‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 100 sur 140 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Application de la faradisation localisée au diagnostic différentiel des affections musculaires générales,

ARTICLE PREMIER

Quand je commençai mes recherches électro-musculaires, Jà paralysie musculaire généralisée était considérée comme un des symptômes de cette maladie mentale dont l’origine remonte à l'année 1822 , et qui a été désignée sous les noms de paralysie générale des aliénés (1), de folie paralytique, de paralysie générale progressive. | |

Depuis que M. Baillarger avait découvert que les phénomènes paralytiques précèdent presque toujours les troubles de l'intelligence (2), tout individu atteint d’affaiblissement musculaire généralisé ou tendant à se généraliser, était condamné infailliblement à l’aliénation , surtout lorsqu'à ces désordres musculaires se Joignait l'embarras de la parole. |

Mais en me livrant à mes investigations électro-musculaires, je ne tardai pas à reconnaître qu'il existe plusieurs affecuons musculaires générales qui offrent plus on moins d'analogie, quant aux symptômes, avec la paralysie générale des aliénés, et, qu'en conséquence, Le diagnostic différentiel de cette dernière affection ne devait pas être aussi simple qu'on se l'imaginait.

Ainsi que cela ressort des recherches d'anatomie pathologique exposées dans le chapitre précédent, j'avais déjà observé en 1849 deux affections musculaires générales, que j'appelu alors paralysie générale spinale et atrophie musculaire avec transformation graisseuse, et quon avait sans aucun doute confondues avec la paralysie générale des aliénés. C’est l'étude

(1) Voyez Calmeil, De la paralysie des aliénés. Paris, 1826.

(2) En juillet 1846, M. Baillarger a publié dans la Gaxette des Hôpitaux plusieurs articles dans lesquels il a établi que les signes de paralysie générale « précèdent presque toujours le délire. Il regarde comme exceptionnels les cas dans lesquels les symptômes se succèdent dans un ordre inverse. »

Dès ce moment, M. Baillarger émet l'opinion que la maladie principale et primitive est la paralysie générale incomplète, dont l’aliénation mentale doit dès lors être considérée comme un symptôme.

de l'état de la contractilité électro-musculaire qui m'avait mis sur la voie de ces deux affections.

Quel était l'état de la contractilité électro-musculaire dans la paralysie générale des aliénés? J'avais déjà pressenti que, la lésion anatomique étant cérébrale, d’après l'opinion à peu près unanime des hommes spéciaux, cette propriété musculaire devait rester normale ; mais je ne connaissais la paralysie générale des aliénés que d'après mes lectures.

C'est alors que, soumettant les faits que j'avais déjà observés

à un homme dont j'estime les travaux sur l'aliénation mentale et avec lequel je suis lié d'amitié, M. Brierre de Boismont, je lui ‘proposai de se Joindre à moi pour rechercher, comparativement, quel est l’état de la contractilité électro-musculaire dans la para- Jysie générale des aliénés et dans la paralysie générale sans aliénation, que Je me crois fondé à appeler aujourd'hui paralysie générale spinale. Le concours de son expérience et de ses connaissances spéciales m'était absolument nécessaire pour un travail d’une telle importance. Les faits que nous observâmes dans les hôpitaux nous parurent bientôt assez nombreux et assez concJuants pour tirer de l’état de la contractilité électromusculaire un signe diagnostique différentiel-entre la paralysie générale des aliénés et la paralysie générale sans aliénation. Dans la premiére, la coniractilité électro-musculaire est intacte; dans laseconde, elle est diminuée ou abolie.

Nous formulâämes cette conclusion dans un paquet cacheté que nous adressâmes , en 1850 , à l'Académie de médecine de Paris.

Ce dépôt nous permettait d'attendre que le temps et la réflexion donnassent plus de valeur aux faits que nous recueillions journellement, ne nous dissimulant pas qu'il nous faudrait plusieurs années d'observation pour étudier et développer un sujet aussi grave et qui, inévitablement, comme tous les faits nouveaux, devait rencontrer une opposition plus ou moins vive.

Malheureusement, nos recherches furent bientôt trop connues ; nos expériences se faisant publiquement dans les hôpitaux où elles excitèrent la curiosité, elles ne tardèrent pas à être

-divulguées et commentées prématurément par la presse médicale. Le sujet étant ainsi défloré, l'un de nous (M. Brierre de Boismont) crut devoir en publier sous sa propre responsabilité

un court exposé. C'était entrer en lice d'une manière désavantageuse, car nous eussions dû, à mon avis du moins, n'affronter la publicité que solidement appuyés sur une masse de faits. Bien que ceux que nous avions recueillis alors pussent servir de base à notre conviction , ils n'étaient pas, selon moi, assez nombreux encore pour faire passer cette convicüon dans les esprits. C'est d'après le résumé de notre futur travail, résumé publié par mon collaborateur dans les Annales médico-psychologiques, et dans lequel, il faut le reconnaître, la preuve des propositions principales ne pouvait être donnée d'une manière complète ou suffisante; c'est, dis-je, d’après ce simple résumé que s'engagea, à mon grand regret, une discussion sur la valeur et la portée de nos recherches. Cette discussion fut portée, en 1852, par M. Sandras, devant la Société de médecine de Paris, à l’occasion dun Rapport de M. Debout sur mes Recherches électro-physiolopiques et thérapeutiques.

Dire que MM. Sandras, Brierre de Boismont, Baillarger, Belhomme, Bouvier, Delasiauve et Requin, ont successivement pris la parole, c'est dire que cette question a été savamment discutée. L’argumentation, qui fut soutenue par M. Sandras, d'une part, et par M. Brierre de Boismont et moi, de l'autre, intéresse au plus haut point le diagnostic différentiel de la paralysie générale des aliénés et de la paralvsie générale sans aliénation. Je vais en résumer ici les points principaux, renvoyant les lecteurs qui seraient désireux de consulter ce document aux procès-verbaux de la Société de médecine de Paris (Revue médi= cale, 1852).

M. Sandras ayant conclu d’une première argumentation quil fallait accepter avec beaucoup de réserve le diagnostic différentiel obtenu par l'électricité dans la paralysie générale des aliénés , et la paralysie générale progressive avec conservation de l'intelligence, voici la réponse que je crus devoir faire, et q résume toute cette discussion.

» On sait déjà que M. Brierre de Boismont et moi avons déduit de nos recherches, qu'il existe une paralysie générale avec conservation de l'intelligence, dans laquelle les muscles perdent plus ou moins la faculté de se contracter sous l'influence de l'excitaz ton électrique , et une paralysie générale, dite des aliénés, dans laquelle les muscles conservent leur contractilité électrique normale.

APPLICATION DE LA FARADISATION AU DIAGNOSTIC. 603 ÿ Ces faits paraissent acquis à la science, puisqu'ils ne sont Contestés par personne, pas même par M. Sandras, Or, com- mént un observateur aussi distingué n'a-t-il pas déjà reconnu dans Jes symptômes sisnalés plus haut, c'est-à-dire dans l'état différent de lirritabilité électro-musculaire dans les deux paralysies, un sione précieux et certain de diagnostic différentiel? En effet, ne ressort-il pas de nos recherches que le médécin peut prédire à coup sûr que l'intelligence d'un malade ätteint de paralysie générale n'est pas en danger, après qu'il a constaté que tous ses muscles ne jouissent pas de leur contractilité électrique normale? Il ne viendra à l'esprit de personne de soutenir que ce diagnostic négatif n'ait pas une grande valeur.

