CGONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES ET HISTORIQUES SUR LES MUSCLES DE LA MAIN
ILrégnait en général un tel aecord entre mes recherches électro-physiologiques et pathologiques sur les fonctions des muscles qui meuvent le pouce et les doigts de la main, que les faits qui ressortaient de l'ensemble de ces recherches étaient pour moi parfaitement établis, bien que la plupart d'entre eux fussent en opposition formelle avec l’état de nos connaissances en anatomie musculaire, ou du moins avec les faits actuellement reçus dans la science. Je ne me suis point préoccupé de la question anatomique, pour ne pasavoir à subir l'influence d'idées préconçues ; cependant je n'en professe pas moins hautement que le problème qui a fait l'objet de ce chapitre (la détermination .de l’action
2h8 APPLICATION DE LA FARADISATION A LA PHYSIOLOGIE.
individuelle et des usages des muscles qui meuvent le pouceet les doigts de la main) ne peut être scientifiquement résolu que par l'accord parfait de l'anatomie, de la physiologie et de la patholopie.
Si je n’ai pas cru devoir compléter mon travail par des études ‘anatomiques, la science n'y aura rien perdu; car deux anatomistes d'une grande autorité, MM. Cruveilhier et Bouvier, ont démontré, par des recherches cadavériques, qu'il n'existe pas de désaccord entre l'anatomie et les nouveaux effets physiolopiques établis par l’expérimentation électro-physiolosique. Heureux de leur avoir fourni l’occasion sinon de doter la science de découvertes nouvelles, du moins de rétablir des faits anatomiques trop longtemps oubliés, je vais essayer d'en déterminer la valeur au point de vue physiologique et au point de vue de la mécanique des mouvements de la main.
$ Ier, — Extenseurs et fléchisseurs des doigts,
Les anatomistes ont cru généralement jusqu’à ce jour que les extenseurs et les fléchisseurs des doigts (extenseur commun, extenseur propre de l'index et du petit doigt, fléchisseurs sublime et profond) étendent ou fléchissent exclusivement les trois phalanges ; si quelques-uns d'entre eux ont pensé que d’autres muscles (les lombricaux et les interosseux) prenaient part au mouvement d'extension ou de flexion des deux phalanges, ils n'en ont pas moins professé, comme Îles premiers : 1° que les tendons latéraux des doigts qui se séparent du tendon moyen pour aller se fixer à la face postérieure de Ja dernière phalange étant sous la dépendance des extenseurs des doigts, ces derniers sont en conséquence les extenseurs réels des trois phalanges ; 2° que les fléchisseurs agissent avec une égale puissance sur ces trois phalanges.
Je crois avoir démontré combien il serait fâcheux qu'il en fût ainsi; Car,amsi que Je l'ai établi, la plupart des usages des doigts de la main nécessitent des mouvements simultanés d'extension des premières phalanges et de flexion des deux dernières : or, si les extenseurs etles fléchisseurs apissaient également sur les trois phalanges, il en résulterait.un antagonisme nuisible à la lépè: reté et à la dextérité manuelles. Il fallait donc que ces mouvements en sens inverse fussent indépendants; j'ai prouvé, dans
les deux articles précédents , que cette indépendance physiologique existe réellément.
L'expérience électro-physiologique qui permet d'apprécier la puissance relative des longs extenseurs sur chacune des phalanges consiste, on se le rappelle, à placer le poignet et les doigts dans une flexion forcée pendant qu'on excite la contraction de ces muscles. On a vu alors les deux dernières phalanges s'étendre sur les premières, puis celles-ci sur les métacarpiens, qui, à leur tour, ont été entraînés sur le carpe et sur l'avantbras; mais sitôt que le métacarpe est arrivé à une direction parallèle avec l'avant-bras, la dernière phalange a commencé à se fléchir sur la seconde, et celle-ci sur la première, et cette flexion des deux dernières phalanges a augnienté d'autant plus que le poignet s’est renversé davantage sur l'avant-bras; quelque énergique qu'ait été alors la contraction de leurs extenseurs, on a obtenu seulement l'extension de la première phalange.
M. le professeur Cruveilhier a répété sur le cadavre cette même expérience que j'avais faite bien des fois en sa présence sur des sujets choisis dans son service de la Charité; au lieu de se servir de l'excitation électrique pour faire contracter les longs extenséurs, il a tiré sur ces muscles dans un membre de cadavre encore pourvu de tout son appareil musculaire, et il a obtenu les mêmes résultats que par l’expérimentation électro-physiologique (1). |
J'ai dit que la flexion des deux dernières phalanges qui se produit pendant le renversement du poignet sur l'avant-bras, et malgré la contraction des longs extenseurs, est occasionnée par le défaut d'extensibilité des longs fléchisseurs ; je l'ai prouvé par une expérience électro-pathologique. M. Bouvier, qui a répété les expériences cadavériques faites par M. Cruveilhier, a démontré l'exactitude de l'explication que j'ai donnée du phénomène, en divisant sur l'un des doiets les deux tendons fléchisseurs , et en montrant que l'extension des deux dernières phalanpes de ce doigt s'obtient alors par une traction exercée sur son tendon extenseur, dans quelque degré d'extension qu on ait placé le métacarpe et la première phalange sur laquelle on agit.
Ces expériences cadavériques dépouillent, comme l'avait déjà fait l'expérimentation électro-physiologique, les longs exten-
10 Voyez Traité d'anatomie descriptive. Paris, 1849, 34 édition.
250 APPLICATION DE LA FARADISATION A LA PHYSIOLOGIE, seurs des doigts d'une grande partie de l'action qu'on leur avait attribuée jusqu'à ce jour. |
Comment concilier les faits qui ressortent de ces expériences, avec les connexions intimes qui existent entre l'extenseur commun et les trois phalanges ?
Ilest très vrai que les bandelettes latérales qui vont à la phalangette, et qu'on croyait appartenir en entier au tendon de l'extenseur commun, proviennent, en grande partie, des interosseux et des lombricaux, comme l'a démontré récemment M. Cruveilhier, par de belles recherches anatomiques (je reviendrai bientôt sur ce fait anatomiqne, principalement au point de vue historique); mais cétte nouvelle donnée ne rend pas com: plétement raison des phénomènes observés dans les expériences précédentes; car ikn'est pas moins vrai que ces bandelettes sont unies intimement avec le tendon médian de l'extenseur qui s'attache à la seconde phalange, et en conséquence qu'une traction exercée sur ce tendon médian doit nécessairement se transmettre avec une force égale aux bandelettes qui vont aux der: nières phalanges. Heureusement, tout semble avoir été prévu dans les dispositions anatomiques terminales du tendon médian de l'extenseur pour neutraliser, jusqu à un certain point, son action sur les bandelettes latérales. On sait, en effet, que ce tendon envoie au niveau de l'articulation métacarpo-phalans sienne des expansions fibreuses qui vont, selon les uns, se fixer sur les côtés de l'articulation, et, selon M. Cruveilhier, se confondre avec le ligament transverse; quelquefois même, et cela n'est pas rare, on voit naître de la face antérieure de ce tendon médian une languette tendineuse qui va s'insérer à l'extrémité supérieure de la première phalange; ce sont ces expansions fibreuses qui me paraissent brider le tendon de l'extenseur commun, et qui lui enlèvent une grande partie de son action sur les bandelettes latérales, N'est-ce pas aussi à cette même cause qu'il faudrait attribuer le peu d'action du tendon médiam sur la seconde phalange à laquelle il s'attache? Je ne crois pas qu'on puisse expliquer autrement le mécanisme des mouvements volontaires et de l’attitude naturelle de ces phalanges constatés dans mes expériences électro- nhysidiguiien et dans piles qui ont été faites par M. Cruveilhier. | À
De l'ensemble de-ces faits électro- Érnenqn nee et anatomi-
ques, il semblerait ressortir que les extenseurs des doigts possèdent encore une action assez prononcée sur les deux dernières phalanges, puisqu'on les a vus, dans les expériences précédentes, faire exécuter aux doigts les deux tiers à peu près de leurs mouvements d'extension.
