‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 19 sur 140 · ART. LIT. -= ÉLECTRISATION CUTANÉE · texte numérisé non relu

ART. LIT. -= ÉLECTRISATION CUTANÉE

L'électrisation cutanée peut se pratiquer au moyen de l’électricité statique ou de l'électricité dynamique. On sait que, pour limiter l'électricité statique dans la peau, on doit agir à faible tension. En effet, l'excitation cutanée, par cette espèce d'élec-:

ÉLECTRISATION CUTANÉE, ht.

tricité, ne franchit certains degrés d'intensité qu’à la condition de pénétrer plus où moins profondément les organes et de produire des effets de commotion. C'est pourquoi l’action thérapeu-’ tique de l'électrisation statique cutanée, qui est faible et presque toujours insuffisante, comme je crois l'avoir établi précédemment (vov. chap. D, est rarement indiquée.

J'ai déjàditque l'excitation cutanée par l'électricité dynamique se pratique à l'aide d'excitateurs secs appliqués sur la peau sèche elle-même, et qu'elle se manifeste par une sensation plus ou moins vive, selon le degré d'intensité du courant, depuis le chatouillement jusqu à la douleur la plus vive. Mais on sait aussi que le galvanisme. ne peut agir sur la peau sans y occasionner une altération plus ou moins considérable (la vésication ou la cautérisation), tandis que le faradisme n'y produit pas d’autres phénomènes organiques que de petites élevures, ou de l'érythème. Il s'ensuit que la galvanisation cutanée n’est indiquée que dans certains cas, et que la faradisation cutanée, qui, au contraire, respecte les tissus, est un des agents thérapeutiques les plus précieux et les plus fréquemment indiqués.

Ces motifs me déterminent à traiter spécialement de la faradisation cutanée, dont les procédés s'appliquent d’ailleurs parfaitement à la galvanisation cutanée.

$S Ier, — Mode opératoire,

Les différences d’excitabilité électro-cutanée des diverses régions du corps nécessitent l'emploi de différents procédés de faradisation cutanée.

Ces procédés sont de trois espèces : la faradisation par la main électrique; la faradisation par les excitateurs métalliques pleins; la faradisation par les fils métalliques.

Chacun d'eux possède une action spéciale, dont on peut tirer parti comme agent thérapeutique.

Je vais décrire chacun de ces procédés de faradisation cutanée.

À. Faradisation cutanée par la main électrique. — Dans ce procédé on se sert d’un excitateur humide (une éponge enfoncée dans un cylindre) semblable à celui que j'ai fait représenter dans l'article précédent (fg.3),que l'on fait communiquer avec un des pôles de l'appareil, On le place sur un point trés peu excitable

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de la surface du corps du malade , er le second excitateur, en rapport avec l'autre pôle, est tenu dans les mains de l'opérateur. Celui-ci, après avoir desséché la peau du malade, à l'aide d'une poudre absorbante (poudre de Iycopode ou de riz), passe rapi-. dement la face dorsale de sa main libre sur les points qu'il veut exciter,

B. Faradisation cutanée par les corps métalliques pleins. — I faut dessécher la peau comme précédemment; cependant si l'épiderme est trop épais et trop dur, comme cela se rencontre dans plusieurs professions, et principalement aux pieds et aux mains, qui sont souvent en contact plus ou moins continu avec l'eau et avec l'air, on humecte très lépèrement la peau, pour que l'excitation électrique arrive dans l'épaisseur du derme ; enfin on applique où l'on promène sur la peau les excitateurs métalliques pleins, cylindriques, olivaires ou coniques (fig. 3, 4 et 5). Les premiers sont destinés à exciter, par leur face externe, la peau des membres et du thorax ; les seconds servent à la faradisation du cuir chevelu.

Ces excitateurs doivent toujours être promenés plus ou moins rapidement sur les parties malades. Dans certains cas particuliers, lorsqu'il est besoin de produire dans un point très limité une vive révulsion, on laisse en place pendant quelque temps la pointe de l'olive; c'est véritablement le clou électrique ainsi appelé par les malades qui comparent son action à celle d'un clou brûlant qu'on enfoncerait dans la peau. Ce mode de procéder peut être appliqué surtout au voisinage de la colonne vertébrale.

