‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 105 sur 140 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

Paralysies saturnines et végétales.

Il est des paralysies saturnines qui guérissent assez vite par les moyens les plus simples et quelquefois spontanément; d'autres au contraire présentent aux médications diverses qu'on Jeur oppose une grande résistance.

Lorsque les muscles paralysés n'ont perdu qu'une faible partie de leur contractilité électrique, on peut être certain qu'ils recouyreront rapidement et facilement leurs mouvements.

Malheureusement, ce signe ne peut servir à établir sûrement lepronostic pour fa paralysie saturnine, comme pour la paralysie traumatique des nerfs ; car j'ai vu des saturnins qui, après avoir perdu complétement leur contractilité électro-musculaire, n'en ont pas moins vite et facilement recouvré leurs mouvements et leur force musculaire. Je citer…ai Comme exemple un sujet dont il a déjà été question (obs. XLIV, p. 408), et qui, après plusieurs rechutes guérit la dernière fois aussi vite que les fois précédentes par de simples bains sulfureux, bien qu'ileüt perdu sa contractilité électro-musculaire. On remarquera toutefois que ses muscles, bien que paralysés et privés de leur contractilité électrique , étaient très peu atrophiés, et sentaient l'excitation électrique presque autant que les muscles sains. |

Je crois donc pouvoir poser en principe, que tout saturnin dont les muscles, privés complétement de leur contractilité électrique, ont également perdu en grande partie leur sensibilité électrique et sont très atrophiés, que ce saturnin, dis-je, guérira difficilement de sa paralysie.

C'est dans ces dernières conditions que j'ai voulu expérimenter l'action thérapeutique de la faradisation localisée, et presque toujours après qu'il avait été bien constaté que les autres médications (bains sulfureux, vésicatoires, strychnine à l'intérieur et par la méthode endermique) avaient été 1mpuis- Santes contre la paralvsie. Il était évident que ce mode d'expérimentation devait être décisif. Eh bien, malgré les conditions désavantageuses où elle se trouvait placée, la faradisation localisée a presque toujours triomphé là où j'avais vu échouer les

traitements les plus énergiques. A l'appui de ce que j'avance, je pourrais rapporter, comme Je l'ai fait pour les paralysies traumatiques des nerfs, les observations nombreuses que J'ai recueillies depuis une dizaine d'années ; je me bornerai à en r'appeler quelques-unes.

Le cas le plus remarquable est assurément celuide M. X... (obs.LXXXIX, p. 550), qui, depuis deux ans, avait vu échouer successivément les bains suifureux , les vésicatoires et la strychnine, à laquelle il avait dû renoncer à cause des accidents qu’elle avait occasionnés. Quand il vint me consulter, ses bras pendaient le long du tronc, sans qu’il pât les écarter: il fléchissait avec beaucoup de peine l’avant-bras sur le bras, l’usage de la main était entièrement perdu. On était obligé de l’habiller, de ui porter les aliments à la bouche ; ses deltoïdes étaient atrophiés, la face postérieure de l’avant-bras était tellement atrophiée, que la peau était littéralement collée aux os. Enfin, M. X... en était arrivé à désespérer de sa cuérison, et voulait abandonner son commerce, — Je le faradisai chaque jour, pendant trois semaines; je portai l'excitation principalement sur les muscles de la région postérieure de l’avant-bras et sur le deltoïde. Je ne négligeai pas de faradiser les autres muscles du membre supérieur dont la force était afaiblie , et dont la nutrition avait évidemment souffert, bien qu'ils possédassent leur contractilité électrique normale. Après trois semaines de traitement, l’élévation du bras, la flexion et l'extension de l’avant-bras sur le bras étaient entièrement rétablies. Le fléchisseurs des doigts et les interosseux avaient plus de force, le membre paraissait mieux nourris mais les extenseurs du poignet, des doigts et du pouce étaient restés dans le même état, Il ne fallut pas moins de six mois de traitement , les séances ayant lieu jour à autre, pour obtenir la guérison, et encore l’extension du pouce n'est-elle jamais entièrement revenue.

Qu'on parcoure les observations de paralysie saturnine que j'ai dû rapporter antérieurement, à un autre point de vue, on verra que Pastoli (obs. XLIT, p. 403) n'a été guéri complétement qu'à la vingt-deuxième séance (ces séances étaient pratiquées trois fois par semaine); que Guillemart (obs. XLILE, p. 406) ne s'est senti assez fort pour reprendre son état qu'à la cinquan: ième séance {ces séances avaient également lieu trois fois par semaine); que chez Gervais, fondeur en caractères (obs. XLW, p- 565), qui, pendant les trois premières semaines de son séjour à la Charité, avait été traité par les vésicatoires, les bains sulfureux et la strychnine à l’intérieur et par la méthode endermique, la guérison n'a été complète qu'à la quarante-cinquième séance.