C'est ici qu'on sent combien le contrôle de la pathologie est nécessaire dans l'étude des phénomènes de la vie; car, sans l'observation patholosique, ni l'expérimentation éléeteh -physiologique, ni les recherches anatomiques, ni les analyses les plus savantes des mouvements des phalanges, n'auraient pu faire prévoir que, physiologiquement, l'action des extenseurs des doigts sur les dernières phalanges est à peine appréciable pendant les mouvements volontaires de ces phalanges. Ai-je besoin, en effet, de rappeler les faits pathologiques nombreux que j'ai rapportés dans ce chapitre, et dans lesquels on a vu les muscles extenseurs réduits à leur propre force, par suite de la perte des interosseux (véritables extenseurs des deux dernières phalanges), se montrer complétement impuissants, soit pour produire l'extension volontaire des deux dernières phalanges, soit même pour lutter contre la flexion continue produite par l’action tonique incessante des fléchisseurs sublime et profond , action tellement énersique, qu'ilen est résulté quelquefois des subluxations phalangiennes avec déformation des surfaces articulaires. Ces faits indiquent évidemment que nous sommes encore loin de connaître le mécanisme de l’action nerveuse dans la locomotion. Cependant ne pourrait-on pas.en induire qu'une décharge nerveuse volontaire, dirigée sur un muscle, provoque une autre décharge nerveuse involontaire dans son antagoniste, ou plutôt son modérateur ; d'où il résulterait une certaine somme de résistance, faible sans doute, au mouvement de la part de ce dernier. Appliquant cette explication à l’extenseur commun, on comprendrait parfaitement que la contraction volontaire de ce muscle fût impuissante à vaincre le mouvement de résistance que lui opposerait la faible contraction synergique des fléchisseurs des deux dernières phalanges.
Cette théorie, qui peut paraître tout hypothétique dans les conditions physiologiques, acquiert une apparence de vérité dans certains états pathologiques. Ne voit-on pas, en effet, dans un grand nombre de paralysies, une contraction volontaire des
extenseurs des doigts provoquant une contraction plus forte de leurs fléchisseurs. On a dit que c'était un phénomène réflexe ; mais, quelle que soit la valeur de la théorie qui lui a mérité cette dénomination, ce phénomène ne prouve pas moins qu'une décharge nerveuse du cerveau excite à la fois un muscle et son antagoniste ou son modérateur : de l’état normal à l'état pathologique, il n'y a pent-être qu'une différence de degré (1).
Si Ja théorie sur le mécanisme de l’innervation locomotrice que je viens d'exposer est vraie, l'espèce de contradiction qui semblait exister entre les faits physiologiques révélés par l'ex: périmentation électro-physiologique et cadavérique, et ceux qui ressortent de l'observation pathologique, cesse d'exister.
En résumé, l'anatomie explique parfaitement les faits ré: sultant des expériences électro-physiologiques, à savoir que les extenseurs n exercent qu'une action très secondaire sur les deux dernières phalanges ; mais elle ne peut rendre raison de la nullité d'action physiologique à peu près complète de ces mêmes extenseurs sur ces deux phalanges, ce qui me paraît incontesta: blement établi par l'observation pathologique. Il faut donc né: cessairement, pour l'explication de ce phénomène, admettre pour chacun des mouvements une double contraction : l'une volontaire , l’autre synergique et modératrice.
La pathologie démontre-aussi que les fléchisseurs sublime et profond n'exercent physiolopiquement qu'une influence infini: ment faible sur les premières phalanges. C'est encore un fait qui ne se trouve pas confirmé par l'expérimentation cadavérique, mais qui n en est pas moins bien démontré. Pour se convaincre de son exactitude, il suffit de se rappeler que les malades privés de leurs interosseux (les seuls fléchisseurs réels des premières phalanges) inclinent avec peine celles-ci sur les métacarpiens,
(1) Cette contraction modératrice des muscles antagonistes offrirait (si elle a lieu. réellement) l’avantage de rendre les mouvements plus assurés; elle, joue peut-être un grand rôle dans la coordination des mouvements, La patho-= logie me semble donner encore quelque consistance à cette dernière propos sition. Ainsi, dans certains troubles musculaires, on observe que les mouvements sont brusques: dans la marche, par exemple , les malades ne peuvent porter les membres inférieurs en avant sans les projeter brusquement. Ne serait-ce pas à l'absence de la contraction synergiqué des muscles modérateurs, appelés anta= gonistes, qu'il faudrait rapporter ces phénomènes? Je pourrais encore citer d’autres observations pathologiques à l'appui de mon opinion, H
CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES ET HISTORIQUES, 253 malgré l'intégrité de leurs fléchisseurs sublime et profond, et que l'action tonique des extenseurs des doigts intacts fait prendre à ces phalanges l'attitude de l'extension continue. Les considérations émises à l'occasion des extenseurs des doigts me dispensent d'entrer dans dé nouveaux développements sur ce sujet.
L’'électro-physiologie démontre que l’extenseur commun n'imprime pas seulement aux doigts un mouvement d'extension, mais encore quil les écarte un peu les uns des autres. C’est un fait important, puisqu'on ne comprendrait pas sans cela que les doigts pussent s'écarter, alors que les interosseux sont paralysés ; on serait en outre inévitablement conduit à des erreurs de diagnostic, en attribuant à ces interosseux des mouvements d'écartement. Eh bien, ce fait important ne se trouve mentionné dans aucun traité d'anatomie moderne, ni même. dans Winslow, Sabatier et Bover. Cependant Galien avait non seulement signalé cette action spéciale de lextenseur commun des doigts, mais encore il a cherché à en expliquer le mécanisme. Gette explication est des plus ingénieuses.
Galien avait aussi parfaitement observé que les extenseurs propres portent les doigts vers le cubitus. Ce grand anatomiste, comme tout le monde le sait, a décrit la myologie d'après les dissections qu'il avait faites sur le singe. Comme cet animal possède quatre extenseurs propres des doigts, il en a attribué le même nombre à l'homme, qui cependant n'en a que deux. Il attachait une grande importance à ces mouvements de latéralité dus aux extenseurs propres, car 1l ne connaissait pas encore l'action des interosseux dont il s'est contenté de signaler l’existence. Il leur faisait jouer le rôle principal dans les mouvements d'écartement ou de rapprochement des doigts ,en combinant leur action avec celle des lombricaux.
Ainsi, comme tous les lombricaux portent les doigts vers le pouce et que les extenseurs propres les entraînent vers le cubitus, Galien supposait que, pour rapprocher les doigts les uns des autres, les extenseurs propres de l'index et du médius se contractaient avec les lombricaux de lannulaire et du petit doigt, tandis que pour l'écartement des doigts c'étaient les extenseurs propres de l'annulaire et du petit doigt qui se contracaient synergiquement avec les lombricaux de l'index et du médius. On trouve cette explication du mécanisme des mouvements d'écartement ou de rapprochement des doigts par Galien
dans son Traité de l'utilité des parties, lv. E, ch. xvinr (4). La tra: duction de M. Daremberg a rendu parfaitement clair le passage qui a trait à ce sujet, et qui était inintellipible d’ que les autres traductions.
Tout le monde doit comprendre aujourd'hui combien cette théorie de Galien sur les mouvements latéraux des doigts est peu fondée, puisqu'il ressort de mes expériences électro-physio: logiques que les lombricaux n'impriment pas de mouvements latéraux, à l'exception cependant du premier lombrical qui nexerce cette action que faiblement. Comme il a été démontré aussi par mes expériences que les mouvements latéraux des extenseurs des doigts sont assez faibles et limités, on comprend qu'il fallait à la main d'autres muscles qui pnssent rapprocher ou écarter les doigts avec force ; ces muscles sont les interosseux! Chose étrange! Galien a méconnu leur action.
Les auteurs modernes n'ont pas voulu voirles mouvements latéraux dus aux extenseurs et connus dès l'antiquité, C'est l'expérimentation électro-physiologique quiaura réhabilité cette opinion de Galien sur l’action des extenseurs des doiets.
