRISATION LOCALISÉE.

lade a pu, tout en se ménageant, travailler de son état de cordonnier. Ila été présenté guéri dans une séance de la Société médico-chirurgicale. Il coupe des lanières très habilement et rapidement avec le tranchet, ce qui exige une bonne vue et une main sûre; il marche maintenant d’un pas aussi ferme qu'avant sa diplopie. Depuis deux ans sa guérison s’est maintenue.

Des deux faits qui viennent d'être exposés, faits d'ailleurs confirmés par d'autres expériences, j'ai tiré les conclusions suivantes :

10 L'électricité de contact où qalvanique exerce une action très vive sur la rétine, lorsque l'excitation est dirigée sur un des points de la face où se ramifie la cinquième paire.

2° Cette espèce d'électricité peut être un excellent agent thé: rapeutique dans les affections purement dynamiques de la vue.

3° Au contraire, l'électricité d'induction provenant de l'appäreil électro-dynamique, agit très faiblement sur la rétine.

4° Or, précisément par la raison qu'elle est insuffisante lors qu'il est nécessaire de stimuler la rétine , elle convient exclusivement quand il faut provoquer la contractilité musculaire à la face, sans exposer cette même rétine aux dangers d'une surexcitation.

La galvanisation musculaire ne doit être pratiquée qu'avec un courant intermittent. La plupart des paralysies du mouvement , celles surtout dans lesquelles la nutrition musculaire est altérée et la sensibilité diminuée, exigent l'emploi d'une batterie très puissante. Dans ce cas, en effet, il ne faudrait pas moins de 400 à 120 piles de Bunsen pour développer la force électro-physiologique nécessaire, force que j'obtiens avec mes appareils d'induction, dont je donnerai plus loin la description. Or, je n'ai pas besoin de faire ressortir tous les dangers de l’action calorifique qui en résulterait et qui exciterait profondément les organes. D'ailleurs les appareils galvaniques (batteries de Cruikshank , de Bunsen, piles de Wollaston } sont difficilement applicables dans la pratique, soit à cause de leur volume, soit à cause de l'emploi des acides qu'ils nécessitent, soit à cause des gaz qui sen dégagent. Enfin, l'intensité de leurs courants est trop variable pour être soumise à une graduation exacte et précise.

B. Électricité d'induction. L'électricité d'induction est le seul agent thérapeutique qui puisse produire instantanément la

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