‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 122 sur 140 · NT · texte numérisé non relu

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En même temps ou après que les muscles paralysés de la face se sont contracturés, on les voit ordinairement recouvrer leurs mouvements volontaires.

Une fois seulement, j'ai observé une paralysie rhumatismale de la septième paire, qui, après quatre ans, était encore COMmplète, et dans laquelle quelques-uns des muscles paralysés étaient contracturés. En voici la relation abrégée.

OBSERVATION CLXXVI.—M. X..., horloger, après avoir été exposé à un courant d'air, eut le côté droit de la face immédiatement paralysé. Après quatre ou cinq semaines de traitement, M. X..., dont les traits avaient été complétement affaissés du côté paralysé, vit sa commissure droite remonter progressivement au niveau de celle du côté sain. Ilcrut alors à sa guérison prochaine; mais il attendit en vain le retour de ses mouvements volonaires. Il renoncça, trois mois après, à toute espèce de traitement. Sa COmmissure droite, qui était restée d’abord quelques jours au niveau de la commissure gauche, continua à s'élever, quoique lentement, en se portant en dehors.

Quatre ans après son accident, je constatai chez M. X... une contracture du grand zygomatique droit. En effet, pendant le repos musculaire, Ja commissure droite des lèvres était tellement tirée en dehors et en haut, que M. X... semblait s’abandonner à une gaieté folle. Mais si on le regardait en face, on remarquait que la commissure gauche n’était pas plus élevée qu’à l’état normal, et qu’elle était un peu attirée vers la ligne médiane avec toute la joue gauche (côté sain). Malgré cet état de contracture, les muscles du côté droit étaient restés privés de tous mouvements volon-

aires. Ainsi, lorsqu'il riait, la commissure droite, qui auparavant était très

élevée et tirée en dehors, et qui avait attiré de son côté la comiMmIssure gauche, était entraînée à son tour vers la ligne médiane par la contraction du grand zygomatique sain. Il en résultait que le côté droit de la face, qui, chez M. X..., avait une expression de gaieté folle, même quand il était sous l'influence d’une impression triste, devenait très sérieux quand il éprouvait de la joie, laquelle était seulement exprimée du côté gauche. Ce contraste entre les deux côtés de la face, que l’on voit toujours comme animés par des sentiments contraires, exprimant la gaieté à gauche et la tristesse à droite, et vice versä, donne à la figure de M. X... la physionomie la plus singulière. Enfin j'ai constaté que la contractilité électrique était très notablement diminuée dans ses muscles paralysés.

Le fait que je viens de rapporter a, sous un certain rapport,

"quelque analogie avec l'observation de Vaneuille (obs. CLXXH),

ui aussi avait une contracture du grand zygomatique et offrait émême contraste entre les deux côtés dans l'expression de Ja face à l’état de repos. Mais ce dernier, on se le rappelle, avait re-

7198 APPLICATION DE La FARADISATION À La THÉRAPEUTIQUE,

couvré une grande partie de ses mouvements volontaires du côté contracturé; de sorte qu'il riait des deux côtés à peu près ! également.

Les muscles contracturés se rétractent quelquefois à la longue, et alors ce n’est plus une sinple difformité de la face qui tourmente les malades, c'est une gêne considérable dans les mouvements.

OBSERVATION CLXX VII. —En 1851, un confrère me présenta un de ses clients, M. X..., demeurant rue d'Alger, n° 5, qui avait été affecté, deux ans auparavant, d’une hémiplégie faciale gauche, occasionnée par un courant d'air. Ses mouvements étaient revenus incomplétement; sa joue, primitivement flasque et gonflée, était devenue roide et s'était aplatie progressivement. Cette roideur lui occasionnait une gêne continuelle pour tous les mouvements de la face ; l’écartement des mâchoires était plus limité. En portant le doigt dans la bouche, je sentis une sorte de corde dure, inextensible, formée évidemment par le buccinateur rétracté, et tellement saillante en dedans que le malade se mordait la joue quand il rapprochait les mâchoires, ce qui lui causait une grande gêne pendant la mastication. |

On se rappelle aussi que mademoiselle X... (obs. CLXXIE éprouvait également une très grande gêne de la rétraction dé son buccinateur, et que, de plus, son orbiculaire des paupières était rétracté au point que la cornée en était en partie couverte.

Je ne crois pas devoir décrire les signes de la rétraction de chacun des muscles de la face, puisqu'ils sont ceux de la con: tracture arrivée à ses dernières limites, et qu'elle en diffère seulement par l'impossibilité où l'on est de la faire disparaître pañ des tractions exercées sur les muscles dans le sens de leur lonsueur. |

Si je me suis arrêté aussi longtemps à la contracture consécutive à la paralysie rhumatismale de la septième paire, alors que J'ai à exposer uniquement l'influence thérapeutique de la faradisation localisée sur cette paralysie, c'est que l'étude dé ! l’une est inséparable de l'autre, qui en est une des terminaisons ordinaires, ainsi que je viens de le démontrer; C’est que l'RTS | toire de la contracture consécutive à la paralysie de la septième paire n'ayant pas encore été écrite, que je sache, je devais prou: ver son existence et sa fréquence, en faire connaître les sym* ptômes et la marche, en même temps que jen posais le di

£ É ARTE . . ‘ , + gnostic. Je l'ai fait incidemmentetaussi rapidement que possible,

Et

sans perdre de vue la question de thérapeutique qui est le sujet principal de cet article, et que je puis maintenant traiter plus complétement.