$ II. — para et intérosseux. Fe
De ce que les hoettb té des interosseux et des lombricaux, comme extenseurs des deux dernièrés phalanges et fléchisseurs des premières, ont été méconnues par les auteurs modernes, eb méme par Bichat, il ne faut pas en conclure que tous les anatot mistes aient traité ce sujet avec indifférence et léoèreté. Il est au contraire peu de questions anatomiques qui aient été étudiées plus profondément et qui aient plus fixé l'attention des observai teurs que celle qui à trait aux interosseux et aux lombricaux: Cest ce que je vais essayer de démontrer par l'examen rapide des différentes recherches dont ces muscles ont été l’ objet, au point de vue anatomique et physiologique.
Golombus, célèbre anatomiste du xvi° siècle, qui fut jugé ae de succéder à Vésale, son maitre, dans l’enseisnement de l'anatomie à l'école de Padoue, a a sipaalé, le premier, la seule disposition anatomique qui puisse rendre raison de l’action que les lombricaux exercent sur les doigts comme fléchisseurs des pre: inières phalanges etextenseurs des deux dernières ; il a dit que
(1) OEuvres anatomiques physiologiques et medicales de Galien,tad. pat Ch. Daremberg. Paris, 1854, t. I.
CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES ET HISTORIQUES. 255 ces peuts muscles se terminent par un tendon qui, suivant la longueur des doigts à leur partie externe, contracte des adhérences avec l'extenseur commun, et finit à la troisième phalange (1).
Quelques anatomistes, Sabatier entre autres, attribuent la priorité de la découverte relative à la terminaison des lombricaux à Fallope, qui, en effet , en a donné une description à peu près semblable à celle de Colombus, son contemporain, avec cette différence, cependant, qu'au lieu de faire terminer les tendons des lombricaux aux troisièmes phalanges, il soutient qu'ils s'insèrent environ au milieu de la première articulation (articulation phalango-phalangettienne) (2). Mais, si l'on consulte l'époque des publications des ouvrages de Colombus et de Fallope , on trouve que le traité De re anatomica Columbr a été publié en 1559, tandis que les Observations anatomiques de Fallope wont paru qu en 1561; d'où il ressort que l'honneur de la découverte anatomique dont il s'agit appartient réellement à Colombus.
C'est Fallope cependant qui entrevit l’action réelle de ces muscles; car il ajoute, après les avoir décrits, que les lombricaux étendent les deux dernières phalanges et fléchissent les premières, tandis que Colombus soutenait qu'ils étendaient les trois phalanges (3).
C'est encore au génie d'observation de Fallope qu'on a dû, au Xvic siècle, la connaissance de l’action des interosseux sur les deux dernières phalanges ; il dit, en effet, dans ses Observations
(+) Volci textuellement ‘la description qu’il donne de ces muscles dans son traité De re anatomica , p. 289 : « Desinunt autem (vermiculares) in teretem et nerveum tendinein et per internos digitos delati juxta eorum longitudinem, adh«ærescunt tendinibus primi musculi exterioris, a quibus quator digiti extendebantur et in terlium articulum suis finibus immittuntur, non autem in primuin queinadmodum Galenus et Vesalius voluere. »
(2) Fallope, réfutant les opinions de Vésale , son maître, a écrit : « Dissideo ab eodem Vesalio sub musculis qui manum movent. Quoniam ; dum tradit insertionem et usum illorum quatuor, qui parvi admodum in vola hærent chordis secundi musculi, tertium digitorum internodium flectentes, asserit hos musculos implantari in primum digitorum os, atque manus hoc subire, ut digitos introagant et ad pollicem adducant. Dico hos musculos non inseri in primum os digitorum , sed potius desinere in chordam posteriorem, quæ omnes digiti articulos extendit, atque insertio hœc circa medium prünt internodit fiéri solet, n (Observationes anatomicæ, t, I, bp: 91)
(3) On explique difficilement comment il se fait que Fallope, qui a discuté les opinions de Vésale et de Valverda, qui a reproduit les opinions de Colombus, son maître, dans un ouvrage intitulé Historia della composicion del corpo humano,
anatomiques, qu'il n'est pas de l'opinion de Vésale, qui a écnt que les huit muscles compris entre les os du métacarpe (les ins terosseux) insèrent Jeurs tendons à la partie latérale des premières phalanges et servent à la flexion des doigts, ce que l'analyse ne prouve nullement, puisque ces huit muscles comme les quatre précédents (les lombricaux) , réunis au niveau de la pre: nière articulation des doigts, se portent latéralementaux tendons des extenseurs et s'y attachent pour servir à l'extension des secondes et troisièmes phalanges. Je m'étonne, ajoute-t-il plus loin, que Valverda et son maître (Colombus), connaissant Îles fonctions des quatre autres muscles (des lombricaux), n'en aient pas conclu à celles des interosseux. | On remarquera que Fallope a méconnu le mouvement de flexion que les interosseux impriment à la première phalange; car, longtemps après la publication de ses Observations anato; miques, il niait encore cette action que Vésale attribuait à ces muscles (4). On lit dans son ouvrage intitulé nstitutiones anaz tomicæ, et publié par Fallope en 1575 : « Ulterius addit ordinatim V'esalius octo alios musculos metacarpo sitos, quos primum articuws lum flexere dixit, quos inter flexentes non nos enumerabimus. » Les faits anatomiques et physiologiques découverts par Colombus et Fallope ont triomphé de l’opposition de Vésale, qui
n'ait pas mentionné les recherches anatomiques de Colombus, antérieures aux siennes, et qu’il devait bien connaître ? Mais Fallope avait une.grande vénération pour Vésale, bien qu il combattit ses opinions, et il professal un grand mépris pour Colombus , qui accablait d’injures Vésale, dont il n'aurait pas dû oublier qu'il était l'élève. Est-ce pour ce motif que fallope parle si peu de Colombus dans ses écrits?
(1) C'est Galien qui le premier a reconnu cette action des interosseux sur les premières phalanges, comme c’est lui aussi qui à découvert l'existence de ces petits muscles, ainsi qu'il le dit dans le passage suivant : 3
a Ils (tous les anatomistes) ont entièrement ignoré l'existence des petits muscles » qui fléchissent la première phalange des doigts (interosseux) , ignorance que » nous avons partagée nous-même pendant longtemps. » Ces petits muscles sont décrits dans le Traité de la dissection des muscles, chap. xx, et dans Je Manuel des dissections (Galien , Utilité des parties de la main, liv. IL, chap. M, page 173, traduction de M. Daremberg , 1854).
Mais c'est la seule action que Galien attribue aux interosseux, On ne comprend pas qu un anatomiste qui a fait tant de découvertes ait pu méconnaitre les mouvements de latéralité que ces muscles impriment aux doigts. On a vu plus
haut (page 253) quels efforts d'imagination il a dû faire pour expliquer les mouvements des doigts.
les combattit dans une célèbre et savante argumentation publiée en 4561 sous le titre suivant: Observationum anatomicarum Fallopii examen.
En 1732, Winslow, dans son admirable Traité des muscles, signale deux tendons distincts dans les interosseux, l'un s'attachant à la première phalange, et l'autre se continuant dans les bandelettes latérales de l'extenseur commun: il décrit aussi, beaucoup mieux que ses prédécesseurs, les fonctions des interosseux et des lombricaux, qu'il considère comme fléchisseurs des premières phalanges et extenseurs des deux dernières.
Parmi les anatomistes célèbres qui ont partagé les opinions de Fallope et de Winslow, relativement aux dispositions anatomiques et aux fonctions des interosseux et des lombricaux, Je citerai Sæœmmerring, Sabatier et Boyer.
Il ressort de l'exposition de ces faits, que pendant plus de deux siècles , c'est-à-dire de 1519 à 1797 (époque à laquelle a été publié le Traité d'anatomie de Boyer), les anatomistes les plus illustres ont profondément étudié les interosseux et les lombricaux au point de vue anatomique et physiologique, et quils ont connu la seule disposition anatomique qui puisse expliquer l'action que ces muscles exercent sur chacune des phalanges.
