QUELQUES CONSIDÉRATIONS CRITIQUES SUR MES APPAREILS
Les appareils que j'ai dû imaginer pour atteindre mon but (la localisation de la puissance électrique dans les organes, son application aux sciences médicales et à la thérapeutique) remplissent à ce point de vue les conditions désirables. Est-ce à dire pour cela qu'ils soient sans défaut? Loin de là, je me sens suffisamment en garde contre ce sentiment naturel qu'inspire à l'homme un amour aveugle pour ce qu'il crée ou invente, senti-
ment d'autant plus fort que ces recherches lui ont coûté plus de sacrifices , et auquel on me pardonnera, j'espère, de m'être parfois laissé entraîner. Je reconnais, au contrairé, que mes appareils offrent encore bien des desiderata. N'ayant pu faire mieux, Je m'empresse de faire connaître ces desiderata, dans l'espoir que les fabricants réussiront à perfectionner les appareils médicaux, tout en leur conservant les propriétés que Je crois indispensables à leur application.
J'ai fait bien des essais infructueux pour rendre mes appareils moins compliqués; j'avoue que je ne conçois pas la possibilité de les simplifier davantage, si on leur conserve l'ensemble des propriétés que je leur ai données. Cependant je comprends qu'il sera plus facile aux fabricants qui ont exercé plus que moi leur aptitude pour la mécanique d'arriver aux mêmes résultats par des moyens plus simples.
Les procédés de fabrication se simplifiant, le prix de ces appareils diminuera nécessairement. C’est là le but vers lequel doivent tendre tous les efforts, car pour vulgariser la faradisation localisée, devenue aujourd'hui indispensable dans la pratique comme dans les recherches scientifiques, il faut que les appareils soient à la portée de toutes les fortunes.
Eh bien, je le reconnais et le regrette, mes appareils sont d'un prix trop élevé pour la généralité des médecins. Qu'on ne croie pas que leur plus grande complication, quant à la fabrication, les rende moins faciles à comprendre ou d’un usage plus difficile que les appareils qui les ont précédés. Quand cela serait, je ne serais pas encore fondé à leur en faire un sujet de reproches, puisque sans eux, je dois le dire, je ne serais pas arrivé aux résultats scientifiques et pratiques que j'ai à exposer dans ce livre.
Mes appareils sont très portatifs; mais il serait à désirer qu'ils fussent encore moins volumineux et moins lourds. J'aurais obtenu ces résultats s’il m’eût été possible de diminuer la masse métallique qui entre dans leur composition. Ainsi peut-on obtenir des courants plus intenses avec des hélices composées de fils de cuivre moins longs et moins gros? dans les appareils magnéto- -faradiques pourra-t-on remplacer les cylindres de Cite pleins par des cylindres creux? Ce sont des sujets de recherches qui intéressent plus qu'on ne pense la
vulgarisation de l'électricité médicale et qui seront peut-être un jour heureusement résolus par les physiciens ou les fabricants (1).
(1) Le travail qui vient d’être exposé dans ce chapitre, adressé par moi à l'Académie impériale de médecine, a provoqué un savant Rapport lu par M. le professeur Soubeiran dans la séance du 1** avril 185r. Voici le jugement porté par la commission :
« Les belles recherches faites par M. Duchenne de Boulogne, et qui lui ont fait reconnaitre certaines propriétés distinctives des divers courants, sont pleines d'intérêt, et constituent un progrès important dans l'application de l'électricité au traitement des maladies. Ces recherches, en lui faisant apprécier plus sûrement les conditions que doivent remplir les appareils électriques destinés à l'usage médical, lui ont permis d'obtenir des appareils plus parfaits, et de porter sur ceux qui ont été employés ] jusqu'à ce jour un jugement que l'étude attentive de votre commission a confirmé sur tous les points. » (Bulletin de l'Académie
impériale de médecine, tome XVI, page 674.)