& IV

À quelle époque de la maladie convient-il d'appliquer la faradisation localisée au traitement de la paralysie rhumatismale de lx septième paire? — Comment la faradisation doit-elle être pratiquée ? — Quelles sont les modifications à apporter au traitement , lorsque se manifestent les signes précurseurs de la contracture dans les museles paralysés, ou lorsque cette complication existe à un degré plus ou moins avancé ?

A. Est-il plus rationnel de traiter, dès le début, une paralysie rhumatismale de la septième paire par la faradisation localisée? Plusieurs des observations précédentes (observations CLXVII et CLXVIII) démontrent que ce dernier mode de traitement appliqué à une époque très rapprochée du début peut guérir rapidement certaines paralysies rhumatismales de la septième paire. Mais je ferai observer que, chez les sujets de ces observations, les muscles paralysés n'avaient perdu qu'une faible partie de leur contractilité électrique, ce qui est pour moi, comme Je crois l'avoir établi, le signe du premier degré de la paralysie de la septième paire. C'est seulement dans les cas semblables que je crois que l'application immédiate de la faradisation a souvent des chances de succès. Ÿ

Mais je ne conseillerai pas la même méthode de traitement dans l’hémiplégie rhumatismale de la face au second degré. La perte complète de la contractilité électrique, qui caractérise ce degré de la maladie, annonce en effet qu'il existe un trouble profond dans l’innervation, trouble occasionné sans doute par la compression du nerf facial. Or si cette compression est exercée, comme on l'a supposé dans ce cas, par le névrilème sur la fibre nerveuse enflammée et tuméfiée, il me paraît rationnel de combattre cette inflammation par les seuls moyens qui puissent la faire tomber : les sangsues appliquées derrière l'oreille, des vésicatoires promenés sur la région malade, des purga-

Muifs, etc., etc. C’est seulement quand linflammation a dû cesser, quand la force nerveuse centrale peut revenir dans les muscles (après deux ou trois semaines d'un traitement antiphlogistiqué et révulsif), qu'il mé semble indiqué de recourir à la faradi-

sation localisée, qui constitue le traitement principal de Ja pa-!

ralysie.

Bien que j'aie agi Jusqu'à présent d'après ces principes et d'après l'hypothèse de l'existence d'une inflammation de la fibre nerveuse, Je dois cependant faire mes réserves à cet égard; car | jusqu'à présent l'expérience ne m'a pas démontré que ce soit la ! meilleure manière d'agir, et rien ne prouve qu'en appliquant | immédiatement le traitement électrique dans la seconde comme ! dans la première période, on n'obtiendrait pas plus facilement

Ja suérison. C'est ce que je me propose d'expérimenter.

B. On sait que la faradisation musculaire de la face peut être : pratiquée, ou en opérant les recompositions des courants dans ! le nerf de la septième paire, ou en localisant l'excitation dans chacun des muscles paralysés (voyez, pour le manuel opéra: !

toire de chacun de ces modes d'électrisation, la première partie,

page 42).

I. Le premier mode d’électrisation (la faradisation musculaire

indirecte) ne m'a pas donné de résultats aussi satisfaisants que | le second {Ia faradisation musculaire directe), dans le traitement !

de la paralysie de la septième paire. En voici la cause : tantôt les muscles sont partiellement ou irrégulièrement paralyséss tantôt la paralysie, primitivement uniforme , est modifiée d'une manière irréoulière pendant le cours du traitement, Ainsi on voit, par exemple (et c'est ce qui arrive ordinairement), le grand Zygomatique recouvrer plus ou moins sa contractilité, alors que les autres muscles restent paralysés. Plus tard ces derniers recouvrent aussi très inégalement leur contractilité tonique et volontaire. Il est alors nécessaire d’exciter plus spécialement les muscles dans lesquels la maladie présente le plus de ténacité, sous peine de laisser une difformité ou une irrégularité cho: quante dans Îles traits de la face, Or il est impossible, on le concoit, d'atteindre ce résultat par la faradisation musculaire indirecte, qui porte l'excitation d’une manière égale dans tous les muscles animés par Ja septième paire. Il peut arriver aussi que certains muscles venant à se contracturer pendant le cours

du traitement, il faille alors ou modifier ou éviter leur excitation |

Dans ces-cas, [a faradisation indirecte est plus nuisible qu'utle, car elle ne permer pas d'isoler l'excitation électrique. Enfin 3 ’ . « LA ’ i

Jai établi d'une manière générale (page 95) que les paralvsies

sont plus heureusement influencées par l'excitation directe de la-fibre musculaire que par l'intermédiaire de l'excitation du nerf qui l'anime.

Les considérations qui précèdent démontrent donc l'impor-

tance de la faradisation musculaire directe dans le traitement de l'hémiplégie faciale.

IL. Rappeler la tonicité musculaire et la contractilité volontaire, tel est le but qu'on se propose dans le traitement de l'hémi-

Bplésie rhumatismale de la face. Or,je l'ai déjà démontré, les intermittences rapides répondent à cette double indication.