Mais si la description anatomique que ces auteurs nous ont donnée sur ces petits muscles laisse peu à désirer, cornme on le verra bientôt, il n’en est pas de même des connaissances qu'ils possédaient sur leurs fonctions. En effet, les interosseux et les lombricaux, abstraction faite des mouvements d’abduction ou d'adduction qu'ils peuvent imprimer aux doigts, étaient, selon eux, seulement de faibles auxiliaires des muscles fléchisseurs ou des extenseurs des doigts. Winslow, qui, dans son Traité des muscles, a très bien exposé en général le mécanisme des mouvements, n’a pas même entrevu l'utilité de leur action spéciale sur les phalanges. Il dit seulement, en parlant de leur usage, que c'est dans l'extension des troisièmes phalanges que les lombricaux peuvent être auxiliaires de l’extenseur commun avec les interosseux par Ja même concurrence de leurs tendons, en maintenant écartées les bandelettes latérales de l'extenseur commun pendant la contraction de ce dernier muscle. Si l'influence des interosseux et des lombricaux sur la flexion ou l'extension des phalanges servait réellement à aider l'action des extenseurs ou des fléchisseurs
des doigts, les avantages d'un tel concours ne me paraitraient pas démontrés, car ces petits muscles ne peuvent favoriser l’extension des deux dernières phalanges, sans s'opposer à l'extension des premières, et vice versà.
L'utilité de ces muscles, comme auxiliaires des fléchisseurs ou des extenseurs, a sans doute paru fort problématique à un grand nombre de physiologistes. Comme on ne leur connaissait pas d’autres usages, n'est-il pas permis de supposer que les auteurs modernes des traités d'anatomie ont préféré, à l'exemple de Bichat, passer sous silence un fait anatomique (la connexion des tendons des interosseux et des lombricaux avec les bandelettes latérales de l'extenseur commun), un fait, dis-je, qui avait été admis dans la science pendant plusieurs siècles et sous l'autorité des plus grands noins, que d'avoir à en expliquer la raison d'être (4):
el était l'état de la science, lorsque jai commencé mes recherches. On sait maintenant que, grâce à l'expérimentation électro-physiologique secondée par l'observation pathologique, il m'aété possible d'établir, de la manière la plus évidente, que phy: siologiquement, les interosseux et les lombricaux sont presque exclusivement extenseurs des deux dernières phalanges et flé
(1) M, le docteur Parise, élève distingué du Val-de-Grâce,a publié, il y a quelques années, une thèse remarquable dans laquelle il cherche à établir que les lombricaux étendent les deux dernières phalanges des doigts, sur lesquels ils agissent à l’aide des tendons de l’extenseur commun, tendons qui sont situés sun le prolongement de leur axe, et qu'ils s’approprient en quelque sorte au moment de leur contraction; mais cet auteur ne mentionne pas leur action comme flechisseurs des premières phalanges, M. Chassaignac a communiqué aussi en 1846, à la Société anatomique, une note dans laquelle il dit, sans en tirer la moindre dés duction physiologique, que les tendons interosseux des doigts se continuent dans les bandelettes latérales de l'extenseur commun. Ces faits sont, on le voit , vieux de plusieurs siècles et beaucoup moins complets que ceux qui nous viennent de Colombus et de Fallope; cependant ils n’en font pas moins d'honneur à l'esprit d'observation de MM. Chassaignac et Parise, qui ont réellement cru avoir fait une découverte.
Afin de prouver à ces honorables confrères que je n’écris pas cette note daus un esprit de critique malveillante, je leur avouerai que moi-même j'ignorais les faits découverts par Colombus et Fallope quand je me suis livré à mes recherches sur les fonctions des muscles de la main. Le reproche d’ignorance des faits hiss toriques qu'on pourrait nous adresser à tous semble devoir retomber sur la plupart des auteurs des traités classiques qui auraient dù les mentionner, en raison de leur importance et de l'autorité des hommes illustres qui les ont sou: tenus pendant de si longues années; mais je crois qu'il faut seulement en accuser le mode d'enseignement, dans lequel il existe une lacune regtettable.
CONSIDÉRATIONS ANATOMIQUES ET HISTORIQUES: 259 chisseurs des premières ; que ces muscles sont nécessaires au mécanisme des mouvements de flexion des premières phalanges et d'extension des deux dernières, mouvements en sens inverse, si fréquents dans les usages de la main ; enfin que, sans eux, les phalanges ne pourraient conserver leur attitude normale et prendraient la forme d'une griffe plus incommode qu'utile.
Il est ressorti, des considérations historiques exposées précédenment, que ces phénomènes st importants ont été jusqu'à présent conplétement méconnus des anciens comme des modernes.
Guidé par la connaissance de ces phénomènes importants, M. Cruveilhier a non seulement constaté l'exactitude des faits anatomiques découverts par Colombus, mais encore il a reconnu, ainsi que je l'ai déjà dit à l’occasion de l’extenseur commun, que les bandelettes latérales qui vont à la troisième phalange, et que l'on rapporte à ce dernier muscle, sont en grande partie la conünuation des tendons réunis des interosseux et des lombricaux (voy. fig. 45, a, b, b, page 265); qu'entre le tendon médian de l’extenseur commun et les tendons des muscles interosseux etlombrical, il existe un espace triangulaire rempli par des fibres aponévrotiques parallèles (d, fig. 45) qui relient tous ces tendons en formant une sorte de gaîne à la moitié postérieure de la dernière phalange. |
Ce savant a conclu de ses nouvelles recherches, contrairement à l'opinion qu'il avait émise et à la description anatomique qu'il avait donnée dans les première et deuxième éditions de son Traité d'anatomie, que les interosseux ne s’attachent pas à la remière phalange des doigts (voy. fig. 45) (1). M. Bouvier, qui L aussi constalé, après M. Cruveilhier, que les fibres que l'on ‘apporte aux tendons des longs extenseurs ne sont en grande artie que de véritables tendons rubanés terminant sur les côtés les doigts les interosseux et les lombricaux, seuls ou réunis, léclare, contrairement à l'opinion récemment formulée par M: Cruveilhier, avoir vu , de la manière la plus évidente, les inerosseux s'insérer à la première phalange. On remarquera que opinion de M. Bouvier est conforme à celle de Fallope, de Ninslow, de Sabatier, de Sæmmerring et de Boyer, Voici la desription que M. Bouvier donne de l’attache terminale des inter- 8seux , dans la savante communication quil a faite à PAca:
(1) Traité d'anutomie descriptive, 3° édit., p. 322.
démie de médecine sur la disposition anatomique des muscles de Ja main: « Elle (l'insertion des interosseux à la première phalange) se fait par un tendon très court (voy. a, b, fig. 46, p. 266), d'une épaisseur proportionnée à celle du faisceau charnu , en général plus mince dans les interosseux palmaires que dans les dorsaux, très volumineux dans l’abducteur de l'index (le plus considérable de ces muscles), manquant rarement, et alors remplacé par des fibres unies aux ligaments de l'articulation métacarpophalangienne (1). »
Je puis témoigner de l'exactitude de cette description, car M. Bouvier a eu l'obligeance de mettre à ma disposition la plupart des pièces anatomiques qu'il avait préparées lui-même, et dont quelques-unes sont représentées à la fin de ce travail.
D'un autre côté, on ne peut contester l'exactitude des faits décrits par M. le professeur Cruveilhier, qui aussi peut s'appuyer sur l'autorité de Colombus. J'ai moi-même constaté l'absence de l’attache uniquement phalangienne d’un interosseux sur un doigt que M. Jarjavay a bien voulu préparer sous mes yeux.
Il faut conclure de l'ensemble de ces faits que l’attache terminale des interosseux présente des variétés.
