‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 131 sur 140 · HYPERESTHÉSIE MUSCULAIRE HYSTÉRIQUE. S · texte numérisé non relu

HYPERESTHÉSIE MUSCULAIRE HYSTÉRIQUE. S

Rien ne saurait remplacer dans ces cas l'énergique excitation de la faradisation électro-cutanée, qui ne tarde pas à provoquer une vive douleur perturbatrice là où le feu ne pourrait se faire sentir, et à modifier ou dissiper l'hvperesthésie musculaire.

Parmi les faits semblables que j'ai recueillis, je choisirai le * plus récent. Le voici en résumé :

OBSERVATION CCVIT. — Baté, blanchisseuse , âgée de quatorze ans et demi, habituellement bien portante, est réglée depuis six mois. El y a trois mois, ayant mis ses pieds dans l’eau froide au moment des règles, celles-ci disparaissent immédiatement ; une douleur très vive se déclare dans le côté gauche, et la peau de l'abdomen devient très sensiblé.— Entrée quelques jours après à la Charité, dans Ja salle Sainte-Marthe, on ne lui trouve point de fièvre ; cependant on lui prescrit une application de quinze sangsues au niveau du point douloureux. Ayant éprouvé un léger soulagement, elle demanda à sortir deux jours après son entrée. Mais ce soulagement fut de courte durée, et sa douleur de côté étant plus vive que jamais et s'étant étendue dans le dos, au niveau des gouttières vertébrales gauches, elle fut bientôt forcée de rentrer à la Charité, où je l’observai au n° 1 de la salle Sainte-Marthe. Je constatai qu’à gauche le tronc, le membre supérieur et la face, étaient complétement insensibles à la piqûre, au pincement, à la température ; que dans les régions où existait son hyperesthésie le pincement de la peau n’augmentait pas sa douleur, mais qu’il suflisait d’y appuyer un peu pour l’exciter. Elle avait aussi perdu louie, l'odorat et le goût à gauche, et sa vue était du même côté notablement obscurcie. Enfin cette jeune malade éprouvait par moments une sensation de resserrement à la gorge , depuis que tous ces troubles de la sensibilité et des sens s'étaient manifestés. — Une seconde application de sangsues faite sur le côté douloureux ne produisit aucun résultat. De nombreux sinapismes placés sur les points douloureux n’eurent pas plus de succès. Ils n'étaient même pas sentis, bien qu'ils produisissent une vive rougeur, et l’anesthésie cutanée persistait toujours au même degré. — Le 11 octobre 4854 , je faradisai la peau des régions: hyperesthésiées pendant cinq minutes, et après l'opération, pendant laquelle la malade avait accusé une sensation de brûlure , la douleur de côté avait très notablement diminué, et la sensibilité de la peau de cette région était revenue à peu près à son état normal. Dans la journée, la douleur diminua encore, et le lendemain une nouvelle excitation électro-cutanée la fit entièrement disparaître. Pendant les huit ou dix jours que cette malade resta encore à l’hôpital, l'hyperesthésie musculaire du côté gauche ne reparut plus. Quelques jours après Ja guérison de l’hyperesthésie, les régions du côté gauche où la peau n'avait pas été faradisée étaient restées privées de sensibilité. En une seule séance Ja sensibilité cutanée fut rappelée à la face, sur le membre supé- . rieur et dans le côté gauche du tronc, et les sens du goût, de l’odorat et

de l’ouie, furent rétablis à l’aide des procédés spéciaux de faradisation que j'ai déjà décrits, Je n’excitai point la rétine de l’œil gauche. Est-ce à cause de cela que la vue de ce côté resta dans le même état d’affaiblissement qu'auparavant ? |

Ordinairement les malades éprouvent un soulagement plus ou moins grand après la première excitation électro-cutanée dont l'action perturbatrice se continue au point que l'hyperesthésie musculaire diminue graduellement , et disparaît même quelquefois complétement. C'est ce qui est arrivé dans les cas précédents.