Le retour de la tonicité musculaire, ai-je dit, précède ordinairement l'apparition des mouvements volontaires , de sorte que l'on ést forcé de prolonger le traitement électrique quelquefois longtemps encore après que les traits ont repris leur expression naturelle. Il serait imprudent alors de continuer à pratiquer la faradisation localisée avec. un courant à intermitteñces rapides, car on doit se tenir en garde contre la terminaison ordinaire de la paralysie de la septième paire, la contracture, que l’on peut provoquer par l'abus de ces intermittences rapides qui ont la propriété de contracturer artificiellement la fibre musculaire, même à l'état normal. Il faut donc éloigner les intermittences (une à quatre par seconde), qui de cette façon agissent sur la contractilité volontaire sans surexciter la contractilité tonique , comme cela ressort desmes recherches, et comme j'aurai bientôt une nouvelle occasion de le démontrer. La contractilité tonique revient dans les muscles paralysés d’une manière inégale, de sorte qu'il est des muscles sur lesquels on doit continuer à diriger un courant rapide, tandis que d’autres ne doivent plus être excités que par des intermitteuces éloignées.

If faut apporter une grande attention dans ce genre d'opération, car on pourrait donner plus ou moins de force tonique aux muscles et fausser la physionomie, si l’on n'y prenait garde. J'ai dit, page 390, que les muscles qui sont le plus souvent mis en jeu pour l'expression des pensées et des passions les plus habituelles, conservent pendant le repos musculaire une prédomi-

Inance de force tonique, et impriment à fa physionomie son cachet distinctif. Eh bien! cette physionomie, qui est l'ouvrage du temps, est détruite souvent à tout jamais par la paralysie de Ja septième paire, L'opérateur peut, avec de l'habileté, rétablir

oi

LA

l'harmonie entre les deux côtés du visage, en prenant le côté sain ! pour modèle; mais je ne saurais dire tout ce qu'il faut de temps | pour obtenir une régularité parfaite. Il est peu de malades qui aient la patience de suivre le traitement jusqu’à complète gué: !

rison. |

C. — I. Lorsqu'on voit se manifester dans un muscle para: | Ivsé les symptômes précurseurs de la contracture, on doit cesser 4 à l'instant de l'exciter avec des intermittences rapides, ou tout ! au moins ralentir ces intermittences autant que possible, quand” bien même les traits seraient encore affaissés. |

Mais la contracture une fois déclarée, ‘convient:il d’äban: ! donner le traitement? J'ai étudié cette ‘question avec le plus : grand soin, et je suis arrivé à conclure de mes recherches qu'en agissant de la sorte on laisse aux malades deux infirmités au lieu d’une. Le sujet de l'observation CLXXII en est un exemple frappant : on a vu,en effet, que pendant le repos musculaire son grand zygomatique droit est contracturé, et que, sil vient à rire, le grand zysomatique gauche se contracte seul ; et entraîne dé son côté son homologue qui se laisse distendre. Si ce malade avait été traité par la faradisation , il eût très probablement ré: couvré ses mouvements volontaires du côté paralysé, comme tous ceux qui se trouvaient dans le même cas, entre autres lé sujet de l'observation CLXXII , et il aurait aujourd'hui une ex pression égale de chaque côté, ou à peu près égale. Je suis con: vaincu par l'expérience qu'en agissant prudéemment, c'est-à-dire! en éloignant les intermittences, en ne rapprochant pas trop et en ne prolongeant pas démesurément les séances, on n’aggrave | pas la contracture, et qu’on réussit à rappeler les mouvements ! volontaires ; mais on arrive plus lentement au but. Voici des faits à l'appui de ce que j'avance.

OBSERVATION CLXXVIIT. — Mademoiselle X... s’exposa à un courant d'air qui lui paralysa immédiatement le côté gauche de la face. Après plusieurs traitements inutiles , elle fut soumise à l’action d’un petit appareil d’induction à intermittences rapides. Les excitations furent répétées fréquemment, agissant toujours sur les muscles animés par le rameau maxillaire de la septième paire, de sorte que quelques-uns de ces derniers ne tardèrent pas à se contracturer. Ainsi le sillon naso-labial gauche était beaucoup plus creusé et plus arrondi que du côté opposé ; à la naissance et audessous de ce sillon , existait un enfoncement qui se continuait avec une

dépression située derrière l'aile du nez de ce côté. Cette difformité, qui était causée par la contracture du pinnal radié et du petit zygomatique, vieillissait et attristait singulièrement ce côté de la face. Les mouvements volontaires commencçaient à reparäître dans le grand zygomatique, l’orbiculaire des paupières et le buccinateur. Enfin les muscles animés par la septième paire du côté gauche n’entraient pas en contraction sous l'in- fluence de l'excitation électrique. J’essayai, dans l'espoir de rétablir l’harmonie des deux côtés de la face, de diriger un courant rapide sur les muscles paralysés, et j’eus la satisfaction de voir le résultat du traitement dépasser mon attente. Je n’entrerai pas dans les détails de ce traitement qui fut très long et.exigea des précautions infinies. Je dirai, toutefois, que les muscles contracturés furent excités rarement et avec des intermit- tences éloignées, et que je pus diriger un courant rapide sur les autres - muscles, et principalement sur le carré des lèvres, le triangulaire et le peaucier, qui restèrent les derniers paralysés. Pendant que mademoiselle X... était soumise à ce traitement, je lui faisais exercer des tractions sur és muscles contracturés, fréquemment et d’une manière aussi continue que possible. Aujourd’hui il reste à peine des traces de la contracture ; les traits se sont régularisés progressivement; les mouvements volontaires Sont revenus en grande partie, enfin il y a lieu d'espérer, sinon une parfaite régularité des traits, du moins une amélioration qui équivaudra à à guérison.