Laquelle des deux descriptions précédentes s'approche le plus de l’état normal? C’est ce qu'il serait important d'établir. Sil m'était permis de me prononcer dans cette question purement anatomique , Je dirais que la disposition anatomique signalée par M. Bouvier me paraît la plus commune, parce que, sur une quinzaine de doigts dont j'ai vu préparer les interosseux, ou que j'ai préparés moi-même, Je n'ai pas rencontré une seule exception au fait anatomique qu'il a signalé, c'est-à-dire que J'ai toujours trouvé la double terminaison tendineuse des interosseux, comme dans la figure 45. Ge qui corrobore encore cette opinion, c'est que la généralité des anatomistes, ceux qui ont méconnu l'attache phalangettienne des interosseux, ont tous constaté leur terminaison à la partie supérieure et latérale de la première phalange.
Il serait impossible d'imaginer un mécanisme plus ingénieux et plus favorable aux mouvements de flexion des premières phalanges et d'extension des deux dernières ,que celui qui résulte
(1) Note sur un cas de paralysie de la main, lue à l'Académie de médecine le 15 novembre 1851 (Bulletin de l'Académie de médecine, t. XVI, p. 125).
de la disposition anatomique des tendons terminant les interosseux et les lombricaux. En effet, dans la première partie de leur trajet, c'est-à-dire de l'extrémité inférieure du métacarpe à l'extrémité inférieure et postérieure de la première phalange, les tendons des interosseux et des lombricaux ont une direction oblique d'avant en arrière et de haut en bas, de telle sorte que , pendant la contraction de cesinterosseux et de ces lombricaux, le point mobile étant à l'articulation métacarpo-phalangienne, et le point fixe à l'extrémité de la première phalange, celle-ci est nécessairement entraînée dans la flexion , d'autant plus énergiquement que ces tendons agissent principalement sur l'extrémité : du levier représenté par la phalange. Dans la seconde partie de leur trajet, c'est-à-dire de l'extrémité inférieure de la première phalange à l'extrémité supérieure de la troisième , ces mêmes tendons marchent parallèlement à l'axe longitudinal des deux dernières phalanges et sur leur face postérieure. Il en résulte que la contraction des muscles qui donnent naissance à ces tendons ne peut produire autre chose que l'extension de la troisième et consécutivement de la deuxième phalange. Or, la contraction des interosseux et des lombricaux agissant également sur toute l'étendue de leurs tendons, les deux mouvements en sens inverse dont Je viens d'expliquer le mécanisme ont nécessairement lieu simultanément.
Enfin, les tendons des interosseux et des lombricaux produisent encore l'extension de la deuxième phalange par l'intermédiaire du tendon médian de l’extenseur commun, avec lequel ils sont en connexion ; tandis que ce dernier tendon médian, bridé dans son action , ainsi que je l'ai démontré, ne permet pas aux interosseux et aux lombricaux d'étendre les deux dernières phalanges d’une manière exagérée (1).
Le faisceau phalangien des interosseux, si bien décrit par M. Bouvier, et en son absence, les attaches fibreuses qui vont du tendon de ces muscles à l'articulation métacarpo-phalan-
(1) Cette limite, imposée à l’action des interosseux et des lombricaux par la Connexion que ceux-ci ont contractée avec le tendon médian de lextenseur Commun, me paraît servir à empécher le renversement des deux dernières phalanges qui pourrait résulter de la prédominance d’action de ces petits muscles sur les fléchisseurs. J'ai eu, en effet, l’occasion de disséquer des doiots dont les phalanges se renversaient considérablement les unes sur les autres, et j'ai constaté que le tendon médian de l’extenseur jouait trop librement, et que les fibres
gienne, favorisent l'indépendance des mouvements d'écartement et de rapprochement des doigts; car on conçoit que , si ces attaz ches n'existaient pas, l'abduction où l'adduction des doigts ne pourrait avoir lieu sans que les mouvements de flexion des premières phalanges et d'extension des deux dernières se pro: duisissent en même temps et en raison directe du degré de contraction des muscles interosseux et lombricaux. Or, grâce à l’attache phalangienne de ces derniers muscles,ces mouvements d'écartement ou de rapprochement peuvent avoir lieu sans l'extension des deux dernières phalanges:
Personne , avant M. Bouvier, n'avait reconnu l'indépendance anatomique et physiologique qui existe entre le faisceau pha: langien et le faisceau phalangettien des interosseux. Ge savant observateur dit, en effet, que le premier faisceau « ne nuit pas à l'action de ce muscle sur les dernières phalanges, parce que chacun des deux tendons recoit des fibres charnues distinctes, et jusqu'à un certain point indépendante, de manière que le muscle paraît comme divisé en deux portions: l'une spéciale: ment affectée à l'extension du doigt, l'autre à son inclinaison latérale et à la flexion de la première phalange. » |
Toutefois le faisceau phalansien des interosseux ne produit pas aussi puissamment la flexion de la première phalange que le faisceau phalangettien; en effet, si l'on tire lésèrement sur le faisceau phalanpien, la première phalaige étant dans l'extension, on voit cette phalange , exécutant d’abord son mouvement d'abduction ou d'adduction, hésiter, pour ainsi dire, à se placer dans la flexion. Pour que la flexion se fasse franchement et énergiquement, il fauttirer avec force sur le faisceau phalangien, où la phalange doit avoir déjà commencé son mouvement de flexion par l’action du faisceau phalangettien; celui-ei est donc en réalité le principal fléchisseur de la première phalange, tandis qu ïl est moins abducteur o ou adducteur que le faisceau
phalangien.
qui le fixent à l'articulation métacarpo-phalangienne avaient subi une sorte d'élongation: deplus , chez des sujets dont les phalanges se renversaient ainsi, j'ai observé que la faradisation des interosseux augmentait encore ce renverseinent. En présence de ces faits, ne pourrait-on pas ‘attribuer le renversement exagéré des phalanges, qu'on observe dans certaines conformations de la main , au peu de fixité des tendons des extenseurs communs , et conséquemment au jeu illimité des interosseux et des lombricaux.
En résumé, le faisceau phalangien des interosseux peut produire le mouvement latéral de la première phalange, indépendamment de la flexion, bien qu'il puisse conceurir puissamment à ce dernier mouvement, qui est placé spécialement sous l'influence du faisceau phalangettien.
$ III. — Muscles de l’éminence thénar.,
Les muscles de l'éminence thénar, à l'exception de l'opposant, étendent, on le sait, la deuxième phalange du pouce, pendant qu'ils en inclinent latéralement la première en dedans ou en dehors ,et en la faisant rouler sur son axe longitudinal. Ces faits physiologiques sont parfaitement démontrés par mes recherches électro-physiologiques et pathologiques.
C'est seulement vers la fin du xvrn° siècle que fut découverte Ja disposition anatomique qui peut rendre raison du mécanisme de ces mouvements.
Sabatier est, en effet, le premier qui a signalé l'union existant entre plusieurs faisceaux de léminence thénar et le tendon du long extenseur du pouce. Ainsi, il décrit la terminaison tendineuse du court abducteur du pouce de la manière suivante: « Son tendon (celui du court abducteur) passe sur le côté radial de l’extrémité supérieure de la première phalange et s'y fixé en partie ; quelques fibres vont s'unir au tendon de l’extenseur du pouce et se continuent jusqu'à son extrémité (1). »
Cet anatomiste a aussi découvert une expansion aponévrotique qui va du tendon de la portion interne du court fléchisseur au côté correspondant du tendon du long extenseur du pouce.
Sœmmerring, en 1791, et Boyer, en 1797, ont décrit ces mêmes expansions aponévrotiques dans leurs Traités d'anatomie, mais ils ont ignoré, comme Sabatier, que le faisceau interne du court fléchisseur se comporte , à l'égard du tendon extenseur du pouce, comme son faisceau externe.
Ces expansions aponévrotiques, découvertes par Sabatier, si nécessaires aux usages du pouce, ont eu le même sort que les expansions des interosseux et des lombricaux des doigts dans les traités d'anatomie modernes, c’est-à-dire quelles ont été passées sous silence, et, ce qui est inexplicable, les belles planches anatomiques de Bourgery les représentent fidèlement, sans
| (1) Traité d'anatomie, Paris, 1764.
que l'auteur ait songé à les décrire ou du moins à en tirer quelque déduction physiologique.