C. Faradisation cutanée par les fils métalliques.—Les fils métalliques (Go. 8 et 9) sont employés sous forme de vergette ou de balais, enfoncés dans des cylindres, qui se vissent également sur des manches isolants. Il y a deux manières de faradiser par les fils métalliques ; tantôt on parcourt la surface malade, tantôton frappe légèrement la peau avec l'extrémité des balais ; tantôt on les laisse en place aussi longtemps que le malade peutles supporter. Le premier procédé a beaucoup d’analogie, quant à son action sur la sensibilité, avec la cautérisation transcurrente; j'appelle le second fustigation électrique ; le troisième, rarement supporté par les malades, peut

ÉLECTRISATION CUTANÉE. 61 étre emplové cependant dans des affections profondes, comme les tumeurs blanches,ou pour aider à la résorption de certaines tumeurs ou glandes engorgées. C'est ce qu'on pourrait désigner

sous le nom de moxa électrique.

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$ II. — Action physiologique de ces divers procédés de faradisation cutanée.

A. L'application de la main électrique à l'excitation de la sensibilité cutanée produit à la face, et sous l'influence d’un courant intense, une sensation très vive ; mais sur les autres parties du corps elle développe une sensation à peine appréciable. La vive crépitation produite par le passage rapide de la main sur l'enveloppe cutanée du corps est le seul phénomène appréciable.

Les excitateurs métalliques pleins agissent énergiquement sur Ja sensibilité cutanée de la face, même avec un courant peu intense. Ils stimulent vivement la peau du tronc, mais ils sont souvent impuissants sur les mains et sur la plante des pieds, quelle que soit l'intensité du courant.

Les fils métalliques excitateurs triplent la puissance de la faradisation sur la: sensibilité de la peau, et sont les seuls agents capables d’exciter vivement cette dernière aux mains et à la plante des pieds, dans les anesthésies profondes de ces régions.

Les genres de sensations développées par ces divers procédés de faradisauon diffèrent les uns des autres. Ainsi la main électrique produit à la face l'effet d'une brosse rude qui déchire Ja peau ; les fils métalliques exercent une action plus profonde. Lorsqu'on laisse ces derniers en place, ils occasionnent la sensation qui serait produite par des aiguilles brûlantes enfoncées dans les tissus. La fustigation par les fils métalliques donne une sensation qui ne diffère de la précédente que par la durée. Rien n égale la sensation produite par les fils métalliques excitateurs, pas même le feu, au dire des inalades auxquels on a appliqué le moxa ou la cautérisation transcurrente. Il est assurément difficile d'exprinier exactement ces différents seunres de sensations ; je crois en donner une idée er me servant des comparaisons que font habituellement les malades qui me rendent compte des impressions qu'ils éprouvent pendant la faradisation cutanée.

B. Degré d'excitabilité des diverses régions de la peau.— A l'état normal, l’excitabilité électro-cutanée varie considérablement

dans certaines régions du corps;il importe au succès des applications faradiques aux anesthésies cutanées, ou aux diverses lésions de la sensibilité tactile, de connaître la différence d'excitabilité de cliacune de ces régions à l'état normal. |

La peau de Ja face doit à la cinquième paire son exquise sensibilité; aussi son excitäbilité électrique est telle, que le courant faradique le plus faible y produit une vive sensation, alors même que ce courant exerce une action à peine appréciable sur les autres parties du corps. La peau de la face est beaucoup plus sensible à l’action électrique dans les points les plus voisins de la ligne médiane ; ainsi son excitabilité est plus grande sur les paupières, le nez et le menton que sur les joues. La peau qui recouvre la paupière supérieure, les ailes et le lobule du nez, et surtout les bords des orifices des narines, la dépression sousnasale de la lèvre supérieure, le lieu de jonction de la peau et de la muqueuse labiale sont les points qui ressentent le plus vivement Î'excitation électrique.

Au front, la sensibilité électro-cutanée est moins grande qu'a la face, et diminue d'autant plus qu'on approche davantage du cuir chevelu ; elle est comparativement peu développée dans ce dernier point, où il faut un courant assez intense pour la produire.

L'excitabilité électro-cutanée est notablement plus grande sur le cou, sur le tronc, que sur les membres; dans la région cervicale et lombaire que sur les autres parties du tronc; sur les faces interne et antérieure des membres, que sur leurs faces externe et postérieure.

La peau de la main jouit de très peu d'excitabilité électrique ; il en est de même de la face plantaire du pied, excepté dans sa partie moyenne et interne. Chez les individus dont les mains sont souvent exposées à l'air et à l'humidité, la sensibilité de la peau est teilement émoussée, ainsi que je l'ai dit, qu'il faut recourir à des procédés particuliers et à un très fort courant pour la surexciter.