» Mais entre ces deux espèces de paralysies générales, en existe-t-il une troisième dans laquelle l'intelligence est conservée, malgré l'intégrité de l'irritabilité électro-musculaire, phénomène, selon nous, distinctif de la paralysie des aliénés? M. Sandras se prononce pour l'affirmative, et ici son argumentation semble s'appuyer sur des faits observés dans son service, Cependant, quand bien même ces faits seraient exacts, M. Sandras devrait encore modifier sa conclusion; il serait seulement ‘en droit de dire que, de l'existence de l'irritabilité musculaire dans la paralysie générale, on ne peut pas conclure à l’immninence de l’'aliénation mentale.

5 A l'occasion des faits observés dans le service de M. Sandras, je crois devoir donner quelques explications sur les phénomènes électro-pathologiques qu'on observe dans la paralysie générale progressive, avec conservation de l'intelligence. Ges phénomènes n'ayant pas été décrits exactement Jusqu'à ce jour, ou du moins n'ayant été exposés que dans quelques observations éparses, on a pu mal interpréter notre pensée. Il en est wésulté un malentendu qui explique peut-être en partie la dissidence qui s'élève aujourd'hui entre M. Sandras et nous, sur le diagnostic des paralysies générales.

» Nous n'avons pas encore décrit la symptomatologie de la Paralysie générale progressive avec conservation de lintelligence. Nous avons seulement signalé la diminution plus ou moins grande de l'irritabilité électro-musculaire qui caractérise cette affection, sans exposer la marche de cette lésion de l'irritabilité.

» Voici comment et dans quel ordre en général les muscles

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perdent successivement la propriété de se contracter par l’excitation électrique. Les malades éprouvent un affaiblissemént: musculaire quelque temps avant que les muscles soient atteints dans leur contractilité électrique. Quand la maladie a débuté par les membres supérieurs, ce sont les muscles de la région anti brachiale postérieure qui commencent à perdre leur irritabilité, Après eux viennent les muscles de la main, puis ceux de la

région antibrachiale antérieure et ceux du bras; enfin ceux qui

attachent l'épaule au thorax. Dans cette marche progressive de la lésion de l'irritabilité électro-musculaire, les muscles de chaque région ne sont pas atteints au même desré. Ainsi, en général, à la région antibrachiale postérieure, les extenseurs des doigts sont les premiers plus affectés; à la région antibrachiale antérieure, ce sont les palmaires ; à l’avant-bras c'est le bi ceps, etc.

» La paralysie générale peut également débuter par les mem: bres inférieurs, et alors on voit la lésion de l'irritabilité électro: musculaire suivre la même progression en attaquant d'abord les muscles de la région jambière antérieure et externe, et en: suite ceux du pied et de la région jambière postérieure. Puis la cuisse et les muscles de l'abdomen sont atteints à peu près en même temps, et enfin arrive le tour des muscles de la face, et en dernier lieu celui des muscles de la respiration; c’est alors que Ja mort ne tarde pas à venir. Comme pour les membres supé= rieurs, les muscles de chaque région sont atteints d'une manièré inégale. d

» Dans sa marche progressive, la lésion de l'irritabilité électro: musculaire subit un temps d'arrêt plus ou moins long. Ainsi, on la voit quelquefois se borner lonptemps à quelques muscles, aux extenseurs, par exémple; ou bien, et c'est le cas le plus ordi: paire, après avoir attaqué les muscles de l'avant-bras, elle se porte sur les muscles de la jambe, et vice versä. "

» [ne faut pas non plus s'attendre à voir dans ces cas l'iris tabilité électro-musculaire s'éteindre complétement (ce qui peut arriver cependant dans la dernière période de la maladie); le plus ordinairement l'irritabilité électriquen'est que diminuée, et dans quelques cas rares, il faut la plus grande attention pour constater, à un degré peu avancé de la maladie, l’affaiblissement de la contractilité électro-musculaire.

’ APPLICATION DE LA FARADISATION AU DIAGNOSTIC. 605 y On comprendra que sans la connaissance exacte des. phé: iènes électro-pathologiques précédemment exposés, des erreurs de diagnostic sont possibles ; puisque dans certaines paralysies & PLATE prosressives, quelques muscles peuvent avoir perdu, seulement à un faible degré, leur irritabilité, alors même que les mouvements valoiilires sont déjà plus ou moins para- lysés dans les membres inférieurs et supérieurs : dans ce cas, l'observateur qui s'attendrait à voir l'irritabilité considérable- ment diminuée ou perdue dans tous les muscles, la trouverait, au contraire, très développée dans la plupart de ces derniers, et alors le signe diagnostique, qui n'existerait que dans un très petit nombre de muscles, lui échapperait à coup sûr.

+ » Cette cause d'erreur explique peut-être, comme je l'ai déjà dit, la dissidence qui existe entre nous et M. Sandras, surtout sil est vrai que M. Sandras ait eu le bonheur de guérir cette terrible maladie, que je déclare, moi, avoir toujours vue se terminer fatalement par la mort. Je me trouve encore sur ce dermier point d'accord avec la généralité des patholopistes, qui ont formulé le même pronostic pour la paralvsie générale, que l'intelligence fût ou non conservée.

. de termine en rappelant que Île signe diagnostique tiré de Hirritabilité électro-musculaire a été plusienrsfois mis à l'épreuve

à l'hôpital de la Charité, et toujours avec succès; comme la déclaré M. Briquet dans la séance précédente.

” » Le signe diagnostique tiré de l’état de la contractilité électramusculaire peut donc éclairer l'histoire des paralysies générales ; mais il n'entre pas dans notre esprit qu'il ne faille tenir aucun compte des autres signes fournis par la symptomatologte de ces maladies. »

Beaucoup plus absolu dans une seconde argumentation que dans la première, M. Sandras, arguant toujours des mêmes faits,

formula une nouvelle conclusion dans laquelle il déclarait que le nouveau moyen de diagnostic différentiel que nous préconisons ne pouvait étre d'aucune utilité dans la paralysie ç générale.

J'avais eu l'espoir, après mes premières explications, que, si M. Sandras ne croyait pas devoir modifier ses conclusions absolues, il aurait du moins porté la discussion sur son véritable terrain , soit en attaquant les faits qui forment la base de mon Opinion , soit en combattant les déductions que j'en ai tirées.

LU

+ Or, notre honorable confrère ne trouva rien à objecter sur ce point capital : :1l a admis l'exactitude des faits qui ressortent de mes recherches. Mon argumentation reste donc dans toute

sa force, et il est donc acquis à la sctence, jusqu ‘à preuve du contraire, que la paralysie générale, dans laquelle les muscles ont perdu , en tout ou en partie, l'irritabilité électrique, ne doit in= spiren aucune crainte pour l'émiéyrété des facultés intellectuelles. En conséquence, M. Sandras n'est pas fondé à dire que l'électrisation appliquée au diagnostic des paralysies générales, ne peut être d'aucune utilité, puisqu'en explorant l'état de la con: tractilité électro-musculaire, on peut diagnostiquer à coup sûr une espèce de paralysie générale, dans laquelle l'intelligence nest jamais en danger.

Îl est aussi bien entendu que, dans la paralysie générale des aliénés, la contractilité électro -musceulaire est toujours con: servée.

