ART. LL. ÉLECTRISATION MUSCULAIRE LOCALISÉE
Pour limiter l’action électrique dans chacun des muscles ou des nerfs qui les animent, est-il'indifférent de se servir de telle
Lo]
ou telle espèce d'électricité? C'est ce qui ne peut être résolu qu'en étudiant séparément l'électrisation musculaire, 1° par Pélectricité statique; 2° par l'électricité de contact (la galvanisation musculaire); 3° par l'électricité d'induction (la faradisation musculaire).
$S Z°r, — Electrisation musculaire par l'électricité statique.
J'ai démontré précédemment (chapitre {) que l'électricité statique ne peut pénétrer jusqu'au tissu musculaire sans exciter en inéême temps la peau à la surface de laquelle elle se recompose toujours eu produisant une étincelle électrique. Elle ne peut donc servir à l'étude comparative de la sensibilité de la peau et de la sensibilité des muscles dans les recherches électrophysiologiques et pathologiques.
Les contractions musculaires qu'elle provoque étant inévitablement saccadées, ne permettent pas d'en faire usage dans l'étude des fonctions musculaires.
Enfin la commotion, qui est inséparable de son action, la déchirure des vaisseaux capillaires qu'elle occasionne, l'espèce de torpeur dans laquelle elle jette les organes, le volume des appareils qui la dégagent, toutes ces causes réunies, en un mot, doivent restreindre de plus en plus l'usage médical de l’électricité statique.
Néanmoins, on aurait grand tort de la rejeter complétement et de lui préférer toujours l'électricité dynamique, sous prétexte que cette dernière n'offre pas les mêmes inconvénients, et quille jouit de propriétés spéciales merveilleusement appropriées à l'électrisation localisée, comme on le verra par la suite. L'électricité statique m'a été d’une grande utilité dans certains cas où les autres espèces d'électricité avaient été insuffisantes.
En effet, le tissu cellulaire sous-cutané est quelquefois tellement abondant, ou infiltré de sérosité, que les courants les plus intenses des appareils d'induction n'arrivent pas jusqu'aux muscles. C'est alors quon trouve dans les décharges de la bouteille de Leyde, une tension électrique assez forte pour vaincre la résistance opposée par les tissus derrière rate s’abritent les muscles ou les nerfs. to
Voici comment je m v prends pour décharger les nus éle
tricités accumulées dans la bouteille de Leyde, sur le muscle que je veux exciter, en en graduant l'électricité et sans produire de commotion générale.
L'appareil dont je me sers dans ce cas se compose d'une ma; chine électrique, d'une bouteille de Leyde et d'un électromètre de Lane placés sur la table de la machine.
L'armure intérieure de la bouteille de Leyde A est mise en communication avec les appendices C du conducteur de la machine B, au moyen du conducteur D. Cette armure intérieure communique elle-même avec le bouton E d’une des branches horizontales de l’électromètre. Cette branche est isolée par le montant de verre F, sur lequel elle repose. L'armure
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extérieure G de la bouteille arvive parde conducteur G' au montant H qui communique avec la seconde branche de l'électromètre. Deux excitateurs terminés en boules Jet K, montés sur de longs manches isolants de verre, sont mis en rapport, l'un J avec la branche H/, l'autre K avec l'extrémité L du conducteur de la machine électrique. LL |
Les choses étant ainsi disposées, l'opérateur applique sur la peau et sur le point correspondant au muscle qu'il veut faire contracter, l'excitateur® 3 qui reçoit l'électricité accumulée à
l'extérieur de la bouteille, tandis qu'au moment où il veut produire ja contraction musculaire, il approche de la peau au niveau de la surface du même muscle le second excitateur K qui reçoit, par l'extrémité L de la machine électrique, le fluide accumulé dans l'intérieur de la bouteille A. I doit toujoursavoir soin de tenir chacune des extrémités des excitateurs à nne distance de 2 centimètres au moins l'une fle l’autre. La force de la décharge qu'on désire obtenir se règle sur le nombre de tours imprimés au plateau. Ainsi, veut-on une faible contraction, on approche de la peau l'excitateur K après un ou deux tours imprimés au plateau. Pour en obtenir une plus forte, on compte