OBSERVATION CGVIII. — C'est aussi ce que j'avais observé quelques mois auparavant chez une jeune fille hystérique , couchée au n° 37 de la même salle. Elle souffrait depuis plusieurs mois d’une douleur très vive à l’épigastre, qui augmentait à la plus légère pression ou lorsqu'on saisissait entre les doigts l'épaisseur de la paroï abdominale de cette région. La peau était cependant insensible , au point qu’on pouvait la piquer, la pincer, sans qu’elle éprouvât la moindre sensation, — Des sinapismes, des vésicatoires, l'huile de croton tiglium, successivementappliqués sur l’épigastre, y avaient exercé l’action organique qui leur est propre, sans modifier lhyperesthésie musculaire et même sans rappeler la moindre sensibilité à la peau. Une première faradisation cutanée appliquée loco dolenti pendant troisà quatre minutes produisit une sensation de brûlure très vive qui cessa brusquement avec l'opération, mais qui fut suivie d’un grand soulagement. Depuis lors , l’hyperesthésie alla en décroissant, et je dus, pour l'enlever. entièrement, revenir plusieurs fois encore à la faradisation cutanée.

Quelquefois ce mode de traitement perturbateur enlève seulement temporairement la douleur, qui revient une, deux ou trois heures après l'opération. J'en vais donner un exemple:

OBSERVATION CCIX. — En mai 1854, une hystérique couchée au n° 31 de la salle Sainte-Marthe souffrait depuis cinq mois d’une douleur de côté s'étendant à l’épigastre, et que n’avaient pu amender ni les sangsues, ni les sinapismes, ni les vésicatoires. La sensibilité de la peau était normale. Les douleurs étaient continues et ne suivaient pas la direction des nerfs intercostaux. Une seule excitation éleciro-cutanée pratiquée sur la région douloureuse avait enlevé complétement la douleur en moins d’une minute, Une heure après, la douleur avait reparu aussi vive qu'auparavant. Le lendemain, même opération, même résultat, Pendant huit jours, la faradisation cutanée, pratiquée chaque jour, ne put procurer qu’un soulagement temporaire d’une à deux heures. Je suspendis ces excitations cutanées.et j'y revins une quinzaine de jours plus tard, mais je ne fus pas plus heus

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reux que la première fois ; la malade sortit avec son hyperesthésie musculaire.

Enfin, l'hyperesthésie musculaire hystérique me paraît offrir beaucoup plus de résistance à l’action thérapeutique de la fara- . disation cutanée que l’hyperesthésie cutanée.

$ EI, — Rhumatisme musculaire,

Les douleurs musculaires qui surviennent le plus ordinaire: ment sous l'influence de l'impression du froid prolongé ou d'un courant d'air, et quelquefois sans cause connue, ont reçu, en sénéral, le nom de rhumatisme musculaire. I n'existe pas de remède plus efficace, et qui agisse plus rapidement que la fard disation cutanée dans le traitement de cette affection. Que de lumbagos, que de douleurs musculaires de l'épaule et du cou ont été guéris par une ou deux fustigations électriques !

Il n’est pas seulement ici question de ces douleurs passageres ou de celles qui guérissent en quelques jours, quel que soit le remède employé. J'ai vu presque toujours l'excitation cutanée wiompher de rhumatismes musculaires contre lesquels Îles médications les plus énergiques et les plus variées (sangsues, ventouses scarifiées, vésicatoires pansés à la morphine, etc.), employées successivement, avaient échoué. Pour donner une

idée de la rapidité avec laquelle ces douleurs rhumatoïdes, même celles qui ont été rebelles aux moyens ordinaires, sont enlevées, je rapporterai quelques faits.

OBSERVATION CCX, -— /thumatisme du tiers antérieur du deltoide et du biceps brachial rebelle aux ventouses scarifiées, aux vésicatoires ct aux douches sulfureuses. — Guérison par la faradisation localrsée.