Nous croyons, M. Brierre de Boismont et moi, devoir rappors ter à la paralysie générale des aliénés, les paralysies générales progressives dans lesquelles l'irritabilité électro-musculaire est conservée, parce quelles ont toutes la même physionomie, la méme marche. à

C'est aussi contre cette dernière opinion qu'a protesté M. San: dras, et comment l’a-t-il attaquée? En nous opposant des paralysies générales, avec conservation de l'irritabilité électro-muss culaire, dans re non seulement il n'a pas vu l'intelligence diminuée, mais même qu'il croit avoir guéries en grand nombre Je vais reproduire la partie de ma réplique dans laquelle j'ai essayé de montrer le peu de valeur de l'argumentation de mon savant adversaire.

« Comme M. Sandras est le seul qui jusqu'à présentait jamais guéri où vu guérir une paralysie générale, je crois qu'il importe de chercher à apprécier la valeur réelle de ces guérisonss"

» Je commence par déclarer que je ne vois dans aucun de ces faits une guérison définitive et assurée : en voici la raison. Je dis que les maladies qui font l'objet de la discussion actuelle offrent souvent dans leur marche des rémittences plus ou moins longues, et que les faits sur lesquels s'appuie M. Sandras me paraissent être dans ces conditions. En effet, de même qu'on voit des aliénés non seulement avoir des éclairs de raison, wais

jouir de guérisons temporaires assez longues pour permettre

leur rentrée dans la société ; de même aussi les paralysies qui.

précèdent l'altération des facultés intellectuelles marchent de la manière la plus irrégulière, et semblent même guérir quelquefois comme par enchantement. Mais, hélas ! ces guérisons n'ont rien de bien rassurant, car jusqu’à présent les malades paraissent menacés de rechutes qui tôt ou tard se terminent fatalement, comme nous le savons, par la perte de l'intelligence ou par la mort. La plupart des observations rapportées par M. Sandras n'offrent que des améliorations dans l’état de la paralysie. Le malade qui après avoir été traité dans son service est entré à Bicêtre a recouvré tous ses mouvements, selon notre confrère, bien qu'il ne puisse, ainsi qu'il Fa déclaré lui-même, les coordonner. Si c'est là une guérison, j'en puis citer de semblables, mais sur lesquelles je ne me fais pas les illusions dont se berce M. Sandras, et qui soutiennent aussi les malades (c'est là peutêtre aussi pour ces derniers un caractère ou un commencement d'alhénation). Je pourrais en rapporter un exemple remarquable, si je ne craienais que le malade, qui est un de nos confrères, et dont j'ai considérablement amélioré la situation par la faradisation localisée , se reconnût dans l'histoire que je vous exposerais 1C1, et perdit par là ses heureuses illusions. Plusieurs paralysies générales que M. Sandras a eu l'obligeance de nous montrer dans son service, paraissent améliorées , mais non encore puéries. Admettons qu'il ne reste plus chez ces derniers de trace de paralysie, comme M. Sandras nous en a cité un cas tiré de sa pratique civile, notre confrère est-il en droit d'affirmer que ces suérisons ne sont pas temporaires? Mais je connais des cas semblables qui ont fait le désespoir des médecins et des familles, excepté, je le répète, des malades qui se croient toujours guéris ou en voie de guérison (c'est vraiment caractéristique). Je

Ourrais rapporter l'histoire d'un malade que j'ai observé avec

. Grisolle, et qui depuis cinq ans à eu tour à tour et à plusieurs reprises la langue et les membres paralysés. On l'a cru plusieurs fois guéri, et malgré ces fréquentes rémittences, son état est aujourd'hui aussi grave, bien qu'il jouisse encore de toutes ses facultés intellectuelles. Pour tous les médecins qui ont observé ce malade, le siége de la lésion est dans le cerveau. Ge diagnostic n’est pas contredit par la faradisation musculaire ; car les muscles

répondent parfaitement à l'excitation électrique. Une lésion céré: brale qui peut occasionner une paralysie générale doit occuper une très large surface de la circonférence du cerveau. C’est ce qui paraît confirmé par l'anatomie pathologique, et c’est justement ce qui rend ces affections incurables, selon l'opinion de tous les pathologistes.

» Ces paralysies générâles, dans lesquelles la contractilité élec= tro-musculaire est intacte,ne menaceraient pas toutes l'intelligence, d'après M. Sandras, parce qu'il en aurait observé dans lesquelles la motilité seule aurait été atteinte (1). Combien Y a-t-il donc de temps que M. Sandras tient ses malades en observation, pour affirmer ainsi qu'il y a déjà chez eux pres: cription pour l'altération des facultés intellectuelles? Nous n'avons pas encore oublié que, chez notre malheureux confrère B...., la paralysie a précédé de plusieurs années l'aliénation mentale? D'un autre côté, la science ne possède-t-elle pas des exemples semblables? Enfin, j'ajouterai qu’on ne sait

(1) Et puis, quelle est la valeur des faits opposés par notre honorable collègue? Je regrette d'avoir à dire que le premier fait rapporté dans son argumentationest complétement inexact. J'ai retrouvé , en effet, dans mes notes, qu’en visitant en 1850 le service de M. Sandras, nous avons constaté une diminution notable de la contractilité électro-musculaire dans les muscles de la jambe et des avant: bras chez un malade de ce service atteint de paralysie générale progressive, et qui offrait un embarras de la parole. Ce malade, me disait-on, était en voie d’amélio: ration. C'est celui qui est entré à Bicêtre, et sur lequel M. Sandras revient sans cesse, comme sur son principal argument, chez lequel il dit avoir trouvé la contractilité électro-musculaire intacte; celui enfin dont il vient de dire: Je Le donne comme preuve qu'on peut avoir une paralysie générale progressive très avancée; sans la moindre aliénation. L'erreur commise dans ce cas tient sans doute à ce que la faradisation localisée n'aura pas été pratiquée avec soin.

Dans le troisième fait, M. Sandras reconnaît lui-même que l'irritabilité musculaire était bien diminuée. Il est donc évident que ces deux faits dont M. Sandras se fait une arme contre nous sont au contraire favorables à la thèse que nous défendons,

Le quatrième fait est un cas de paralysie générale chez une femme chlorotique et qu'on peut rattacher à un état hystérique. Quoi d'étonnant que l'intelligence et l’irritabilité soient intactes ?

Reste donc un seul cas de paralysie générale (c'est le deuxième fait cité par M. Sandras) dans lequel, dit-on, l'irritabilité et l'intelligence étaient conservées. J'admets que l'exploration électro-musculaire ait été faite avec soin ; mais je dirai que ce fait ne prouve rien, puisque le malade est encore paralysé et qu'il

est reconnu que la paralysie peut précéder plus ou moins le trouble de l'intelligence.

APPLICATION DE LA FARADISATION AU DIAGNOSTIC. 609 pas encore de combien de temps la paralysie peut précéder a folie. En voici un nouvel exemple:il y a actuellement à la Charité, dans le service de M. Cruvailhier, une paralysie générale qui date du commencement de l’année 1848 , avec bégaiement et intéorité de l'irritabilité musculaire. Le malade qui en sstatteint a eu des rémittences qui lui ont permis de reprendre son état d'ouvrier lithosraphe jusqu'en décembre 1851, et cependant, ce n'est que depuis quelques semaines qu'il commence à

érdre la mémoire, c'est-à-dire que, pendant quatre ans, la lésion cérébrale dont il est atteint a seulement occasionné des troubles dans la locomotion. Pour tous ceux qui l'observent, comme pour M. Cruveilhier, ce malade offre un type de la paralysie générale des aliénés. Je pourrais citer plusieurs exemples semblables.