un plus ou moins grand nombre de tours de plateau avant de décharger la bouteille. Mais il peut arriver que, par suite d'une erreur ou d'une distraction, la bouteille soit chargée outre mesure et que la décharge qui en résulte occasionne où une contraction très forte ou une action qui pénètre dans un des muscles voisins, ouenfin une sensation trop douloureuse et qui produirait une excitation générale contre-indiquée dans le cas particulier. C'est pour éviter ces méprises fâcheuses et quelquefois dangereuses, que je me sers de l'électromètre de Lane. Des montants H, F, le premier mobile peut être rapproché ou éloigné du second au moyen de la vis M, et une échelle divisée en millimètres, placée à la base du montant H, indique le degré d'éloisnement des deux boules J’et FE’. Avant de faire une décharge sur un muscle, jen règle la force en rapprochant plus ou moins ces deux boules, suivant le degré d’excitabilité du muscle à exciter, suivant la région sur laquelle on agit, enfin suivant le but thérapeutique que je me propose d'atteindre. S'il m'arrive alors de me tromper dans le nombre des révolutions du plateau ou d'etre distrait, la bouteille ne peut se charger outre mesure, car l'électricité vitrée et l'électricité résineuse accumulées dans la bouteille, se neutralisent en $e réunissant entre les deux boules, à l'instant où elles ont acquis une tension assez forte pour vaincre la résistance de l'air placé entre elles, résistance qui, on le sait, est en raison directe de la distance qui les sépare.
Estil besoin de faire ressortir les avantages de ce procéde d'électrisation musculaire, dans l'application de l'électricité de tension ? N'est-il pas évident qu'il concentre son action sur les muscles qui en ont besoin, sansexposer les organes sains et
surtout les centres nerveux aux dangers d’une excitation inopportune. Ce procédé permet de diriger les décharges les plus fortes sur les muscles, alors que leur état pathologique l'exige , comme soit leur atrophie, soit la perte ou la diminution de leur irritabilité et de leur sensibilité.
Qu'on éloigne, au contraire, les excitateurs ainsi qu'on le pratique généralement, en faisant tenir un excitateur dans une main et approchant l'autre de l'organe ou de la partie malade sur laquelle on veut diriger l’action thérapeutique de l'électricité, on verra l'action locale se compliquer de phénomènes de commotion plus ou moins étendus ou généraux, tels qu'on ne pourra, sans danger, dépasser les doses les plus faibles.
Ces phénomènes de commotion générale sont toujours le résultat de l'excitation des centres nerveux. C'est un effet ana: logue à celui que je me propose d'étudier dans le chapitre V, à l'occasion de lélectrisation des extrémités nerveuses. Cette excitation des centres nerveux peut, il est vrai, trouver son indication en électro-thérapie, mais au moins doit-on l’éviter lorsque] cette indication n'existe pas, ou lorsqu'il y a danger à la provoquer. C'est ce procédé d'électrisation qui occasionne, dans certaines conditions, des accidents graves, comme je le AGE par la suite, et qu'on permet cependant aux saltim-
banques de pratiquer sur les places publiques.
On se tromperait fort si l'on croyait pouvoir localiser l’excitation électrique dans un muscle en dirigeant sur sa surface les décharges d'une forte machine électrique. Il suffit, pour se convaincre du contraire, d'analyser les phénomènes de recomposition intérieure qui produisent une sorte de choc en retour et qui doivent nécessairement parcourir tout l'arbre nerveux, quand une portion de l’électricité naturelle dont le corps est pénétré s'échappe par un point de la surface cutanée, pour neutraliser l'électricité de nom contraire qui lui arrive de la machine électrique en mouvement.
Un autre avantage que Je trouve dans l'usage de la bouteille de Leyde, c'est de ne pas exiger l'emploi d’une machine électrique de grande dimension, d’un prix très élevé, et qui trouverait difficilement place dans le cabinet du médecin. Une petite machine à un seul conducteur, et dont le plateau mesure quinze à seize pouces de diamètre suffit pour charger la plus forte
bouteille de Leyde, dont on peut toujours au besoin diminuer l'action avec l'électromètre de Lane, comme on vient de le voir.
