CHAPITRE PREMIER
Action individuelle et usages des muscles qui meuvent le pouce et les doigts de la main démontrés par l’électro-physiologie et l’électro-pathologie.
Les principaux usages des muscles qui meuvent les doigts et le pouce de la main de l’homme sont restés inconnus jusqu'à ce Jour.
Le mécanisme des mouvements exécutés par les doigts de la main est inexplicable avec les données fournies par la physiologie de la main,
Malgré l'admirable discours de Galien sur les usages de la main, malgré le beau travail de Ch. Bell sur le même sujet, la main telle qu'on l’a comprise physiologiquement jusqu'à nos jours, ne serait qu'une griffe difforme plus incommode qu'utile,
Enfin le diagnostic différentiel des affections musculaires de la main, et le mécanisme de la plupart des difformités ou déformations qui en sont la suite ne peuvent être établis sans la connaissance des faits exposés dans ce travail,
Telles étaient les déductions que j'avais tirées depuis longtemps de mes recherches, quand je présentai en février 1851 à l'Académie de médecine de Paris le travail qui fait l'objet de ce chapitre. Les faits nombreux que j'ai observés depuis lors, ont si bien confirmé l'exactitude de: ces déductions, que ù. puis encore les formuler aujourd'hui sans avoir rien à en retrancher.
Je les écris en tête de ce chapitre, afin de frapper Fattention du lecieur et de lui faire mieux saisir l'importance du sujet dont j'ai à traiter.
Les extenseurs des doigts et les fléchisseurs sublime et profond sont, d'après les idées sénéraleinent reçues, les seuls muscles connus qui étendent ou fléchissent les phalanges des doigts de la main. Et cependant j'ai vu tantôt les deux dernières phalanges s'étendre, malgré la paralysie des extenseurs, et tantôt les premières phalanges se fléchir, bien que les fléchisseurs sublime et profond eussent perdu leur action sur les deux dernières, et conséquermment sur les premières, D'autres fois, alors même que les extenseurs des doigts etles fléchisseurs sublime et profond jouissaient d'une intégrité parfaite, l'exten sion des deux dernières phaianges était impossible outre, limitée, tandis que les premières phalanges obéissaient peu ou point à la flexion volontaire.
À ces troubles fonctionnels, s'ajoutaient de graves difformités de la main, et même des déformations articulaires consécutives à l'attitude vicieuse des phalanges entraînées dans des directions anorinales par des forces certainement étrangères à l’action des muscles extenseurs et fléchisseurs sublime et profond. Il n'exis: tait dans ces différents cas, ni contractures musculaires, ni lésions articulaires primitives qui pussent rendre raison de ces phénomènes. Quant au pouce, la pathologie contredisait égale ment la physiologie.
C'est l'observation de ces faits pathologiques qui m'a inspiré
les recherches électro-physiologiques et pathologiques qui font Yobjet de ce chapitre.
Ne ressortait-il pas, en effet, de ces ère pathologiques que les extenseurs et les fléchisseurs sublime et profond ne meuvent pas les trois phalanges avec une égale puissance, ou que, physiologiquement, certaines phalanges échappent entièrement à l’action de ces muscles? N'’était-il pas évident aussi que d’autres muscles que les extenseurs ou les fléchisseurs sublime et profond prenaient la plus grande part aux mouvements des phalanges, en étendant les unes et en fléchissant les autres ? Enfin la même obscurité ne régnait-elle: pas sur Îles fonctions des muscles du pouce ?
J'ai pensé qu'il appartenait à lafaradisation localisée d'essayer de résoudre tous ces problèmes.
Elle peut, on le sait, limiter sa puissance. sur chacun des muscles, sur chacun de leurs faisceaux ; tandis que la volonté possède rarement cette faculté, etje ne suis même pas sûr qu'elle la possède quelquefois, malgré l'exercice ou l'éducation des mouvements (1).
Les résultats de mes recherches électro-physiologiques ont dépassé mon attente. Elles m'ont appris, et je me propose de le démontrer dans ce travail : 1° Que les extenseurs des doigts et les fléchisseurs sublime et profond ne remplissent pas toutes les fonctions qu'on leur a attribuées; 2° que les mouvements de certaines phalanges se trouvent en dehors des attributions de ces muscles , et que cette fonction est dévolue à d'autres muscles; 3° que cette ingénieuse répartition des fonctions entre tous les muscles qui meuvent les doigts permet l'indépendance mutuelle des mouvements d'extension des premières phalanges et de flexion des deux dernières, et vice vers, indépendance né-
(1) La contraction volontaire d’un muscle quelconque me paraït toujours accompagnée de la contraction involontaire d’un autre muscle; c’est du moins un fait qui me semble résulter jusqu'à présent de mes expériences électro-physiologiques. J'aurai l’occasion de démontrer, dans le cours de ce mémoire, que certains mouvements des phalanges des doigts et du premier métacarpien, que nous croyons obtenir par la contraction isolée d’un muse le, ne peuvent se faire volontairement sans la contraction synergique d’un ou de plusieurs muscles,
que le célèbre Winslow a appelés très justement modérateurs. Ces phénomènes.
ont lieu sans que nous cn ayons la conscience, et échappent à l'observation, si l'on n'y porte la plus grande attention.
cessaire au mécanisme des mouvements les plus fréquents des doigts et sans laquelle lamain perdrait sa dextérité et sa lépèreté; Le enfin que les fonctions des muscles, dits long adducteur, long et court extenseurs du pouce ont été mal définies, et que la plupart des muscles de l'éminence thénar possèdent une action méconnue jusqu'à ce jour, et sans laquelle le pouce perdrait ses principaux usages.
Les faits qui résultent de ces études électro-physiologiques acquiérent une grande importance au point de vue du diagnostic et de la thérapeutique des maladies des muscles qui meuvent les doigts et le pouce. J'ai cru devoir les soumettre au contrôle de la pathologie ; dans ce but, je me suis livré à une série de recherches électro-pathologiques qui, en établissant l'exactitude de ces nouveaux faits, font mieux connaître le degré d'utilité de chacun des muscles, dans les différents usages des doigts de la main et du pouce.
Ces recherches électro-pathologiques m'ont permis de déterminer d’une manière exacte l'influence réelle que les extenseurs des doigts, les fléchisseurs sublime et profond, les interosseux et les lombricaux exercent, par leur contractilité tonique, sur l'attitude des phalanges des doigts, du premier métacarpien et des phalanges du pouce, et de comprendre le mécanisme de certaines difformités de la main consécutives à l'atrophie ou à la perte de la tonicité de chacun de ces muscles, et qui, Jusqu'à ce jour, ont échappé à toute espèce d'explication.
Enfin je terminera par quelques considérations anatomiques et historiques sur les muscles de la main.
ARTICLE PREMIER
ÉLECTRO-PHYSIOLOGIE DES MUSCLES QUI MEUVENT LES DOIGTS ET LE POUCE DE LA MAIN.
$ ILE Extenseurs des doigts (épicondylo-sus-phalangettien commun, épicondylo-susphalangettien du petit doigt, cubito-sus-phalangettien de l'index. Lorsque, le poignet étant dans la flexion, et les doigts étant fléchis dans la paume de la main, l'excitation électrique est dirigée sur les extenseurs des doigts, on observe une succession de mouvements d'extension qui s'exécutent dans l'ordre suivant: