C. Opposant (trapézo-métacarpien) du pouce
L'opposant du pouce fléchit le premier métacarpien sur le carpe en même temps qu'il le porte dans l'adduction. Il n’exerce aucune action sur les phalanges du pouce. Au maximum de contraction de ce muscle, le premier métacarpien est placé sur le même plan que le second uiétacarpien ,.et l'extrémité du pouce, si ce doigt n'est sollicité par aucun autre musele, se trouve encore en dehors de l'index, sa face palmaire étant tournée en dedans.
En résumé, toutes ces expériences démontrent qu'il existe sous un certain rapport une grande analogie entre l’action qué les fibres musculaires qui se rendent aux côtés externe et interne de la première phalange du pouce exercent sur les phalanges de ce dernier, et l’action des muscles interosseux sur les phalanges des doigts. Ainsi, tous ces muscles fléchissent les premières phalanges en les inclinant sur les côtés, c'est-à-dire en les portant ou dans l'abduction ou dans l’adduction , et ils étendent les dernières phalanges, qui sont entraînées aussi par les premières dans les mouvements latéraux.
Pour bien constater le mouvement d’abduction ou d'adduction que les phalanges du pouce exécutent sous l'influence des mus: cles qui se rendent au côté externe ou interne de la première phalange, il faut maintenir le premier métacarpien au maxi:
mum dabduction, le pouce étant dans son attitude normale, comme dans la figure 25, puis porter les excitateurs alternativement sur les faisceaux musculaires qui vont à chacun des côtés de la première phalange du pouce. Au moment où les fibres qui vont au côté externe de
Fig. 95.” la première phalange entrent
en contraction, cette première
phalange se fléchit, et en même temps le pouce s'incline latéralement vers le petit doigt, en faisant décrire à son extrémité une courbe dont la corde mesure 4 à 5 centimètres. Si alors, le pouce restant dans cette inclinaison latérale, on fait contracter à leur tour les fibres qui aboutissent à l'os sésamoïde interne,
on voit le pouce, exécutant un mouvement latéral en sens contraire du précédent , ramené à son attitude naturelle, puis s'incliner sur son bord interne, seulement de quelques milli* mètres. Dans cette dernière expérience, comme dans la précé: . dente , pendant que la dernière phalange s'étend, la première exécute ses mouvements latéraux.
Sous l'influence des fibres qui s'attachent en dehors de la première phalange, on voit aussi le pouce rouler sur son axe de dedans en dehors, tandis que les fibres de l'os sésamoïde interne lui impriment un mouvement de rotation en sens contraire pour! le ramener à son attitude normale; ces mouvements de ro“ tation, dont je ferai plus loin ressortir l'importance , ne s'ob: servent pas, ou du moins ne sont pas appréciables aux doigts; quand ils sont mus par leurs interosseux.
: Enfin, si le premier métacarpien étant maintenu comme dans les expériences précédentes , on excite en même tempsles fibres qui s'attachent aux deux côtés du pouce, la première phalange
se fléchit sans exécuter ni mouvement de latéralité, ni mouve ment de rotation, pendant que la seconde phalange s'étend.
Je vais essayer de démontrer l'utilité où le depré d'importance de chacun des mouvements du premier métacarpien ou du pouce, qui ont lieu par l'action des muscles de l’éminence thénar.
Trois des muscles de cette région sont adducteurs et fléchisseurs du premier métacarpien : ce sont l'opposant, le court abducteur et un faisceau du court fléchisseur. Le premier paraît le moins adducteur; mais, supposant que ces trois muscles produisent ce mouvement au même degré, examinons la position du pouce, alors que son métacarpien est au maximum d'adduction et de flexion, et quand ses phalanges ne sont sollicitées par aucune force (1). Le pouce est placé seulement sur le plan du premier doigt, et sa face palmaire regarde en dedans et très peu en arrière, de sorte qu'il ne se trouve pa5 en opposition avec les doigts. Dans cette attitude, le pouce ne peut aller à Ja rencontre des autres doigts, ce qui restreindrait les usages des doigts et du pouce, si les phalanges de celui-ci ne pouvaient être portées plus en dedans. Or, il est démontré par mes expériences que cest la limite d'action du muscle opposant, le moins opposant , Comme on le voit, et le moins utile des muscles de l'éminence thénar. Mais si en même temps la première phalange du pouce exécute son mouvement d'inclinaison latérale et de rotation sur son axe longitudinal par la contraction des fibres
qui se rendent au côté externe de la première phalange, l'extré- mité du pouce atteint alors successivement chacun des doigts, en leur opposant sa face palmaire, et cela d'autant plus facilement que la force qui produit ce mouvement d'abduction (2) étend en même temps la dernière phalange.