» En résumé, les faits rapportés par M. Sandras ne sont pas de pature à devoir modifier notre opinion, que je formule de nouveau dans la proposition suivan'e : Le signe diagnostique différentiel, tiré de l'état de l'irritabilité électro-musculaire, peut servir à distinguer les paralysies générales dans lesquelles les facultés intellctuelles sont menacées, de celles dans lesquelles elles sont toujours conservées. »

Plus d'une année s'est écoulée depuis cette importante discussion. Les faits nouveaux que j'ai observés me permettent aujourd'hui de dire d'une manière absolue : toute paralysie générale dans laquelle la contractilité électro-musculaire est diminuée où abolie nest pas la paralysie générale des aliénés.

" Les paralysies générales des aliénés que J'ai explorées en 1852 comme celles que nous avons déjà observées, M. Brierre de Boismont et moi, ont toutes présenté l'intégrité de la contractilité électro-musculaire. Gependant je dois à la vérité et à ina conscience de déclarer que si je trouvais aujourd'hui Ja contracuilité électro-musculaire intacte chez un homme atteint de paralysie générale et d'embarras de la parole, je le croirais, il est vrai, très sérieusement menacé de perdre tôt ou tard ses facultés intellectuelles, mais je ne le condamnerais pas pour cela infailliblement à la folie. Ce retour à des idées moins absolues que celles que je défendais en 1852 m'est imposé par le fait suivant: Je m'empresse de le publier, bien qu'il soit contraire aux opi-

nions que je professats en 1852.

OBSEÉVATION CI. — Charité, salle Saint-Louis, n° 17, service de M. Briquet. — Poux, François, 55 ans, marchand, demeurant rue des Tournelles, n° 40; né à Docat, département de la Haute-Vienne, marié: né d'un père mort jeune, sans que le malade puisse dire de quelle maladie, et d’une mère qui semble être morte phthisique. Il fut sobre et bien portant toute sa vie, sujet seulement à de fréquentes épistaxis. Le 27 février 1849, il partit en parfaite santé pour la Californie: pendant la traversée sentit sa langue embarrassée, et eut quelque difficulté à parler, il attribua cela au mal de mer. Nul mal ailleurs, nulle faiblesse. Arrivé en Californie, vers le mois d'avril, il y travailla beaucoup sans éprouver aucun malaise, Vers le mois de septembre seulement, sa langue étant devenue plus embarrassée, il commença à ressentir une faiblesse générale, très peu marquée, et marchant très lentement. Il consalta en 4850, et on lui fit appliquer un moxa à la réunion des deux pariétaux et du coronal. Il quitta la Cali fornie et revint en France en janvier 4851 ; la parole était considérablement génée; ses membres étaient devenus très faibles, les jambes et la jambe gauche en particulier; cependant il marchait encore, bien que sa faiblesse ne lui permit pas de travailler. Vers le mois de décembre 18514, il devint si faible des jambes, qu’il tomba, se blessa au bras, et fut transporté à l’'Hôtel-Dieu, dans un service de chirurgie, où l'on ne fit rien pour sa paralysie et où il resta jusqu’au mois de mars 1852.

Entré à la Charité le 25 mars 1852; c’est un homme grand, assez fort, d'aspect fatigué. La figure est un peu tirée du côté gauche; la paupière supérieure droite tombe sur le globe de l'œil plus que la gauche ; l’aile-du nez est abaissée, et la partie droite de la lèvre inférieure pendante : sa langue est difficilement mise en mouvement dans une direction déterminée ; ses sens n'ont rien perdu de leur finesse; sa force est beaucoup diminuée; les membres amaigris se meuvent difficilement, mais Ja sensibilité est intacte. Le wal reste stationnaire quant aux membres. Les muscles possèdent leur contraculité électrique normale, L’embarras de la parole est caractéris= tique; on observe aussi un tremblément particulier des lèvres quand il parle ; cependant il est impossible de noter le moindre trouble dans ses facultés intellectuelles ; sa mémoire est excellente; il ne se fait aucune illu-. sion sur son état de misère ; son caractère est doux et régulier ; on a beau chercher à exalter son ämour-propre, il répond toujours modestement ; son voyage en Californie annonçait un grand désir de faire fortune ; il reconnaît qu'il n'en à rapporté que de Ja misère : il était mécanicien, inventeur, il ne se croit pas plus habile qu’un autre; enfin, je n’ai pu reconnaître chez lui aucun des signes de la folie ambitieuse. Sa langue ayant été fara= disée, put être mieux dirigée; la parole devint plus facile ; mais l’excitation musculaire des membres ne produisit aucun résultat. Le 5 avril, il y eut gêne dans la miction, et la vessie devint un peu douloureuse au toucher. 11 laissa aller sous lui.

Bientôt il se déclara une escarre gangréneuse au sacrum , ayec érisypèle,

abpeu de jours après le malade succomba. Jusqu'à son agonie, l'intellixence avait été parfaitement intacte.

L’autopsie faite avec le plus grand soin, par M. Goupil, interne, en présence de M. Briquet, ne révéla aucune lésion anatomique.

LA

Quelle est donc la lésion morbide qui, chez ce malade, a produit ces troubles du mouvement et de la parole qui caractérisent la paralysie générale des aliénés et qui cependant n'a pas porté sur ses facultés intellectuelles ? Puis-je dire que c'était le premier degré de la paralysie générale des aliénés, et que si le sujet avait vécu plus longtemps, la folie ambitieuse se serait déclarée à son tour? Mais la lésion morbide était arrivée chez lui äson maximum, puisqu'elle fui a donné la mort. Et puis l’absence de toute lésion anatomique du cerveau ou de ses enveloppes jette une grande obscurité sur la nature et l'espèce d'affection dont il a été atteint.

Si M. Sandras avait entretenu la Société de médecine de Paris de faits aussi décisifs , je n'aurais pas hésité un instant à faire une large concession à ses idées. Quoi qu'il en soit, cette dernière question débattue entre MM. Sandras, Brierre de Boismont et moi ne me paraît pas encore jugée.

S'il existe un grand nombre de faits semblables à celui dont je viens d'exposer la relation, on ne pourra certainement rien conelure de la conservation de la contractilité électro-musculaire dans- la paralysie générale, au point de vué du diagnostic différentiel de cette affection. Mais si le fait reste exceptionnel, ainsi quil me paraît lavoir été jusqu'à ce jour, le signe que nous ävons tiré de l'intégrité de la contractilité électro-musculaire dans la paralysie générale, aura encore une grande valeur,.car alors il annoncera l'existence probable de la maladie mentale. C'est ce que décidera l'avenir.

“ En résumé, dans l'état actuel des recherches faites par M. Brierre de Boismont et moi, je crois pouvoir conclure : que l'absence de la contractilité dans la paralysie générale exclut toute idée d'une affection cérébrale qui menace l'intelligence; 2° que chez l'homme, l'intégrité dela contractilité électromusculaire dans la paralysie générale annonce l'existence très probable de cette affection appelée paralysie générale des aliénés, Surtout si la gêne de la parole est venue s'ajouter aux troubles généraux de la motilité.

ARTICLE IT

Les recherches faites en commun par M. Brierre de Boismont et moi, ont été limitées à la paralysie générale des aliénés et à Ja paralysie générale sans aliénation (spinale). C'est seulement sur ces te que la discussion a été portée dans le sein de Ja Société de médecine,

Mais il est d’autres affections musculaires générales que J'avais étudiées déjà bien antérieurement, au point de vue de leurs caractères distinctifs, et qui dans certains cas pourraient être confondues avec l'une ou l’autre des deux précédentes, ou avec les deux à la fois, je veux parler de l’atrophie musculaire graisseuse progressive, et de la paralysie saturnine générale ().

