‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 41 sur 140 · PR · texte numérisé non relu

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RER re di lab

Fig. 32.

En juillet 1853, je présentai à la Société médicale du 1** arron:s dissement les plâtres de sa main, que j'avais fait mouler avants le traitement (vers la fin de mai 1852), et après le traitement! (le 1° juin 1853); je les ai fait représenter dans les figures 281 et 32. |

Après avoir expliqué à la Société le mécanisme de l'action{ musculaire synergique nécessaire à l'extension des-trois pha=! langes, comme je l'ai fait plus haut, je déduisis des phénomènes! thérapeutiques observés chez M. C..., que l'impossibilité d'étendre

les trois phalanges parallèlement au métacarpe constituait le degré ler plus avancé de la paralysie des interosseux, et que le premier degré de

cette affection devait être l'impossibilité de rapprocher Les doigts apré | les avoir étendus parallene au métacarpe.

J'annonçai ensuite que J espérais présenter prochainement un troisième plâtre moulé sur la main de M. C..., dont les! doigts seraient rapprochés et étendus, c’est-à-dire après son! entière guérison. Aujourd'hui, 8 janvier 1854, ce résultat! nest pas encore obtenu complétement, de sorte que la |

preuve de la dernière partie de cette proposition, à savoir que | l'impossibilité de rapprocher les doigts étendus caractérise le

| faste dé] Rata

premier egré de la paralysie des interosseux, n’est pas encore faite.

En attendant que M. C... me fournisse cette preuve, voici heureusement une nouvelle observation où la démonstration de cette proposition ne laisse rien à désirer.

OBSERVATION XVI. — Paralysie atrophique des muscles interosseux et du faisceau externe du court fléchisseur du pouce.— La main prend la forme d'une griffe pendant l'extension volontarre. — Retour des mouvements et de la nutrition musculaire par la faradisation localisée. — La griffe disparaît la première, et & une époque plus avancée du traitement les doigts étendus peuvent être rapprochés.

Charité, salle Saint-Louis, n° 5, est entré le 3 septembre 1853, le nommé Eucas (Nicolas), journalier, âgé de dix-huit ans, demeurant rue de Lafayette, 20. Il n’a jamais eu d’affection rhumatismale musculaire ni articulaire ; n’a jamais éprouvé de douleurs névralgiques. En mars 1853, il fut employé dans un atelier de coulants de bourses de métal. Cet état l'obligeait à maintenir constamment son avant-bras gauche appuyé sur un établi (un découpoir), de telle sorte que sa partie interne était comprimée d'une manière continue. Après trois jours de ce travail, il commença à ressentir des engourdissements dans l’avant-bras, surtout à sa partie interne et dans le petit doigt et l’annulaire de la main gauche. Il continua cependant son travail pendant un mois encore, bien qu’il fût déjà moins fort et moins habile de sa main gauche, mais il s’aperçut que l'attitude exigée par son genre de travail était la cause des accidents qu’il éprouvait, et il n’en douta plus quand il apprit que les ouvriers de la même partie éprouvaient de semblables engourdissements dans la main. Il y avait seule- | ment cette différence entre eux et lui, c’est que chez lui ces engourdisse- | ments avaient été suivis d’affaiblissement et que sa main s’amaigrissait à vuc d'œil.

Quand je l’examinai à la Charité, sa main gauche était considérablement atrophiée et contrastait avec celle du côté opposé ; les espaces interosseux étaient assez profondément creusés, surtout le premier, le troisième et le quatrième espace. Sur l’éminence thénar, on voyait une dépression au niveau du faisceau externe du court fléchisseur du pouce, et quand il voulait étendre ses doigts, ceux-ci s’écartaient, sa main prenait la forme d’une griffe, et les deux dernières phalanges se fléchissaient davantage quand on renversait sa main sur l’avant-bras. Les premières phalanges des deux derñiers doigts étaient plus renversées sur les métacarpiens que les phalanges des autres doigts. Il pouvaitrapprocher l’index du médius, puis l'en éloigner un peu, et alors on voyait le tendon de l’extenseur propre et de l’extenseur ‘commun saillir alternativement dans des directions différentes. J’ CRDONS es troubles que j'observai dans les mouvements du pouce quand j'en serai

à l'étude électro-pathologique de cette région. (Je dois ajouter qu’il serrait ! avec force les objets volumineux, mais qu'il fermait difficilement ou incom= : plétement la main.)

