‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 110 sur 140 · LL · texte numérisé non relu

LL

Données sur lesquelles on peut s'appuyer pour diagnostiquer approximativement l’état du foyer hémorrhagique après le terme ordiuaire de sa résorptiou, où pour prévoir les résultats probables de la faradisation localisée appliquée au traitement de l'hémiplégie cérébrale.

Il serait donc très important de pouvoir diagnostiquer ces différents étais du foyer hémorrhagique, lorsque le temps nécessaire, dans les conditions ordinaires, à la résorption du caillot s'est écoulé. Ainsi, une hémiplévie persistant après cinq, six Ou huit mois , est-elle uniquement locale, ou, en d’autres termes, dépend-elle de ce que les muscles ont perdu leur aptitude motrice, par suite de la suspension de lexcitant cérébral? Ou bien l'hémiplégie persistante est-elle symptomatique d'un kyste qui exerce une compression {rep considérable sur les parties environnantes, pour que PFinflux nerveux puisse arriver hbrement aux muscles; annonce-t-elle, en un mot, que le cerveau a éprouvé une perte de substance?

Je ne crois pas qu'il soit jamais possible de déterminer d'une manière exacte quelest, dans ces différents cas, l'état ou le degré de la lésion anatomique du cerveau. Cependant, voici des faits qui peuvent servir à établir approximativement le diagnostic dans ces circonstances. C'est sur ces données, du moins, que Je mHappule , lorsque jai à me prononcer sur l'opportunité ou sur les résultats probables de l'application de la faradisation localisée.

Les malades qui, cinq, SX, huit mois et plus apres le début d'une hémorrhagie cérébrale, ont conservé une paralysie plus Ou Moins complète, aus sans la n oindre contracture, ont sur

ball

rapidement par la faradisation localisée. Le fait que ] ai rapporté

118 APPLICATION DE LA FARADISATION A LA THÉRAPEUTIQUE. plus haut (obs. CXXXVIT) en est un bel exemp'e, et jet a observé bien d'autres.

Ceux dont les meinbres affectés étaient restés contracturés d'une manière permanente, dont certains muscles se contracthraient sous l'influence d'une hnapression quelconque, ou lors: qu'ils voulaient faire un mouvement volontaire, n’ont tiré auctn profit appréciable de la faradisation localisée.

Je m'abstiens d'exposer là trop longue liste des insuccés que la faradisation localiste a enresistrés dans ces conditions.

J'ai cru pouvoir conclure de ces faits : 1° que l'hémiplésie consécutive à | hémorrhaoie cérébrale, qui n'est pas compliquée de contractures, après cinq à six mois de durée, n'est plus 6 tretenue par la lésion centrale, mais qu'elle s'est localisée dans les muscles qui ont perdu leur aptitude motrice; 2° que l'hémiplégie qui, au contraire, présente des phénomènes de contracture, est tres probablement entretenue par une perte de substance cérébrale considérable où par un Kyste très voluminenx, qui fait obstacle au cours de l'action nerveuse. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de vérifier ces faits par l'autopsie.

Ce diaonostic, tiré de l'existence de contractures actives dans l'hémiplésie cérébrale, est coufirmé par les données physiologiques. On sait, en effet, que des phénomènes appelés réflexes se développent chez les animaux anxcucls en à enlevé les hémisphères cérébraux. Le simp'e pincement de la peau stffit pour provoquer a'ors la contraction d'un prand nombre de muscles, qui cependant ont perdu leurs mouvemeuts volottaires. On à cherché à expliquer ces phénomèies de la manière suivante: dans lesconditions phYsio'opiqres normales, le cerveau dépense l'activiié de la moelle épiniere; mais l'action cérebrale vieut-elle à être suspendue, l'exeitibilite de la moelle augmente et devient telle que la moindre excitation de fa sensibilité réagit sur elle et provoque des contractions involontaires. Si Fen appli que ces données à l'homme, on s'expliquera facilement pourquoi, dans certaines hémiplégies cérébrales, alors que les mou vemeuts volontaires sont en grande partie revenus, les malades ne peuvent émpêcher la contraction involontaire d'un plus on moins grand nombre de muscles (des fléchisseurs en #énéral) quand ils veulent faire un mouvement ou quand ils sont iinpressionnés d'une manière quelconque. La moelle épinière acquiert

chez eux un tel excès d'excitabilité par le fait du défaut d'action cérébrale nécessaire à l'écoulement de la force syinale, que le cerveau ne peut exciter un-pGint de cette moelle pour produire un mouvement vol.ntaire, sins que l'excitation s'étende bien au delà et provoque ainsi des contractions musculaires involontaires qui viennent wéner ou neutraliser le mouvement. il résulte de ces considérations que les phénomènes réflexes , très développés dans | hémiplégie, annoncent que le cerveau cst très gêné dans son action ; eu d'autres termes , ou qu'il a éprouvé une perte de substance considérable, où qu'un kyste volumineux comprime fortement les parties saines.