PARALYSIES SATURNINES ET VÉGÉTALES. 7105 Dans le traitement de la paralysie saturnine, la faradisation doit étre pratiquée de manière à exciter des sensations deulonreuses ; jen dhrai bientôt la raison; il en résulte qu'on est forcé quelquefois d'en élcigner les applications, sous peine de provoquer la courhature électrique. C'est pourquoi ce traitement est en général tres long et n'exige pas moins de trente à cent séances. Voici un cas rebelle, qui cependant a suéri assez vite en rapprochant les séances.

OBSERVATION CXXXV. — Paralysie saturnine limitée à l'avantbras droit. — Doré (Joseph), cinquante et un ans, peintre en bâtiments, demeurant rue Saint-Séverin, n° 6, d’une constitution moyenne, n’a jamais eu d'autre maladie que celle pour laquelle il est entré à la Ch:rité, Depuis trente-deux aus il exerce l'état de peintre; il éprouve souvent des coliques avec constipation. En juillet 1850, avant des coliques plus vives que d'habitude, avec une constipation opiniâtre , et de plus la main droite s'étant paralysée, il se décida à entrer à la Charité, dans la salle Saint-Charles (service de M. Fouquier). Ses coliques avant été guéries par le traitement de la Charité, sa paralysie fut traitée par les bains sulfureux et par des vésicatoires pansés avec la strychnine. N'ayant obtenu aucune amélioration par ces moyens, M. Fouquier mr'engagea à le soumettre à la faradisation localisée. Je coustatai alors que du côté droit la contractilité était perdue et la sensibilité considérablement diminuée dans les faisceaux extenseurs du médius et de l’annulaire et dans le second radial, et que ces muscles étaient arrivés aux dernières limites de l'atrophie, Les autres muscles de Pavaut-bras et de la main jouissant de leur contractilité normale, les mouvements volontaires étaient seuiement perdus dans les muscles dont la contractilité électrique était léste. Après six semaines d’excitation fara tique pratiquée journellement à haute dose et à intermittences rapides, ce malade recourra ses mouvements volontaires, mais non sa contractilité électique. Depuis lors, jusqu’en juilet 1852, il put travailler et ne se ressentit plus de son ancienne paralysie, bien qu'il cût de temps en temps quelques coliques. Mais au commencement de juilet 1852, de nouvelles coliques beaucoup plus fortes le reprirent avec un affaiblissement graduel des mouvements de la main. Le 30 juillet de la méme année, il se décida à entrer à la Charité, salle Saint-Louis, 17 {service de M. Briquet), où, après avoir élé guéri rapidement de ses coliques, il fat soumis de nouveau à la faradisation localisée. Alors je constatai que la paralysie existait encore du méme côté (côté droit) qu'en 1850, et que les mêmes muscles ou fa sceaux musculaires avaient perdu leur contractilité électrique et vo'ontaire, seule. ment les fai-ceaux extenseurs de l'index du petit doigt paraissaieut cette fois un peu paralysés. I guérit comme là première fois en cinq à six semaines.

Ce malade a dû être soumis comme les autres à une Cin(quan-

106 APPLICATION DE LA FARADISATION 4 LA THÉRAPEUTIQUE. taine de séances, mais comme elles ont pu étre plus ra pprochées, sa guérison a été pins rapide.

La plupart de ces maiheureux ouvriers atteints de paralysie saturnine ne sont pas plutôt guéris qu'ils reprennent l'état qui les expose à de nouvelles intoxications; aussi les rechutes sont: elles fréquentes parmi eux; mais ces rechutes n'apparaissent qu'après une nouvelle intoxication et de nouvelles coliques, comie chez le sujet de l'observation précédente.

La paralysie saturnine compromet d'autant p'us les usages de la main que ses extenseurs sont plus profondément lésés. Aussi fimporte-t-il de diagnostiquer exactement l'état de chacun de ces extenseurs qui, sans compter les extenseurs des doists; sont, on le sait, au nombre de trois: le premier radial, le second radial, et le cubital postérieur. L'exploration électro-musculairé est le meilleur moyen de constater leur étatexact, mais je préfère indiquer d'autres signes tout aussi sûrs, et qui,ne nécessitant pas lasage d'un appareil, sont d'une application plus pratique: Pour bien saisir la valeur de ces signes et la gravité plus ou moins grande, pour les usages de Ta main, de la paralysie de ses ex2 tenseurs, il faut connaître bien exactement l'action individuelle de ces muscles. Je suis obligé ici de faire une courte excursion dans le champ de lélectro-physiolopie.

Si l'on fait contracter alternativement le premier radial, le se: cond radial et le cubital postérieur, voici ce qu’on observe : le premier radial élève le poionet sur l'avantbras en le portant dans l'abduction; le second radial élève directement le peisnet sans lui iiprimer de mouvement latéral, et le cubital postérieur produit, mais faiblement, Fextension de la main qu'il entrainé dans l'adduction. |

Si,ayant placé la main dans l'adduction, on fait contracter lé premier radial en s'opposant à l'extension de la main, on voit celle-ci exécuter un grand mouvement latéral jusqu à ce qu'elle Soit arrivée au inaxtmum d'abduction. Si alorson fait contracter le cubital postérieur en s'opposant épalement à l'extension du poignet, celui-ci exécute un grand mouvement latéral en sens contraire. Ainsi, le premier radial est extenseur abducteur, le cubial postérieur extenseur adducteur, et le second radial extenseur direct.