OBSERVATION CLXXIX. :— Chez M. D..., notaire , atteint en juin 1853 ne hémiplégie faciale gauche, et chez lequel les muscles paralysés avaient perdu leur contractilité électrique, j ’observai qu'après avoir massé un peu fortement les muscles paralysés, quelques-uns de ces derniers se contrac-

turaient pendant une ou deux secondes. Dès lors, je ne les excitai qu'avec

“ün courant à intermittences lentes et sans vibration, suspendant le trai-

ément de temps à autre pendant une ou deux semaines. Les mouve- “ments volontaires revinrent progressivement, mais lentement, et la force

“ionique fut maintenue à peu près dans ses limites normales. Aujourd’hui, il n’existe plus de difformité apparente quand la face n’est pas en mouvement; M. X.. éprouve seulement de la roideur dans la joue gauche, qui est un peu crispée.

OBSERVATION CLXXX.— Chez une demoiselle Grapin, cuisinière, âgée de trente ans, rue Notre-Dame-de-Lorette, 19, atteinte d’une hémiplégie rhumatismale de la face, rebelle depuis six semaines à un traitement énerpique, je constatai une distorsion extrême du côté droit, au repos et pendant les mouvements. Les muscles paralysés avaient perdu leur contractilité électrique ; mais quand l'excitation était portée avec un courant rapide sur les fibres du buccinateur qui se continuent dans la lèvre inférieure, je voyais ces fibres, qui ne se contractaient pas pendant l'excitation électrique, se con-

Mracter spasmodiquement pendant quelques secondes après l'excitation, Ce

ut ponr moi un signe précurseur de la contracture, et en conséquence je n'excitai ces muscles qu'avec un courant à intermittences éloignées et 4 deux fois par semaine. Après quatre mois de traitement, les mouvements ! volontaires sont revenus, et la régularité des traits est à peu près normale !

aujourd’hui.

Les faits que Je viens d'exposer, et auxquels je pourrais, au |

besoin , en ajouter quelques autres analogues, démontrent que,

dans l’hémiplégie rhumatismale de la face, on peut soumettre à | la faradisation localisée les muscles menacés de contracture et même déjà contracturés, sans aggraver la contracture, pourvu ! que les intermittences du courant soient suffisamment éloignées. M'autorisant de mes recherches, je crois pouvoir affirmer que !

si, dans les cas rapportés ci-dessus, j'avais dirigé un courant à

intermittences rapides sur les muscles qui n'étaient que faible- P q q [Ep ?

ent contracturés, J aurais aggravé les accidents de contracture, comme cela m'est arrivé chez le sujet de la cinquième observa-

tion, dont j'ai faradisé si longtemps les muscles contracturés | avec un courant à intermittences rapides. A l'époque où je trai ! tais ce malade, jignorais cette propriété spéciale des intermit- ! tences rapides des courants d'induction ; je n'avais pas encore | découvert qu'il est possible d'augmenter la puissance tonique | d’un muscle à l’état normal, jusqu’à le mettre dans une sorte dé ! contracture (j'en rapporterai un exemple à la fin de cet articles obs. CLXXXI). La contracture générale et si grave du côté de là ! face, qui a été la terminaison de l'hémiplégie rhumatismale de ! mademoiselle X... (obs. CLIX), me paraît avoir été augmentée, ! sinon provoquée par les longues et fréquentes séances de oalvano- | puncture et d'électrisation à intermittences rapides, auxquelles : elle a été imprudemment soumise. Ce n’est pas un blâme que ! je veux déverser sur les confrères qui lui ont donné des soins, | puisque les mêmes malheurs me sont arrivés, et que ce sont ces |

malheurs qui m'ont mis sur la voie des faits que je publie aujourd'hui.

il. Lorsque, pendant le cours de la maladie, la contracturé s'est manifestée dans un muscle paralysé, je n'ai pas négligé de

la combattre par l’élongation du muscle contracturé, tout en |

continuant à faradiser ce dernier de la manière que je viens d'in: diquer. Pour pratiquer cette élongation, tantôt les malades exercenteux-mêémesdes tractionssurleslèvres, les joues, les paupières,

La

dans le sens des fibres musculaires ; tantôt je leur fais placer, entre la joueet les machoires,une bille aussi grosse que possible, dé manière à distendre fortement la joue, et conséquemment les muscles contracturés. Il faut que cette élongation soit pratiquée d'une manière continue et plusieurs heures par jour.

III. La contracture d'un des muscles de la face n’occasionne souvent une difformité que par le contraste choquant qui existe alors entre les deux côtés du visage. Dans un cas de paralysie de la septième paire, où je n'avais pu empêcher la contracture du petit zygomatique, qui, ainsi que je l'ai démontré, donne une expression de chagrin, J'ai essayé avec succès de rétablir l'harmonie entre les deux côtés de la face, en contracturant le petit zygomatique du côté sain. Ce fait m'a engaoé dans une voie de recherches nouvelles dont j'ai communiqué les résultats à la Société de médecine de Paris (1). Il a trop d'importance pour être passé sous silence.