M. Augicr, cuisinier, âgé de trente-sept ans , d'une bonne santé habituelle, n’a jamais eu de maladie grave; point d'affection rhumatismale antérieure. IL y à un mois, sans Cause connuc, Sans s'être exposé au froid ni à l'humidité, n'ayant pas eu d'arrêt de la transpiration , il à éprouvé, pour la première fois, une douleur au niveau de la moitié interne de la portion moyenne du deltoïde, douleur assez aiguë, non continue, qui l’empêchait de porter la main à la hauteur de la tête. Il a toujours pu mettre la main derrière le dos. La douleur à augmenté depuis le début, malgré une médication énergique (ventouses scarifiées, vésicatoires,

. douches de vapeurs) qui lui a été opposée par M. Lailler, médecin

des hôpitaux, sous les auspices duquel il se présenta à ma consultation. Je conslalai les phénomènes que je viens d’exposer, et je vis, en outre, que les mouvements imprimés mécaniquement au bras ne provoquaient pas de douleurs, lesquelles revenaient seulement pendant les mouventents volontaires ; que la pression exercée au niveau de Ja partie antérieure de la tête de l’humérus y déterminait une douleur profonde ; que la douleur de l'épaule s’irradiait dans la partie interne du bras pendant le mouvement volontaire, principalement dans l’abduction du bras et dans la flexion de l'avant-bras ; la pression n’y occasionnait cependant aucune douleur. Le deltoïde était sensiblement atrophié, surtout en avant.

La faradisation cutanée fut appliquée le 45 juin, sur tous les points dou- Joureux, à un courant rapide et intense et avec les fils métalliques, pendant une minute. La douleur disparut immédiatement et ne revint pas pendant les efforts de contraction des muscles paralysés. Le 17, le malade dit avoir été repris de ses douleurs une heure ou deux après l'opération. Une scconde application enleva la douleur aussi vite et aussi complétement que la première fois. Les douleurs reparurent encore, mais moins fortes, ct après plusieurs autres séances, de deux jours l’un, le malade en fut entièrement débarrassé. Après la première application, je reconnus que, chez M. Augier, le rhumatisme était compliqué de paralysie , car il ne pouvait faire plus de mouvements qu'auparavant, bien qu’il n’en fût pas empêché par la douleur. (Je reviendrai plus loin sur ce fait, quand je traiterai de la paralysie comme complication du rhumatisme musculaire).

OBSERVATION COXI. — Douleurs rhumatismales du deltoiïde dutant de six mois immédiatement enlevées par la faradisation cutanée.

Judas, corroyeur, trente-huit ans, demeurant rüc des Novers, n°44, à Belleville, malade depuis deux mois, d’une forte constitution, d’un tempérament sanguin, n’a jamais eu antérieurement de rhumatisme ni de douleurs dans les membres. Vers la fin d'octobre 1852, il éprouve pour la première fois, sans cause appréciable, des douleurs légères dans l'épaule droite, douleurs qui se dissipaient pendant Ie travail et revenaient la nuit. Ces douleurs, contre lesquelles il ne prenait aucun soin, augimentèrent graduellement, au point que, le 16 mars, il fut obligé de laisser son travail. Il avait pris, cependant, quelques bains de vapeur {six ou huit) par les conseils de son médecin, sans en tirer aucun bénéfice. Des vésicatoires volants (cinq dans l'espace de quinze jours) et des frictions ammoniacales ont été ensuite employés, mais sans plus de résultats. Il se présenta alors le 5 mai 1852, six mois après le début, à ma consultation, adressé par M. le docteur Monjeal, et je constatai que tous les mouvements volontaires du bras sur l'épaule étaient impossibles et provoquaient des douleurs qui arrachaient des cris au malade : mais les mouvements communiqués étaient peu douloureux ; je crois même que les douleurs étaient causées par quelques contractions du deltoïde que 12 malade ne pouvait

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