Des deux faisceaux musculaires qui inclinent latéralement
(1) On peut faire cette étude sur soi-même en faisant maintenir son métacarpien dans l’adduction et dans la flexion, comme dans la figure 25. La volonté
ne pourrait produire ce mouvement isolé du métacarpien sans agir à la fois sur les phalanges du pouce,
(2) Dans cette attitude du premier métacarpien, le bord externe du pouce s'incline vers Le bord interne de la main , et exécute, en conséquence, un mouvement d'adduction; mais il est convenu que tout mouvement du pouce sur son burd externe doit être appelé mouvement d'abduction,
vers le petit doigt la première phalange, celui qui constitue le | | muscle court abducteur prodnit ce mouvement moins complés:
tement que le faisceau qui appartient au court fléchisseur. | | On voit dans la figure 24 que le court abducteur n'oppose le! pouce qu’à l'index etau médius, tandis que le court fléchisseur peut opposer le pouce aux quatre doigts (voy. hgure 23). (La à pathologie établira mieux encore l'action réelle et Habit rela- à tive de ces deux muscles.) Le mouvement d’inclinaison latérales exécuté par les faisceaux musculaires qui aboutissent à los À sésamoïde interne sert, on le conçoit, à ramener le pouce versk chacun des doigts.
La dernière phalange du pouce a trois extenseurs , qui ne | penvent se suppléer dans les différents usages de la main, car chacun d'eux agit en sens contraire sur le métacarpien et sur la première phalange. Ainsi: 1°le inême muscle (le long extenseuir)à | étend le premier métacarpien et les deux phalanges du pouce; 20 le même muscle (ladducteur du pouce) rapproche le premiers métacarpien du second, en inclinant la première phalange sur son bord interne, pendant qu'il met la seconde phalange dans! l'extension; 3° le méme muscle (le court abducteur et le courts fléchisseur) fléchit le métacarpien et la première phalange, em
inclinant celle-ci sur son bord externe, pendant qu'il étend la
dernière. | | [Il fallait que la dernière phalange du pouce püt être étendues soit pendant que le pouce s'oppose aux doigts, soit pendant ques la main s'ouvre largement par l'extension et l'écartement de son métacarpien, soit Honda bit que le pouce et son métacarpien se. rapprochent de l'index: c'est pourquoi les trois muscles qui impriment ces mouvements opposés au pr emier métacar pien ont: été chargés d'étendre en même temps la deuxième phalange du! pouce. On comprend que si le long extenseur du pouce avait été! le seul extenseur de la deuxième lunes , l'extension de cette! deuxième phalange n'aurait pu se faire sans une grande sêne pendant l'opposition du pouce, mouvement si fréquent et si impor tant dansles usages de la main, puisquelelong extenseur du pouce
‘il
2 Em
entraine le premier métacarpien dans une direction contrairé à celle de l'opposition. Ces courtes considérations suffisent pour établir l'utilité et méme la nécessité des trois extenseurs spéciaux de la deuxième phalange du pouce.
Je vais terminer ces études électro-musculaires par quelques courtes remarques sur le mécanisme d'un des principaux mouvements du pouce et du premier métacarpien.
Winslow considérait le premier métacarpien comme la première phalange du pouce. Au point de vue physiologique, ce grand anatomiste avait certainement raison; car, pour le mécanisme de certains mouvements du pouce, cet os est à la der. nière phalange du pouce ce que les premières phalanges des doigts sont aux deux dernières, En effet, dans les principaux usages de la main, le premier. métacarpien est porté dans l'abduction pendant que la dernière phalange se fléchit, et vice versä. (Je ferai remarquer que le mouvement d'abduction du premier métacarpien est l'opposé du mouvement de flexion des phalanges du pouce, comme l'extension de la première phalange des doigts est un mouvement contraire à la flexion des deux dernières.) Enfin la première phalange du pouce se meut en ‘sens inverse de la seconde plialange: mais ces mouvements sont très peu étendus.
Afin de mieux faire comprendre le mécanisme de ces mou- Vements, Jj'analyserai, comme pour les doigts, les mouvements exécutés par le pouce et son métacarpien dans l’action d'écrire ou de dessiner, etc. Pour diriger le trait d'avant en arrière, la dernière phalange du pouce se fléchit, et la première phalange sétend, pendant que le premier métacarpien se porte dans l'abduction : c'est le contraire, si le trait est dirigé d'arrière en avant. Le mécanisme de ces mouvements est absolument le même que celui des mouvements des doigts qui dirigent la plume ou le crayon; on voit aussi la nême indépendance dans ces mouvements en sens inverse. En effet, le long abaucteur et le court extenseur du pouce, qui produisent l’abduction du premier métacarpien et l'extension de la seconde phalange , ne sont pas antasonistes du long fléchisseur du pouce; d’un autre coté, ce sont les mêmes muscles (les muscles court abducteur et coûrt fléchisseur) qui, agissant à la manière des interosseux,
produisent à la fois la flexion de la première phalange et l'extension de la seconde, et en même temps l’adduction du premier ibétacarpien. Le long extenseur du pouce pouvait troubler cet ingénieux mécanisme; et, pour s'en rendre compte, il suffit de se rappeler son action sur les deux phalanges et sur le premier
métacarpien : mais heureusement ce muscle reste complétement étranger aux mouvements que je viens d'analyser.