OBSERVATION CLXXXI. — Paralysie faciale quérie par la faradisation

» localisée ; —contracture consécutive du petit zygomatique du côté antérieurement paralysé. — Rétablissement de l'harmonie des traits de la face par la contracture artificielle du petit zygomatique du côté opposé, obtenue au moyen de la faradisation localisée.

… M. C.…., âgé de trente-huit ans, sous- lieutenant au 28° de ligne, après s'être exposé à un courant d'air, s’aperçut, un matin, que sa bouche était tirée à gauche, et que la commissure droite de sa lèvre tombait; qu'il ne pouvait fermer l'œil droit ; qu’il ne riait que du côté gauche, etc.

Après plusieurs traitements, la paralysie se montrant rebelle, je constatai chez ce malade une distorsion considérable des traits. Du côté droit de la face, la commissure des lèvres était abaissée au moins de 4 centimètre ; le sillon médian de la lèvre supérieure avait une direction oblique à droite ; la joue, abaissée en masse, paraissait gonflée au niveau de Fos

maxillaire inférieur ; la paupière inférieure, tirée en bas, laissait à décou-

vert une grande partie du globe oculaire, qui paraissait près de sortir de l'orbite ; la narine gauche, plus basse que celle du côté opposé, était à demi-close ; le nez était dévié à droite. Du côté gauche, la commissure était plus tirée vers l’oreille qu’à l’état normal; mais si lé malade venait à rire, cette commissure était tirée encore davantage vers l'oreille, et sem blait entraîner en masse et de son côté tout le côté opposé du visage ; les paupières supérieure et inférieure du côté gauche étaient entièrement privées de mouvement.

(1) Voyez le compte rendu de Ia ségnge dans la Reyue médicale de 1852.

Le traitement électrique, commencé le 8 juin 1852, et consistant en quatre ou cinq séances par semaine, durant huit à dix minutes chacune, n'eut un commencement de résultat que vers le 45 septembre. Alors je constatai, pour la première fois, que la commissure droite se relevait un! peu, et que le malade se mordait un peu moins la joue du côté paralysé en mangeant. À partir de ce moment, le traitement étant continué avec la même persévérance, l’affaissement des traits diminua de jour en jour, ! et la naissance du sillon naso-labial commença à se dessiner; l’aile du: nez s’ouvrit mieux, et le nez se redressa. Vers la fin d'octobre, on voyait, | quand le malade souriait, un petit mouvement dans la commissure gauche, | M. G... disait'aussi qu’il ramassait mieux les aliments qui s’accumulaient k entre les joues et l’arcade dentaire, ce qui annonçait que son buccinateur se contractait un peu. Enfin, il commençait à mieux rapprocher les pau- | pières paralysées.

La force de la contractilité tonique et de la contractitité volontaire con: : tinua à progresser ainsi lentement, sous l’influence de la faradisation loca= lisée. Il arriva un moment où la tonicité des muscles paralysés était reve= | nue à son état normal, et où les deux côtés de la face étaient devenus { parfaitement symétriques pendant le repos. musculaire. Il eût été à désis rer, pour la régularité des traits de son visage, que le mouvent tonique ? de. ces muscles s’arrêtât là. Il n'en fut malheureusement pas ainsi, pour certains muscles du moins. Eneffet, le petit zygomatique se contracturant, le sillon naso-labial droit se creusa et se releva en s’arrondissant, | au point de relever la lèvre supérieure de ce côté et de découvrir un peu ! les dents. Il en résulta un changement d’expression dans la moitié droite ! de la face, qui faisait un contraste singulier avec la moitié gauche, où la ligne naso-labiale était à peine indiquée. Ainsi, lorsqu'on regardait alter-! nativement claque moitié du visage en cachant l’autre moitié avec la | main, On trouvait du côté droit (côté malade) une expression très pronon-\ cée de chagrin, tandis que le côté opposé paraissait froid, impassible ; : mais si l’on regardait les deux côtés à la fois, la physionomie était des plus disgracieuses.

Les contractures que j'avais vues se développer, dans certains cas, sous |

ü 1 délit ras mé

l'influence de la faradisation à intérmittences rapides, me suggérèrent une idée singulière, mais dont je prévoyais l'importance si cette idée était juste. Puisque, me disais-je, l'excitation électrique avait pu, jusqu’à un { certain point, produire la contracture dans les muscles paralysés qui | avaient même perdu leur tonicité, n’était-il pas possible de produire arti- { ficiellement cette contracture dans un muscle dont la puissance tonique | était à l’état normal?

Passant immédiatement de l’idée à l'application, j'essayai de mettre le petit zygümatique du côté sain en état de contracture artificielle, en dirigeant sur Jui un courant à intermittences rapides. J’espérais, en agissant ! sur ce muscle, le mettre dans le même état que celui du côté malade, et !

rétablir ainsi l'harmonie dans l'expression des deux côtés du visage. Cette expérience, qui exigea un assez grand nombre de séances, fut couronnée . d’un plein succès.

+ DPNTTICLE V.