Voici maintenant ce quon observe quand ces muscles vien-

PARALYSIES SATUININES ET VÉCÉTALES. 12 7071 vent à tire paralysés ensemble où partie Jément. Les trois muscles précédents sontals paralysés simultanéuient, le poisnet tombe dans la flexion sans que le malarle puisse le relever, quelque effort qu'il fasse et c'e quelque manière qu'il sv prenne,

Si le cubital postérièur est tutact, alors que les deux radiaux sont paraivsés , le poisnet reste Constüniment fléchi sur Favantbras, cotttie dans le cas précédent, mais de lus il est tiré dans Jabduction, de sorte que le cinquième métacarpien fait avec le cubitus un angle rentiant: beaucoup plus prononcé que davs Pétat normal. On comprend le mécanisme de cette attitude da poignet : l'action adductrice du cubital postérieur n'étant plus modérée, par celle du premier radial, son antagonisté pour le Mouvement latéral, elle doit né£essairement changer Fatutude normale du poisuet en le placant dans ne adduction forcée:

Ba paralysie du second radial occasiontie auzsi la chute du poionet sur Favant-bras, mais le sujet peut, en fermant la‘imain, Cest-à dire en neutralisant Fantagonisme des féchisseurs des dôipts ainsi p'acés dans le raccourcissement, relever le poispet que le plus léger effort d'exteusion des doists ferai retomber à l'instant.

Si la paralysie du second radial est compliquée par celle du cubital postérieur, le premier radial, qui a plus son an'avoniste latéral direct, mainucutle poignet dans l'abduction force.

n'est sans doute pas besoin d'insister pour faire saisir Fimportanc e des sionces diapnostic jues qe on peuttirer de la cennaissance de ces phénomènes.

La première fois que | pat à examiner une paralysie caturnine Himitce aux avant-bras, Jengage toujours le malade à porter en ävont ses denx membres supérieurs, ce à la seule atitude dé ses poignets, je puge si tous les extensenrs du pois net sont paralfsés ou Sils ne le sout que par iellement: 1° S'ilue peut relever son poignet, et que celui-ci ne soit pas plus dans Fabduction qu'à l'état normal, je sais certain que ses radiaux et son eubital prostérieur sont paralysés. 2°Si le poignet, ne j'ouvant étre re C\É par le malade, se trouve entraîné dans ladduetion, jen conclus à intégrité du cubital postérieur et à la paralvsie des deux radiaux. 3° Quand le malade peut re'ever son poignet seulement après avoir fermé le poing , pour moi la paralysie est limitée au second radial, si alors le poignet est élevé directement sur

l'avant-bras. 4° Evfin si, pendant ce mouvement d'élévation, le poignet est entrainé <lans l'abduction, c'est que le cubital posté: rieur est paralvsé, ainsi que le second radial. Je donne ces siones comme certains, car ils ne m'ont jamais trompe.

La connaissance exacte du degré de lésion des muscles dans la paralysie saturnine importe d'autant plus que l'excitation électrique doit être portée dans chacun d'eux à une dose d'autant plus forte, et pendant un temps d'autant plus long, qu'ils sont plus profondément lésés.

Les radiaux sont les muscles qui guérissent les premiers sous

l'influence du traitement faradique. C'est fort heureux, car sans eux les usages de la main sont à peu près perdus. Ainsi, les fléchisseurs des doigts n’ont de force qu'à la condition que les tuteurs du poignet (les extenseurs et les fléchisseurs du poignet) Le maintiennent solidement immobile comme sil faisait corps avec l'avant-bras.

Parmi eux, cest le premier radial qui guérit le premier et presque toujours longtemps avant Île second radial. J'ai même vu des cas dans lesquels le second radial conservait une très grande faiblesse.

1l eût été fâcheux que ce füt le premier radial qui se montrât plus accessible à l'action toxique du plomb et plus rebelle à l'action thérapeutique de la faradisation localisée, car ce muscle sert beaucoup plus que le second aux usages de li main. J'en citerai un exemple: Le jeune X..., représenté dans la figure 66, page 343, et dont l'observation sera rapportée par la suite, a été longtemps privé de son premier radial, sans le secours duquel il pouvait cependant faire l'extension du poignet avec son second radial, son extenseur et son cubital postérieur; mais alors son poignet se portait tellement dans l'adduction, que ceitains usages de la main en étaient très gênés. Ainsi, quand il voulait porter les doigts à la bouche ou à l'oreille du côté opposé, la main Contrariait ses mouvements en s'inclinant sur le cubitus.

Les malades ont à peine recouvré les mouvements d'extension du poignet qu'ils reprennent, pour la plupart, leurs occupar uons habituelles, malsré la persistance de la paralysie des extenseurs des doigts et de lextenseur du pouce. Ainsi, 1ls écrivent assez facilement, pourvu que le court extenseur du pouce ne soit pas paralysé; les peintres tiennent solidement

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