VI
La faradisation guérit facilement l’hémiplégie faciale qui accompagne la paralysie des membres; mais cette médication expose les malades à des accidents cérébraux nouveaux.
L'hémiplégie faciale et la paralysie de la langue persistent quelquefois après la résorption de lépanchement sanguin ; nonseulement elle occasionne une distorsion des traits, mais les malades en éprouvent aussi une grande gêne pour parler et pour manger.
La faradisation localisée guérit facilement cette paralysie de la face et de la langue. On en a vu un exemple remarquable dans l'observation CXXXIX. La malade qui en est le sujet avait la commissure droite abaissée; la langue était déviée, et sa prononciation était tellement embarrassée, que par moments on ne pouvait la comprendre. En quelques séances, la commissure droite fut relevée et la parole devint facile. Je vais rapporter un
PARALYSIES CONSÉCUTIVES À L'HÉMORRHAGIE CÉRÉBRALE. 723 cas de paralysie de la langue, datant de huit ans, guérie aussi facilement par la faradisation localisée. |
OBSERVATION CXL. — Charité, salle Sainte-Marthe, n° 2, service de M. Briquet, 1848.—Hémiplégie droite, consécutive à une hémorrhagie cérébrale, datant de huit ans, chez une femme âgée de cinquante ans. — Guérison de la paralysie de la langue par la faradisation des muscles
qui la meuvent et du nerf grand hypoglosse.
. Pendant les premiers mois qui suivirent l'attaque chez cette malade, la paralysie était complète dans tous les membres et dans la face du côté . droit, la parole était impossible, Aujourd’hui, la paralysie faciale a disparu, et siége encore dans le membre inférieur et dans la langue. La malade était entrée à l'hôpital pour s’y faire traiter d’un zona. J'ai appliqué la faradisation localisée seulement à la paralysie de la langue; j'en ai obtenu un succès rapide et complet. Avant l'opération, la langue ne pouvait être portée à gauche, de sorte que la malade était forcée de se servir du doigt pour ramener dans la bouche les aliments qui s’accumulaient entre la joue et les dents. La prononciation était assez difficile. Après quelques séances de faradisation localisée dans les muscles de la langue et dans le nerf grand hypoglosse, la malade put porter la langue dans tous les points de la bouche et s’en aider pendant la mastication. La prononciation devint facile. Cinq mois plus tard, je retrouvai cette malade dans la salle Saint-Vincent, où elle était entrée pour une bronchite assez grave. Je constatai alors que la langue jouissait de tous ses mouvements volontaires, et que la parole était facile.
Cet heureux effet de la faradisation localisée sur les paralvsies de la face et de la langue est contre-balancé par les risques que cette opération fait courir au malade atteint de paralysie cérébrale, surtout lorsque celle-ci est récente, ou que le malade à conservé une prédisposition à la consestion du cerveau (1). En Voici un exemple :
OBSERVATION CXLI. — Charité, salle Saint-Ferdinand , n° 19, service de M. Cruveilhier, mars 1848. — Hémiplégie droite, suite d'hémorrhagie cérébrale, datant de deux ans et demi, chez un homme âgé de trente-huit ans et qui a eu plusieurs attaques.
État du malade avant la faradisation. —ZLa commissure des lèvres est plus abaissée du côté droit que du côté gauche, \a langue est déviée à droite ;
(1) La faradisation des muscles de la face, pratiquée dans les paralysies de la Septième paire, ne me parait offrir aucun danger, comme je le prouverai
bientôt.
12h APPLICATION DE LA FARADISATION A LA THÉRAPEUTIQUE. la parole est difficile ; contracture active, intermittente du grand pectoral, du fléchisseur du bras, de l’avant-bras et de la main, contracture disparaissant par la chaleur du lit et pendant la nuit, et augmentant lorsque le malade est impressionné ; même contracture dans le membre inférieur droit, occasionnant de la douleur et tournant le pied en dedans ; absence complète de mouvement dans le membre supérieur droit, depuis Ja première attaque ; mouvements assez étendus dans le membre inférieur et qui permettent au malade de marcher avec une crochette. Pendant la marche, le membre inférieur fauche considérablement, et tous les mouvements sont roides et saccadés, à cause de la contracture. Le pied ne peut porter à plat sur le sol. Faradisation du trapèze, du deltoïde et des muscles antagonistes pendant dix séances. Après quelques séances, le malade écarte le bras du tronc presque à angle droit, porte la main au front, étend un peu les doigts, fauche moins en marchant et pose mieux le pied sur le sol. Mais à s'arrête l'influence de la faradisation , malgré dix ou douze séances pratiquées assez régulièrement, Un accident grave et inattendu me fait renoncer définitivement à ce traitement. La faradisation des muscles de la face et de la langue du côté droit ayant été pratiquée avec assez d'énergie, le malade fut presque immédiatement frappé d’une nouvelle attaque d'apoplexie, qui nécessita plusieurs saignées.
La faradisation des muscles de la face me paraît étre la cause évidente des accidents cérébraux quiontmis la viede ce malade en grand danger. Sur dix cas d'hémiplégie faciale decause cérébrale, danslesquels j'ai eu l'occasion d'appliquer la faradisation localisée dans le cours des années 1847 et 1848, trois fois Jai vu des phénomènes cérébraux plus où moins graves suivre l'opération.
La faradisation localisée des muscles de la face est une opération des plus délicates, qui exige la connaissance du degré d'excitabilité de ces muscles et l'emploi d'un appareil qui se gradue sur une échelle d’une assez grande étendue. On remarquera que les accidents cérébraux dont Je viens de parler sont arrivés à une époque où | avais encore peu d'habitude de la faradisation localisée.
Quoi qu'il en soit, maloré la connaissance que je possède aujourd'hui du degré d'excitabilité de chacun des muscles de la face, et malgré la précision de mes appareils, quime permettent de leur administrer exactement la dose qui leur convient, ce n’est jamais sans hésitation et sans crainte que J'excite les muscles de la face ou de la langue, dans l’hémipléoie de cause cérébrale.