$ IV

Il existe des degrés de lésions du cerveau intermédiaires, dans lesquels on obtient une amélioration plus où moins prononcée par la faradisation localisée.

Entre les deux extrêmes que j'ai choisis pour établir le diagüostic, ou plutôt le pronostic de l'hémiplésie cérébrale après cinq à six mois de durée, il existe, on le conçoit, des degrés intermédiaires qui permettent d'espérer de la faradisation localisée

une amélioration plus ou moins grande.

Je vais rapporter un fait dans lequel le sujet offrait ces phénomènes réflexes à un certain degré, et qui cependant a été rapidementetconsidér HU En RUE épar la faradisation localisée.

OBSERVAT ON CXXXIX.— Charité, salle Saint-Vincent. n° 11, service de M. Andral. — Hémiplégie complète ovec paralysie de la lungue, consécutive à une attaque d'apoplexie survenue, le h juin 1849, chez une femme âgée de soixante ct un ans. Etat stationnaire de la paral ysie; guérison par la [aradisation localisée, appliquée Six mois après le début des accidents.

Symptômes principaux avant le traitement électrique, qui fut commencé le 45 décembre. 1848 : Paralysie complète du membre inférieur droit ; impossibilité de remuer les orteils. Les fléchisseurs du bras et de l’avant-bras, un peu contracturés, maintiennent l’avant-bras et les doigts dans une demi-flexion continue et ne permettent aucun mouvement volontaire. Le bras peut être légèrement écarté du tronc, mais le grand pectoral contracturé s'oppose, jusqu’à un certain point, à des mouvements très étendus. Je provoque avec peine des contractions réflexes. Quand je projette des gouttes d’eau fraîche sur les membres de la malade, si je la fais bâiller, si je la pince, j'obtiens seulement quelques mouvements involon-

120 APPLICATION DE LA FAUADISATION A LA THÉRAPFUTIQUE.

taires du côté paralysé. Couchée dans le décubitus dorsal, elle ne peut se tourner sur aucun côté, ni se mettre sur le bassin, Défécation et urines involontaires, Abai-sement de la commissure droite; paralysie incomplète de lorbiculaire des paupières, et déviation de la langue; prononciation difficile, Les muscles paralysés jouissent de leur contractilité et de leur sensibilité électriques. Fa faradisation musculaire, pratiquée par l'inter=" médiaire des troncs nerveux, n'a produit rien de notable après trois séances. J'excite directement les extenseurs du bras et de l’avant-bras, les: musclés du membre inférieur, les sacro-lombaires et longs dorsaux du côté droit, et les muscles de l'abdomen, et je fais pratiquer l'extension forcée des fléchisseurs des doigts et du bras. — En quatre séances, les mouvements volontaires sont assez étendus dans le membre inférieur et supérieur, La malade pent soulever le membre inférieur para= lvsé, le changer de place; elle perte facilement la main au front, écarte le bras du tronc à angle droit, étend un peu Pavant-bras, ainsi que les trois doigts et le pouce de la main paralysée. La faradisation est suspendue pendant cinq jours, d’après le désir de M. Andral, afin de juger la durée des effets obtenus; malgré la suspension du traitement, les mouvements volontaires paraissent encore avoir gagné sous l'influence de liinpulsion donnée à l'aptitude motrice. La température du pied du côlé paralysé, qui était notablement diminuée avant la faradisation, est normaie, et la malade n’y éprouve plus de sensation de froid. A la huitième séance, elle peut se mettre sur son séant, se tourner en tout sens dans son lit; eile retient les urines et les matières stercorales. À la onzième séance, elle fait le tour de la salle à l’aide d’un bras. La contracture a disparu presque comp'étement dans le membre supérieur, par l'extension forcée, mais les mouvements de flexion volontaire sont lents et difficiles. Les fléchisseurs du bras et de l'avant-bras sont faradisés pour la preuière fois, el en quelques séances ils exécutent tous leurs mouvements, La contraction du grand pectoral du côté droit n’a pas encore entièrement disparu €t s'oppose à l'élévation comp'ète du bras paralysé, A la dix-huitième séance, Ja malade marche seule à l'aide d’une crochette. Cependant les mouvements sont loin d’être parfaitement lbres. Ainsi, quand elle veut élever le membre supérieur, les fléchisscurs des doigis, les flé= chisseurs de lavant-bras sur le bras se contractent un peu ma'gré elle; lorsqu'elle est impressionnée, et lorsqu'elle veut marcher vite, elle éprouve des contractures qui gêuent ses mouvements, Avant sa sortie de la Cha rité, j'excite les zygomatiques du côté droit pour relever la commissure des lèvres qui est ahaissée, les muscles de la langue et le nerf grand hypoglosse pour redresser la langue qui est déviée, et rendre la prononcia= tion plus facile. En quatre séances, la paralysie de la face et de la langue a disparu. Deux mois apiès sa sortie de l'hôpital, j'ai appris que sa guéri= son s'était inaintenue. |

