DE L'ÉLECTRISATION LOCALKÉE
conditions de sécheresse ou d'humidité doit se trouver la peau et quelle doit être la forme des excitateurs, pour obtenir des actions électriques superficielles ou profondes ; de bien posséder son anatomie, surtout celle des surfaces, afin de savoir dans ; quels points doivent être placés les excitateurs, soit pour agir directement sur chacun des muscles, soit pour les stimuler indirectement au moyen de leurs nerfs principaux. Mais il n'en est malheureusement pas ainsi, car chaque organe, chaque muscle, chaque nerf possède son degré d'excitabilité, soit de contractilité, soit de sensibilité électrique.
[L serait inopportun d'entrer actuellement dans de longs développements sur ce sujet ; cependant je dois signaler certains phénomènes, dont l'ignorance pourrait être la cause non seulement de nombreuses déceptions, mais même d'accidents quelquefois graves.
1° Excitabilité de la motricité des nerfs et de la contractilite des muscles. — La motricité (1) de la branche externe du nerf spinal (nerf respirateur de Bell) est des plus excitables. En conséquence, les muscles ou les portions de muscles qu'elle anime doivent entrer en contraction sous l'influence de la plus faible excitation électrique. En voici la démonstration. Le muscle sterno-cléidomastoïdien, dans sa moitié inférieure, et le muscle trapèze sont assez peu excitables. Mais si l'on dirige sur la moitié supérieure du muscle sterno-cléido-mastoïdien, ou sur le bord externe de la moitié supérieure du trapèze, un courant trop faible même pour développer un commencement de contraction dans les autres parties de ces muscles, on voit, du côté excité, la tête s'incliner, ou l’épaule se soulever par un mouvement brusque et violent. Si l’excitateur est placé sur le sommet du triangle susclaviculaire, les mêmes mouvements se manifestent énergiquement par la contraction simultanée d’une partie supérieure du trapèze et du sterno-cléido-mastoïdien (2). Il me paraît démontré par cette expérience que cette extrême excitabilité, qui n'existe que dans les points limités du muscle trapèze et du sterno-
(1) Faculté que possède un nerf excité artificiellement de provoquer des contractions musculaires (dénomination créée par M, Flourens). (2) On sait que Ja branche externe du spinal se distribue à la moitié supé-
rieure du sterno-cléido-mastoïdien et à la moitié supérieure du trapèze, surtout à son bordexterne. | | | | |
cléido-mastoïdien, est due à la présence de la branche externe du spinal. | | |
Je vais montrer à quels dangers le sujet se trouve exposé pendant la faradisation, si l'opérateur n'a pas connaissance de l'important phénomène électro-physiologique que je viens de signaler. Au commencement de mes recherches, je n'avais pas trouvé dans les auteurs les lumières qui auraient pu me mettre en garde contre les trop nombreux malheurs que jai eu à déplorer. Voici, entre autres, un accident qui m'est arrivé en faradisant le muscle trapèze pour une paralysie du membre supérieur. Je dirigeais un courant assez intense sur la moitié supérieure du trapèze, lorsque , passant subitement au bord externe de ce muscle, je plaçai un excitateur sur le sommet du triangle sus-claviculaire, de manière à toucher en même tempsune portion de lamoitié supérieure du muscle sterno-cléidomastoïdien. La tête exécuta alors un mouvement de latéralité et d'inclinaison tellement brusque , que le malade sentit un craquement et une douleur très vive dans le cou. Il éprouva de plus des étourdissements et des fourmillements dans les extrémités, et dut être saioné immédiatement. Si l'appareil avait été gradué à son maximum, ne pouvait-il pas arriver un accident d'une extrême gravité ? Ce fait me conduisit à la découverte de la grande excitabilité du nerf respirateur de Bell, que je crois Le plus excitable de tous les nerfs ; mais cette découverte, on le voit, faillit me coûter bien cher.
2° Excitabilité de la sensibilité des muscles. — 11 importe beaucoup moins à l'opérateur de connaître le degré d’excitabilité de la motricité ou de la contractilité électro-musculaire des autres nerfs et des autres muscles des membres que de savoir quel est le degré de sensibilité (1) développée par la faradisation de ces nerfs ou de ces muscles. C'est, en effet, cette exagération de la sensibilité dans certaines régions, ou chez certains sujets, qui rend quelquefois la faradisation musculaire impraticable. Lorsque, par la suite, j'exposerai les résultats de la faradisation appliquée au traitement de certaines paralysies, on verra com: bien l’exaltation de cette sensibilité électro-musculaire pent rendre la faradisation localisée dangereuse. C’est donc principa-
(1) Le mot sensibilité est souvent confondu avec le mot excitation. Par sensibilité musculaire, j'entends exprimer la sensation produite par l'excitation élec-
trique des muscles,
lement sur la connaissance du degré d'excitabilité de la sensibilité électro-musculaire que repose l’art de la faradisation localisée. Bien que les différences individuelles soient plus grandes à cet égard que pour l'excitabilité de la contractilité électromusculaire, je suis convaincu que l'on peut trouver une moyenne qui servira de règle générale comme il existe une moyenne pour l'art de doser les médicaments.
Sans entrer dans les détails des recherches que j'ai faites sur ce sujet intéressant, Je crois devoir exposer, sur l'excitabilité de la sensibilité de chacun des muscles, quelques généralités qui pourront guider lopérateur dans la faradisation musculaire directe.