S II. — Galvanisation musculaire localisée,
J'ai déjà dit, dans le chapitre L, qui traite des propriétés physiologiques et thérapeutiques des différentes espèces d'électricité, que l’éléctricité galvanique se distingue principalement de l'électricité statique, en ce qu'il est possible de lui faire traverser la peau sans l'exeiter et de localiser son action dansles organes sous-Cutanés. On voit donc que l'électricité galvanique peut servir à localiser l’action électrique dans les muscles on les nerfs qui les animent. |
Malheureusement de nombreux inconvénients s’attachent à l'application de cette espèce d'électricité à l’électrisation musculaire.
L'action calorifique et chimique du galvanisme, et la propriété quil possède d'affecter vivement la rétine, lorsqu'on applique à Ja face, suffiraient, selon moi, pour en faire proscrire l'emploi dans l'étude de tapes o-physiologie ou de la patholooie musculaire, ainsi que dans le traitement des paralysies du mouvement, surtout quand ce dernier exige de fréquentes applicaons. L.es développements dans lesquels je suis entré précédemment (chapitre 1} me dispensent d'insister davantage sur ce sujet.
J'ai dit aussi que les appareils galvaniques de Cruikshank, de Wollaston et de Bunsen) sont difficilement applicables dans la pratique, soit à cause des acides qu'ils nécessitentet des gaz qui s'en dévagent, soit à cause de leur volume, soit enfin à cause de la calorification qu'ils développent.
[l'est vrai qu'on a cherché à diminuer ces derniers inconvénients, en imaginant des appareils composés d'une multitude de petits couples pouvant être réunis dans un petit espace, et qui permet d'obtenir, sous ce petit volume, de grands effets physiologiques, sans avoir à craindre une action calorifique trop intense.
Voici la description de plusieurs de ces peuts appareils palvaniques qui constituent réellement un progrès dans l'art ke la fabrication des piles galvaniques au point de vue de leur appli cation à la médecine, bien qu'ils soient loin de réunir l'ensemble des propriétés qu'ils devraient posséder.
GALVANISATION MUSCULAIRE. 39
a. On a construit en Angleterre une petite pile à colonnes (diminutif de la pile de Volta) dont chaque disque, formé de deux plaques de cuivre et de zinc soudées ensemble, offre à peine un centimètre et denn de diamètre (1). Cette pile se compose d'un plus ou moins grand nombre de couples. Les disques et les rondelles de drap qui séparent ces derniers offrent à leur centre un orifice au moyen duquel on les enfile sur une mèche de coton sous forme de colonne. Veut-on mettre cette petite batterie en activité, on la plonge dans du vinaigre. Les rondelles et la mèche de coton restent longtemps imprégnées de ce liquide, après qu'on les en a retirées. Le courant de cette pile est assez constant, parceque l'acide employé (levinaigre) attaque peu les plaques métalliques.
Cette petite batterie voltaïqne a l'avantage de n’occuper qu'un petit espace; mais son emploi exige qu'on la nettoie chaque fois ; ce qui occasionne une perte de temps assez considérable. Grâce cependant à la multiplicité des éléments, combinée avec la diminution des surfaces, on augmente la puissance physiologique de la batterie en diminuant son action calorifique et le volume de l'appareil. C'était évidemment un progrès dont l'utilité, mal-
heureusement , a été peu comprise, car cet appareil est resté à peu près généralement inconnu, et l'idée qui avait présidé à sa construction a été trop longtemps népligée.
b. Dans ces dernières années, on a imaginé de petits appareils voltaïques connus sous le nom de chaïnes galvaniques qui reposent sur les mêmes principes, c'est-à-dire qui se composent d'un très grand nombre d'éléments et présentent peu de surface.
