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Fig. 59, Fig. 60.
Mouvement du scapulum pendant l'élévation du bras par l’action du deltoïde, soit sous l'influence de l'excitation électrique de ce musele , soit dans la paralysie du grand dentelé, — L'angle inférieur À, fig, 59, se rapproche de la ligne médiane , et le bord spinal B, fig. 60, s'éloigne du tronc. Ce mouvement pathologique contraste avec le mouvement normal du scapulum opposé À, fig. 59,
pendant l'élévation physiologique du bras,
paroi postérieure de la cage thoracique en faisant saillir sous la peau son bord spinal. Entre ce bord spinal et le point corres: pondant du thorax, on voit se former une gouttière plus ou moins profonde (voy. B, fig. 60). Ces phénomènes, qui résultent de la contraction artificielle du deltoïde, ne peuvent être repro-
duits par la volonté, qui ne saurait faire contracter isolément le deltoïde. En voici la preuve.
Qu'on dise, en effet, au sujet sur lequel on vient de faire l'expérience précédente, de placer le bras dans le même degré d'élévation que pendant la contraction artificielle de son deltoïde, on observe alors qu'à l'instant où le bras s'éloigne du thorax, l'acromion s'élève au lieu de s’abaisser ; que l'angle inférieur À, fig. 60, du scapulum s'éloigne de la ligne médiane, et que le bord spinal de cet os est maintenu solidement appliqué contre la paroi costale et prend une direction oblique, inverse à celle qu'il avait affectée dans l'expérience précédente. Cette expérience physiologique, rapprochée de l'expérience électro-physiologique qui la précède, démontre clairement quil faut distinguer dans l'étude physiologique l’action isolée du deltoïde de la fonction qu'il est appelé à remplir. Ainsi, bien que ce muscle suffise réellement pour élever l'humérus, l'élévation physiologique de cet os exige encore, outre la décharge nerveuse faite sur le deltoïde par la force de la volonté, une excitation involontaire d'un autre muscle, c'est-à-dire que l'association de plusieurs muscles est nécessaire à l'élévation physiologique du bras. Privé de cette association, le mouvement se ferait sans force et produirait une attitude vicieuse du scapulum.
Le muscle qui, pendant l'élévation du bras, entre si énerpiquement en contraction pour maintenir solidement contre la. paroi thoracique le bord spinal du scapulum, et qui soutient en même temps l'angle de ce dernier, est le grand dentelé. Je n'ignore pas qu'on l'a déjà dit, mais on ne l’a pas démontré.
Voici une-expérience qui établit ce fait d'une manière incontestable. Pendant quon produit artificiellement l'attitude vicieuse du scapulum, qui résulte de la contraction isolée du deltoïde (voy. fig. 59), qu'on fasse contracter le srand dentelé, et à l'instant on voit l'angle externe de cet os, précédemment affaissé, se relever en même temps que son bord spinal se rap: proche de la paroi costale et que son angleinférieur est attiré en avant et en dehors; c'est-à-dire que le scapulum exécute le méme mouvement que pendant l'élévation physiologique du membre supérieur (voy. A , Hg. 60).
L'élévation du bras par le deltoïde est limitée à la direction horizontaie. Ce fait est établi par l'expérimentation. Quelle en
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est la cause? C'est le grand rond qui, faisant l'office d’un ligament, ne permet pas l'élévation exagérée de l'humérus sur le scapulum, élévation qui, d'ailleurs, ne pourrait avoir lieu sans que la tête de cet os, frottant contre l’acromion, sortit de la cavité glénoïde.
Il en résulte donc que l'élévation du bras au-dessus de la direction horizontale ne peut se faire sans que le scapulum tourne sur son anole interne, de manière à élever à la fois comme une seule pièce l'angle externe du scapulum et l'humérus, déjà étendu sur celui-ci. {n'est pas donné au deltoïde de produire ce mouvement de rotation du scapulum , et cela par des raisons anatomiques que Je ne crois pas nécessaire d'exposer.
L'intervention du grand dentelé dans l'élévation du bras n'est pas hornée, comme on l'a dit, à fixer le scapulum. Ce muscle imprime encore avec une grande puissance au scapulum le mouvement de rotation nécessaire à la dernière moitié de l'élévation du bras. Depuis plusieurs années, j'ai eu souvent l'occasion de démontrer ce fait important dansles hôpitaux, en excitant à la fois le grand dentelé et le deltoïde. L’élévation verticale se produit alors avec d'autant plus de force que l'excitation est dirigée sur les digitations les plus inférieures du grand dentelé.
