QUATRIÈME PARTIE
Quelle est la valeur thérapeutique de la faradisation localisée? Dans quelles affections , dans quels cas particuliers cette médication est-elle indiquée et a-t-elle été appliquée avec succès ? À quel mode d'électrisation doit-on recourir pour remplir telle ou telle indication dans chacun de ces cas? J'espère que les faits exposés dans cette quatrième partie permettront au lecteur de Porter un jugement sur ces questions. Est-il besoin de dire que pour juger sainement ces dernières, on doit faire abstraction des recherches électro-thérapeutiques antérieures, dans lesquelles l'agent électrique, n'étant pas localisé dans l'organe malade, agissait au hasard, irrégulièrement, faisant quelquefois autant où plus de mal que de bien, n’exerçant d'autres fois aucune influence sur la maladie?
Pour rendre plus faciles et plus certaines les appréciations qu'on aura à faire de la valeur thérapeutique de la faradisation localisée , je ne rapporterai, en général, que des faits dans lesquels le traitement électrique n'a été compliqué d'aucune autre médication. Dans presque tous ces faits, la maladie s'était montrée rebelle aux traitements antérieurs ou était restée stationnaire, de sorte que les déductions qu'on en pourra tirer en acquerront plus de valeur.
Mais de ce que dans mes recherches Je n'ai pas eu recours,
en général, concurremment avec la faradisation localisée, à d'autres médications, il ne faut pas en conclure qu'on doive en faire une règle de conduite dans la pratique. Il est évident que les chances de succès augmenteront avec l'emploi simultané de plusieurs moyens thérapeutiques qui peuvent s'entr'aider ou remplir des indications diverses, Ce précepte n'est pas seulement rationnel, Je puis aussi l'appuyer sur l'expérience, car dans la pratique civile J'ai obtenu des résultats bien plus rapides et plus complets que dans les hôpitaux de l'emploi simultané des excitations électriques localisées et des révulsifs sur l'intestin et sur la peau ,ou de la strychnine, ou de l'hydrothérapie, selon les indications spéciales.
j'ai surtout à me féliciter de l’association de Ja faradisation localisée et d’un nouveau procédé de gymnastique, qui com: plète les exercices savants et variés imaginés par un médecin suédois (Ling), et connus sous le nom de hinisithérapie.
On sait qu'un des principaux procédés de cette dernière mé: thode de gymnastique consiste à provoquer autant que pos= sible la contraction volontaire des muscles, pendant qu'on s'ops pose à leur raccourcissement, et à exercer des tractions sur eux pendant qu'ils sont raccourcis. Cette pymnastique musculaire étant évidemment inapplicable aux sujets privés de mouvements volontaires, j at eu l'idée de la remplacer par des exercices pures ment nerveux et que ] appellerai gymnastique nerveuse. Elle consiste à imprimer aux membres paralysés chacun des mouvements propres à l'action individuelle des muscles, en méme temps que le malade s'efforce de les executer volontairement.
