ANESTHÉSIE CUTANÉE
l'engourdissement, et bientôt après une insensibilité de Ja plante des pieds telle , que le sol est à peine senti, et que la marche est incertaine et même impossible sur un terrain inégal ou pendant la nuit. M. de B... est forcé de s’aider de la vue pour poser le pied sur le sol. En 1854, M. de B... a pris les bains de Pierrefonds sous la direction de M. le docteur Salles-Girons, qui me l’a adressé en octobre 1854, n'ayant pas vu l’anesthésie se modifier, et la marche étant restée aussi difficile, bien qu'il n’existât point de paralysie musculaire. Je constatai les phénomènes que je viens de décrire, et de plus l’insensibilité de la peau des jambes. Malgré cette insensibilité cutanée, les douleurs n’en persistaient pas moins dans les membres inférieurs, revenant irrégulièrement, mais journellement.
La faradisation électro-cutanée, pratiquée au maximum à la plante des pieds et aux jambes pendant cinq minutes, devint très douloureuse après une minute ou deux. Elle rappela la sensibilité immédiatement, mais d’une manière incomplète. M. de B... sentait le froid et la résistance du parquet, pouvait se tenir dans la station ou marcher sans regarder le sol. Le lendemain, l'amélioration s’était maintenue, et les douleurs habituelles n'étaient pas revenues. Il fallut dix séances pratiquées chaque jour pour guérir presque complétement l’anesthésie de la plante des pieds, qui datait d’un an et demi. Depuis dix jours les douleurs n'ont plus reparu.
En attendant que cette guérison se consolide, on ne peut nier ici l'influence thérapeutique de la faradisation cutanée sur l’anesthésie de la plante des pieds.
A cette guérison d'anesthésie de la plante des pieds par la faradisation cutanée, jen pourrais joindre un grand nombre d'autres exemples semblables dans lesquels l’anesthésie compliquait des paraplégies dont les causes étaient diverses.
Bien que j'aie vu l'excitation électrique de la peau triompher généralement de l’anesthésie cutanée (il est entendu qu'il n'est pas 1C1 question de l’anesthésie consécutive à la destruction des nerfs), je dois dire que rien n'est incertain dans ces cas comme son action thérapeutique. Ainsi, il n'est arrivé d'échouer complétement 1à où je croyais réussir. J'en pourrais rapporter, comme preuve, l'observation d'un jeune homme que je soignat, en 1851, avec M. Moutard-Martin, que je ne pus guérir, par cette médication, d'une anesthésie consécutive à une fièvre typhoïde, et qui est encore anesthésique aujourd'hui en 1854. A cet insuccès, Jen pourrais ajouter d'autres qui me sont arrivés méme chez des hystériques. |
Est-il besoin d'ajouter qu'on ne doit jamais népliser de combattre la maladie dont l'anesthésie n’est qu'un symptôme, :
ARTICLE IT
HYPERESTHÉSIE MUSCULAIRE HYSTÉRIQUE,, RHUMATISME MUSCULAIRE, PARALYSIE ET CONTRACTURES CONSÉCUTIVES,.
$S Ier. — Hyperesthésie musculaire hystérique.
L'hyperesthésie musculaire est un des symptômes les plus fréquents de l'hystérie et un de ceux qui tourmentent le plus les malades. Elle siége d'ordinaire dans le côté sauche du tronc, tantôt dans un point plus ou moins étendu des gouttières vertébrales, tantôt au niveau des côtes, ct tantôt à l'épigastre cu dans les autres points des parois abdominales. Elle est continue, augmente à la pression ou par les mouvements. La peau de la région où existe l'hyperesthésie musculaire est quelquefois ellemême hyperesthésiée. On reconnait ce phénomène à la douleur provoquée par le frottement léger de la surface cutanée. Plus souvent l'insensibilité de la peau coïncide avec l'hvperesthésie musculaire. On peut alors pincer ou piquer la peau sans que le malade en ait la conscience, et la douleur ne se réveille que par une pression légère exercée sur la peau, douleur due à l'hyperesthésie des muscles qu'elle recouvre.
J'ai vu fréquemment l'hyperesthésie musculaire rapidement modifiée ou enlevée par l'excitation électro-cutanée apphquée loco dolenti, même quand les sinapismes, les vésicatoires et les ventouses scarifiées (moyens qui cependant réussissent souvent dans ces cas) avaient complétement échoué.
La malade (Marie Roussel) dont j'ai rapporté l'observation page 737, avait entre autres accidents hystériques une douleur épigastrique qui s'était longtemps montrée rebelle aux sinapismes, à plusieurs vésicatoires, et qui céda rapidement à l’excitation électro-cutanée pratiquée loco dolenti, pour ne plus revenir.
Lorsque l'anesthésie cutanée complique l'hyperesthésie musculaire, les excitants ordinaires (vésicatoires, sinapismes, huile de croton) n'ont aucune prise contre cette dernière, Ils produisent une action organique, (l'érythème ou la vésication), et les malades n'ont pas la conscience de cette action. Ce fait démonwerait que la perturbation douloureuse agit plus efficacement contre l’anesthésie musculaire hystérique.