M. le professeur Bérard m'a engagé à répéter cette expérience dans une de ses lecons de physiologie en présence de son auditoire. Pendant qu'on voyait d'un côté, sous l'influence de la contraction isolée du deltoïde, le bras produire l'attitude vicieuse de l’omoplate et ne pouvoir franchir la limite de l'élévation horizontale malgré le courant le plus intense; du côté opposé, en excitant à Ja fois le deltoïde et le faisceauradié du grand dentelé avec un courant de moyenne force, le scapulum s'appliquait vigoureusement contre le thorax, exécutait son mouvement de rotation sur l'angle externe, et enfin le bras s'élevait verticalement avec une telle énergie que le tronc en était rejeté violemment du côté opposé, au point de rendre une chute imminente. Ce mouvement est si rapide, qu'il m'a été impossible de le reproduire par le dessin.
Le grand dentelé n'est pas le seul muscle qui jouisse du privilége de déterminer l'élévation verticale du bras par lintermédiaire du scapulum ; le tiers moyeu du trapèze fait aussi exécuter à cet os un mouvement de rotation sur son angle interne assez
318 APPLICATION DE LA FARADISATION A LA PHYSIOLOGIE. grand pour produire , avec l'aide du deltoïde, l'élévation verticalé du bras.
OBSERVATION XXX.— J'ai souvent répété cette expérience à la Charité sur un sujet couché au n° 3 de la salle Saint-Jean-de-Dieu. Chez ce sujet, les muscles qui meuvent le scapulum sur le tronc, et l’humérus sur le scapulum , étaient privés de mouvement et de sensibilité , de sorte qu'il: était possible d'agir sur eux à doses très élevées, sans crainte de provoquer des contractions involontaires , sous l'influence de la douleur. La contraction isolée du deltoïde produisait dans l’attitude du scapulum à peu près les mêmes difformités que j'ai exposées dans les figures 59 et 60 ; mais, sitôt que je faisais contracter avec le deltoïde le ticrs moyen du trapèze, le bras s'élevait verticalement avec une très grande force , et restait dans cette position aussi longtemps que je faisais passer le courant. A l'instant où celui-ci était interrompu, le membre retombait comme une masse inerte, Six mois plus tard , je retrouvai à l’hôpital Necker ce malade dont les muscles étaient aussi développés, quoique encore paralysés et insensibles, et je pus rendre témoin de cette curieuse expérience M. Bricheteau, chef du service où il était entré.
Plus loin, la patholooie confirmera ces faits physiologiques. Elle nous TT de plus, quel est, du trapèze où du grand dentelé, le plus important dans la production du mouvement du scapulum, soit comme auxiliaire, soit comme condition nécessaire de l'élévation du bras.
Il nest personne qui n'ait observé le mouvement de rotation du scapulum pendant l'élévation du bras. Mais on ignorait que l'intervention du trapèze ou du grand dentelé fût alors nécessaire. On pouvait, en effet, attribuer ce mouvement de rotation du scapulum à l'action exercée par le & and rond sur son angle inférieur, consécutivement à l’élong gatiôn qu'il subit. lorsque le bras s'éloisne du tronc. Cette cause toute mécanique est évidemment étrangère au mouvement du scapulum.
L'expérience se tro o-physiologique établit que les fibres postérieures du deltoïde agissent synergiqueméntavec les autres fibres du même muscle pour l'élévation de l'humérus | jusqu'à un angle de 45 degrés; mais si ces dernières fibres élèvent l'humérus au-dessus de ces 45 degrés, les fibres postérieures deviennent à l'instant leurs antagonistes, en produisant l’abaissement dé l'humérus jusqu'à ce-qu'il soit descendu au degré d’élévation qui est le résultat de la contraction de ces fibres postérieures: Ainsi se trouve justifiée cette opinion de Bichat, contestée at:
DELTOÏDE. 319 jourd hui par plusieurs anatomistes, opinion qui lui a fait dire que le deltoïde peut être en même temps élévateur et abaisseur. Mais le célèbre physiologiste avait attribué cette action sur l'humérus aux fibres antérieures de ce muscle autant qu'à ses fibres postérieures, et l'expérimentation prouve qu'elle n'appartient en réalité qu à ces dernières.