$ I°".,— Diagnostic différentiel de l’atrophie musculaire graisseuse progressive générale,

L'atrophie musculaire praisseuse progressive pénéralisée, présente dans ses caractères extérieurs un cachet distincuf qui

(1) Dans une thèse inaugurale récente intitulée : Recherches sur La folie paralytique et sur les diverses drely sics generales (Paris, 1853),un interne des plus distingués , qui porte un nom connu et honoré dans la science, M. Falret fils, nous a reproché, à M. Brierre de Boismont ét à moi, d’avoir pris pour la paralysie spinale l'atrophie musculaire graisseuse progressive. Ce jeune auteur appuie son assertion sur une observation qu'il a recueillie à la Charité, dans le service de M. Briquet, et qu'il cite comme cas d’atrophie musculaire progressive.

OBsERvATION. CII. — Le sujet de cette observation, nommé Nicolas B.…, âgé de trente-deux ans, jardinier, né à Limay (Seine-et-Oise), était entré à la Charité, au n° 13 de la salle Saint:Louis (service de M. Briquet). Je ne rapporterai pas son histoire, qui est longuement exposée dans la thèse de M. Falret, mais je dirai que ce malade offrait un type de paralysie générale spinale, qui n'avait pas encore envahi toutes les régions du corps, et que M. Briquet et moi nous avons suivie pendant plusieurs mois avec le plus grand soin.

Nous avions constaté chez ce malade que les muscles paralçsés aux jambes et à l'avant-bras avaient perdu leur contractilité et leur sensibilité électriques, bien qu'ils fussent encore assez développés. Nous avions vu ensuite cette propriété musculaire diminuer graduellement dans les muscles des cuisses et de l’abdomen; aux membres supérieurs ; la même lésion de la contractilité électro-musculaire avait aussi gagné les parties centrales.

Pendant le séjour de ce malade à l'hôpital, nous avions observé comparativement des sujets chez lesquels les muscles s’atrophiaient partiellement et irrégulièrement, et se contractaient par la faradisation, quelque atrophiés qu ils fussent, jusqu'à ce que leur dernière fibre musculaire se füt métamorp bosée en graisse.

Puisque M. Falret venait prendre ses arguments dans le service où nous obser-

DIAGNOSTIC. 613 je permet pas de la confondre avec la paralysie générale spinale, ni avec la paralysie générale des aliénés. Il suffit de l'avoir bien observée une fois pour la reconnaître à son facies. Ainsi, tandis que dans la paralysie sénérale des aliénés, lorsque les malades tombent dans le marasme, l'atrophie frappe en masse et d'une manière égale tout le système musculaire ; tandis que dans la paralysie spinale, on voit également s'atrophier à la fois tous les muscles des membres, de là envahir le tronc en masse, l'atrophie musculaire, au contraire, détruit capricieusement et inévalement chacun des muscles. De sorte qu'à côté d’une dépression mar.juant la place d'un muscle qui n'est plus, on voit la bosselure, le relief plus ou moins considérable d'un muscle voisin qui à été respecté ou moins attaqué par la maladie, et

vions, il n'avait qu'à s'adresser à M. Briquet ou à moi, et il aurait vu ce que les habitués de la Charité constatent chaque matin, la différence de l’état de la contractilité dans ce que nous appelons paralysie spinale, et dans l’atrophie musculaire graisseuse progressive,

Sans s'éclairer même des signes électro-musculaires, on reconnaît chacune de ces deux maladies seulement à leur facies. Dans la paralysie spinale, les muscles s'atrophient,se momifient pour ainsi dire en masse et régulièrement en marchant des extrémités au centre. Dans l’autre, l’atrophie frappe irrégulièrement et capricieusement les muscles.

On peut voir dans la figure 64, p. 328, des bras décharnés et des avant-bras bien nourris, des cuisses atrophiées et des mollets énormes; au bras droit, le biceps a entièrement disparu , tandis que le triceps de ce côté est encore assez développé. Cette figure , qui représente un sujet atteint d'atrophie musculaire graisseuse générale, donne une idée exacte du facies de cette maladie, facies qui varie à l'infini, mais qui, au fond, conserve toujours son cachet.

Eh bien! quand on a vu une fois cette maladie, on ne peut plus commettre cètte faute, impardonnable aujourd’hui, de la confondre, comme l'a fait M. Falret fils, avec la paralysie générale spinale.

Je regrette d'avoir à dire que des faits aussi mal observés que ceux sur lesquels M. Falret appuie son argumentation ne méritent pas d’être discutés. Je ferai encore la remarque suivante : les thèses inaugurales ont en général un bon côté, celui d'exposer exactement l'état de la science. Tout au contraire, les faits cliniques les plus vulgaires sont tellement méconnus ou altérés dans la seconde partie de la thèse de M, Falret fils, qu'on la dirait écrite par un savant retiré depuis longtemps du mouvement scientifique ou dédaigneux du progrès.

Cest à peu près en ces termes que j'ai exprimé mon opinion sur la seconde partie de cette thèse, à l'occasion de la discussion qui eut lieu dans le sein de la Société de médecine de Paris, à la suite d'un rapport de M. Delasiauve sur le travail de M, Falret, Je regrette d'autant plus d'avoir à critiquer cette partie de la thèse de M. Falret, qu’elle est du reste très remarquable par le talent d'exposition de l'auteur, et qu'on trouve dans la première partie la description la plus complète de la folie paralvtique, |

La figure 64 donne une idée exacte de cette maladie, qui oc: casionne les difformités les plus variées, ét dont les forme $e modifient au furet à mesure que les muscles sont frappés de mort:

Cependant ces signes diagnostiques, tirés de la forme exté= rieure, sont beaucoup moins frappants lorsque l’atrophie grais: seuse est arrivée à une période très avancée, bien qu'on découvre çà et là quelques muscles ou portions de muscles encore appréciables au toucher ou à la vue. Si alors l'atrophie musculaire graisseusé est généralisée, il faut une certaine atteñ:tion éfla connaissance clinique de cette maladie, pour ne pas la confondré; ou avec la paralysie générale des aliénés, ou avecla paralysie spinale. C'est alors que l'examen de l'état de la contractilité électro-musculaire devient un élément précienx de diagnostic.

Étant donné un sujet atteint d'une affection musculaire générale dans laquelle la nutrition musculaire et la motilité sont profondément lésées ,'ce sujet ayant en’ outre ün embärras déda

parole et jouissant de’ ses facultés intellectuelles, quelle est cette affection musculaire ?

qui cependant était placé sous la dépendance du mémé nerf

1° Est-ce une atrophie musculaire graisseuse progressive qénéz rale? On se rappelle que le salimbanque dont j'ai rapporté l'histoire précédemment (observation LXIL, p.481 et 554) offrait

cet ensemble de phénomènes, J'en ai vu plusieurs autres exem° ples dans la pratique.