Voici les principes et les faits qui m'ont dirigé dans l’applicas tion de cette gymnastique nerveuse. Ce n'est pas seulement la contraction qui dans la gymnastique musculaire favorise la nutrition et le développement des muscles, je crois qu'on doit en rapporter la plus grande part à l'excitation produite par les décharges nerveuses cérébro-spinales qui ont lieu d’une manière incessante sous l'influence de la volonté. Or, lorsqu'une paras lysie n'est pas due à un état pathologique des centres nerveux, ou quand ces derniers commencent à recouvrer leur liberté d'action, les efforts.de contraction volontaire doivent produire des décharges nerveuses qui vont stimuler les muscles, bien qu'ils ne se contractent pas. Guidé par ce raisonnement, |'en-
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 627 gageai d'abord les paralytiques à répéter chaque jour pendant un temps plus ou moins long cet exercice nerveux. Maisils en éprouvaient bien vite de la fatigue, par suite des efforts impuissants auxquels ils se livraient, et ces efforts provoquaient des décharges nerveuses telles qu'on voyait alors se contracter malgré eux des muscles quidevaient rester étrangers au mouvement qu'ils auraient voulu provoquer. Ce phénomène s'observait surtout dans l’hémipléoie cérébrale. Ainsi, quand les malades voulaient mouvoir le côté paralysé, certains muscles du côté sain se contractaient involontairement. J'ai aussi observé ce phénomène chez des sujets qui avaient perdu les fléchisseurs de l'avantbras sur le bras. Leur disait-on de fléchir l’avant-bras placé dans un commencement de flexion, on voyait le triceps 5e : contracter et l’avant-bras s'étendre malgré eux; mais sitôt que jimprimais au membre le mouvement que les malades voulient obtenir, on ne sentait plus se contracter d'autres muscles que ceux sur lesquels l'influx nerveux avait été dirigé par la volonté, bien que ces malades se livrassent à d'aussi grands efforts qu'auparavant. Si ces derniers ferment les yeux pendant qu'on leur fait faire cette gymnastique nerveuse, leur illusion est complète; car ayant la conscience de la produc tion du mouvement, ils croient l'avoir exécuté d’eux-mémes. Est-ce cette illusion qui trompe pour ainsi dire le cerveau ét lui permet de mieux localiser son action sur la moelle épinière ?
Il y a quelques préceptes à suivre pour régler les décharges nerveuses, pour en augmenter ou en diminuer la force, à volonté. Mais je ne puis entrer ici dans ces détails. J'ai seulement voulu indiquer dans ces considérations générales la nouvelle méthode de gymnastique que j'ai déjà appliquée avec succès, concurremiment avec la faradisation localisée. Le muscle paralysé se trouve ainsi stimulé à la fois par l'excitant nerveux et par l'excitant électrique.
Dañs certaines paralysies partielles j'ai fait usage d'appareils qui permettent aux malades de pratiquer eux-mêmes cette gymnastique nerveuse en même temps qu'ils rétablissent Jusqu'a un certain point les mouvements perdus. Un exemple fera ressortir l'importance de ces appareils au point de vue de Ja gymnastique nerveuse, et comprendre leur mécanisme, qui re
pose sur des notions de physiologie musculaire que je crois nouvelles.
Mais je dois dire auparavant par quelles expériences J'ai acquis ces notions physiologiques.
Recherchant jusqu'à quel point il est possible d'obtenir des mouvements naturels chez un sujet qui n'aurait perda qu'un certain nombre de muscles, par exemple les fléchisseurs, je songeai à remplacer l’action des muscles absents par une bande de caoutchouc vulcanisé. Je résolus de faire cette expérience sur un malade dont les fléchisseurs de l’avant-bras étaient pa: ralysés (son observation sera rapportée dans le prochain chapitre, obs. CXXVIT) et dont l'extenseur de l'avant-bras sur le bras, le triceps brachial, était sain. Dans ce but, je fis fabriquer par M. Mathieu l'appareil représenté dans la figure 94. Il consiste en un ressort de caoutchouc vulcanisé A, attaché par ses extrémités à deux bracelets fixés, l'un B, au poignet, à laide d'un gantC, auquel il est cousu , et l’autre D, à l'extrés mité supérieure du bras où est maintenu au moyen'dune bretelle de caoutchouc E, laquelle remonte sur l'épaule du même côté, puis descendant derrière le dos, revient s'attacher à la boucle F du bracelet brachial après avoir passé sous l’aisselle opposée et sur la partie antérieure de la poitrine.
On conçoit qu'avec cet appa:
reil disposé comme on le voit dans la figure 94, le malade, dont l’avant-bras était maintenu dans Ja flexion par le ressort de caoutchouc A, pourra étendre l'avant-bras à l’aide de son tri ceps brachial intact, etqu'à l'in:
stant où 1l voudra le fléchir après l'avoir ainsi étendu, son triceps brachial se relächera et le ressort tendu A, libre de toute résistance, ramènera l’avant-bras dans la flexion.
Mais l'utilité d’un pareil mouvement n’est pas bien grande si
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