La faradisation de la corde du tympan appliquée au traitement de certaines surdités nerveuses produit de très heureux résultats. Bien qu'il en ait été déjà question dans la première

“partie, page 75,Jje vais exposer le procédé opératoire que Jai imaginé pour pratiquer cette opération sans léser ni même tou- Cher la membrane du tympan; puis j'en décrirai les effets physiologiques, afin que l'on puisse mieux se rendre compte de l'action thérapeutique qu'elle exerce sur la surdité.

“ Procédé opératoire. — La tête étant inclinée de manière à placer dans une direction perpendiculaire le conduit auditif externe, on injecte dans ce dernier une quantité d'eau suffisante pour

remplir sa première moitié. Si le conduit auditif était entièrement rempli d'eau, l'excitation, à un degré plus élevé,atteindrait le rameau temporal de la cinquième paire, et le nerf facial, qui,

à sa sortie du trou stylo-mastoïdien, se trouve à 4 ou 5 millimètres de distance de la portion cartilagineuse de ce conduit. On plonge ensuite dans celui-ci un fil métallique, ayant soin de ne pas le mettre en contact avec la membrane du tympan ou

avec les parois du conduit auditif. Après avoir attendu que l'espèce de bourdonnement produit par l'impression du liquide

* sur la membrane du tympan ait disparu, on met l'excitateur auriculaire en rapport avec un des conducteurs d’un appareil d'induction, et l'on ferme le courant en plaçant sur la nuque un excitateur humide (une éponge humide enfoncée dans un cylindre), qui lui-même communique avec le second conducteur de cet appareil. L'appareil qui sert à ces expériences doit être approprié à la délicatesse de l'organe sur lequel on agit, c'est-àdire que leminimum de sa puissance doitêtre à peine appréciable en appliquant les excitateurs métalliques sur l'extrémité de la langte, et qu'il doit pouvoir se sraduer avec précision et sur une échelle d’une grande étendue. C'est en pratiquant cette opération sur moi-même que j'en ai acquis l'habitude et que j'ai étudié

S08 APPLICATION DE LA FARADISATION A La THÉRAPEUTIQUE. le degré d’excitabilité de la région sur laquelle se concentre Îa force électrique. J'ai répété cette expérience sur des malades

et sur des anatomistes et des physiolopistes curieux d'éprouver |

les sensations que je leur décrivais. à Description des phénomènes observes pendant l'opération.—Pour bien se rendre compte de l’action thérapeutique que l’on peut espérer obtenir par cette opération, il est utile de connaître la série des phénomènes qu'elle produit dans les conditions physiologiques. Je vais donc exposer ceux que J'ai observés chaque fois que je me suis soumis à cette expérience, et que J'ai vus se reproduire chez tous les sujets sur lesquels je l'ai répétée. L'excis tateur étant placé dans mon conduit auditif du côté droit préalablement rem pli d'eau dans sa première moitié , et l'appareil gradué au minimum, ainsi que je l'ai indiqué plus haut, je perçus à l'instant même où eut lieu l'intermittence du courant, un petitbruit sec, parcheminé, que je rapportai très nettement au fond du conduit auditif externe. Les intermittences ayant été pratiquées avec une extrême rapidité, ces bruits se rapprochèrent au point d'imiter celui qui est produit par le battement des ailes d'une mouche qui vole entre une vitre et un rideau. L'intensité des sons que je viens de décrire augmenta en raison directe de l'intensité du courant. À ces phénomènes d’audition s'ajouta une sensation de chatouillement quand le sraduateur marqua 4 à 5 millimètres, et à $ ou 10 millimètres le chatouillement fut remplacé par une douleur qui devint de plus en plus vive. Cette sensation fut parfaitement limitée au point où le son paraissait naître. Lorsque le sraduateur de mon appareil marqua 25 à 30 millimètres, j’éprouvai très nettement un chatoutllement dans le côté droit de la lanque et à la réunion de son tiers postérieur avec son tiers moyen. Élevant encore par millimètres l'intensité du courant, je sentis le chatouillement gagner progressivement Ja pointe de la langue, où j'éprouvai un engourdissement et un picotement désagréable qui n’alla pas précisément jusqu'à la douleur. J'ajouterai qu'à ce degré le petillement fut remplacé par un bruit confus. Renouvelant l'expérience du côté opposé, en commençant par Île degré d'intensité qui venait de produire le maximum de la sensation linguale, je sentis subitement, et sans aucune transition, les deux tiers antérieurs du côté gauche de la langue rapidement parcourus par cette même sensation de cha-

SURDITÉ. 809 touillement et de fourmillement, Diminuant alors progressivement l'intensité du courant, j'observai exactement, mais en sens inverse, les mêmes phénomènes que dans léxpérience précédente. L'opération que je viens d'exposer est souvent suivie d'un engourdissement qui persiste assez longtemps ; il m'a paru aussi que ma langue était plus sèche et comme ràâpeuse, du côté opéré.

Vels sont les phénomènes qui frappèrent d'abord mon attention et qui mont été signalés à peu près dans l'ordre que je viens d'indiquer par les sujets que j'ai soumis à cette expérience. Mais il me reste à faire connaître un phénomène d'une plus haute importance au point de vue physiologique, et qui se manifeste assez souvent quand l'excitation est suffisamment énergique: c'est la production d'une sensation sustative spéciale. Ce phénomène est le dernier qui ait attiré mon attention, parce quil est masqué sans doute par la sensation de chatouillement ou de picotement qui l'accompagne. Aussi passerait-il toujours inaperçu, si l'expérimentateur ne s'en apercevait pas; bien que la sensation gustative soit peu prononcée, on la distingue cependant parfaitement, et pour mon compte, je l'ai ressentie si nettement, que je puis la comparer à une sensation métallique.