Les premières chaînes de Golberger quine possédaient aucune espèce de propriété, parce que les éléments qui les composaient n'étaient pas disposés dans les conditions nécessaires au déveioppement d'un courant galvanique, ont bientôt donné naissance aux chaînes galvaniques de Pulvermacher. Le petit appareil de ce mécanicien est admirablement combiné pour produire, sous un petit volume, des courants galvaniques d’une grande puissance physiologique avec une action calorifique modérée. En voici les principales dispositions : Chacun des couples de ces chaines galvaniquesse compose d'un fildezincenrouléen spires serrées, sans
(1) Il existe un modèle au Conservatoire des arts et métiers,
toutefoisse toucher, sur un petit cylindre de bois d’un centimètre et demi àdeux centimètresde longueur etde cinq à six millimètres de largeur. Ces couples réunis entre eux par de petites boucies de cuivre (les fils de cuivre communiquent avec le fil de zinc et vice versä) forment des chaînes dont la longueur varie suivant l'intensité qu'on veut obtenir. On peut ainsi former des batteries qui se composent de trois à quatre cents éléments. Ces chaînes, après avoir été trempées dans l'acide, donnent naissance à des courants et conservent pendant plusieurs heures cette propriété qui cependant s'affaiblit notablement dans un temps assez court. La chaîne de Pulvermacher qui, on le voit, est une heureuse modification de la pile de Volta, a été principalement destinée à être appliquée sous forme de topique, et l'excitation électro-cutanée quelle produit peut être avantageusement employée pour combattre les douleurs rhumatoïdes ou les névralgies rebelles. Mais les interruptions continuelles dues à sa mobilité en font un appareil mal approprié à l'électrisation musculaire. (Je reviendrai sur cet appareil à l’occasion de l'électrisation de la peau.) c. C'est pourquoi j'ai imaginé un petit appareil galvanique, reposant aussi sur le principe de la multiplication des éléments et de la diminution des surfaces. Il est formé de petits cubes d'un centimètre et demi de hauteur, composés chaçun d'un
Fig. 2.
ruban de zinc et d'un ruban de cuivre repliés plusieurs fois sur eux-mêmes et séparés par un petit diaphragme de toile; ces petits cubes soudés entre eux et disposés de manière que les lames de cuivre communiquent avec les lames de zinc, sont placés dans un châssis de bois (voyez la figure 2).
GALVANISATION MUSCULAIRE. LA
On peut ainsi réunir 150 de ces petits couples dans un châssis qui présente une surface de 16 centimètres sur 12. J'ai donné à ce petit appareil le nom de pile à rubans. Pour le mettre en action, jelelaisse plongé pendant quelques minutes dans un bac contenant une certaine quantité de vinaigre. Un rhéotome (appareil propre à produire des intermittences) marchant à l'aide d'un instrument d'horlogerie et mis en rapport avec l’un des pôles me permet d'obtenir à volonté des intermittences plus ou moins rapides.
Je n'ai pas besoin de faire ressortir les avantages de cette batterie galvanique dont les éléments sont fixes et soudés les uns aux autres, avantages que je n'ai pas trouvés dans les chaînes de Pulvermacher.
Celles-ci ne peuvent servir que comme topiques galvaniques ; celles-là sont plus sûres et d'un usage plus commode, quand on veut faire de la galvanisation localisée. Enfin cette pile à rubans est tout aussi puissante que la chaîne de Pulvermacher, et n'est pas comme elle exposée à une détérioration rapide.
J'avouerai que je me sers de ma pile à rubans seulement dans les cas où il est indiqué d'exciter vivement la rétine.
L'action calorifique, ai-je dit, est diminuée dans les appareils à petite surface que je viens de décrire (petite pile à colonnes, chaîne de Pulvermacher, pile à rubans), mais elle ne l'est pas au point de ne pouvoir être utilisée à l’occasion. En effet, ces appareils désorganisent parfaitement la peau, en la faisant passer par tous les degrés de la brülure, lorsqu'on limite leur action dans cet organe. [ls peuvent, en conséquence, remplacer, jusqu'à un certain point (1), le moxa et la cautérisation transcurrente. Ils sont même préférables à ces moyens, en ce qu'ils se graduent assez bien pour produire une cautérisation plus ou moins lente, suivant les indications particulières, tandis que le feu désorganise rapidement les tissus, et que la douleur cesse immédiatement après la formation de l'escarre.
Ces appareils pouvant faire contracter assez énergiquement les muscles, semblent, au premier abord, devoir être très utiles dans le traitement des paralysies. Malheurensement ils sont exposés, comme toutes les batteries galvaniques, à s'affaiblir pres:
(1) Si l'on voulait produire une cautérisation rapide , comme avec le moxa,
il faudrait employer une batterie à large surface, par exemple celle qui a été imasinée par M. Regnauld et que j'ai déjà mentionnce page 27.
h2 DE L'ÉLECTRISATION LOCALISÉE.
