CHAPITRE IV
Paralysies rhumatismales.
Il existe un certain nombre de paralysies locales qui ne reconnaissent pas d'autres causes que l'exposition à un courant d'air, la suppression de la transpiration par l'impression d'un air froid, une habitation humide, etc., etc. Ces paralysies siégent ou à l'avant-bras ou à l'épaule. J'ai eu l'occasion d'observer assez fréquemment l'influence de la faradisation localisée sur ces affections musculaires, pour leur consacrer un chapitre. Quant aux paralysies rhumatismales générales où limitées aux membres inférieurs, j en ai rencontré trop peu d'exemples pour formuler une opinion bien arrêtée sur leur compte.
Je n'ai pas vu la paralysie rhumatismu:e de l'épaule survenir comme à l'avant-bras, sans être précédée ou accompagnée de douleurs. Ce sont au contraire des douleurs rhumatoïdes, siégeant dans un plus ou moins grand nombre de muscles de cette région, qui marquent le début de la maladie et qui persistent le plus souvent. Quand ces douleurs viennent à disparaitre spontanément ou sous l'influence du traitement, les muscles jadis
douloureux sont quelquefois frappés de paralysie. Cette affection musculaire de l'épaule peut devenir fort grave; Car on voit dans la résion malade, des muscles s'atrophier, tandis que d'autres se contracturent ou se rétractent, et l'articulation scapulo-humérale, est à son tour lésée plus ou moins profondément. Ce n'est point ici le lieu de discuter sur la nature de ces douleurs rhumatoïdes compliquées ou suivies de paralysie qui surviennent ordinairement à la suite de l'impression du froid ou de l'humidité pendant que la peau est en moiteur. Je dois dire cependant, et j'espère bientôt le justifier par les résultats obtenus dans ces cas à l’aide de la faradisation localisée, que cette affection me paraît être une névralsie des houppes nerveuses musculaires.
Je ne puis traiter de l’influeuce thérapeutique de la faradisation localisée sur ces paralysies rhumatismales de l'épaule, sans exposer en même temps le moyen de combattre les douleurs rhumatoïdes qui l'accompagnent ou la précèdent, car les deux modes d'électrisation employés dans ces cas (la faradisation électro-cutanée et la faradisation musculaire) se prêtent un mutuel appui.
Ces motfs m'ont engagé à exposer dans un même article (art. IF, chap. VITD l'influence thérapeutique de la faradisation localisée sur les douleurs rhumatoïdes de l'épaule et sur les paralysies qui l'accompagnent ou la suivent.
Je ne traiterai dans ce chapitre que des paralysies rhumatismales de l’avant-bras, et cela aussi brièvement que possible.
J'ai déjà signalé dans la troisième partie (pase 543 , la fré- J re P [e f
quence de ces paralysies musculaires de l'avaut-bras qui surviennent tantôt après avoir été exposé à un courant d'air, tantôt après avoir dormi le bras reposant sur le sol froid et humide, tantôt après avoir reçu une pluie froide le corps étant en
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moiteur. J'ai dit que ces paralysies se distinguent des paralysies consécutives à la lésion traumatique du nerf radialet à la paralysie saturnine, par l'intégrité de la contractilité électro muscu: laire, et par l'augmentation, en général, de la sensibilité électrique dans les muscles paralysés.
Bien que les muscles souffrent peu, en général, dans leur nutrition et que leur irritabilité, comme Je viens de le dire, ne soit point diminuée, la plupart de ces paralysies n'en sont pas moins quelquefois rebelles aux médications ordinaires (aux vésicatoires, à la strychnine), tandis quelles suérissent par la faradisation musculaire. J'en rapporterai plusieurs exemples.