. OBSERVATION CIV. — En 1853, jai été appelé en consultation avec MM. Chomel et Nélaton, par M. Patouillet, pour une de ses clientes qui présentait cet état général du système musculaire. Les mouvements des membres supérieurs du tronc et du cou étaient à peu près perdus; les muscles de ces régions avaient disparu en grande partie; on en retrouvait quelques faisceaux par l'exploration électro -musculaire. La parole de cette malade était embarrassée comme dans l’aliération : la déglutition était difficile comme dans une période avancée de cette dernière. maladie , et, cependant, son intelligence était parfaite. dt 4

OBSERVATION CV,— Un peu plus tard, j'ai vu aussi en consultation, avec un membre de l’Académie de médecine, une malade, madame A..., rue du Colysée, n° 16, qui était à peu près dans le même état du côté des muscles, de la parole, de la déglutition et des facultés intellectuelles, et qui est morte peu de temps après avec toute son intelligence. L’exploration

électro-musculaire nous démontra que ces deux dames étaient atteintes d'une atrophie musculaire graisseuse progressive.

OBSERVATION CVI. — Enfin, on peut voir actuellement (février 1854) au numéro 47 de la salle Saint-Ferdinand (Charité), un malade qui offre des phénomènes semblables aux précédents. Il se nomme Mousseau ; je l'ai fait entrer, le 12 novembre 1853, dans ce service, afin de le soumettre à l'observation de mon excellent maître, M. Cruveilhier. Ce malade offre dans son ensemble l'apparence d’un marasme général; mais en l'examinant avec plus d'attention, on voit qu’un grand nombre de ses muscles ont disparu complétement aux membres supérieurs; que Ceux dont on peut encore constater lexistence par les mouvements qu'on lui fait exécuter et par l'exploration électrique, ont conservé très peu de fibres; sur le tronc,

l'écorce musculaire a disparu en partie ; au cou, ce Sont les fléchisseurs, à l'abdomen, les muscles droits ; ceux des membres inférieurs sont en voie d'atrophie. Les muscles du pharynx sont sans doute également atteints, car la déglutition est très difficile. Sa langue ne paraît pas atrophiée, bien qu'on y voie quelques contractions fibrillaires ; la parole est embarrassée, coupée, dccompagnée d'un tremblement des-lèvres, comme on l’observe dans la paralysie générale des aliénés. La peau. est soulevée par des contractions fibrillaires générales partout où il existe de la fibre musculaire. Ge halade a été visité par des aliénistes, qui n’ont pu s'empêcher de s’écrier, en le voyant, qu'avant les travaux récents sur l’atrophie graisseuse progressive, l'affection dont iLest atteint eût été infailliblement rangée dans la paralysie générale des aliénés; cependant l'intelligence de cet homme est parfaitement intacte, el je me crois fondé à affirmer, d’après les faits nombreux que j'ai observés, que celte intelligence n’est pas en danger. son affection est une atrophie musculaire graisseuse généralisée. En effet 1° par Pexploration électrique on constate qu’un grand nombre de ses muscles ont éntièrement disparu; ce qui ne s’observe jamais dans la paralysie générale des aliénés, comme je l'ai démontré dans le chapitre précédent ; 96 gn voit chez ce malade que là où existe encore de la fibre musculaire, l'excitation électrique comme la volonté peut provoquer des contractions;

phénomène qui ne permet pas d'admettre l'existence de la paralysie géné- rale spinale.

ORSERVATION CVIL — J'observe parallèlement avec ce malade. un autre Sujet, égaleinent atteint depuis 1850 d’une atrophie musculaire graisseuse progressive qui à envahi ses membres supérieurs, et dont la langue, également atteinte par l’atrophie presque dès le début de la maladie, à perdu les trois quarts au moins de son volume, Elle est ratatinée et con= | tinuellement agitée de contractions fibrillaires. Ge malade , qui a perdu à peu près tous les muscles intrinsèques de sa langue (la faradisation n'y produit plus de contractions que dans quelques points), parle encore cependant avec facilité et très clairement, seulement sa parole est traiuante.

Ce malade, nommé Bernard Roch, forgeron, âgé de trente-un ans, né à Lanvillier (Eure-ct-Loire) , est couché aujourd’hui, 4 juin, au n° 46 de h salle Saint-Charles, service de M. Piorry (1).

20 Est-ce une paralysie générale spinale ?

Voici, entre autres, un cas de paralysie générale spinale dans lequel existait un embarras de la parole, et pour lequel j'ai été appelé en consultation par mon confrère M. Charrier.

OBSERVATION CVIIT. — Madame D..., âgée de 49 ans, d’une assez bonne constitution, d’un tempérament lymphatico-sanguin, réglée à 17ans, ayant eu un enfant à l’âge de 38 ans. Elle dit avoir eu une fluxion de poitrine à 22 ans et avoir joui d’une bonne santé depuis lors jusqu’en 4845. A cette époque, la menstruation devint très abondante, et, en peu de mois, les pertes furent telles, que la malade tomba dans une anémie profonde. Elle put cependant continuer de se livrer aux occupations du ménage jusqu'en 1846. Elle dut alors s’aliter et réclamer les soins de notre confrère M. Charrier qui, ne pouvant par les moyens ordinaires maîtriser l'hémorrhagie utérine, fit appeler M. Récamier en consultation, en novembre 1846. Cet habile praticien , attribuant la cause de ces graves accidents à la présence d’un fongus utérin, introduisit une espèce de curette dans l’utérus èt racla, pour ainsi dire, la face interne de cet organe. Cette opération parut arrêter l’hémorrhagie utérine, mais, six semaines après, une nouvelle perte de sang mit les jours de la malade en danger : grâce à des applications de compresses froides sur l'abdomen et sur la face interne des cuisses, on se rendit maître des accidents. Aux époques suivantes, la menstruation fut de moins en moins abondante et, sous l'influence des ferrugineux et d'une bonne alimentation, la malade put retrouver la santé.

Vers la fin de 1846, elle ressentit, pour la première fois, au tiers inférieur de la face postérieure de l’avant-bras gauche, des douleurs lancinantes qui s’irradiaient dans le pouce, ces douleurs durèrent peu de jours; peu après, de nouvelles douleurs très vives se montrèrent dans les talons et forcèrent la malade à garder le lit pendant deux mois. En septembre 1847,

(1) En rapprochant ce phénomène (la conservation de la parole malgré l'atrophie d’une grande partie des muscles intrinsèques de la langue) du phénomène observé chez le malade couché au n° 17 de la salle Saint-Ferdinand, dont la langue est intacte, et qui cependant offre un grand trouble dans la parole,je crois qu'il est permis de conclure que cette fonction est principalement sous la dépendance des muscles extrinsèques de la langue, En effet, ces derniers £e contractent très énergiquement par la faradisation localisée chez le malade de la salle Saint-Charles, dont la langue est atrophiée, tandis qu’on a peine à les retrouver par lexploration électrique chez le malade de la salle Saint-Ferdinand dont la langue est encore bien développée, Le premier meut librement et facilement sa langue en tous sens ; chez le sccond les mouvements de la langue sont lents et limités.

Ja malade s’aperçut pour la première fois d'un affaiblissement dans le membre supérieur droit et dans les membres inférieurs. En octobre 1848, Ja malade ne put plus se servir du bras droit. La paralysie gagna bientôt le membre supérieur gauche, et en novembre 1848, elle fut entièrement percluse. La parole devint difficile en août 1849, aënsi que la déglutition.