que aussitôt après qu'on les a mis en action. Pour en donner une idée, il me suffira de rapporter une des expériences que j'ai faites sur ce sujet avec l'appareil de M. Pulvermacher. Je dirigeai un courant intermittent sur le biceps brachial , l'appareil étant à son maximum. La contraction du muscle fut telle à la première intermittence, que l'avant-bras se fléchit violemment sur le bras, et que le sujet éprouva une assez vive sensation, Mais la seconde contraction fut un peu moins forte que la première et les contractions suivantes s'affaiblirent de plus en plus, au point qu'après un certain nombre d’intermittences (une vingtaine), le biceps se contractait à peine. Je renouvelai pendant plusieurs jours cette expérience sur différents muscles, et je constatai que cet affaiblissement est d'autant plus rapide que les intermittences sont plus rapprochées. Le courant continuépuise l'appareil bien plus vite encore que le courant intermittent. Mais cetaffaiblissement n'est que temporaire; car si le cercle est interrompu pendant un quart d'heure, l'appareil se recharge et récupère sa force première.
L'affaiblissement temporaire des piles galvaniques, Joint à leur épuisement progressif et continu, résultat de leur action chimique, ne permet que difficilement qu'onen mesure et qu'on en calcule l'action. En raison de ces causes d'affaiblissement imprévues auxquelles est exposée sa puissance physiologique, le galvanisme est, on le conçoit, inapplicable en général à la localisation de l'excitation électrique dans chacun des muscles ou des nerfs, surtout dans les études électro-physiologiques et pathologiques que j'exposerai dans les deux dernières parties de ce livre et qui exigent une grande précision. Comment, en effet, mesurer une force qui subit de telles variations ? Comment la graduer de manière à en proportionner la dose au depré d’excitabilité des organes si variable dans l'état de santé ou de maladie?
Les préceptes qu'il conviendrait de suivre d’ailleurs pour pratiquer la galvanisation musculaire localisée sont absolument les mêmes que ceux qui vont être exposés à l'occasion de la faradisation musculaire localisée.
$ III, — Faradisation musculaire localisée.
Des trois espèces d'électricité, l'électricité d’induction est celle qui convient le mieux à l'électrisation musculaire, surtout quand
FARADISATION MUSCULAIRE. 13 eette opération doit être longtemps et fréquemment pratiquée. Pour s'én convaincre, il suffit de se rappeler les propriétés physiologiques et thérapeutiques spéciales dont jouit ce mode d'électricité, propriétés que j'ai exposées dans le premier chapitre. On sait, en effet, que la faradisation peut provoquer les plus fortes contractions musculaires, sans exciter en même temps la sensibilité cutanée, sans produire de commotion, sans jeter les organes dans une sorte de stupeur, sans déchirer les vaisseaux capillaires; en un mot, sans occasionner, comme l'électricité statique, tous les accidents contre lesquels les sujets réagissent quelquefois difficilement. On sait aussi que si le galvanisme et le faradisme possèdent à un égal degré la vertu de se recomposer plus ou moins profondément sous la peau, comme je le prouverai plus loin, ou, en d’autres termes, de concentrer leur action dans les muscles ou les nerfs sans exciter la peau, on sait, dis-je, que les propriétés chimiques et physiques du faradisme, sont infiniment peu développées comparativement à celles du galvanisme et qu'elles sont trop faibles pour être appréciables pendant la faradisation musculaire; on sait enfin que le faradisme aoit très peu sur la rétine et ne complique pas d'une manière fâcheuse, comme le galvanisme, l’électrisation des muscles de la face.
On peut donc dire avec raison, je crois, que l'électricité faradique, qui n'altère en rien les tissus, est l'électricité essentiellement médicale.
C'est lorsqu'il s'agit de limiter exactement la puissance électrique dans chacun des muscles ou faisceaux musculaires, dans chacun des nerfs, que l’on comprend l'importance du faradisme et la nécessité de se servir d'appareils d'induction qui réunissent l'ensemble des propriétés que je viens d'énumérer ; tels sont ceux que j'ai dû imaginer dans ce but spécial.
Le choix d’un bon appareil est d'une telle importance dans la pratique de la faradisation localisée, que j'ai dû consacrer un chapitre entier (le chapitre [V) à l'étude de cette question. Les considérations que j'aurai à exposer sur te stüijet ne pourront être bien comprises que lofsque j'aurai exposé l’ensemble des données anatomiques et physiologiques sur lesquelles repose la faradisation localisée.