La faradisation localisée ne pouvait faire contracter aucun des interosseux. Lorsque j'appliquai les excitateurs au niveau des deux premiers ! Jombricaux , l'index et le médius entraient en mouvement; leurs pres ! mières phalanges se fléchissant et les deux dernières s'étendant, ce qui annonçait que les deux premiers lombricaux animés par le médian n’é taient pas paralvsés, Tel était l’état de cette main quand je commençai l'application du traitement par la faradisation localisée, qui fut pratiquée au moins trois fois par semaine. Je n’exposerai pas toutes les phases de ce traitement qui n’offrent pas un intérêt direct pour la question actuelle; je me contenterai de dire que peu à peu les espaces interosseux se remplirent, et que bientôt la griffe qui se produisait pendant l'extension volontaire des doigts disparut, mais sans que le malade püt rapprocher ses doigts étendus.Ce ne fut que plus tard (aprèsun mois à six semaines) que le rapprochement des doigts ent lieu complétement. Ce mouvement ne se faisait pas avec une grande force, et Lucas aurait eu besoin, pour achever sa guérison, de rester quelques semaines encore à l'hôpital; mais l’épidémie du choléra menaçant de s'étendre, le 5 décembre 1853, on jugea prus dent de lui donner sa sortie. Il avait d’ailleurs recouvré presque entière= ment sa force et son habileté manuelle: et il se trouvait en état de se remettre au travail. Suivant mes conseils, il renonça à la profession qui avait été la cause de sa maladie.

Cette observation démontre la justesse de la déduction que J'avais tirée de l'observation précédente, à savoir, que l’impossk bilité de rapprocher les doigts pendant leur extension volontaire sur le métacarpe, est le signe d'un commencement de paralysie ou d'atrophie des interosseux.

OBSERVATION XVII. — A ceux qui ne saisiraient pas l'importance de ce signe diagnostique , je pourrais citer l’histoire d’une jeune malade (ma demoiselle X..., boulevard de la Madeleine, 30) que je vis en consultation avec mon honorable confrère M. Vigla. Cette demoiselle éprouvait, sans cause connue, un affaiblissement ou plutôt une maladresse telle dans la main droite, qu’elle ne pouvait jouer du piano ni s'occuper d’ouvragesà | l'aiguille, et cependant elle serrait les objets volumineux avec autant de force que de la main gauche, et elle n’éprouvait aucun trouble dans les. autres mouvements du membre supérieur droit, Dans quels muscles ré | gnait donc la lésion musculaire ? Une analyse minutieuse des petits mouve= ments des doigts me permit de reconnaître que cette jeune malade était atteinte d’un commencement de paralysie des muscles interosseux , bien que sa main ne fût pas alors plus atrophiée que celle du côté sain. En effet,

PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DES MUSCLES DE LA MAIN. 293 quand elle ouvrait la main, ses doigts s’écartaient d’un centimètre et demi, sans qu'elle pût les rapprocher (à l’exception de l'index), ni les écarter dayantage; sa main ne prenait pas alors la forme d’une griffe, mais en la renversant sur le métacarpe, on voyait que les deux dernières phalanges se recourbaient très notablement , ce qui n’avait pas lieu du côté opposé. Il existait évidemment dans ce cas un affaiblissement des interosseux, et pour compléter ce diagnostic, j'ajouterai que la malade ressentait aussi des fourmillements et de l'engourdissement dans le petit doigt et Ja moitié interne de l'annulaire, signes certains de la souffrance du nerf qui anime ces muscles, du nerf cubital,

Qu'une teile affection soit méconnue au débat, qu'on attende pour la traiter vigoureusement que la griffe soit formée, c'està-dire s'il s'agit d'une atrophie graisseuse musculaire, qu'il n'y ait plus de tissu musculaire, et la maladie sera très longue à guérir et peut-être incurable.

On me pardonnera cette excursion faite dans le champ de la pathologie, quand je n'avais à traiter actuellement que de Ja physiologie pathologique. Mais l'intérêt pratique domine ici tellement la question scientifique, que Je n'ai pu résister cette fois à la tentation de laisser percer, plus que dans les paragraphes précédents, le but réel de mes études électro-physiologiques : l'application à la pathologie et à la thérapeutique.

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