Pour compléter ces études électro-physiolosiques, je devrais exposer l'action de chacun des muscles de l'éminence hypothé: nar; mais je nai découvert dans cette région qu'un seul fait phy: siologique nouveau qui mérite d'être signalé : c'est que les mus= cles abducteur et court fléchisseur du petit doigt agissent sur les phalanges comme les interosseux et les court abducteur et court fléchisseur du pouce, c'est-à-dire qu'ils fléchissent les premières phalanges pendant qu'ils étendent les deux dernières. Je dois faire observer cependant que leur action sur les deux dernières phalanges m'a paru un peu moins CCS quecelle desautres muscles.
ARTICLE IL
PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DES MUSCLES QUI MEUVENT LES DOIGTS ET LE POUCE DE LA MAIN.
Si l’expérimentation électro-physiologique ma permis de déterminer l’action de chacun des muscles qui meuvent le pouce et les doigts de la main, Je dois avouer cependant qu'avec les seules données qu'elle fournit, et sans l'observation patholopi: que, je n'aurais pu me faire une idée exacte de l'importance des fonctions que ces muscles sont appelés à remplir pour les usages de Ja main et surtout au point de vue de l'attitude naturelle des doigts et du pouce, attitude qui se trouve sous la dépendance spéciale de la contractilité tonique de leurs muscles. ù
C'est ce que je vais essayer de démontrer dans une série de propositions que } appuierai de faits pathologiques.
Ces faits offriront, en outre, je l'espère du moins, un grand intérêt pratique. Forcé pour le moment de me circonscrire dans des propositions purement physiologiques, je n’en tirerai pas immédiatement les nombreuses et importantes déductions qui en découlent, et qui ont trait principalement au diagnostic dif: férentiel des paralysies ou des atrophies et au mode de traite: ment qui leur est spécialement applicable.
L'intelligence de mes lecteurs suppléera à ce que je ne puis dire actuellement, La connaissance des phénomènes pathologi:
ques que Je vais exposer leur permettra, j'en suis sûr, de reconnaître, à l'attitude anormale des doigts et du pouce, et à l'absence de tel ou tel mouvement, des paralysies ou des atrophies partielles des muscles dela main, donton ne soupçonnait même pas l'existence ou dont on ignorait le mécanisme,
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La pathologie démontre, comme l’expérimentation électro-physiologique, que les extenseurs des doigts ne sont pas les seuls muscles qui produisent l'extension des deux dernières phalanges.
Au début de mes recherches électro-pathologiques, j'avais déjà remarqué que les sujets dont les extenseurs des doigts étaient paralysés consécutivement à l'intoxication saturnine pouvaient cependant étendre encore les deux dernières phalanses etqu ilsavaient seulement perdu la faculté d'étendre les premières; Jen avais déduit, contrairement aux données anatomiques, la proposition que Je viens de formuler, et dont j'ai pu démontrer publiquement l'exactitude sur plus d’une centaine de sujets, sans rencontrer une seule exception. |
Voici l'expérience qui établit que, malgré la paralysie des extenseurs des doigts, l'extension des deux dernières phalanges des doigts est aussi complète qu'à l'état normal. On sait que, consécutivement à la paralysie des extenseurs des doigts, les premières phalanges sont fléchies surle métacarpe, et que, dans cette attitude, l’extension des dernières phalanges paraît très limitée, surtout si le poignet estaussi dans la flexion, par suite de la paralysie de ses extenseurs.Or, si ayant maintenu relevés, autant que possible , les premières phalanges et le poignet, pour remplacer l'action des extenseurs paralysés, comme dans la
figure 26, on dit au malade de fléchir et d'étendre alternative-
Fig, 26,
202 APPLICATION DE LA FARADISATION À LA PHYSIOLOGIE. ment les deux dernières phalanges, on voit que celles-ci, après avoir été fléchies, s'étendent aussi complétement et avec autant de force que si la paralysie des extenseurs n'existait pas.
