‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 107 sur 140 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Paralysies consécutives à l'hémorrhagic ctrébra'c.

ARTICLE PREMIER

Est-il rationnel d'appliquer la faradisation localisée an traite: ment de la paralysie consécutive à lhémorihagie cérébrale, cest-à-dire d'employer une médication qui n'agit que sur la périphérie, dans une maladie qui est consécutive à la lésion d'un point du centre cérébral? C'est la question que Je me suis posée en commençantmes recherches électro-thérapeutiques sur la paralysie cérébrale ; et l’on comprend qu'envisageant ces recherches à ce point de vue, je n’en attendais guère de résultats favorables.

g ler.

Ilest incontestable qu'à une certaine période, quelques paralysies cérébrales sont guéries ou améliurées par la faradisation.

Ma surprise fut grande quand je vis certaines paralysies consécutives à lhémorrhagie cérébrale guéries ou modifiées par des exGitations faradi ues parfaitement localisées dans les muscles paralysés, et qui, certainement, n'avaient pu modifier l'état des centres nerveux. Je reconnus méme que l'action thérapeutique du faradisine était limitée, en général,aux muscles dans lesquels j'avais localisé l'excitation électrique. En voici un exemple :

OBSERVATION CXXX VII. — Charité, salle Saint-Félix, n°10, service de M. Andral, — Paralysie du membre supérieur, staionnaire chez un homme âgé de trente-deux ans, et chez lequel une hémorrhagie cérébrale a produit, il y a dix mois, une hémiplégie complète du côté droit.

État du malade avant le traitement par le faradisme : le membre inférieur droit n’est plus paralysé; le membre supérieur, tombant le long du corps, peut à peine être écarté du tronc, la flexion de l'avant-bras sur le bras est impossible; la main est privée de mouvement, elle est vio= lacée et présente un abaissement de température de 6 degrés ; elle est peu sensible et a perdu une grande partie du sens du toucher. Pas de contracture, —{n quelques séances de faradisation localisée, le malade peut écarter le bras du tronc à angle droit, porter la main à la tête, à la nuque et derrière le dos; la flexion de l'avant bras sur le bras et son extension, la pronation et la supination sont faciles; les forces reviennent rapidement. À une époque assez avancée du traitement, la flexion et l'extension des doigts s’exécutent encore avec peine, aucup des petits muscles de la main ne se contracte vo= loutairement; ce n'est qu'après un assez grand nombre de séances que ces muscles sont guérisde leur paralysie ; enfin, après une trentaine de séances, le inalade a recouvré ses mouvements et sa force imusculaire, et se trouve capable de reprendre son état de rémouleur. J'ajouterai que, sous l’influence de Pexcitation électro-cutanée , la température de la main revint rapid nent à son tal normal, que sa coloration violacée disparut, enfin que sa sensibilité et le sens du toucher furent bientôt rétablis. Ges derniers cffets thérapeutiques n'avaient point été obtenus par la faradisation musculaire.

A l'époque où ce malade fut soumis au traitement électrique, j'étais peu avancé dans l'art de la faradisation localisée ; je pro-

menai les excitateurs humides seulement sur les muscles qui présentaient sous la peau une large surface. Il en résulta que les grands mouvements revinrent rapidement chez lui : ainsi ceux qui sont commandés par Îles muscles prand pectoral, trapèze, deltoïde, biceps et triceps. et quelques muscles des régions antérieure et postérieure de lavant-bras reparurent les premiers. Je faradisai aussi, mais par hasard, plusieurs faisceaux du fléchisseur superficiel, et les doigts qui se trouvaient sous leur dépendance avaient recouvré lentement, il'est vrai, leurs mouvements volontaires. Le pouce et l'index étaient rebelles, parce que je n'avais pu exciter la contraction électrique de lenrs muscles. Après quelques recherches, je trouvai enfin les poiuts où devaient être placés les excitateurs pour faire contracter ces derniers muscles à leur tour, et, en peu de séances, le mouvement volontaire leur était aussi rendu. Je n'avais pas encore sonvé à faradiser les petits muscles de Ja paume de la main ni les interosseux, de sorte que le malade ne pouvait ni écarter les doigts ni exécuter les mouvements des éminences. Chacun de ces petits muscles fut alors successivement faradisé, et, en peu de temps, la main recouvra ses mouvements et son apilité.

Ce fait, que je pourrais appuyer d'autres faits analogues, démontre que le faradisme limite son action thérapeutique dans les muscles où il a été localisé.

Ce n'est qu'aprés le sixième mois à partir de l'attaque que j'ai vu la faradisation localisée exercer son influence thérapeutique. Je prouverai bientôt qu'on fait courir des dangers inutiles aux malades , en appliquant cette médication à une époque plus rapprechée du début.

sl.

Après la résorption de l'épanchement, l'influx nerveux cérébral pent revenir aux museles qui ont perdu leur aptitude à réagir; la paralysie est alors loc: alisée dans les muscles; la faradisation localisée rend à ces derniers la propriété qu'ils avaient perdue.

Que se passe-t-il donc dans les différentes phases d'une para- Tysie consécutive à une hémorrhagie cérébrale? Pendant les premiers mois, la paralysie est symptomatique de la lésion centrale, On comprend que, dans detellesconditions, une excitation,

714 APPLICATION DE La FARADISATION A LA THÉRAPEUTIQUE.

quelle qu'eile soit, ne puisse rendre le mouvement aux muscles paralysés. Plus tard, après la résorption de l'épanchement sanguin, alors que toute compression à disparu et que le foyer hémorrhagique est remplacé par un kyste où une cicatrice, le stimulus cérébral revient plus ou moins aux muscles, qui peuvent rester paralysés, comme chez le sujet de l'observation précédente. Si, dans ce dernier cas, les muscles paralvsés recouvrent leurs mouvements volontaires après avoir été soumis à la faradisation localisée, il est évident que celle-ci leur aura rendu une propriété qu'ils avaient perdue, cel'e de réagir sous lin: flaence de Finflux nerveux, qui leur arrivait aussi bien avant qu'après l'opération, Les choses ne se sont pas passées difléremment chez le sujet de l'observation précédente (obs. CXXX VID). Eu conséquence,ilexiste deux phases bien distinctes dans la paralysie consécutive à l'hémorrhagie cérébrale: une première, dans laquelle la paralysie est symptomatique de la lésion oreanique centrale; et une seconde, dans laquelle la paralysie s’est loca: lisée dans les muscles, c'est-à-dire que, par suite de la suspension trop prolongée de l'excitation cérébrale, les muscles ont perdu leur aptitude à réagir sous l'influence de l'agent nerveux, alors que celui-ci leur revient après la guérison de la lésion cérébrale. Dans la première phase de la paralysie cérébrale, la faradisation n'a certainement aucune chance de succès, tandis que c'est uniquement dans la seconde que l'on compte les succès obtenus par cette méthode de traitement.

ARTICLE IT

RÉSUMÉ GÉNÉRAL DE MES RECHERCHES SUR L'INFLUENCE THÉRA- PEUTIQUE DE LA FARADISATION LOCALISÉE DANS L'HÉMIPLÉGIE CÉGÉBRALE.

Voici le résumé général des recherches que j'ai faites sur l’action thérapeutique de la faradisatiou localisée appliquée au traitement de la paralysie consécutive à l’hémorrhagie cérébrale.

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