‹ De l'électrisation localisée et de son application à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutiqueChapitre 53 sur 140 · GRAND PECTORAL · texte numérisé non relu

GRAND PECTORAL

constater alors , et ce qui explique pourquoi, dans cette action, Je bras s'applique si solidement contre la poitrine, en portant le coude un peu en avant.

. Cette portion supérieure, qui Jouit d'une si srande force, est destinée cependant aussi à exprimer la crainte, l’humiliation, la prière, par l'attitude qu'elle impose aux épaules et au thorax. C'est elle, en effet, qui, portant les épaules en ayant et en haut; arrondit le dos et creuse la poitrine en avant. Enfin, ses contractions saccadées expriment je frisson de la peur ou de la fièvre. La faradisation localisée dans cette portion musculaire obtient à volonté toutes ces attitudes d'expression. |

On verra, quand J'en serai à la pathologie, la part qu'elle prend dans les attitudes vicieuses ou les déformations consécutives aux affections musculaires de cette révion. |

La portion inférieure du grand pectoral abaisse toujours le bras, quelle que soit la position de ce dernier. Elle exécute ce mouvement avec beaucoup plus de force que la portion supérieure qui, on l'a vu, ne produit le mouvement d’abaissement que jusqu à la direction horizontale.

$ II. — Physiologie pathologique du grand pectoral,

A.— I. C'est le faisceau supérieur du grand pectoral, disent les anatomistes, qui porte l’humérus en avant pour croiserles bras, pour mettre la main sur l'épaule du côté opposé. Élevé dans ces idées, je m'attendais à voir encore exécuter ces mouvements aux malades privés de leur deltoïde.

OBSERVATION XXXIX. — Chez un malade de la Charité (salle Saint- Jean de-Dieu) qui avait une paralysie du deltoïde et d’autres muscles de l'épaule, je crus aussi que le grand pectoral était également paralysé, parce que, lorsque je lui faisais croiser les bras ou porter la main du côté paralysé sur l'épaule du côté sain , il ne pouvait y parvenir. Voici les mouvements que son bras et son épaule exécutaient alors. Le bras du côté paralysé était rapproché de la poitrine et s’appuyait fortement contre les parois thoraciques ; le coude était porté-obliquement en avant et en dedans , et atteignait à peine Ja face antérieure du thorax. En même temps, le moignon de l'épaule exécutait un mouvement oblique en haut et en avant. Alors, si le malade voulait croiser les bras, le coude du côté paralysé ne pouvait se détacher du thorax pour se porter en avant, afin de permettre à la main du côté sain de se placer sous lui, comme lorsqu'on

croise les bras. Notre malade voulait-il mettre Ja main sur l’épaule opposée, ce même coude restait attaché au côté et permettait à peine à cette main d'atteindre l'épaule. J’attribuais donc ces troubles fonctionnels à l'absence d’action de la portion supérieure du grand pectoral, selon les idées phy- Siologiques jusqu'alors en honneur. i

Mais bientôt j'observai ces mêmes troubles fonctionnels dans toutes les paralysies limitées au deltoïde , et je reconnus que le grand pectoral du malade précédent n'était pas paralysé.

. OBSERVATION XL, — Un malade, entre autres, dont le nerf circonflexe avait été contus (Hôtel-Dieu, salle Sainte-Marthe), et dont le muscle. deltoïde avait perdu sa céntractilité électrique , présentait les mêmes phé= nomènes, bien que son grand pectoral fût parfaitement sain, puis il avait conservé sa contractilité électrique et sa nutrition, et puisqu’ on le sentait se contracter sous l'influence de la volonté. Alors l’expérimentation électro-physiologique que je fis sur ce malade et sur d’autres sujets ,me convainquil que la portion supérieure du grand pectoral ne Rpmyait iMpris mer, dans ces cas, d’autres mouvements au bras que ceux qu’on lui voyait exécuter, et.que la fonction qu'on lui avait accordée jusqu'alors devait

être dans les attributions d’un autre muscle. ee

En effet, ce sont les fibres antérieures du deltoïde qui exécu: tent ces mouvements, comme le prouvent l'électro-physiologie et l'observation pathologique. Je rappellerai, à cette occasion, l'étude que j'ai faite sur l’action de ce muscle dans le paragrapils précédent. |

