XIII
L'observation pathologique établit, comme l'expérimentation électro-physiolo= gique, qu'aucun des muscles long abducteur, court extenseur et long extenseur du pouce, n'exerce une action appréciable sur la supination.
L'obliquité des fibres des muscles long abducteur, cout extenseur et lons extenseur du pouce, par rapport au radius, à
pu faire penser que ces muscles devaient prendre une grande part à la supination, surtout lorsque leur action sur le pouce est épuisée ou lorsque ce doigt est fixé. Winslow, et après Jui tous les anatomistes, ont surtout attribué cette action au long abducteur. J'ai déjà démontré expérimentalement combien cette opinion est peu fondée; l'observation pathologique va confirmer mon opinion.
Viole , qui a été le sujet de plusieurs autres études électro-pathologiques dans le cours de ce mémoire (obs. X), avait perdu ses supinateurs; on le constatait par la faradisation localisée et par l’impossibilité où il était de produire volontairement la supination ; ses pronateurs, parfaitement sains, maintenaient la main dans l'attitude de la pronation. Ses muscles long abducteur, court extenseur et long extenseur du pouce, étaient assez développés et se contractaient volontairement et avec beau- COUP d'énergie. Quand on lui disait de mettre sa main en supination , non seulement il n’y parvenait pas, mais encore les muscles qui vont du cubitus au premier métacarpien et aux phalanges du pouce n’entraient pas synergiquement en contraction, ce qui prouvait que ces muscles n'étaient pas même auxiliaires de la supination, Ce fait devenait d'autant plus évident, que chez Viole. la flexion du bras sur l’avant-bras était opérée seulement par des muscles habituellement auxiliaires de ce mouvement. Ainsi, ayant perdu ses fléchisseurs naturels de l’avant-bras sur le bras, le biceps, le brachial antérieur et le long supinateur (ce que j'avais constaté aussi par l’électro-puncture), ce malade contractait tous les muscles qui s’attachent à l’épitrochlée pour produire la flexion de l’avant-bras sur le bras, alors qu’on avait placé auparavant sa main en supination, son avant-bras étant étendu. La contraction de tous ces muscles épitrochléens ramenaïit énergi- ‘üement sa main dans la pronation forcée après laquelle avait lieu la flexion de son avant-bras (1). De même aussi, dans l'absence des supinateurs, les muscles qui, à la région postérieure, vont du cubitus au premier métacarpien et aux phalanges du pouce se seraient certainement contractés pendant les efforts que faisait Viole pour mettre sa main en supination, S’ils avaient été auxiliaires de ce dernier mouvement.
J'ai assez souvent observé sur d'autres malades les phénomènes pathologiques que je viens d'exposer, pour me croire fondé à dire que les muscles long abducteur, court extenseur et long extenseur du pouce sont ae ere Ov étrangers aux mouvements de supination.
(1) J'ai établi que le muscle long supinateur n’est pas supinateur, mais fléchisseur pronateur.