L'excitabilité de la sensibilité électrique est très vive dans les muscles de la face ; elle est due à la cinquième paire , qui leur envoie des filets nerveux. Dans la faradisation des muscles de !a face , on doit toujours éviter de placer les excitateurs sur les points correspondant aux nerfs sous-orbitaire ou mentonnier. Il résulterait de l'excitation de ces nerfs une douleur très aigué, qui retentirait dans Îles dents incisives et quelquefois dans le fond de l'orbite et même du cerveau.
L'excitation des nerfs frontaux produit des douleurs qui rayonnent dans la tête ; c'est pourquoi la faradisation du musele frontal est très douloureuse. Les muscles orbiculaires des paupières, pinnal radié et pinnal transverse (1), élévateur commun de l'aile du nez et de la lèvre supérieure, carré du menton, de la houppe du menton, orbiculaire des lèvres et triangulaire des lèvres, sont les plus excitables. L'ordre dans lequel je les ai énumérés indique leur degré relatif d'excitabilité. Viennent ensuite le grand et le petit zygomatique, le masséter et le buccinateur, qui est comparativement peu excitable, Je ne faradise jamais le canin, dans la crainte de porter l'excitation dans le nerf sous-orbitaire.
Au cou, le paucier est aussi excitable que la moitié supérieure du sterno-mastoïdien et le bord externe de la moitié supérieure du trapèze(2). Les autres muscles du cou sont beaucoup moins excitables que les précédents.
Le grand pectoral et les muscles de la fosse sous-épineuse
(1) Myrtiforme des auteurs.
(2) L’extrême excitabilité du premier me fait présumer que ce muscle recoit l'influence de la branche externe du spinal,
sont assez sensibles à l'excitation électrique ; le deltoïde et les muscles du bras le sont un peu moins. Les muscles de la région antibrachiale antérieure sont beaucoup plus sensibles que ceux de la région antibrachiale postérieure.
Les muscles long dorsal et sacro-lombaire sont très peu sensibles.
Les muscles fessiers et tenseur aponévrotique (1) sont très sensibles à l'excitation électrique, comparativement aux muscles des régions externe et postérieure de la cuisse ; ceux de la région crurale interne sont plus sensibles que ceux de la région crurale externe.
Les muscles dela région postérieure de la jambe sont très peu sensibles à l'excitation électrique, comparativement aux muscles de la région jambière antérieure et externe.
J'aurais pu traduire par des chiffres le degré d’excitabilité de chacun des muscles et des nerfs ; mais ces recherches ne peuvent être exposées que dans un travail spécial. Je suis tellement familiarisé avec la pratique de la faradisation localisée , que Je puis, à l'aide de mes nouveaux appareils, administrer à chacun des muscles ou des nerfs la dose d'électricité nécessaire à la production d'une contraction musculaire énergique, et cela sans développer de douleur. Il faudrait une longue étude de la faradisation pour atteindre ce degré d'assurance, qui ne me parait pas absolument nécessaire dans la pratique de cette opération:
Il est bien certain qu'un excitateur suffisamment humide et en contact parfait avec la peau ne donne lieu qu'à des sensations purement musculaires ; mais il faut savoir qu'au moment où on l'applique sur la Fu et avant que le contact soit parfaitement établi, une sensation cutanée se méle à la sensation musculaire. Il en résulte que la faradisation musculaire, surtout celle qui est pratiquée avec des intermittences rapides, est beaucoup plus douloureuse au moment où l'excitateur est appliqué sur la peau. Voici comment il faut alors procéder pour éviter au malade cette sensation mixte, très douloureuse. Avant de poser les excitateurs sur la peau, on les rapproche l'un de l’autre de manière à les mettre en rapport et à neutraliser ainsi les courants. Lorsqu'ils ont été mis en contact parfait avec la
(1) Le tenseur aponévrotique est Le plus sensible à lexritation électrique de tous les muscles des membres pelviens.
peau, on les éloigne un peu l’un de l’autre, de telle sorte que la recomposition électrique se fasse dans le muscle à exciter. J'emploie assez souvent un autre procédé tout aussi simple, qui consiste à ne faire arriver le courant que lorsque les excitateurs ont été placés sur la peau au niveau du muscle à exciter.
I ne faut pas s'imaginer qu'il suffise de connaître les préceptes que je viens d'exposer dans cet article et d'être anatomiste pour posséder complétement l’art de faire contracter isolément et exactement chacun des muscles ou de leurs faisceaux. Pour atteimdre ce degré de perfection il est une foule d'autres détails auxquels il est nécessaire d'être initié et dans lesquels je ne puis entrer actuellement sans sortir des limites que je dois mimposer, Ainsi, par exemple, il existe pour chacun des muscles un point anatomique dans lequel les excitateurs doivent être placés de préférence, quand on veut obtenir leur contraction complétement et isolément. De plus, pour bien en voir l’action mdividuelle, il faut presque toujours placer le membre dans une attitude particulière, On conçoit que pour indiquer ces points anatomiques et l'attitude qu'on doit alors donner au membre, il serait nécessaire de passer en revue toute Ja myolopie.
Ce travail serait certes très utile; aussi, dans le désir de l’abréger autant que possible, et d'en faciliter l'étude, me ré- servai-je d'exposer un jour l’ensemble de ces données dans un tableau synoptique avec figures.fCe projet ne peut être mis à exécution, que lorsque j'aurai entièrement terminé mes recherches sur l’électro-physiologie musculaire.
Les préceptes généraux que j'ai donnés suffiront, j'espère; à ceux qui voudraient commencer à s'exercer à l'art de la faradisation musculaire localisée. Je n'ai pas besoin d'ajouter que l’habileté manuelle nécessaire à ce senre d'opérations s'acquiert seulement avec la pratique.