Je vais citer un autre fait qui complétera la démonstration de la proposition que je défends. Bonnard, dont il a été si souvent question. dans ce travail, avait perdu, je l'ai déjà dit, ses peg: toraux (voy. fig. 51); cependant il croisait naturellement les bras, portait tsénéren les mains sur l'épaule du côté opposé, et cela grâce aux fibres antérieures du deltoïde qui, attirant | coude en avant, élèvent le bras à tous les degrés nécessaire ce que ne peut faire la portion supérieure du grand pectoral, | qui cloue pour ainsi dire le coude au corps en le portant un peu sbliquement en avantet en dedans. |

Voici lé mécanisme de l’action spéciale et dit rentidlls dl fibres les plus antérieures du deltoïde et des fibres les plus st périeures du grand pectoral. Toutes ces fibres , étant obliques de bas en haut et de dehors en dedans, doivent évidemment porter l'humérus dans une direction oblique; mais comme l'at:

tache des fibres du deltoïde à l'humérus se fait sur un plan plus antérieur que celle des fibres du grand pectoral, le mouvement oblique de l'humérus produit par les premières est plus antérieur que celui qui résulte des dernières qui, en conséquence, appliquent cet os contre le thorax. Je ne nie pas cependant que, dans les mouvements de force, les fibres supérieures de ce muscle Sassocient au deltoïde pour conduire le bras en dedans et en avant ; mais le grand pectoralest seulement auxiliaire dans ce cas, etne remplit pas directement les fonctions qu'on lui a attribuées. Il. L'expérimentation électro-physiologique a fait voir que le bras élevé horizontalement en dehors est dirigé horizontalement en dedans par la contraction de la portion supérieure du grand pectoral ; cela ne prouve pas que le grand pectoral étant absent, ce mouvement ne puisse plus avoir lieu. En effet, Bonnard, privé de ses pectoraux, exécutait parfaitement ce mouvement par la contraction successive des fibres les plus antérieures de son deltoïde; mais ce mouvement était. sans force , et lui occasionnait de la fatigue. On comprend, au contraire, que la portion supérieure du grand pectoral se produise avec une grande force. . Je ne crois pas que la portion inférieure puisse s'associer alors, même dans les mouvements de force, à la portion supérieure, car cette portion inférieure deviendrait dans ce cas antagoniste de l'élévation horizontale par le deltoïde, HE, … B. On sait avec quelle puissance le grand pectoral, comme le grand dorsal, agit dans les mouvements d’abaissement du bras, Jai étudié les fonctions spéciales et différentielles qui appartien:nent à chacune des portions de ces muscles. JE me paraît très intéressant de connaître quels sont les troubles fonctionnels, au joint de vue du mouvement d'abaissement, qui résultent de leur faut d'action. C’est ce que Bonnard, chez qui l'atrophie pro: gressive ne paraissait avoir épargné aucune des fibres du grand dorsal et du grand pectoral , m'a fourni l'occasion d'observer. Ce malade, après avoir élevé le bras, atteignait toujours juste et rapidement les points qu’on lui indiquait et qui étaient placés Sur un plan moins élevé que sa main. Puisqu'il était complétement privé de ses abaisseurs directs du bras, il faut admettre que son deltoïde se relâchait graduellement et que le bras s’abaissait seulement par l'effet de la pesanteur jusqu’à ce qu'il fût arrivé au point indiqué, |

3h40 APPLICATION DE LA FARADISATION A LA PHYSIOLOGIE,

Ces mouvements d'abaissement se faisaient aussi facilernent et aussi rapidement que si les abaisseurs eussent existé. |

Ce fait ne conduit-il pas à supposer que, dans l'état physiolopique, la pesanteur remplace souvent l'action musculaire, comme elle le fait évidemment à l’état pathologique, dans le cas cité plus haut. L'intervention decette force physique, si cette hypothèseest exacte, économiserait évidemment la dépense du fluide nerveux.

En somme, on peut se passer du grand pectoral et du grand dorsal pour exécuter les mouvements d'abaissement du bras, et on les exécute dans cette condition à peu près aussi habilement qu'à l'état normal.