Mais M. Bouvier, inspiré par les résultats de mes études électro-physiologiques, a compris qu'il devait exister une lacune dans ces descriptions anatomiques de Sabatier, Sæœmmerring et Boyer, et il a parfaitement démontré, par de nouvelles re: cherches, que tous les muscles de l’'éminence thénar, à l'exception du court abducteur du pouce, envoient des prolongements aponévrotiques qui les unissent au tendon extenseur du pouce. J'ai vu, sur des pièces anatomiques que mon honorable confrère avait préparées et que J'ai fait représenter dans les figures 47 et 48, les expansions aponévrotiques naissant des muscles de l’éminence thénar, non seulement se terminer dans le tendon de l’extenseur, mais aussi s'attacher directement à l'extrémité supérieure de la deuxième phalange.
Il résulte de l'exposition de ces faits anatomiques que les muscles de l'éminence thénar se comportent à l'égard des phalanges du pouce comme les muscles interosseux, et qu'ils doivent conséquemment leur imprimer des mouvements simultanés en sens inverses, c'est-à-dire qu'ils fléchissent nécessairement la première phalange du pouce, pendant qu'ils en étendent la dernière.
On ne comprend pas que des observateurs aussi supérieurs que Sabatier, et surtout Sœmmerring , qui s'est constamment appliqué à éclairer l'anatomie et à en agrandir même le domaine par les faits admis en physioloyie, n'aient pas saisi le rapport ana tonique et physiologique quiexiste entre les expansions fibreuses des muscles de l'éminence thénar et celle des interosseux et des lombricaux. Ces anatomistes ont, en effet, écrit que les expansions fibreuses qui lient au tendon extenseur du pouce le court abducteur et la portion interne du court fléchisseur produisent l'extension de la première et de la seconde phalange. Il n'est pas besoin de dire que, s'il en était ainsi, le pouce eût perdu quelques-uns des principaux attributs qui distinsuent la main humaine, car J'ai démontré dans mes recherches électro-physiologiques et pathologiques, que la plupart des usages de la main nécessitent les mouvements simultanés de flexion de la première phalange et d'extension de la deuxième phalange dujpouce.
D'ailleurs M. Bouvier, non content de compléter la connais:
sance des faits anatomiques qui expliquent l'heureux artifice à l'aide duquel les muscles de l'éminence thénar, excités par la faradisation localisée, impriment aux phalanges du pouce ces mouvements en sens inverse, à démontré, en présence de l’Académie de médecine de Paris, qu'on produit, comme par l'expérimentation électro-physiologique, la flexion de la première phalange et l'extension de la seconde phalange du pouce en exerçant des tractions sur chacun de ses muscles court abducteur , court fléchisseur ou adducteur.
J'ajouterai qu'on détermine également sur le cadavre les mouvements d'inclinaison latérale de la première phalange du pouce et de rotation sur son axe longitudinal qu'on obtient par l'excitation électrique de ces muscles, mouvements sans lesquels Île pouce ne pourrait se mettre en rapport avec la plupart des doigts.
Le mécanisme de ces mouvements en sens inverse des deux phalanges du pouce est aussi simple qu'ingénieux ; je ne l'exposerai pas, parce qu'il est absolument le même que celui qui produit la flexion des premières et l'extension des deux dernières phalanges des doigts, et aussi parce que j'ai fait connaître ce mécanisme à l’occasion des interosseux et des lombri- Caux.
Fig. 45.
Doit annulaire de la main gauche, avec son interosseux dorsal ou adducteur.
a. Interosseux dorsal ou adducteur.
b,b. Tendon phalangettien de l'interosseux dorsal.
c. Tendon de l’extenseur commun.
d, Expansion aponévrotique unissant le tendon phalangettien de l'interosseux au tendon extenseur.
RNNNNINNNNE
Fig, A6,
Doigt annulaire de la main droite, avec son interosseux ou adducteur,
a. Faisceau phalangien de l'interosseux.
b. Attache du faisceau phalangien à l'extrémité supérieure de la première phalange.
ce. Faisceau phalangettien de l'interosseux.
d,d, Tendon phalangettien de l’interosseux.
e,e. Tendon dé l’extenseur,
Fig. 47.
Pouce vu du côté externe.
a, Muscle court abducteur.
b. Muscle opposant,
c. Portion externe du court fléchisseur,
d, Tendon du long extenseur.
e. Expansion aponévrotique du court abducteur allant au tendon du long extenseur,
Fig. 48.
Pouce vu du côté interne.
a. Muscle adducteur.
b. Expansion aponévrotique allant au tendon du long extenseur.
c. Tendon du long extenseur.
CONFIRMATION DES FAITS PRINCIPAUX EXPOSÉS DANS CE CHAPITRE, DANS UN TRAVAIL LU A L'ACADÉMIE , LE 11 NOVEMBRE 1851, PAR M. BOUVYIER, MÉDECIN DE L'HOPITAL BEAUJON, MEMBRE DE L’ACA- DÉMIE DE MÉDECINE, ETC.
Avant la publication du travail exposé dans ce chapitre, j'en avais adressé un extrait dans lequel je résumais les principaux faits qui ressortent de mes recherches sur les muscles de Ja main. Ces faits si nouveaux et si contraires aux idées professées sur la physiologie et la pathologie musculaire de la main avaient besoin, à leur naissance, d’être contrôlés et confirmés par le témoignage public des hommes qui font autorité dans la science. Ce témoignage heureusement ne m'a pas fait défaut, ainsi qu'on pourra s’en convaincre par la lecture de quelques passages que j'extrais d'une note savante de M. Bouvier, intitulée : Vote sur un cas de paralysie des muscles de la main, lue à l'Académie de médecine dans sa séance du 11 novembre 1851.
« Lorsque apparaissent, dit l'honorable académicien, des faits nouveaux qui ont à peine acquis droit de domicile dans la science, il est du devoir de chacun de contribuer, autant qu'il est en son
pouvoir, à répandre des découvertes presque toujours contestées à leur origine, et qui ne sont reconnues pour telles qu'après avoir été confirmées par des témoignages nombreux. C'est à ce titre que je viens communiquer à l’Académie une observation de paralysie des interosseux de la main, affection qui n'a été décrite que tout récemment, et dont la connaissance est due à notre estimable et laborieux confrère M. le docteur Duchenne de Boulogne. J'exposerai d’abord le fait, et je le ferai suivre de quelques considérations générales qui s’y rattachent. »
Après avoir rapporté une observation d’atrophie des muscles interosseux qui avait produit la griffe comme dans tous les cas analogues que j'ai rapportés précédemment, et dont J'ai expliqué le mécanisme, M. Bouvier démontre que cette difformité a été réellement produite chez son malade par le défaut d'action des muscles interosseux. Puis, après avoir prouvé que ce diagnostic ne pouvait être déduit que de la connaissance des fonctions récemment déterminées par mes recherches sur les muscles qui meuvent la main, M. Bouvier développe les considérations suivantes, qui établissent un parfait accord entre les faits physiologiques déduits de mes expériences et les faits anatomiques.
« Cette détermination directe des fonctions musculaires, dit-il, nous la devons principalement, l'Académie ne l'ignore pas, aux travaux persévérants de M. Duchenne de Boulogne. Sa méthode d'électrisation , portant l'excitation, à volonté, sur un seul muscle, souvent sur un seul faisceau musculaire, à l'exclusion de tout autre, même des plus voisins ,et avec une précision que personne, que je sache, n'avait encore atteinte, l'a conduit à rectifier ou à compléter, dans beaucoup de points, les idées reçues sur la physiologie du système musculaire, et à enrichir Journellement Ja science de faits aussi nouveaux qu'utiles. Déjà une plume élégante et facile vous a retracé comment, entre les mains de cet honorable confrère, l'électricité d'induction poursuit et découvre tour à tour chacun de ces muscles de la face que le scalpel de l’anatomiste n'isole pas toujours sans peine au milieu du lacis produit par la jonction et le croisement de leurs fibres {1},
(1) M. Bouvier fait allusion au rapport de M, le professeur Bérard sur mon mémoire qui traite des fonctions des muscles de la face, et qu'on lira à la fin du chapitre 1v de la 2° partie. (Note de l'auteur.)