En résumé, le craquement entendu par le sujet à chaque intermittence du courant prouve que la membrane du tympan est ébranlée, ce qui ne peut avoir lieu que par une contraction musculaire (cè n’est point ici le lieu de discuter où alieu cette contraction); les sensations perçues dans le fond de l'oreille et dans les deux tiers antérieurs de la langue annoncent une excitation des nerfs de la membrane et de la corde du tympan.

J'étais donc en droit d'espérer que cette opération, qui ébranlait si profondément le système nerveux de l'oreille, exercerait une influence heureuse sur certaines surdités nerveuses. J'ai vu, en effet, réussir assez rapidement cette opération, guérir des surdités qui avaient résisté pendant plusieurs années à des traitements énergiques dirigés par des hommes qui exercent avec distinction la spécialité des maladies de l'oreille. J'en vais rapporter plusieurs exemples.

OBSERVATION CLXXXIL.—M. D... n’a point eu d’otite antérieurement. Personne dans sa famille n’a eu d’affection analogue à celle qu'il a en ce

moment. En 1841, ayant éprouvé de vives impressions, M. D... entendit tout à coup un grand bruit accompagné d’éblouissements qui le forcèrent à s’appuyer contre un mur. Ce phénomène n’ent pas de suite ; quelques jours après, M. D... s’aperçut d’une dureté de l’ouie à gauche. M. Menière, consulté à cette époque, conseilla les bains de Petrakolà, qui furent pris pendant un mois sans aucun résultat appréciable. —En 1844, M. Deleau pratiqua des injections dans la trompe d’Eustache, en cautérisa l’orifice, et fit appliquer des ventouses scarifiées à la nuque, sans obtenir la moindre amélioration. — En 1847, M. D... prit quarante-huit bains de mer. A cette époque, il s’aperçut que l’ouïe s’affaiblissait du côté droit. —En 1850, par les conseils de M. Nacquart, son médecin ordinaire, vésicatoires à la nuque, purgatifs répétés. Ce traitement n'ayant été suivi d'aucun effet appréciable , M. Nacquart me présenta, en 1853, M. D... qui, depuis un an, n’entendait plus de l'oreille gauche, et dont l’ouie était considérablement affaiblie du côté droit. Cet état occasionnait une grande gêne chez M. D.…, Qui ne pouvait entendre son voisin de gauche et ne pouvait suivre là. Conversation, quand plusieurs personnes parlaient à la fois. Je m’assurai qu'il n'existait aucun corps étranger dans le conduit auditif externe, que là membrane du tympan était intacte, et qu'il n’y avait point d’obstruction de la trompe d’Eustache. — Je pratiquai immédiatement de chaque côté de la membrane du tympan la faradisation, telle que je l’ai décrite ci-dessus. M. D... accusa pendant l'opération tous les symptômes que j'ai exposés. Après la prémière séance, je n’observai pas de modification appréciable ; mais la seconde fut suivie d’une amélioration incontes: table. M. D..., qui, depuis longtemps, ne percevait à droite les battements de sa montre qu’en l’appliquant contre l'oreille, les entendait distinctement à une distance de 30 centimètres: L'oreille gauche, dont il croyait l’ouïe à jamais perdue, entendait le bruit de la montre, quoique faiblement, quand elle était appliquée contre le pavillon. Les séances suivautes, qui eurent lieu jour à autre, produisirent encore une amélio= ration progressive, et après une vingtaine de séances M. D... entendit aussi bien à gauche qu’à droite, et cependant il dut venir de temps à autre se faire exciter la membrane du tympan pour recouvrer entièrement l’ouïe.

Peu de temps après la guérison de M. D.., M. le professeur Denonvilliers m'adressa un malade qui se trouvait dans des conditions analogues, et chez lequel jobtins par la faradisation de la membrane du tympan une amélioration considérable. En voici la relation : ns |

OBSERVATION CLXXXIIL — Surdité nerveuse. complète à droite, incomplète à gauche. —Guérison à droite par la faradisation de la mem brane du tympan.

