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Malgré l’atrophie des interosseux, les doigts s’écartent encore pendant l’extension de un demi-centimètre à 1 centimètre, et le petit doigt de 2 à 3 centimètres, mais ils ne peuvent être écartés davantage, La perte des interosseux rend impossible le rapprochement des deux derniers doigts.
Ces propositions sont démontrées par un grand nombre de cas de paralysies ou d’atrophies des interosseux dont plusieurs ont été ou seront rapportés dans ce chapitre.Ici encore la pathologie confirme l'expérimentation électro-physiologique qui, de
son côté, rend parfaitement compte des troubles apportés dans les mouvements latéraux des doigts par la perte des interosseux. Si l’on se rappelle en effet que la contraction électrique des exteuseurs des doigts produit avec l'extension des premières phalanges l'écartement des doigts, on ne sera pas étonné que ce mouvement d'écartement se produise malgré la paralysie des interosseux.L’expérimentation électro-physiologique avait montré que cet écartement des doigts est très limité ; il est donc tout simple qu'après la destruction des seuls muscles qui produisent des mouvements latéraux étendus, les doigts ne puissent être rapprochés ni écartés davantage.
De
Il faut moins de force aux interosseux pour produire l'extension complète des trois phalanges sur les métacarpiens que pour rapprocher les doigts étendus sur le métacarpe.
La proposition que je viens de formuler intéresse moins la physiologie que la pathologie, car on peut en déduire cette autre proposition importante pour le diagnostic des affections musculaires de Ja main, à savoir, que l'émpossibilité de rapprocher les doigts pendant leur extension sur le métacarpe est le signe d'un premier degré d'affaiblissement des interosseux, et que le degré le plus avancé de paralysie ou d’atrophie de ces muscles est caractérisé par l'extension des premières phalanges et la flexion des deux dernières pendant le méme mouvement volontaire.
Pour comprendre cette proposition, il faut avoir bien présent à l'esprit le mécanisme de l'action synergique musculaire qui produit le rapprochement des doigts, et leur extension sur les métacarpiens. Lorsqu'on veutétendreles trois phalanges digitales de manière à les placer parallèlement au plan des métacarpiens, les muscles extenseurs des doigts étendent les premières pha- Janges pendant que les interosseux et les lombricaux étendent les deux dernières, Mais j'ai démontré que les interosseux ne peuvent agir ainsi sur les deux dernières phalanges sans fléchir en même temps Îles premières avec une prande énergie. Cette action des interosseux sur les premières phalanges crée un antagonisme puissant aux extenseurs qui, pour le vaincre, doivent se contracter avec une égale force. On voit donc que le mouve-
ment d'extension des trois phalanges exise une action muscu- Jaire assez énergique, et cela d'autant plus que le métacarpien est plus renversé sur l'avant-bras.
Les extenseurs des doigts, je l'ai démontré expérimentalement dans l'article [°° de ce chapitre, ne peuvent étendre les premières phalanges sans les écarter les unes des autres, et comme ces muscles doivent se contracter énergiquement pour vaincre l’antaponisme des interosseux qui cherchent à fléchir les phalanges, cet écartement des doigts qui est produit pendant l'extension des trois phalanges se fait avec assez de force.
On conçoit donc qu'après avoir étendu les trois phalanges sur les métacarpiens, si l'on veut rapprocher les doigts les uns des autres , les muscles interosseux auront à déployer un nouvel et plus grand effort.
La connaissance de ces phénomènes m'a été révélée par l'observation pathologique, ainsi qu'on va le voir,
OBSERVATION XV. — En mai 1852, M. Bouvier m’adressa M. C..., de Versailles, âgé de vingt et un ans, dont la main se paralysait et s’atrophiait progressivement depuis deux mois à la suite d’une piqûre qu’il s'était faite avec un grattoir sur le trajet du nerf cubital. Cette main était considérablement amaigrie ; les espaces interosseux dorsaux étaient profondément creusés ; l'excitation électrique localisée dans les muscles qui occupent ces espaces n’y pouvait provoquer aucune contraction musculaire; l'éminence thénar offrait une dépression dans le point occupé par le faisceau externe du court fléchisseur du pouce, et l'on n’y pouvait produire par la faradisation localisée le mouvement ordinaire dû à l'excitation de ce faisceau. Lorsqu'on lui disait d'étendre les trois phalanges parallèlement à la direction des métacarpiens, il n’y pouvait parvenir, quelque effort qu'il fit; ses premières phalanges se renversaient sur les métacarpiens, pendant que les dernières phalanges se recourbaient (voyez la figure 28, page 209).
Cette attitude des phalanges était beaucoup plus prononcée dans les deux derniers doigts. Plus le métacarpien était renversé sur l’avant-bras pendant les efforts d'extension, plus les deux dernières phalanges se fléchissaient, plus la griffe s'exagérait. Enfin les doigts s'écartaient d’un centimètre à un centimètre et demi pendant leur exteusion volontaire, mais il ne pouvait les écarter davantage ni les rapprocher, à l'exception de l'index qui, obéissant très visiblement à l’action de son extenseur propre, se rapprochait du médius.
Le nerf cubital avait été incontestablement lésé; et sans entrer actuelle-
ment dans les considérations auxquelles doit donner lieu ce fait intéressant, il est évident pour tout le monde que la lésion du nerf avait produit la paralysie, puis l’atrophie et la perte de contractilité électrique dans les Re A sous sa dépendance.
M. C... fut traité par la faradisation localisée, et ce ne fut que vers le sixième mois après la lésion du nerf que l’action thérapeutique commença à se manifester. Les premières phalanges se renversèrent de moins en moinssur les métacarpiens, et la flexion des deux der- * nières diminua de plus en !
plus. Enfin, un an après le !
début de la maladie, M.C... !
pouvait sans effort placer !
ses doigts sûr un plan par- :
faitement parallèle au mé- !
tacarpe, et aussi facilement # que du côté sain, mais il À n'avait absolument riens gagné quant aux mouvements latéraux exécutés par ses interosseux, Sur: 4 tout pour rapprocher les doigts les uns des autres. (Voyez la figure 32.)