OBSERVATION CXLIV.— Charité, salle Saint-Michel, n° 41. —-Brivard, charretier, âgé de vingt-huit ans, demeurant rue du faubourg Saint- Denis, n°109, d'une constitution athlétique, n’ayant jamais été exposé à des émanations mercurielles ni saturnines, n'ayant jamais eu de paralysie. En mai 1849, cet homme passe une nuit exposé à un courant d'air alors qu'il était dans un état de transpiration; en se réveillant, il sent sa Main el son avant-bras engourdis et paralysés ; il n'éprouve cependant aucune douleur. Cet état persistant malgré des onctions excitantes et deux Vésicatoires, le membre paralvsé diminuant de volume, il se décide à entrer à la Charité le 11 août 1849 (trois mois après le début de la paralysie); il y est soumis à l’électrisation de la manière suivante : un excitateur était placé dans la main ou sur le dos de la main, et un second excitateur humide est posé à la partie supérieure du bras. N'ayant jamais obtenu aucune amélioration après neuf applications d’après cette méthode, il demande sa sortie. Le malade se présente quelques jours après à ma consultation ; je constate alors que tous les muscles animés par le nerf radial sont paralysés. En effet, son poignet tombait ; si je le relevais, il ne pouvait étendre ses premières phalanges sur le métacarpien ; maintenais-je alors ces phalanges dans l'extension, il pouvait étendre les deux dernières phalanges sur les premières; le pouce avait perdu ses mouvements d’extension et d'abduction. Enfin, le poignet ne pouvait être mû latéralement dans aucun sens. Les muscles paraiysés jouissaient de leur contractilité électique; cependant ils étaient notablement atrophiés. Je localisai l’'excitation faradique dans chacun des muscles paralysés, et comme le malade était très sensible à cette excitation, je n’agis qu'avec des courants à rares intermittences, à forte intensité, pour pénétrer l'épaisseur du muscle, et je renouvelai ces applications tous les deux jours. À près la deuxième séance, Brivard relevait le poignet, auquel il faisait exécuter des mouvements latéraux ; après la cinquième séance , les premières phalanges et le pouce avaient recouvré une partie de leurs mouvements. Après trois semaines de faradisation localisée, la guérison était complète.
Chez ce malade, l'influence thérapeutique de la faradisation localisée est des plus évidentes, car elle a été immédiate, et cela après trois ou quatre mois d'un état stationnaire. On a remarqué qu'une première application de l'électricité avait échoué et l'on en comprend la raison : on avait placé les excita-
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teurs très éloignés l’un de l’autre, de maniere que le courant parcourait le membre dans le sens de sa longueur. Ce mode dé faradisation avait produit des contractions irrégulières, et par action réflexe, comme je l'ai établi dans la première partie (chap. IV). Le malade dit cependant avoir beaucoup souffert dé ce mode d'électrisation qui est, on le sait, très douloureux. Ce fait prouve donc une fois de plus combien il importe de diriger l'excitation électrique sur chacun des muscles paralysés.
OBSERVATION CXLV. — Paralysie partielle de l'avant-bras, de causé rhumatismale, ayant résisté aux vésicatoires et à la strychnine, quérie par la faradisation localisée.
Madame Marshall, blanchisseuse et concierge , demeurant rue Saint= Antoine , n° 160 , âgée de quarante-sept ans, n’a jamais eu de douleurs névralgiques dans les membres, n’a pas été exposée à l’intoxication satur= nine, n'a pas eu de coliques. Elle n’est pas sujette à des attaques d'hystérie. Elle habitait un logement humide depuis trois mois, quand un soir, s'étant endormie sur sa chaise, les bras nus et croisés, elle se réveilla avec un engourdissement des doigts de la main droite; sa main tombait sans qu'il lui fût possible de la relever, Les doigts étaient aussi paralysés. Elle n'avait aucune douleur, mais elle éprouvait des fourmiliements et des engourdissements dans les doigts du côté paralysé ; la sensibilité de la peau était diminuée à l’avant-bras et le sens du toucher perdu. Un médecin fit appliquer des vésicatoires volants sur la face postérieure de l’avant-bras malade ; le dernier fut pansé à la strychnine. Ce traitement n'amena aucune amélioration. Au commencement du mois de juin 1850 (deux mois ct demi après le début), elle réclama mes soins, et je constatai que les muscles qui sout sous la dépendance du radial étaient paralysés, et que ceux de l’avant-bras et de la main étaient seulement affaiblis. La contractilité électro-musculaire était partout normale, mais lassensibilité musculaire paraissait un peu augmentée dans les muscles paralysés, bien que la sensibilité cutanée fût diminuée à la région postérieure de l’avantbras. Sous l'influence de la faradisation localisée pratiquée tous les deux jours, la guérison fut complète après trois semaines de traitement. J'ai revu cette malade longtemps après, sa guérison s'était maintenue.
Je pourrais rapporter encore d’autres exemples de ces paralysies rhumatismales de l’avant-bras, qui ont guéri par la faradisation localisée après avoir résisté aux vésicatoires et à la strychnine. {l ne faudrait pas en conclure qu'elles ne suérissent que par la faradisation. J'en ai vu plusieurs qui ont cédé à l'application de quelques vésicatoires.