M. B..., d'Angers, âgé de vingt-huit ans, avait bien entendu jusqu'en

juillet 1848. Il crut devoir attribuer sa maladie à un bain de rivière: le jour même de ce bain, il s’aperçut, en effet, que l'oreille droite entendait moins que d'habitude, Quelques mois après (trois ou quatre mois), on fit une application de cinq sangsues derrière l'oreille droite, et le lendemain M. B... n’entendit presque plus. — En janvier 1849, injections dans l'oreille d’une huile dont la composition est inconnue. Point d’amélioration. En janvier 1850, M. Menière fut consulté. Son diagnostic fut : surdité nerveuse occasionnée par un refroidissement à la suite d’une grande chaleur. Injection dans le conduit auditif externe avec une solution de sous-carbonate de soude ; puis cathétérisme de la trompe d’Eustache, et injection d’éther dans ce conduit. Le traitement dura quinze ou vingt jours ; il fut repris chaque année jusqu’en 1852. Pas d'amélioration. — A la fin de 1852, commencement d’affaiblissement de l’ouïe à gauche. Plus de traitement jusqu’au 29 mai 1854.—M. B... me fut adressé à cette époque par M. le professeur Denonvilliers, et je constatai alors que l’ouïe était tellement affaiblie à droite, que M. B... ne pouvait entendre la conversa- * tion, quand son oreille gauche était bouchée, quelque élevée que fût la voix. À gauche, l’ouïe était affaiblie, mais à un moindre degré que du côté droit. M. B... s’apercevait que cette ouïe s’affaiblissait de plus en plus, surtout depuis sept ou huit mois. La faradisation de la membrane du tympan pratiquée comme ci-dessus de chaque côté, jour à autre, pendant un mois, ramena l’ouie à droite où elle était complétement perdue depuis plusieurs années, mais ne produisit aucune amélioration appréciable du côté gauche. Aujourd’hui, M. B... entend de chaque côté, et même mieux à droite qu’à gauche.

L'action thérapeutique de la faradisation .de la membrane et de la corde du tympan sur la surdité ne saurait être contestée dans ces deux cas, car cette affection existait depuis longtemps au plus haut degré d’un côté, et s'aggravait progressivement de l'autre. Puis cette action thérapeutique a été immédiate. Ces deux faits sont d'autant plus importants que les autres médications, dirigées par de célèbres praticiens, avaient complétement échoué.

On conçoit que la faradisation de la membrane du tympan n'ait de chances de réussite que dans les surdités indépendantes d'une lésion organique. La nature nerveuse de la surdité est démontrée dans les deux cas précédents par la guérison sous l'influence d'un moyen qui na d'action que sur l'état nerveux. Mais ce diagnostic est souvent difficile à établir, et ce n’est que par des signes négatifs qu'on peut arriver à le soupçonner. Aussi la faradisation de la membrane du tympan, si facile à pratiquer, n'étant ni dan-

sereuse ni douloureuse, conseillerai-je de recourir à ce mode de traitement avant d'employer d'autres moyens qui sont très pénibles et qui ne sont pas sans inconvénients , comme toutes les opérations sur la trompe d'Eustache. D'ailleurs, il sera tou- Jours temps de recourir à ces dernières , à moins qu'on n'ait constaté l’obstruction ou le rétrécissement de la trompe d’Eustache.

Je n'ai pas encore recueilli assez de faits pour établir la pro poruon des guérisons de ces espèces de surdités par la faradisation de la membrane du tympan. Je dois dire que je compte plus d’insuccès que de succès, en considérant, toutefois, que dans les premiers cas j'ai eu affaire à des surdités qui étaient héréditaires, ou qui dataient de huit à dix ans, ou qui étaient survenues dans un âge avancé. |

La surdité compliquée de bruits particuliers, tels que des bourdonnements, des tintements, des sifflements, etc., est un des phénomènes qu'on observe fréquemment dans l'hystérie. Elle existe ordinairement d'un seul côté (à gauche). Depuis plusieurs années, j'expérimente à la Charité, salle Sainte-Marthe, service de M. Briquet, l'influence de la faradisation de la membrane du tympan sur ce genre d'affection. Il ressort des faits nombreux que j'ai ttes init que cette espèce de surdité guérit huit fois sur dix par la ESS de la membrane du tympan. Il suffit ordinairement d’une ou deux intermittences éloignées chacune d’une seconde, et à un courant très modéré, pour pie. cesser immédiatement les bruits qui incommodent les malades depuis un temps plus ou moins long (depuis plusieurs mois à plusieurs années). Après l'opération, les malades entendent mieux, mais il faut, en général, trois ou quatre séances pour ramener l'ouïe à son état normal. Quand les bruits anormaux reviennent quelque temps après l'excitation de la membrane (après une heure ou deux), on finit par les faire disparaître en insistant sur la faradisation de la membrane tympanique. Cette surdité hystérique, et surtout les bruits continuels qui l’accompagnent, font le désespoir des malades. Rien ne saurait peindre leur joie, quand ils s’en voient subitement délivrés par une opération aussi courte et qui ne leur cause aucune douleur. J'ai vu de ces surdités guéries après plusieurs années de durée. Une malade, entre autres, couchée au n° 40 de la salle Sainte Marthe, avait suivi longtemps un traitement spécial (vésica-

ë ATROPHIE MUSCULAIRE GRAISSEUSE PROGRESSIVE. 813 toires, injections ammoniacales dans le conduit auditif externe) pourune surdité compliquée d'un sifflement continuel.

Je ne reviendrai pas sur le procédé à l'aide duquelton pratique la faradisation de la membrane du tympan. J'ajouterai seulement qu'on doit : 4° Agir d'abord à un courant tellement faibie, que le malade perçoive à peine la sensation causée par l'excitation, et augmenter graduellement l'intensité de ce courant jusqu à ce que la sensation commence à devenir douloureuse ; 2° n'employer que des intermittences rares, à une seconde d'intervalle, à moins que la sensibilité de la membrane du tympan ne soit considérablement diminuée, ce qui arrive quelquefois. Il faut, dans ce dernier cas, augmenter la rapidité des intermittences, en y mettant toutefois beaucoup de circonspection.

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