Pour le moment, je me contenterai de dire que sans ces appareils de précision, la faradisation localisée eût été à peu pres
hh DE L'ÉLECTRISATION LOCALISÉE.
irréalisable, et que je n'aurais pu sans leurs secours ouvrir Îa voie de recherches électro-physiologiques, pathologiques et thérapeutiques dont l'importance est aujourd'hui bien établie et qui feront l'objet des deuxième, troisième et quatrième parties de ce livre.
A. Mode opératoire. La faradisation musculaire se pratique, soit en concentrant l'excitation électrique dans les plexus ou dans les troncs nerveux, qui la conduisent aux muscles placés sous leur dépendance, soit en dirigeant cette excitation sur chacun des muscles ou sur chacun de leurs faisceaux. Dans ces différentes opérations, les excitateurs doivent toujours être aussi rapprochés que possible l’un de l’autre.
Le premier mode de faradisation produit des mouvements d’ensemble, c'est la faradisation musculaire indirecte;le second donne des mouvements partiels, c'est la faradisation musculaire directe.
Chacun de ces modes de faradisation exige un procédé spécial que je vais décrire.
On sait déjà qu'en plaçant sur la peau les excitateurs humides d'un appareil d'induction, l'électricité concentre sa puissance dans les organes situés immédiatement au-dessous. En conséquence, pour provoquer la contraction musculaire, il suffira de placer ces excitateurs humides sur les points correspondants à la surface ou des muscles ou des nerfs qui les animent.
Les excitateurs communiquent avec les pôles d'un appareil d'induction par des conducteurs métalliques.
Sur les muscles du tronc qui présentent une large surface, japplique des éponges humides enfoncées dans des cylindres métalliques. Ces derniers se vissent sur des manches isolants, comme dans la fivure 3.
; Pour limiter l’action électrique dans les muscles qui présentent peu de surface, comme ceux de la face, les interosseux, ou les muscles des régions profondes, je me sers d'excitateurs métalliques coniques (fig. 4 Fig. 3. | et 5), qui se vissent sur
les manches isolants de la fisure 5. Les cxcitateurs coniques
eu
FARADISATION MUSCULAIRE. L5 sont recouverts de peau (1) trempée dans l'eau, et présentés par leur extrémité aux points qui recouvrent les muscles à faradiser. Ils me servent aussi à porter l’action électrique sur les troncs et les filets nerveux, lorsque je pratique la faradisation musculaire indirecte.
La peau humide qui recouvre les excitateurs métalliques oppose au courant faradique beaucoup moins de résistance que les éponges humides. Ce phénomène est dû à la différence d'épaisseur de ces deux mauvais conducteurs, qui doivent être traversés par le courant dirigé sur la surface du corps. Aussi, dans certaines circonstances, préféré-Je aux éponges les excitateurs métalliques à large surface et recouverts également de peau humide, à cause de la propriété qu'ils ont d'augmenter l'intensité du courant.
B. La faradisation musculaire indirecte exige, on le concoit, la connaissance exacte de la position et des rapports anatomiques des nerfs. Elle est des plus simples sur les membres où la plupart des troncs nerveux, sous-cutanés dans un point de leur continuité, sont accessibles aux excitateurs.
Au membre supérieur, l'action électrique peut être limitée, dans le median, au tiers inférieur et interne du bras; dans le cubital, à son passage dans la gouttière qui sépare l'épitrochlée de lolécrane. La faradisation du radial se pratique en posant l’excitateur en dehors de l'humérus et à la réunion de ses deux tiers supérieurs avec son tiers inférieur, dans le point où ce nerf se dégage de la souttière humérale. Il est impossible alors de ne pas stimuler en même temps d'une manière directe quelques fibres du triceps et du brachial. Le musculo-cutané se faradise dans le creux de laisselle. On peut aussi limiter l'action électrique dans quelques branches terminales, par exemple, dans celle qui anime les muscles de l’'éminence thénar et dans les nerfs collatéraux.
Au membre inférieur, la faradisation musculaire indirecte est encore plus simple. On trouve, en effet, le cruralau pli de laine, eu dehors de l’artère crurale, et les deux poplités dans le creux du Jarret. On doit savoir que l'excitation électrique ne peut
(1) Je me sers habituellement de doigts de gaut de peau retournés, et dont je coiffe les excitateurs coniques.