S'il est un fuit qui établisse d’une manière éclatante l'heureuse

influence de la faradisation localisée sur la paralysie consécutive à l'hémorrhagie cérébrale, c'est certainement celui que je viens de relater.

A l'époque où Je fis cette expérience, je ne croyais pas qu'une excitation musculaire localisée pût modifier une paralysie dont la cause me paraissait siéger dans le'centre nerveux. J'avais choisi avec intention ce cas rebelle aux médications ordinaires, comme un défi jeté à la faradisation localisée. Je disais, avec tous ceux qui observaient cette malade dans le service où elle se trouvait, que si, dans un cas pareil, l'excitation électro-musculaire modifiait l'état de la paralysie , l'action thérapeutique de la faradisation localisée, dans la paralysie cérébrale, serait définitivement Juyée. Était-il possible, en effet, d'agir dans des conditions plus défavorables? La paralysie était restée entièrement stationnaire après Cinq mois, maloré un médication très active au point que la malade ne pouvait se mouvoir dans sonlit,et cela chez une femme sexagénaire.

Quelques contractions réflexes s'étaient montrées avant le traitement. On a remarqué qu'elles n’ont pas empêché l'amélioration considérable de la paralysie par la faradisation localisée ; mais si la guérison n'a pas été complète , c'est sans doute que la lésion centrale était encore trop grande pour rendre une entière liberté à l’action du cerveau, et cette lésion centrale était annoncée par la persistance de quelques mouvements réflexes.

La contracture permanente des muscles annonce un travail inflammatoire du cerveau, qui contre-indique l'emploi de la faradisation localisée,

La contracture permanente des fléchisseurs, contracture quelquefois accompagnée de douleurs lorsqu'elle est portée très loin, me paraît être le signe d'un travail inflammatoire cérébral qui se fait dans les parois du kyste; mais il ne faut pas confondre cette contracture avec la roideur que présentent certains muscles (les fléchisseurs) par le fait du raccourcissement dans lequel ils se sont longtemps trouvés. Ainsi, chez la malade de lobservation précédente, les bras étaient restés constamment rapprochés du corps; l'avant-bras et les doiots étaient dans une demi-flexion continue. Get état de raccourcissement musculaire

AG

122 APPLICATION DE LA FARADISATION À LA THÉRAPEUTIQUE. avait, à Ja longue, roidi pour ainsi dire les muscles. Il m'a suffi d'une élongation forcée, et souvent renouvelée, pour vaincre leur résistance.

Ce n'est pas certainement par de tels moyens qu'on parviendrait à vaincre la résistance opposée par la contracture continue occasionnée par un travail inflammatoire du cerveau. Je l'ai vw amployer, à la Charité, chez un jeune étudiant dont l'histoire a été rapportée dans la première partie (obs. VII, p.97), et qui avait une hémiplésie avec contracture évidemment occasionnée par un travail inflammatoire du centre cérébral. On parvint à maintenir dans l'extension, à l'aide d'une aitelle et d'une bande routée, son avant-bras, qui était constamment fléchi depuis plusieurs Jours; mais après un quart d'heure la douleur était devenué intolérable, et la contracture musculaire avait gagné tout lé côté, qui était comme tétanisé.

L'existence de ces contractures me paraît contre-indiquer l'emploi de toute espèce d’excitation électrique. Je puis affirmer, du moins, qu'il m'est arrivé plusieurs fois des accidents quand alors J'ai appliqué la faradisation localisée, et je me suis assuré que ces accidents ne pouvaient être attribués à une autre cause qu'à ces excitations inopportunes.

Page 1