Mais ces mouvements ne s’exécutent pas toujours avec une force suffisante. Bonnard le mécanicien, quand son bras était armé d’un marteau, avait toujours assez de force pour travailler, parce que cette force était alors représentée par le poids du marteau multiplié par la pesanteur du membre supérieur et Ja longueur du levier où se trouvait là puissance. Mais il avait de la peine à mettre en mouvement le soufflet de sa forge, en tirant de haut en bas sur la corde qui le sonlevait au moyen d’une poulie de renvoi. C'est qu'alors le poids de son bras ne -uffisait pas pour vaincre la résistance; il fallait, ontre cette force physique, l'intervention d'une puissance dynamique, la force musculaire des abaisseurs qui lui manquaient. Heureusement pour Bonnaïd, les abaisseurs du bras n'étaient pas tous détruits, car il possédait encore le muscle grand rond, qui rapprochait l’humérus du scapulum pendant que celui-ci était non seulement fixé par le rhomboïde intact, mais encore mis en rotation par ce dernier muscle sur son angle externe, de manière à abaisser davantage T'humérus. (Ces faits ont été établis à l'occasion de l'étude d rhomboïde.) C'est ce qui lui permettait de produire l'abaissement avec une certaine force, Car, sans ces muscles, sa main 1m puis- Sante serait restée fixée à la corde de son soufflet sans pouvoinle soulever, st le poids de ce dernier avait dépassé celui de son membre supérieur.

Je n’ai rien à ajouter de nouveau à ce qui est connu sur l'action du grand pectoral quand je point fixe est à l'humérus. Je dirai seulement que l'expérimentation électro-physiologique ne démontre rien concernant l'influence qu'il peut exercer dans l'acte de la respiration. Ainsi, ayant fixé l’humérus pendant que

je faisais contracter énergiquement chacune des portions du grand pectoral, je n'ai observé ni mouvement du sternum ou des côtes , ni plus de gêne dans l'inspiration ou dans l'expiration: Cette expérience ne prouve pas que le grand pectoral ne soit pas inspirateur, Ce qui serait évidemment contraire à l'observation. Elle établitseulement que ce muscle, réduit à ses propres forces, n'imprime aucun mouvement à la poitrine.

C. L'équilibre des forces toniques musculaires quimaintiennent lépaule à sa hauteur normale se trouve-t-il rompu par l'atrophie des abaisseurs du scapulum (le petit pectoral et les muscles

“grand pectoral et grand dorsal qui abaissent le scapulum par l'intermédiaire de l’'humérus)?Ou bien le poids du membre supérieur qui tend sans cesse à déprimer l'angle externe du $scapulum

suffit-1l pour faire équilibre à la prédominance de la puissance

tonique de la portion élévatrice du trapèze, prédominance qui semble devoir être la conséquence de l'atrophie des abaisseurs du scapulum ? L'observation pathologique m'a permis de juger cette question. Ainsi, toutes les fois que j'ai vu l'atrophie des abaisseurs du scapulum coïncider avec l'intégrité de la portiou supérieure du trapèze, le moignon de l'épaule s’est élevé d'autant plus que la lésion était plus ancienne. IIm'a été facile de constater dans ces cas que la portion supérieure du trapeze contracturé et quelquefois rétracté s'opposait à labaissement du moignon de l'épaule.

C'est surtout dans certaines paralysies de l'enfance que j'ai eu l'occasion d'observer ce genre de difformité de l'épaule. Voici, comme exemple, l'analyse d’une de ces paralysies que j'appelle paralysies atrophiques graisseuses de l'enfance.

OBSERVATION XLI. — Mademoiselle G....., âgée de dix ans, demeurant à Valençay, a été frappée tout à coup, vers l’âge de deux ans, d'une paralysie générale accompagnée d’une fièvre qui dura une quinzaine de jours. Les mouvements revinrent graduellement en quelques semaines, mais la paralysie persista dans le membre supérieur droit, qui s’atrophia progressivement , ainsi que le côté correspondant de la poitrine. Ce ne fut que longtemps après (six à huit mois) que l’on s’aperçut que l'épaule droite était plus élevée que la gauche, et l'on vit cette difformité arriver en une année au point où elle en est aujourd’hui (voyez la figure 65).

Quand cette jeune fille me fut présentée (huit ans après le début de sa paralysie), je ne retrouvai plus par l’exploration électrique ses pectoraux , ni ses grands dorsaux. Elle avait aussi perdu les rotateurs de l'humérus,

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