Appelé par mon confrère M. Gharrier, à explorer cette dame par la faradisation localisée, je constate les phénomènes suivants : l'excitation électrique, même par l’électro-puncture, ne peut provoquer la contraction des muscles de la région antérieure et externe de la jambe ; à la région posté rieure de la jambe l’électro-puncture ne produit que des contractions fibrillaires. La contractilité électrique, bien qu'affaiblie à la cuisse, est encore assez développée, quoique au-dessous de l’état normal. Les excitateurs appliqués sur la région postérieure de l'avant-bras droit ne provoquent que la contraction affaiblie de l’extenseur du pouce. Les muscles de la région antérieure ne se contractent que par l'excitation du nerf médian. Cette contraction n’a lieu que sous l'influence d’un courant très intense. Les muscles du bras sont plus contractiles, mais illeur faut un courant assez élevé. A gauche, les muscles du membre supérieur ont conservé plus de contractilité électrique. Les muscles de labdomen se contractent moins qu’à l'état normal ; ceux du tronc paraissent avoir conservé toute leur contractilité électrique. A la face les muscles ont perdu à un léger degré cette propriété musculaire.

L'intelligence est intacte, la sensibilité cutanée normale et les fonctions digestives naturelles.

Deux mois après cette exploration, cette dame succomba avec une parfaite intégrité de ses facultés intellectuelles.

Cette observation de paralysie générale avec embarras de la parole rappelle celle que j'ai rapportée précédemment (obs. LXXX VII, p. 553), dans laquelle la paralysie générale de la contractilité volontaire et de la contractilité électro-musculaire était accompagnée de l'embarras de la parole.

C. Enfin, est-ce une paralysie générale dans laquelle la folie ambitieuse doit se déclarer tôt ou tard? Je n'ignore pas qu'en général cette folie paralytique, comme l'appelle M. Parchappe, suit une marche toute différente et présente des caractères qui la distinguent des affections musculaires précédentes (l'atrophie graisseuse progressive et la paralysie générale spinale). Mais il arrive quelquefois que dans la paralysie générale des aliénés, les troubles du mouvement au lieu de débuter d'emblée d'une manière générale, se localisent au début dans les membres inférieurs ou supérieurs, et qu'après être restée localisée elle affecte progressivement tout le système musculaire; on voit aussi quel-

quefois la difficulté de la parole se montrer tardivement: Eh outre, le malade peut avoir éprouvé des douleurs dans les membres ; les muscles peuvent être plus ou moins amaipris où émaciés, et présenter des contractions fibrillaires. Alors, on le conçoit, le diagnostic de la paralysie générale des aliénés n’est plus aussi facile. |

Les questions diverses que je viens de poser se présentent quelquefois dans la pratique; j'ai eu à y répondre dans les difs férents cas cités ci-dessus. Est-il besoin de dire que la solution de ces questions non seulement intéresse le malade, mais aussi quelle importe au repos des familles ?

En effet, il y a quelques années à peine, tout malade présentant l’ensemble de ces troubles musculaires généraux avec em= barras de la parole, eût été infailliblement suspecté atteint de paralysie générale des aliénés. On comprend que ce diagnostié qui faisait peser un tel doute sur l'intégrité des facultés intellectuelles d'un malade, pouvait dans certains cas soulever des questions médico-légales graves et difficiles à résoudre. |

Grâce à l'exploration électro-musculaire, ce doute ne peut plus exister dans ces cas. En effet, si les muscles malades ne répondent pas à l'excitation électrique, l'affection musculaire générale compliquée d'embarras de la parole, sur le diagnostic de laquelle on est appelé à se prononcer, ne peut appartenir à la paralysie générale des aliénés ,; dans laquelle tous les muscles faradisés individuellement doivent posséder leur con: tractilité électrique normale, quel que soit leur degré d’atro= phie. Il sera facile ensuite de distinguer entre elles la para lysie générale spinale de l'atrophie graisseuse progressive ; car dans la première, tous les muscles ont perdu plus où Moins où en masse leur contractilité électro-musculaire, tandis qu'on trouve dans la seconde des portions de muscles ou des fibres musculaires ŒuI, survivant encore au milieu des muscles devenus graisseux, se contractent trés bien par la faradisation localisée. -

On remarquera de plus, dans ce dernier cas, que ces portions musculaire$ se contracteront encore sous l'influence de là volonté du malade. { |

Enfin, les sisnes tirés de l'état de la contractilité électro-mus culaire acquièrent un très haut depré de certitude lorsqu'on lés

râttache aux symptômes qui sont propres à chacune des affections dont il vient d'être question.

$ ZI. — Diagnostic différentiel de la paralysie générale saturnine.

La séméiologie ordinairen’indique aucunmoyen de distinguer, dans certains cas, la paralysie générale saturnine de la para: lysie générale des aliénés, de la paralysie générale spinale et de l'atrophie musculaire graisseuse progressive généralisée, Je vais fournir la preuve de ce que j'avance : Qu'un homme ait eu des coliques de plomb, ou qu'il ait simplement été exposé par sa profession à l'intoxication saturnine, qu'il lui soit ensuite survenu une paralysie générale, puis des désordres dans l'intelligence; voilà une paralysie générale des aliénés de cause saturnine. Dans l'état actuel de la science, personne n'est certainement en mesure de prouver que ce diagnostic est erroné. D'ailleurs, des faits analogues ont été publiés, et des aliénistes éminents (MM. Cal: meil, Esquirol, Delasiauve, etc.) professent que la paralysie Saturnine générale peut produire les troubles intellectuels qu'on observe dans la paralysie sénérale des aliénés.

Pour la paralysie générale: spinale et l'atrophie musculaire praisseuse progressive, les mêmes circonstances ou conditions individuelles pourront aussi faire attribuer ces affections à l’action du plomb. | La paralysie générale saturnine existe incontestablement ; mais quels en sont les caractères distinctifs?

Quand je fis mes recherches sur l’état de la contractilité éléctro-musculaire dans les paralysies du membre supérieur, je me hégligeai pas d'étudier aussi l’état de cette propriété musculaire dans la paralysie générale saturnine, et Je découvris qu'alors même que la lésion des mouvements volontaires s était étendue à tout le système musculaire, la lésion de Ja contractuilité électro-musculaire avait aussi son siége d'élection.

OBSERVATION CIX.— Ce phénomène singulier que j'avais vu dès 1847, sans en être frappé d’abord et sans en tirer de déductions, je lobservai de nouveau chez un nommé Schræder, menuisier, qui, se trouvant tout à coup privé de travail, en 1849, fut forcé d’en aller demander à la fabrique de blanc de céruse de Clichy. 11 y était à peine employé depuis dix jours qu’il éprouva des coliques de plomb et des douleurs dans tous les mem-

bres, et dut alors se faire transporter à la Charité (salle Saint-Ferdinand, n°16), service de M. Cruveilhier, où je le vis quelques jours après son entrée. Il était alors frappé de paralysie générale et n’avait conservé que les mouvements de la face. Son système musculaire, qui était assez développé avant sa maladie, s'était atrophiéavec une rapidité étonnante, J’explorai alors sous les yeux de M. Cruveilhier, l’état de la contractilité électro-musculaire et je constatai : 1° Aux membres supérieurs la perte de la contracti lité électro-musculaire dans les extenseurs des doigts’, dans les radiaux, dans les extenseurs du pouce, dans les cubitaux , et la diminution de cette propriété dans le long abducteur du pouce. Les supinateurs et les muscles de la région antérieure de l’avant-bras et de la main possédaient leur contractilité électrique normale. Les muscles du bras étaient intacts, mais les deltoïdes se ressentaient.très peu de l’action du courant, 2° Aux membres inférieurs, les extenseurs de la jambe sur la cuisse et les extenseurs des orteils se contractaient moins bien qu’à l’état normal par l'excitation électrique. 3° Au tronc. Les grands pectoraux et les muscles droits de l’abdomen avaient perdu une faible partie de leur contractilité électrique. Après cinq à six semaines de traitement par les bains sulfureux, les muscles des membres inférieurs, du tronc ect du. cou avaient recouvré leurs mouvements volontaires, mais aux membres supérieurs les muscles qui avaient perdu leur contractilité électrique étaient restés paralysés et atrophiés. M. Cruveilhier me livra alors ce malade pour être traité par la faradisation localisée. Il offrit après sa guérison ce phénomène remarquable qui a fait l’objet d’un des chapitres précédents, à savoir, que ses muscles étaient encore privés de leur contractilité électrique, tandis qu'ils se contractaient par l'excitation volontaire.