M. Tauquerel des Planches a écrit, dans son Traïté des maladies de plomb (t. 1, p. 49), qu'à la suite de la paralysie de leurs extenseurs, les doigts ne peuvent exécuter le plus léger mouvement d'extension. El a raison, S'il entend parler des premières phalanges. Quant aux dernières phalanges, 1l a été trompé évideniment par les apparences, comme le démontre l'expérience précédente. |
ÿ IL.
C'est grâce à l'intégrité des interosseux et des lombricaux que l'extension des deux dernières phalanges est conservée malgré la paralysie des extenseurs des doigts.
La démonstration de la proposition ci-dessus formulée est waintenant des plus faciles, puisque j'ai établi expérimentales ment dans la première partie que les extenseurs des doigts n'ont d'action physiologique que sur les premières Bali ges: et que les interosseux sont les véritables extenseurs des deux dernières. Mais comme je prévois que cette dernière proposition, para doxale au premier abord, rencontrera beaucoup d'opposition, fé ne saurais tr'OP multiplier les preuves. Cest pourquoi je vais rapporter une expérience électro-pathologique qui est la contre-épreuve de l'expérience électro-physiélogique rapportée page 186, et qui établira ces faits importants d'une matñieré inéita LAS
Qu'on dirige l'excitation électrique sur un extenseur des doigts atteint de paralysie saturnine, on constate que ce muscle ne se contracte pas (1) et que les phalanges ne font atcun mouvement. Si ensuite les iuterosseux sont faradisés à leur tour, comme dans la figure 21, les deux dernières phalanges s'étendent énergiquement, quel que soit le degré d'extension dans lequel on ait placé les premières phalanges et le méta: carpe. |
Ce n’est pas seulement dans la paralysie satürnine qu'on petit
(1) On verra par fa suite (troisième partie) que dsns la paralysie saturniné certains muscles paralysés ont perdu en tout ou en partie leur contractilité électrique, et que j’en ai fait un signe diagnostique.
constater que les interosseux étendent les deux dernières phalanges, alors que les extenseurs des duigts ont perdu leur action. On comprend dès lors que j'ai dû observer fréquemment ces phénomènes. Il ne se passe pas de jours, en effet, que Je n'aie l'occasion de démontrer cliniquement leur exactitude sur des sujets frappés de paralysies partielles des muscles de l'avantbras, consécutivement, soit à la lésion des nerfs qui les animent, soit à une affection rhumatismale, soit enfin à l’'atrophie musculaire graisseuse progressive.
Les pathologistes, troimpés par les apparences , ont pu croire à l'existence de la paralysie des interosseux , alors même que les extenseurs des doigts étaient seuls affectés, parce que, dans ces cas, l'écartement des doigts est difficile et très limité. M. Tanquerel des, Planches me paraît avoir commis cette erreur de diagnostic, quand il a décrit la paralysie simultanée de tous les extenseurs des deists et de leurs abducteurs et adducteurs (des interosseux): « À l’état de repos, dit-il, les doigts sont alors fléchis à angle droit sur le métacarpe, les dernières phalanges sont inclinées légèrement sur les secondes ; leur écartement, c'est-à-dire leur mouvement d'abduction et adduction, est incom- plet (1). » © Je ne vois, dans cette description, que les signes caractémistiques de la paralysie des extenseurs des doigts; car la difficulté qu'éprouvent alors les malades pour exécuter les mouvements d'écartement des doigts dépend uniquement de l'attitude défavorable qu'affectent les premières phalanges à la suite de la paralysie de ces extenseurs. En voicila preuve. Que chezun sujet sain on maintienne les premières phalanges fléchies à angle droit sur le métacarpe, ainsi qu'on lobserve dans la paralysie des extenseurs., et à l'instant l’écartemeut des doigts devient chez fui aussi faible, aussi limité que chez les sujets dont les extenseurs ne peuvent plus se contracter. On peut, d'ailleurs, constater aisément que les muscles interosseux Jouissent de tous leurs mouvements chez les sujets dont les extenseurs sont paralysés et qui écartent faiblement les doigts , lorsque les premières phalanges sont fléchies ; car si, suppléant à l’action de leurs extenseurs paralysés, on relève les
(1) Traité des maladies de plomb ou saturnines , t. I, p: 50.
premières phalanges sur les métacarpiens, on voit à l'instant que l'écartement ou le rapprochement des doigts se fait tout aussi bien qu'à l'état normal. Dans les cas cités par M. Tanquerel des Planches comme des exemples de paralysie des interosseux, les malades écartaient encore les doigts légèrement, malgré la flexion des premières phalanges; si son diagnostic eût été exact, ces mouvements auraient été complétement abolis, comme je l'ai toujours observé.
On voit combien la connaissance de ces faits physiologiques intéresse le diagnostic exact des affections musculaires de l’avant-bras.