Les nerfs des membres qui président à la sensibilité dela peau paraissent très peu excitables par l'agent électrique, lorsqu'on ditise son action sur leurs troncs, à l’aide d’excitateurs humides ‘placés sur leur trajet ; mais ils le deviennent lorsqu'on stimule leurs dernières ramifications ; ainsi le nerf saphène externe est

FARADISATION DES ORGANES INTERNES. 63 excitable seulement au-dessous de la malléole. Cette excitabilité se manifeste par une sensation de fourmillement et de picotement qui serépand sur la face dorsale du pied, ets’accroîit lorsque les excitateurs suivent les divisions des filets cutanés. Les nerfs coliatéraux sont très excitables, et d'autant plus qu’on se tient plus près de la pulpe des doigts, point dans lequel ils paraissent avoir concentré toute leur puissance. L'excitation électrique des nerfs sous-orbitaireet mentonnier ne produit jamais des fourmillements ou des picotements dans la peau de la face, où ils se distribuent ; leur excitation électrique donne des douleurs lancinantes des plus vives dans les incisives. Les nerfs frontaux sont tellement excitables, que la faradisation musculaire est rarement possible sur le front.

C. Il n'existe pas un seul agent thérapeutique dont l'action soit comparable à la faradisation cutanée; elle seule peut exciter la sensibilité de la peau soit en passant rapidement du simple chatouillement à la douleur la plus intense, soit en passant gra. duellement par tous les degrés intermédiaires; elle seule peut produire à la peau une excitation que le feu égale à peine, sans désorganiser les tissus, sans même soulever l'épiderme, quelque prolongée que soit l'opération. La sensation qu'elle éveille cesse brusquement et presque toujours complétement, dès que l'excitateur n'est plus en contact avec la peau; enfin l'instantanéité de son action permet de porter rapidement la stimulation électrique sur tous les points de la surface du corps.

Cette exposition des propriétés principales de la faradisation cutanée doit donner une idée de la puissance de son action thé- rapeutique, et des nombreux services qu'elleest appelée à rendre à la thérapeutique. C'est ce que J'aurai souvent l'occasion d'établir dans le cours de cet ouvrage.

ART, IV. — FARADISATION DES ORGANES INTERNES, DES ORGANES DES SENS ET DES ORGANES GÉNITAUX DE L'HOMME.

La plupart des organes situés dans les cavités sont actessibles à l'excitation faradique (1) soit directement, par l'action des (1) Je rappclle qu'il ne suffit pas qu'un organe soit traversé par un courant,

pour au'il soit excité par lui. I] faut pour cela ou que la recomposition électrique S’opère dans son tissu , ou que le nerf qui l'anime soit stimulé directeiient,

6 DE LÉLECTRISATION LOCALISÉE.

excitateurs placés sur leur tissu, soit indirectement, par la stiinulation des nerfs qui les animent. Je vais décrire les différents procédés de faradisation que Jai adoptés pour diriger sur ces organes l'excitation faradique.

$ T°". — Faradisation des organes internes.

À. Faradisation du rectum'et des muscles de l'anus. — Les selles involontaires et les chutes du rectum sont souvent occasionnées par la paralysie du sphincter et du releveur de l'anus; il peut être indiqué de faradiser ces muscles (1). Alors une olive métallique, montée sur une tige, également en métal, isolée par une sonde en caoutchouc, est introduite dans le rectum et mise en communication avec un des pôles d'un appareil d'induction ; un second excitateur humide est promené sur le pourtour de l'anus. Pendant que l'appareil est en action, on imprime à la tige un mouvement qui permet de placer l'olive en contact avec les muscles qui se trouvent à la partie inférieure du rectum, c’està-dire le releveur de l'anus et le sphincter de l'anus, Veut-on exciter la tunique musculaire de l'intestin rectum ,on promène l'olive sur toute la surface de cet organe. Préalablement à ces opérations, on doit toujours débarrasser le rectum des matières stercorales au moyen de lavements.

La vessie, le rectum sont si peu excitables qu'ils ressentent à peine l'influence des courants les plus puissants. C'est pour ce motif que, dans les opérations faradiques pratiquées sur la vessie, je place un excitateur dans chacun de ces réservoirs. On conçoit que, si l'excitateur rectal agissait, au contraire, sur la” peau ou sur les muscles de la vie animale, la douleur qui en résulterait ne permettrait pas de diriger sur Ja vessie le degré d'intensité du courant nécessaire à l'excitation électrique de cet

organe.

Pour combattre la constipation consécutive à l’insensibilité de la muqueuse du rectum ou à la paralysie de sa tunique musculeuse , l'excitateur introduit, comme précédemment, dans l'intestin, est promené sur toute sa surface. La marse de l'intestin est tellement sensible que la moindre

(1) Je rapporterai dans le dernier chapitre plusieurs cas où cette application

fut couronnée de succes.

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