OBSERVATION OX. — J'ai eu l’occasion d'examiner deux autres sujets exerçant l'état de peintre, et qui, après avoir eu des coliques satürnines, avaient été frappés de paralvsie générale. L’un d’eux était entré à la Cha= rité, en 1852 (salle Saint-Jean-de-Dicu, n° 4), service de M. Bouillaud. L'autre, en 1851, à la Pitié (salle Saint-Ferdinand , n° 40), service provisoire de M. Aran. Je constatai que chez ces deux malades la lésion de la contractilité électro-musculaire avait établi son siége d'élection dans certains muscles des membres supérieurs et inférieurs, comme dans l’observation précédente. Je ferai remarquer encore que chez ces deux maladesles mouvements volontaires revinrent assez vite dans les muscles qui n'avaient pas été atteints dans leur contractilité électrique et que la paralysie per sista longtemps, ainsi que l’atrophie, dans les muscles de la région postérieure de l’avant-bras qui avaient perdu la faculté de se contracter par l'excitation électrique.

Les sujets atteints de paralysie générale saturnine, et qui ont été ainsiexplorés par la faradisation localisée, ayant présentéune lésion plus ou moins profonde de la contractilité électro-muscu-

laire dans certains muscles d'élection, comme on l'observe dans la paralysie saturnine limitée à l'avant-bras, je songeai de bonne heure à appliquer la connaissance de ces phénomènes au diagnostic différentiel de la paralysie cénérale saturpine. J'étais déjà suffisamment fixé en 1848 sur la valeur de ces signes diagnostiques pour en faire une application heureuse dans un cas de paralysie générale très obscure qui se présentait dansle service de M. Fouquier. J'en ai exposé l'analyse page 463, obs. LV, à cause de la paralysie du diaphragme, qui compliquait cette paralysie générale. Je regrette de ne pouvoir en rapporter l'observation complète, ainsi que jen avais manifesté l'intention précédemment.

De l'ensemble de ces faits qui, toutefois ,]e m'empresse de le reconnaître, ont encore besoin d'être confirmés par des observations nouvelles et plus nombreuses, pour qu'on en puisse déduire une loi ou une règle, il résulte que dans la paralysie saturnine générale la lésion de contractilité électro-musculaire établirait son siége d'élection dans certains muscles, ainsi qu'on l'observe pour la paralysie de plomb limitée au membre supérieur.

Fout le monde comprend que ces symptômes deviennent un sisne précieux pour le diagnostic de la paralyste générale saturnine.

En effet, 1° on n'observe pas ces phénomènes chez les sujets atteints de la paralysie générale des aliénés, dontles muscles, on le sait maintenant, conservent intacte leur contractilité électrique, quelque atrophiés qu'ils soient; 2° on ne trouve pas non plus dans la paralysie énérale spinale cette action élective de l'intoxication saturnine, puisque les muscles de la région antérieure de l'avant-bras et ceux de la main perdent successivement leur contractilité électrique, comme les muscles de la réplon antibrachiale postérieure; puisqu'en un mot, la lésion de la contractilité électro-musculaire s'étend à toutes les régions du corps. 5° Enfin, l'atrophie musculaire graisseuse progressive qui détruit capricieusement et partiellement chacun des muscles indistinctement, dans laquelle Îles muscles conservent leur excitabilité électrique et leur contractilité volontaire tant que la fibre n'est pas entièrement transformée, ne saurait être confondue avec la paralysie saturnine générale, qui frappe en même .

622 APPLICATION DE LA FARADISATION A LA PATHOLOGIE. temps certains muscles d'élection dans leur contractilité volon: taire et électrique. - |

Pour compléter mes études de diagnostic électrique différentiel sur les affections musculaires sénérales, il me resterait à exposer comparativement les signes des paralysies générales hystériques, alcooliques, etparle sulfure decarbone ; malheureus sement, je ne suis pas encore en mesure de traiter convenables ment ces questions importantes. Je puis dire toutefois, que jusqu'à ce Jour, J'ai trouvé la contractilité électro-musculaire intacte dans les dernières paralysies générales, et la sensibilité électro-musculaire plus ou moins affaiblie dans la paralysie générale hystérique.

SUR MON MÉMOIRE INTITULÉ : DE L'ATROPHIE MUSCULAIRE AVEC TRANSEORMATION GRAISSBINE,

Il est souvent question dans la troisième partie de ce livre, de mon mémoire intitulé: De l'atrophie musculaire avec transformation graisseuse. M. Cruveilhier l'a cité à l'occasion de l'observation qu'il a communiquée à l'Académie de médes cine en:1853, comme le premier qui ait été écrit sur cette matière. |

Quelqües personnes qui s'occupent de l'historique de cette affection m’ont des mandé des renseignements sur ce travail. Elles. m'ont fait observer que sil eût. existé réellement, M. Aran, qui devait en avoir connaissance, puisqu'il en a extrait les observations qui font la base de son travail, m'aurait pas négligé d'en faire mention. C’est pour lever tous les doutes à cet égard que j'écris cette note dans laquelle j'exposerai l’analyse de mon mémoire, daté de 1849. Re

Je commençais à peine mes expériences électro-musculaires que déjà j'étais frappé de certains phénomènes musculaires étranges, que je pris alors pour des anomalies, et qui, en raison de leur fréquence et de leur identité, devinrent pour moi Îes signes d’une maladie nouvelle, qui du moins n'avait pas encore été décrite : c'est cette maladie que j'appelai plus tard atrophie musculaire avec transformation graisseuse. |

Ces phénomènes , sur lesquels j'attirais chaque jour l'attention de mes confrères, et des élèves en répétant mes expériences au lit des malades, me conduisit rent à étudier comparativement à l'aide de la faradisation localisée, les autres

“espèces d’atrophies spontanées, Deux ans plus tard , j'étais en mesure d'écrire. un travail sur les atrophies musculaires (1) | Ê

Le passage suivant, que j'extrais de l'introduction de ce travail , peut donner une idée de l'importance et du but de mes recherches sur l'atrophie.

(1) Ce travail faisait partie d'une série de mémoires intitulés : Recherches électro-physiolo- $iques, pathologiques el thérapeutiques, qui furent adressés à l’Académie des sciences en mai 1849, pour le concours du prix de médecine et de chirurgie pour l’année 4850. Ce trayailest resté plusieurs mois dans les mains de M. Andräl, J'ai retiré ensuite tous ces mémoires dans Vintention d’en publier une partie, et j'en ai adressé de nouveau quelques-uns à l'Institut le 15 août 481,

Pour le même concours du prix de médecine et de chirurgie, On sait qu'ils ont été couronmés.

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