Enfin, on a vu que l'élévation de l’humérus est plus complète quand cet os se trouve placé dans la rotation en dehors, pendant la contraction du deltoïde. Ce fait n'a pas été noté dans le mécanisme des mouvements de l'humérus. Je laisse aux anatomistes le soin d'en chercher la raison.
$ IË, — Physiologie pathologique du deltoïde,
L'atrophie musculaire graisseuse progressive favorise singulièrement l'étude de la physiologie pathologique du deltoïde. Elle n'agit pas comme la paralysie, qui frappe le muscle dans son
entier; elle détruit partiellement et isolément chacune de ses parties.
A. C’est la portion moyenne de ce muscle qui est le plus communément détruite, alors même que les portions antérieure et
postérieure sont à peu près intactes. Voici ce qu'on observe
dans ce cas : l'élévation du bras en dehors se fait encore, mais
elle est très limitée ; l'élévation en avant ou en arrière est nor- , 0 , u A Q .
male, c'est-à-dire qu'elle peut être verticale en avant, tandis
qu'elle est seulement de 45 degrés en arriere. Ces derniers mou-
vements s'expliquent par les faits électro-physiologiques que Jai exposés dans l'étude électro-physiologique du deltoïde ; ils sont dus à l'action des portions antérieure et-postérieure de ce dernier muscle.
Mais quels sont les agents de roi en dehors, en absence de la portion moyenné qui là produit directement à Pétat normal ? Ce sont les deux portions conservées du deltoïde qui, congénères pour l'élévation, se contractent synergiquement. Les forces qui tendent, par la contraction de ces deux faisceaux, à porter le bras en avant ou en arrière, agissant simultanément, s'entre-détruisent, et il én résulté un mouvément direct en dehors, comme pär la contraction de la portion moyenne du deltoïde, Mais on conçoit que cette élévation doit
320 APPLICATION DE LA FARADISATION A LA PHYSIOLOGIE. avoir ses limites ; car ilest établi, par l'électro-physiologie, que la portion postérieure du deltoïde, congénère pour l'élévation de sa portion antérieure Jusqu'à un degré donné, devient au conrare son antagoniste au delà de ce degré d'élévation. C'est pourquoi l'élévation du bras en dehors par la contraction des portions antérieure et postérieure est bornée à la limite d’acuon de la portion postérieure du deltoïde ; c'est aussi pour cette raison que l'élévation du bras au-dessus de cette dernière limite nécessite lerelâchement de cette portion postérieure. Il est peu d'atrophies du membre supérieur dans lesquelles la portion moyenne du deltoïde ne soit pas plus ou moins détruite: cest annoncer que j'ai observé très souvent cette affection partielle. $
OBSERVATION XXXI. — Je me contenterai de citer comme exemple l'observation d’un tailleur de pierres, chez lequel l’atrophie musculaire graisseuse progressive avait en partie détruit un grand nombre de muscles des membres supérieurs et du tronc. Ses deltoïdes avaient été at= teints les premiers dans leurs portions moyennes, surtout du côté droit, de sorte qu'il avait de la peine à élever les bras, en dehors surtout, quand il avait le marteau à la main. Ce mouvement fut bientôt tellement limité, qu'il dut, renoncer à son état. A l'époque où je l’observai à la Charité , salle Saint-Louis, n° 7, service de M. Andral , l'élévation directe en dehors était très limitée , bien qu'il pût élever le bras vertica= lement en le portant en avant. Pendant l'élévation volontaire, on sen tait très distinctement la contraction des faisceaux antérieur et postérieur du deltoïde, tandis que la portion moyenne de ce muscle était déprimée et ne laissait percevoir au toucher aucune contraction musculaire. Par la faradisation pratiquée sur cette portion moyenne, on constatait l’absence presque complète des fibres musculaires ; les portions antérieure et moyenne se Contractaient au contraire sous l'influence de l'électricité et produisaient les mouvements qui sont sous leur dépendance.
Il est donc bien établi, par ces expériences, que l'élévation en: dehors peut être exécutée par la contraction simultanée des portions antérieure et postérieure du deltoïde, Mais chez ce malade, comme dans tous les autres cas analogues, ce mouvement se fait sans force et occasionne de la fatioue.
B. Il est facile de prévoir les résultats de l'atrophie de la poruon antérieure du deltoïde, lorsqu'on en connaît exactement les fonctions. C’est ce que m'a appris l'électro-physiologie. La pathologie fait ressortir encore mieux l'importance physiolo-