» C'est à l'aide des lumières fournies par ce même moyen d'investigation , relativement à l’action propre des muscles qui meuvent les doigts, qu'il ma été facile de déterminer exactement le siége de l'affection musculaire dont j'ai entretenu l’Académie.
» M. le docteur Duchenne de Boulogne vous a, en effet, adressé le 11 février dernier, sur les muscles dont il s’agit, un travail intéressant, imprimé par extrait dans le numéro de mars suivant des Archives générales de médecine , et dont M. le professeur Cruveilhier a adopté les principales conclusions dans la dernière édition de son Traité d'anatomie.
» 11 résulte de ce travail , non seulement que les petits muscles de la main, à l'exception des opposants, fléchissent la première phalange des doigts correspondants et étendent les deux autres, mais encore que les extenseurs des quatre derniers doigts sont spécialement affectés à l'extension des premières phalanges; qu'ils n'exercent qu'une action secondaire sur la deuxième et la troisième, et que, d'un autre côté, les fléchisseurs sublime et profond n'agissent que secondairement sur la première phalange, qui a pour fléchisseurs principaux ces mêmes muscles de la main, antagonistes réels , sous ce rapport, des lonss extenseurs, dont ils sont les congénères pour les articulations plus inférieures. Ceci exige certains développements dans lesquels l’Académie me permettra d'entrer, si ce n'est pas abuser des quelques moments d'attention quelle veut bien m accorder. »
» Et d’abord il est clair que l’anatomie des muscles cités, que les expériences cadavériques sur leur mode d'action, doivent s'accorder avec les données électro-physiologiques, pour que celles-ci prennent rang parnn les vérités susceptibles d'une rigoureuse et complète démonstration. M. Duchenne de Boulogne l'a senti, mais dans son empressement à vous faire connaître les faits nouveaux qu'il avait découverts, il a dû négliger pour le moment ce complément de son travail. A l'exemple de M. le professeur Cruveilhier, j'ai fait quelques recherches dans cette direction, en m'éclairant des descriptions des anatomistes qui m'ont précédé.
» J'ai constaté, après notre honorable collègue, que les fibres tendineuses que l’on rapporte aux tendons des longs extenseurs
appartiennent en grande partie, sur les côtés des doigts, à de véritables tendons rubanés , terminant les interosseux seuls ou réunis aux lombricaux, qui descendent le long des parties latérales des première et deuxième phalanges, se dirigent ensuite plus en arrière, et s'insèrent à la troisième phalange , en confondant leurs attaches d'un côté à l’autre sur le milieu de cette dernière. On a pu l'observer sur une pièce que j'ai placée sous les veux de l’Académie, dans la dernière séance, et l'on a vu qu'en exerçant une traction sur ces tendons ou sur les petits muscles qui y aboutissent, on produisait l'extension complète des deux dernières phalanges. Un premier examen de cette pièce m'avait fait supposer, avec M. Cruveilbier, que Ja totalité du muscle se terminait ainsi, et que, contrairement aux descriptions des anatomistes, les interosseux ne s'attachaient pas à la première phalange des doigts ; mais une étude plus attentive m'a fait voir cette insertion, dans la plupart des interosseux , de la manière la plus évidente. Elle se fait par un autre tendon très court, d'une épaisseur proportionnée à celle du faisceau charnu, en général plus mince dans les, interosseux palmaires que dans les dorsaux, très volumineux dans l’abducteur de l'index, le plus considérable de ces muscles, manquant rarement, et alors remplacé par des fibres unies aux lisaments de l'articulation métacarpo-phalangienne. Elle ne nuit pas à l'action des interosseux sur les dernières phalanges, parce que chacun des deux tendons recoit des fibres charnues distinctes et, jusqu'à un certain point, indépendantes, de manière que le muscle paraît comme divisé en deux portions, l’une spécialement affectée à l'extension des deux dernières phalanges et à la flexion de la première, l’autre à l'inclinaison latérale de la première phalange.
» L'adducteur du petit doigt, si analogue aux interosseux, le court abducteur du pouce, leurs courts fléchisseurs, envoient sur la face dorsale de ces doigts des expansions aponévrotiques qui s'unissent de même aux tendons extenseurs de leurs dernières phalanges. Ces prolongements ; indiqués par Boyer et Sœmmerring, et auxquels on doit en ajouter un autre, que j'ai vu provenir de l'adducteur du pouce, ne sont pas, à beaucoup près, aussi importants que les tendons phalangettiens des interosseux : cependant Sœmmerring n'hésite pas à en déduire l'extension des dernières phalanges par l'action de quelques-uus
APPENDICE. 214 de ces muscles, ainsi que M. Duchenne de Boulogne l'a établi, pour tous, d'après ses expériences électro-physiologiques, et j'ai reconnu qu'en effet on produit sur le cadavre l'extension des deux dernières phalanges du petit doigt, en tirant sur son adducteur, et celle de la dernière phalange du pouce, en simulant l'action du court abducteur ou de l'adducteur de ce doigt.
» Jusqu'ici donc, le résultat expérimental des recherches de notre savant confrère na rien qui contredise les faits anatomiques, ni qui ne pût être en quelque sorte prévu par les inductions qu'ils fournissent; ets'il a néanmoins le mérite d’avoir mieux fixé ce premier point de doctrine et de l'avoir purgé de quelques erreurs individuelles, il faut moins l’attribuer aux difficultés du sujet qu à l'indifférence ou à la légèreté avec lesquelles beaucoup d'anatomistes l'ont traité (1). Voyons s’il en sera de même de ses autres propositions.
» Les tendons des longs extenseurs des doigts ont des connexions avec les trois phalanges, mais surtout avec les deux dernières ; les tractions exercées sur eux dans une main détachée du bras, ou dépouillée de la plupart de ses muscles, produisent l'extension complète des trois phalanges : aussi n'est-il, que je sache, aucun anatomiste qui, avant les travaux de M. Duchenne de Boulogne , ait conçu le moindre doute sur l'effet de leur contraction, par rapport à l'extension des trois jointures de chaque doigt. Et pourtant une expérience fort simple, indiquée par M. le professeur Cruveilhier dans la dernière édition de son Traité d'anatomie, exécutée sans doute bien des fois auparavant sans qu'on en aperçût toutes les conséquences, dépouille les longs extenseurs d’une partie de la fonction qui leur est assignée. Cette expérience consiste à tirer sur ces musclés dans un membre de cadavre encore pourvu de tout son appareil musculaire. Si la main se trouve alors placée sur la même ligne que l'avant bras, les doigts, fléchis préliminairement, commencent à peine à s'étendre, que déjà le redressement des deux dernières phalanges n'a plus lieu ; la première seule s'étend sur le métacarpe,
« DE.) La » # * . “ . . » + 4 , (1) J'ai démontré dans le précéde:.i article que, dès l'antiquité jusqu'à Bichat , la question anatomique était parfaitement tonnüe, mais qu'elle fut ensuite oubliée. (Note de l'auteur.)
en même temps que celui-ci se renverse sur l'avant-bras, et l'extrémité de chaque doigt se fléchit et se courbe de plus en plus, en proportion des efforts de traction que l'on exerce. Il faut placer le poignet dans une forte flexion pour obtenir par ce procédé l'extension complète des trois phalanges, laquelle cesse aussitôt que la traction commence à incliner la main en arrière. C’est qu'alors on tend de nouveau les fléchisseurs sublime et profond qu'on avait relâchés par la flexion de la main, et que leur défaut d’extensibilité ramène comme auparavant les deux dernières phalanges d'autant plus dans le sens de la flexion que la première et le métacarpe sont plus attirés du côté de l'extension. J'ajouterai, pour confirmer encore cette explication de M. Cruveilhier, que l'extension complète est également produite, si l'on retient d'une manière quelconque la première phalange sur laquelle on agit, et qu'en divisant sur l'un des doigts les deux tendons fléchisseurs, on réussit aussitôt à étendre les trois phalanges par la traction de l’extenseur.
