‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 37 sur 140 · VI · texte numérisé non relu

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La paralysie ou l’atrophie des interosseux ou des lombricaux est suivie de la perte presque complète des mouvements d’extension des deux dernières phalanges et de flexion des premières.

Il est ressorti de mes expériences électro-physiologiques que les interosseux et les lombricaux agissent puissamment sur les trois phalanges des doigts, en fléchissant les premières et en étendanties deux dernières. D’un autre côté, la pathologie vient de confirmer ce fait, à savoir, que la perte des fléchisseurs sublime et profond oudesextenseurs des doigts n'empêche pas ces mêmes mouvements partiels des phalanges. Mais il est d'autres muscles qui paraissent exercer une action semblable à celle des interosseux. On doit, en effet, se rappeler que sous l'influence de l'ex: citation électrique, les extenseurs des doiots produisent égale: ment un mouvement d'extension assez grand des deux dernières phalanges, puisqu'ils peuvent placer les doigts et le métacarpe dans une direction presque parallèle à l'avant-bras, et qu'ils perdent leur action sur ces deux dernières phalanges, seulement lorsque le métacarpe commence à se renverser sur le carpe et sur l'avant-bras, On a vu aussi que la contraction électrique des fléchisseurs entraine, faiblement cependant, les premières phalanses dans la flexion. On serait donc en droit de conclure de ces expériences électro-physiologiques, que les extenseurs et les fléchisseurs des doigts peuvent suppléer jusqu’à un certain point les interosseux et Les lombricaux, quand ces derniers sont atrophiés ou paralysés. Je vais démontrer, par des faits patho: logiques, qu'au contraire l’action physiologique des extenseurs sur les deux dernières phalanges et des fléchisseurs sur les premières est extrêmement limitée, si même elle n'est pas nulle, et en conséquence, que l'atrophie ou la paralysie des interosseux ou des lombricaux est suivie de la perte presque complète des mouvements d'extension des deux dernières phalanges et de flexion des premières.

OBSERVATION XII.— En 1850, j'ai observé à la Charité un sujet atteint d’atrophie graisseuse progressive, chez lequel la maladie avait détruit

en grande partie les interosseux et les lombricaux. C'était une malade nommée Marguerite Duranger, coulurière, couchée au n° 24 de la salle Saint-Joseph, service de M. Cruveilhier. Son observation avant été publiée avec détail dans un mémoire de M. Aran (1) avec lequel j'ai examiné cette malade, je me contenterai d'en rapporter sommairement les principaux points, et seulement ceux qui intéressent l'étude des mouvements de la main. Cette malade offrait les phénomènes suivants : Les espaces interosseux de la main atrophiée étaient profondément creusés ; l'excitation électrique , dirigée sur les muscles interosseux ou lombricaux , produisait des mouvements à peine appréciables d'abduction où d’adduction des doigts, et encore, pour cela, fallait-il recourir à l’électro-puncture; bien que l’avant-bras fût notablement amaigri, on retrouvait cependant tous les muscles à l’aide de la faradisation localisée. Lorsqu'on disait à la malade d'étendre les doigts, les premières phalanges se placaient seulement dans l'extension, en se renversant sur le métacarpe, et les deux dernieres phalanges, loin de s'étendre, se fléchissaient en raison des efforts d'exten- Sion. En plaçant même le poignet dans la flexion, les deux dernières pha- Janges ne paraissaient pas mieux s'étendre. Si la malade voulait fermer la main, ses deux dernières phalanges se fléchissaient avec force, mais les premières s'inclinaient à peine sur le métacarpe ; aussi serrait-elle mollement les objets qu’on lui plaçait dans la main (2).

Depuis que ce travail a été présenté à l'Académie de médecine, J'ai observé un très grand nombre de faits analogues, ou dus soit à la méme cause, soit à des causes différentes, comme la lésion traumatique du nerf cubital. Dans tous ces cas, les phénomènes que je viens de décrire sesontreproduits exactement. On peut voir dansla fig.28,quireprésente la main d'un su- Jet dont les interosseux étaient paralysés et atrophiés, et dont l'observation sera rapportée plus loin (obs. XV), pes 2e l'attitude que prennent alors les phalanges pendant l'extension volontaire des doigts. Lorsque la lésion est plus ancienne, le trouble observé pendant les mouvements d'extension des doigts

(1) Archives générales de médecine, 4° série, 1850, t. XXIV, (2) Depuis la première rédaction de ce travail, j’ai observé un phénomène im portant qui m'avait échappé. Les sujets dont les interosseux sont atrophiés ne

est bien plus prononcée, comme dans la figure 29, page 212%:

En résumé, im puissance plus ou moins grande des extenseurs sur les deux dernières phalanges et des fléchisseurs sur les pre: mières, suivant le degré de paralysie ou d’atrophie des interosseux et des lombricaux, tels sont les phénomènes que jai observés dans ün grand nombre de cas analogues aux deux pré cédents, et qui seront encore plus saillants dans les observas tions que je rapporterai dans le paragraphe suivant. Ces faits font sentir la nécessité de contrôler les expérimentations élec: tro-physiologiques par l'observation pathologique; car évidemment l'excitation électrique des muscles fléchisseurs et extens seurs produit des mouvements plus étendus que leur excitation nerveuse volontaire à l’état normal.

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