» Ces déductions anatomiques sont très analogues À celles que M. Duchenne de Boulogne a tirées de ses remarques. Les faits se passent, pendant l'électrisation des différents muscles, exactement comme Je viens de l'exposer. L’anatomie aurait encore pu ici devancer et prévoir la physiologie ; elle ne l'a pas fait, et à notre honorable confrère revient tout l'honneur d'une découverte qui a jeté, comme nous le verrons bientôt, le plus grand jour sur l’histoire des paralysies.
» C'est plutôt à l’aide de la pathologie qu'en s'appuyant sun ses observations physiologiques directes, que M. Duchenne de Boulogne a montré que, pour la prenuère phalange, les véritables antagonistes du long extenseur ne sont pas les fléchisseurs sublime et profond, qui ne s'attachent pas à cet os, mais les petits muscles de la main, qui s'y insèrent. Il a vu, en effet, que lorsque ceux-ci sont paralysés, les longs fléchisseurs des doigts sont toutà fait incapables de retenir cette phalange, qui cède à l’action des extenseurs, se renverse en arrière, et finit par se luxer à demi sur le métacarpien correspondant. C'est là un grand fait qui prouve combien les interosseux, en particulier, sont nécessaires à la fixité de la première phalange, dans le sens de la flexion ; néanmoins il laisse quelque chose à désirer touchant les circonstances diverses dans lesquelles elle est mue, soit par ces
APPENDICE, 2'8à muscles, soit par les longs fléchisseurs, et au point de vue de l'importance relative de ces deux ordres d'agents (1).
» Appliquons maintenant ces données physiologiques au diagnostic des paralysies de la main, et, en particulier, de celle dont Jai tracé le tableau. Connaissant les attributions spéciales de chaque classe de muscles, nous n'éprouverons plus le moindre embarras pour déterminer leur rôle pathologique.
» Que la maladie, par exemple, ait atteint les longs extenseurs, la première phalange sera constamment fléchie ; mais les deux autres pourront être complétement étendues par l’action des interosseux, les mouvements latéraux seront conservés, les doigts pourront s'appliquer les uns contre les autres, et la main rendra encore de nombreux services, C’est effectivement ce que M. Duchenne de Boulogne a observé dans plusieurs cas de paralysie saturnine, où l’électrisation lui a décelé le siége exclusif de la lésion dans quelques muscles situés à l’avant-bras.
» Au contraire, que les muscles de la main soient seuls affectés, il y aura perte, non seulement de l’abduction et de l'adduction des doigts, mais encore, en grande partie, de l'extension des deuxième et troisième phalanges, ainsi que de la flexion de la première. Celle-ci sera renversée en arrière, si le lons extenseur vient à agir, eteile finira même par prendre cette position d’une manière permanente, en vertu de la tendance continuelle des muscles à se raccourcir progressivement, quand ils ne sont plus contre-balancés par la résistance de leurs antagonistes. Mais la même cause courhbera l'extrémité du doigt par la rétraction des longs fléchisseurs, qai ne sera plus combattue par leurs antagouistes réels, les interosseux et les lombricaux ; les deux dernières phalanges se fléchiront d'autant plus que la première et le métacarpe lui-même seront plus portés en arrière, et à la Jongue la main, presque immobile dans cette position vicieuse, prendra la forme d’une griffe dont les usages seront beaucoup plus bornés que dans le premier cas que nous avons supposé. Telle était en effet la situation des malades chez lesquels M. Duchenne de
(1) Quand M. Bouvier écrivit son travail, il n’avait connaissance que du court résumé que j'avais adressé à l'Académie, et dans lequel je n'avais pu entrer dans les développements qui démontrent l'utilité des interosseux au point de vue des mouvements. Je crois que les considérations exposées dans ce chapitre répondent pleinement au desideratum signalé par mon savant confrère, (Note de l’auteur.)
97/4 APPLICATION DE LA HABADISATION A LA PHYSIOLOGIÉE:
Boulogne a pu reconnaître par l’électrisation la perte de Ja contractilité des interosseux et des autres muscles de la main, tandis que cette faculté était conservée dans les muscles situés à l'avant-bras.
» On comprendra sans peine toute l'importance d'une étiologie rigoureuse, d’un diagnostic certain, dans les cas du genre de MIE qui fait l'objet de cette communication. Si l'on confondait encore, comme on a dû le faire souvent, la paralysie des longs extenseurs avec celle des interosseux, n'est-il pas évident que ce serait à l’avant-bras, ét non à la main, sur le nerf radial, et non sur le cubital, que l'on irait porter les excitants de toute sorte? et cette erreur ne pourrait-elle pas être d'un grand préjudice pour le malade.
» Il y a plus, un ordre de lésions très différent des paralysies, quoique ayant avec elles de nombreux points de contact, les contractures ou rétractions musculaires permanentes , pourrait être confondu avec la paralysie des interosseux , et il en résulterait des méprises bien autrement graves. Supposez que, dans des cas analogues à celui dont j'ai fait l’histoire, la contraction des extenseurs des doiots, la tension des tendons fléchisseurs, alors que ces muscles ne sont pas encore parvenus à ce raccourcissement réel qui les rend à peu près inextensibles, soient prises pour l'effet d’une rétraction primitive, sans que l'on tienne compte de leur véritable cause, la paralysie des interusseux ; SUPPOSEZ que le scalpel de la ténotomie, dans un de ces écarts qui ne sont pas sans exemple, vienne à diviser ces muscles, ne voit-on pas à quel point on aura aggravé la position du patient, quel contre-sens thérapeutique aura été commis? Au lieu de rendre leur action aux muscles affaiblis, on en aura privé Ceux qui possédaient encore la leur, et que le seul retour des forces contractiles dans les muscles qui leur sont opposés aurait allongés sans le secours de la chirurgie. Et une autre difficulté peut se présenter encore dans ce genre d'affection : à la para lysie peut se joindre une Lost étre véritable de certains muscles; il faut alors discerner ce qui appartient à l'une et à l'autre; pour en tirer des indications thérapeutiques judicieuses.
» M. Duchenne de Boulogne a reconnu que le pied, qui répète si bien la main, pes UE manus, comme on l'a dit, rer produit aussi les phénomènes qne lui a présentés le membre
USAGE DES MUSCLES QUI MEUVENT L'ÉPAULE. 275 supérieur, et J'ai eu plusieurs fois l’occasion d'appliquer à cette partie les mêmes moyens de diagnostic dans les paralysies partielles du membre inférieur avec ou sans contracture musculaire, Un simple coup d'œil suffit souvent, avec ces données, pour résoudre un problème qu on eût pu trouver embarrassant jadis. Les orteils, immobiles, sont-ils abaissés et étendus, il y a paralysie de l’extenseur commun ; les voit-on, au contraire , relevés et Héchis, la paralysie siége dans les interosseux, Ces conhaissances ne sont assurément pas sans utilité, lorsqu'il s’agit de se fixer sur le choix des moyens thérapeutiques.
» Je m arrête: entrainé par l'attrait du sujet, j'ai déjà dépassé les bornes dans lesquelles je comptais renfermer cette notice. Mais qu'il me soit permis, en terminant, de rendre hommage au talent de l’ingénieux observateur qui a changé la face de nos connaissances sur Île point particulier dont je viens de m'occuper, comme sur plusieurs autres. Ses efforts incessants et éclairés tendent à créer tout un système de physiologie et de pathologie musculaires. S'il y réussit, il aura élevé à la science un monument utile, dont ses premiers travaux auront posé la base. Je m estimerai heureux si ce léger fragment peut contribuer, si peu que ce soit, à en assurer la stabilité. »
Je demande pardon au lecteur d'avoir reproduit l'éloge poinpeux par lequel mon bienveillant confrère a cru devoir terminer son savant travail. Cet éloge, je confesse cette faiblesse humaine, a eu pour premier effet d'exalter beaucoup trop mon amourpropre; mais 1l a relevé mon courage au moment où j'en avais le plus grand besoin; il a rendu ma tâche plus difficile, il est vrai; mais il ma donné la hardiesse nécessaire pour publier les recherches exposées dans ce chapitre et celles qui font le sujet du chapitre suivant.